Au service de la chanson française: Jour 4

En arrivant ce vendredi sur la plaine de Paléo, passage vers la scène du Club Tent où se produisaient les déjantés Palko!Muski. Un show dynamique et puissant, porté par la voix de Baptiste Beleffi. Même ferveur pour les Ogres de Barback aux Arches. Promenant leurs mélodies gouailleuses et leur prose engagée, ils ont enthousiasmé le public. Célébrant cette année leurs vingt ans d’existence, le groupe s’est entouré de la Fanfare Eyo’nlé, toute droit venue du Bénin. Au son de l’accordéon ou des percussions, Paris a rencontré Porto-Novo sur la scène du Paléo…

Les ogres de Barback, photo: Lionel Flusin

Les ogres de Barback, photo: Lionel Flusin

Palko!Muski, photo: Augustin Rebetez

Palko!Muski, photo: Augustin Rebetez

À 19h, la Grande scène accueille le groupe rock Skip The Use qui a offert une prestation généreuse, selon l’avis des spectateurs: « très bon concert, ils ont vraiment joué avec la proximité du public ». Pendant ce temps, le français Florent Marchet s’installait sur la scène du Détour. En peu de temps, la tente est remplie car une invitée surprise avait rejoint le devant de la scène: Dame Pluie, toute de gouttes vêtue. L’occasion pour ce public de découvrir les textes sombres et profonds de Florent Marchet sur des sons électroniques. Malgré une belle présence de l’artiste, le tout paraît un peu lisse.

Florent Marchet, photo: Lionel Flusin

Florent Marchet, photo: Lionel Flusin

Rendez-vous alors à la scène des Arches pour retrouver un poète du quotidien. Maxime Le Forestier, attendu de pied ferme par un public de fans, entre sur scène sous un tonnerre d’applaudissements avant même d’avoir proféré un son ou une note. À la guitare, il plaque les premiers accords d' »Une Maison bleue ». Le public est emballé, et le ton donné: Maxime Le Forestier enchaîne ses succès les plus connus, visiblement touché de l’accueil qui lui est offert. Sa voix chaleureuse convoque émotions et souvenirs, ses chansons faisant tant partie de notre inconscient ou vécu… Le concert s’achève sur deux rappels, pendant lesquels il rend hommage à son ami Brassens en faisant reprendre tous les spectateurs « Une jolie fleur »: un beau moment.

 

Maxime Le Forestier, photo: Lionel Flusin

Maxime Le Forestier, photo: Lionel Flusin

En attendant Bernard Lavilliers, un autre habitué du Paléo (et même un recordman, avec sept éditions), détour par la Grande scène où le groupe Shaka Ponk, deuxième tête d’affiche de cette journée, fait hurler le public et les décibels bientôt saturés. Malgré la présence sympathique du singe virtuel Goz, on préférera à la déferlante de bruit une atmosphère plus intimiste aux Arches, où Bernard Lavilliers nous emmène à nouveau dans un voyage dans son monde poétique, politique, engagé: des textes qui respirent la force de la terre ou le vent de la mer…

En cette fin de soirée, le moment est venu de découvrir la collaboration du festival avec la HES-SO: la grande roue! Et c’est parti pour quelques minutes de vol au son du groupe de légende The Prodigy. À trente-deux mètres du sol, le festival se dévoile dans toute son organisation, et les différentes sources de lumières lui donnent des allures magiques.

Photo: MSP

Photo: MSP

 

Texte: Marie-Sophie Péclard

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The Excitements, Grand Corps Malade, Elton John… Jour 3

Youhouuuuu, la plaine est sèche! Adieu bottes de pluie, bonjour sandales, baskets et ballerines! Nos petits petons libérés, nous pouvons danser et sauter aux sons multiples de cette troisième journée de festival!

