Vous êtes ici (2): Comment se réinventer après une catastrophe?

La rue du Cheval-Blanc à Genève est agitée ce soir. Faute de pouvoir se retrouver serrés les un·e·s aux autres dans l’espace restreint du POCHE, les nombreux·ses spectateur·trice·s discutent allègrement dans la ruelle. Bientôt, ils gagneront leur siège rouge, et tenteront de se replonger dans l’univers parallèles qu’ils ont quitté à la fin du premier épisode de Vous êtes ici.

Texte: Maëllie Godard

Dans l’immeuble genevois, le sol n’est plus droit, et on s’ennuie, on regarde dans le vide, on se laisse happer par le visage des disparu·e·s, on essaie d’imaginer un nouveau futur. Qui sait ce qu’il se passe dans la tête de tous ces personnages au regard vide et fatigué? Comment se réinventer dans la tempête, comment faire le deuil de celles et ceux qu’on n’envisageait pas perdre si tôt ?

Photo: Samuel Rubio

Lucas est tiraillé. Il aime sa fille, veut être présent pour elle. Mais il voit aussi dans l’avènement de ces failles l’ultime opportunité d’utiliser une caméra, et d’offrir son regard à la société. C’est important pour les gens d’aujourd’hui et demain de voir ce qu’il se passe en ce moment.

Sa femme médite la mort de sa sœur, et essaie de comprendre les écrits qu’elle a laissés derrière elle sans explication.

Mad est hantée par Joao, son amoureux mort dans la faille. Elle refuse à être comparée à sa mère. Elle veut partir, dieu sait où. Elle est enceinte.

On rencontre aussi le propriétaire de l’immeuble. La situation inédite questionne son rôle, est-ce que la terre n’appartient jamais à quelqu’un? Quels sont ses droits sur les vies des personnes qu’il héberge, sur leur décision?

Les jeunes du 6e ont trouvé des champignons qui produisent de la lumière. Ils continuent à chercher des manières justes de partager le monde qui arrive. Ils s’affrontent et se heurtent aux autres générations moins flexibles au changement.

Miguel le concierge et la mère de Mad apprennent à se connaître, à se plaire. Est-ce juste le désespoir et la solitude? Peu importe au final.

Après la catastrophe, il faut apprivoiser le temps. Se familiariser avec les heures qui s’étirent. De nouvelles préoccupations ont remplacé les anciennes. Aujourd’hui on se demande comment trouver des médicaments, s’il faut ou non se faire vacciner, des obligations remplacent ce qui était avant des choix.

Photo: Samuel Rubio

Malgré des horizons et des projets différents, les personnages se rejoignent à un moment de l’épisode pour chanter ensemble. Ils chantent l’amour, mais aussi la difficulté de l’exprimer. Il existe des choses qui les rassemblent. J’ai pensé en les regardant que c’est tout naturel que certaines religions encouragent leurs fidèles à chanter ensemble. C’est une manière de partager les mêmes mots. Au lieu de se heurter, les différences au sein du groupe l’enrichissent. La musique comme une force fédératrice. Chacun·e y met de son humanité, se laissant porter par la musicalité et la force du groupe.

On aimerait mieux entendre, mieux connaître, mieux écouter chacun·e de ces individu·e·s, mais le temps manque. Les humains sont multiples. Leurs histoires sont complexes, et même si l’urgence exacerbée par les failles pousse les personnages à se réinventer sous nos yeux, il nous reste encore beaucoup de choses à découvrir.

Prochain épisode:
Épisode 3: Les Voyages
Du 3 au 8 novembre
Théâtre de l’Usine, Genève

Pour en savoir plus au sujet de Vous êtes ici:
Le site: www.vousetesici.ch
L’article dans L’Agenda: www.l-agenda.online/vous-etes-ici

Vous êtes ici (1): Le début d’une longue histoire

La pluie a coupé court à l’été qui se prolongeait. Le froid s’est immiscé dans nos vies par surprise. J’ai les doigts froids en saisissant le billet qu’on me tend à l’entrée. Vous êtes ici. Moi je suis au Théâtre de l’Orangerie, un vendredi pluvieux de septembre et j’attends avec impatience de pouvoir gagner la chaleur des murs du bâtiment.

Texte: Maëllie Godard

Imaginer une série théâtrale: le pari est périlleux. Le théâtre a des codes différents du cinéma. Le temps s’y écoule autrement. Chaque pièce doit à la fois se suffire à elle-même et nourrir l’histoire. Mis en scène par Marion Duval à partir d’un texte de Claude-Inga Barbey, La chambre à lessive est le premier épisode de la saga théâtrale Vous êtes ici, un projet d’envergure.

L’histoire commence dans le sous-sol d’un immeuble genevois, où trônent des machines à laver et un système sophistiqué d’étendoir. Lukas veut y filmer son voisin Sandro pour une interview. Par la suite, les habitant·e·s, le concierge, et des gens de passage vont se croiser. On fait la connaissance de Lukas donc, papa et auteur de documentaire, Sandro, activiste et artiste genevois, Miguel, concierge dévoué de l’immeuble, Alice, la femme de Lukas, Mad, jeune étudiante kosovare, amoureuse de Joao, et trois jeunes engagés qui partagent un appartement au 6e.