The Excitements, photo: Ran-el Cabrera

The Excitements, photo: Ran-el Cabrera

Et on commence fort avec le groupe espagnol The Excitements, aux Arches. Le sextet est mené avec fouge par la troublante Koko-Jean Davis, qui balance aussi bien sa voix (dans la lignée d’Aretha Franklin ou Tina Turner) que ses chorégraphies énergiques et ô combien contagieuses, dans la pure tradition du rythm’n’blues. Sur la Grande scène, on reste dans les cuivres avec Trombone Shorty & Orleans Avenue. Un mélange funk et hip-hop plutôt sympa, mais de loin, puisque le son des instruments, mal réglé, pouvait paraître un peu agressif.

A partir de 20h, L’Agenda se joue un Paléo sur la note de l’émotion. Tout d’abord, grand moment à la scène des Arches avec Grand Corps Malade. C’est un habitué de Paléo qu’il arpente pour la quatrième fois en huit ans, et qu’on retrouve toujours avec le même plaisir. Son show, millimétré et précis comme les vers de ses chansons, prend pour thème le théâtre et nous emmène en voyage avec l’artiste qui nous raconte aussi bien son désir d’écriture, son rapport au métier ou des histoires d’amour. Il est à la fois touchant, engagé et drôle (bien que certaines moues nous font supposer qu’il n’assume pas tous ses jeux de mots..) et surtout en contact permanent avec son public. On aimerait qu’il nous parle toujours, mais la nuit avance et la première étoile à s’allumer dans le ciel sera celle de la légende.

Grand Corps Malade, photo: Lionel Flusin

Grand Corps Malade, photo: Lionel Flusin

La plaine s’est remplie, tout doucement, mais il devient bientôt impossible de traverser la foule compacte devant la Grande scène. Nombreux sont venus en famille, comme une forme de transmission de patrimoine musical. Et bientôt, Sir Elton John se présente à la foule. Costume bleuté à paillettes, piano noir, éternelles lunettes bleues, l’image est là. Voir Elton John, ce soir à Paléo, c’est comme récolter quelques étincelles de cette carrière fructueuse, si riche en talent et liberté. C’est peut-être cette légèreté qui lui a permis de passer les décennies et qu’il nous transmet par ses mélodies. Derrière son piano, Elton John s’amuse. Sans surprise, ce magicien de la pop enchaîne les succès, renvoyant chaque spectateurs à ses souvenirs et ses sensations. Reste sa voix, intemporelle et généreuse. Et le plaisir de le retrouver.

Elton John, photo: Lionel Flusin

Elton John, photo: Lionel Flusin

Pour finir, on s’arrête un moment devant Zaz. Depuis son tube « Je veux » sorti en 2010, la chanteuse n’a pas changé de credo tant sa personnalité s’affirme dans sa mise en scène: décor emprunté à son imaginaire d’enfant, cabrioles et sauts en tout genre, complicité avec ses musiciens. Sa forte personnalité s’accompagne d’un charisme évident sur scène. Sa voix rauque et puissante sert le coeur, d’une beauté qui fait mal. Pourtant, entre déclarations engagées et  piqûres d’enfance, l’émotion devient dégoulinante et se rapproche d’un bonbon acidulé. Ayant cueilli le public dès l’entrée avec le tube « On ira », la ferveur retombe vers le milieu du spectacle, malgré l’enthousiasme persistant des fans. Peut-être que la chanteuse, en voulant tout tout de suite, ne s’est pas rendue compte que certains publics doivent s’approcher, se flairer et s’apprivoiser.

Zaz

Zaz

Texte: Marie-Sophie Péclard

Que faire en attendant Stromae? Jour 2

Il est la star de cette édition Paléo. Celui pour lequel les ventes ont atteint des records : les billets pour le mercredi soir ont été écoulés en huit minutes. Dans une si forte expectative, que pouvaient faire les festivaliers ? Heureusement, le programme de ce mardi recélait à nouveau de surprises et pépites en tout genre.

Pour commencer, direction le Club Tent où le groupe Adieu Gary Cooper pour un rêve américain à la française. Son rock et folk sur textes engagés, la variété française de ce quatuor lausannois déménage les codes pour le plus grand bonheur des fans rassemblés sous la tente blanche. Une belle découverte.

Adieu Gary Cooper

Adieu Gary Cooper

Coup de cœur de cette journée du mardi : le chanteur normand Naâman, pour sa belle présence sur scène et son enthousiasme qui a entraîné dans son sillage une foule compacte devant les Arches. Mélangeant à la tradition du reggae des influences hip-hop, son énergie généreuse et ses rythmes ensorcelants ont su animer les épaules des plus timides !

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Naâman, photo Boris Soula

Retour ensuite à l’imaginaire américain avec Seasick Steve, qui de sa voix rauque ressuscite musique country et blues, concoctant un savant mélange d’influences made in U.S.A. Musicien virtuose sur des instruments qu’il fabrique lui-même, il alterne punch et ballades douces durant l’une desquelles il convie même une jeune fille du public à le rejoindre sur scène.

Seasick Steve, photo Lionel Flusin

Seasick Steve, photo Lionel Flusin

Avant de retrouver Jack Jonhson (qui malgré des musiques agréables et un potentiel sympathie remplissant le devant de la scène, peine à retenir l’attention de son public plutôt bavard) sur la Grande scène, arrêt sur les gradins des Arches où le chanteur Polar se prépare à présenter son prochain album  « Empress », entouré de ses trois musiciens et d’une dizaine de guitares posées sur la scène et qu’ils utiliseront toutes. Malgré un début de concert difficile devant une foule dispersée, soutenue cependant par la présence d’admirateurs de l’Irlandais résidant à Genève, les mélodies pop folk finissent par atteindre les oreilles. La présence fragile du chanteur reste touchante et le paconcert très émouvant.

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David Lemaitre, photo: Megan Cullen

Autre découverte de cette soirée: David Lemaitre qui comme son nom de l’indique pas est un musicien bolivien résidant à Berlin. Sous la tente du Détour, le chanteur proposait à un public de fans déchaînés et de curieux conquis des mélodies épurées et puissantes, manquant parfois de vitalité. Mais les effets de lumières, ainsi que la présence de ses  voix ses deux excellents musiciens (un violoncelliste et un batteur) ont su rendre l’ensemble très séduisant.

Vers 22h30, le moment était venue de braver les spectateurs qui n’avaient pas bougé depuis la fin du concert de Jack Jonhson, gardant précieusement leurs places sur la pelouse pour l’arrivée de Stromae. Une précaution nécessaire puisqu’environ 35 000personnes se sont amassées devant la Grande scène.

Le show du prodige belge a été à la hauteur de l’attente: dès 23h30, le jeune dandy a mis le feu à la Grande scène en prédisant « sa fête » à Paléo, au lac Léman et à la Suisse romande. Les tubes se sont enchaînés, immédiatement repris par un public gagné d’avance et pour qui l’album « Racine carrée » n’a plus aucun secret.

Après avoir humblement remercié le public de sa présence: « Il paraît que vous avez été très rapides. Merci, c’est impressionnant », le chanteur a fait également preuve d’humour entre ses chansons ou en présentant ses musiciens. Mais ce qui impressionne chez Stromae, c’est la cohérence du tout: des mélodies entraînantes sur des paroles fortes, une scénographie grandiose et parfaitement maîtrisée non seulement par l’artiste mais par ses musiciens. Superbe performance qui permet de réaliser à nouveau l’originalité du phénomène Stromae.

Stromae, photo: Lionel Flusin

Stromae, photo: Lionel Flusin

Texte: Marie-Sophie Péclard

 

Paléo: Jour 1

Paléo dans la boue. C’est une terre détrempée qui attendait les premiers visiteurs de cette trente-neuvième édition du festival de musique Paléo. Bottes et cirés étaient les mots d’ordre. Mais la météo capricieuse n’a pas découragé les spectateurs curieux de découvertes musicales.

Paléo tout doux. L’atmosphère est bonne enfant, malgré la grande affluence. Pour L’Agenda, la soirée commence aux Arches où le groupe belge Girls in Hawaii présente son nouvel album « Everest ». Le déluge n’a été que d’énergie, le groupe boosté par un public enthousiaste.

Photo: Simon Vanrie

Girls in Hawaii, photo: Simon Vanrie

Gaëtan Roussel blessé, c’est Bastian Baker qui a allumé les feux de la Grande scène. Attendu par ses fans amassés devant la Grande Scène, il a offert une prestation généreuse alors que la pelouse – étonnamment sèche – se remplissait jusqu’au commencement des divers stands.

Bastian Baker, photo: Lionel Flusin

Bastian Baker, photo: Lionel Flusin

Pendant que les derniers accords retentissaient sur la Grande Scène, le temps était à la découverte sous la tente du Club Tent : le groupe jurassien Catfish, formé par Amandine Guinchard et Damien Félix. À deux, ils se partagent une batterie et les différents instruments, et possèdent littéralement la scène. Leur son rock vintage et la voix suave d’Amandine ont su conquérir un public qui s’est déhanché.

Catfish, photo Lionel Flusin

Catfish, photo Lionel Flusin

La soirée a continué avec, notamment, Thirty Second to Mars et The Black Keys. M.I.A était aussi très attendue. Mais pour L’Agenda, le moment était venu de reprendre l’une des navettes mises en place par l’organisation du festival pour rentrer à la gare et ainsi se préparer à la suite du programme explosif que nous propose cette édition 2014. Aujourd’hui 23 juillet, certains parkings sont encore fermés, il est donc fortement conseillé aux festivaliers de venir en transports communs.

À demain !

Texte: Marie-Sophie Péclard

« Humaniser la Guerre? »

Jusqu’au 20 juillet prochain, le musée Rath accueille en son sein l’exposition « Humaniser la guerre ? » à l’occasion des 150 années d’existence du CICR. Une occasion unique de saisir le propre de cette organisation helvète hors du commun qui œuvre depuis un siècle et demi à soulager autant que faire se peut les plaies ouvertes par la guerre, sans ingérence.

L’opportunité offerte par cette exposition est double. D’abord, elle permet au visiteur de se familiariser avec la longue vie d’une organisation internationale de tradition suisse avec tous les aspects que cela représente : pragmatisme, impartialité et neutralité. À travers ses propres transformations historiques, elle permet ensuite d’appréhender l’évolution des perspectives de guerre depuis la deuxième moitié du XIXème à nos jours, des guerres de nations aux guerres civiles. Déclinée en deux étages, dont un sous-sol particulièrement réussi, l’exposition retrace l’histoire du CICR depuis sa fondation, de l’aide aux blessés jusqu’au programme d’aide à l’autonomie alimentaire.

C’est autour de fragments que le visiteur est invité à comprendre cette histoire sourde et muette d’habitude : audios, archives filmées, photographies, rapports, uniformes… Des fragments capturés mais bien réels, arrachés aux flux destructeurs des guerres comme autant de preuves que la compassion a, envers et contre tout, bien pu être là où on ne l’attendait plus. De la Géorgie à Israël, de l’Ouganda au Vietnam en passant par les théâtres d’opérations des deux guerres mondiales, un siècle et demi d’action infatigable pour la dignité humaine s’expose humblement, en fragments.

L’exposition ne surjoue pas sa mise en scène, table sur une rigueur humble (lumière discrète, draperies sobres, textes blancs sur fonds noirs) qui l’honore. Comment rester juste lorsque l’on peut livrer les correspondances d’un prisonnier de guerre à sa famille ? La plus grande réussite d’  « Humaniser la guerre ? » réside dans son point d’interrogation. Fil invisible de ce petit chemin représentant cette grande route, cette question et toutes celles qui en découlent ne trouvent pas de réponse brutale mais laisse le public juger sur pièces, sur ces fragments.

Texte: Nicolas de Neef

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