On nous révèle peu à peu ce qu’il se passe au dehors. Des failles se creusent dans certains endroits de la ville, engouffrant des immeubles entiers dans le sol. La vie a pris un tournant imprévu, la Jonction n’existe plus.

La confiance brisée, comment vivre quand on n’est plus certain·e que le sol va continuer à soutenir nos pieds? Malgré ces cataclysmes, les préoccupations du monde d’avant les failles demeurent: comment créer, quoi créer quand on veut faire des images? Qu’est-ce que c’est être parent? Qu’est-ce que c’est être un·e bon·ne époux·e, un·e bon·ne amant·e? Qu’est-ce que c’est faire convenablement une lessive? Comment être acteur·trice d’un monde meilleur? Comment partager une chambre à lessive? Comment affirmer son identité? Comment lutter contre la violence? Comment apprivoiser la peur et la colère? Différentes générations, perspectives ou ambitions se confrontent et pourtant cohabiter est nécessaire.

Photo. Isabelle Meister

La pièce se termine avec des grands tremblements, l’effondrements des étendoirs. L’ingénierie scénographique de Sylvie Kleiber nous projette au cœur du drame. Les personnages vont-ils y survivre? Comment vont-ils s’organiser? Il faudra attendre le prochain épisode pour le savoir, ici c’est impossible de binge-watcher.

Prochain épisode:
Épisode 2: Les Ruines
Du 5 au 13 octobre
POCHE/GVE

Pour en savoir plus au sujet de Vous êtes ici:
Le site: www.vousetesici.ch
L’article dans L’Agenda: www.l-agenda.online/vous-etes-ici

Shakespeare enflamme le Château de Chillon

C’est dans une ambiance délicieusement gothique que s’est jouée la célèbre tragédie Othello, présentée vendredi soir dans l’Aula Magna du château de Chillon. Fruit d’une collaboration entre l’American Drama Group Europe et le TNT Theatre Britain, le projet était porté par un solide casting – entièrement anglophone, cela va sans dire. Un public frissonnant s’est massé dans la grande salle pour venir voir le texte de Shakespeare prendre vie, ponctué par le martèlement de la pluie contre les vitres sombres du château-fort.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

À l’heure où les questions de genre et d’ethnie occupent le cœur de l’actualité, adapter Othello à la scène apparaît comme un choix à la fois fin et audacieux. L’histoire du général maure, homme noir dans un monde blanc, que la jalousie pousse à commettre l’irréparable, est sous-tendue de préoccupations qui trouvent un écho important aujourd’hui. Tout commandant respecté qu’il soit, Othello demeure un étranger aux yeux des Vénitiens (les autres personnages le désignent bien plus volontiers par l’épithète « le Maure » que par son nom) et son union avec la ravissante aristocrate Desdémone est implicitement regardée comme une mésalliance pour la jeune femme. Guerrier courageux mais amant vulnérable, Othello devient dès lors une proie facile pour le vénéneux Iago, qui pour se venger de son général, est déterminé à lui faire croire à tort que son épouse lui est infidèle.

On s’étonne toujours de l’habileté avec laquelle Shakespeare met à nu certaines vérités intemporelles de la nature humaine. Bien que la perfidie de Iago soit généralement considérée comme la force antagoniste du récit, elle n’est que la flamme de l’allumette: toute la charge explosive réside dans la fragilité d’Othello, qui devient à la fois le bourreau et la victime d’une tragédie qui se joue de lui – et à cause de lui. Toute l’extraordinaire ambivalence de l’humain se retrouve là. À noter toutefois que le public du 21e siècle voit sa compassion pour le personnage éponyme passablement érodée: là où les contemporains de Shakespeare s’émouvaient sans doute de la détresse d’Othello après avoir injustement assassiné sa loyale épouse, l’assistance de nos jours n’a que très peu de sympathie à lui accorder après la scène horrifique de l’étranglement de Desdémone – scène qui se voulait bouleversante à l’époque, et qui devient proprement insoutenable aujourd’hui. Preuve que si la plupart des tabous tombent avec l’avancée de la modernité, certains deviennent au contraire plus tenaces (et c’est sans doute pour le mieux).

Pandémie oblige, c’est une version écourtée de la pièce qui a été présentée par les acteurs du TNT Britain, les entractes étant interdits. Le spectacle a cependant su garder intactes toutes les lignes de force de la tragédie, et en restituer toute la puissance. David Chittenden en particulier fait des étincelles dans le rôle de Iago, et régale l’assemblée de son jeu fripon et grinçant à chacune de ses apparitions. Hannah Douglas livre une Desdémone toute en tendresse et en sensibilité, soutenue par une éclatante Louise Lee dans le rôle de l’impétueuse servante Emilia, contrepoint féminin de sa maîtresse. On regrettera seulement la diction quelque peu imparfaite de Joseph Black dans le rôle-titre, en dépit d’une présence scénique incontestable. La production a en outre eu l’idée très bienvenue de sous-tendre les moments les plus intenses de la pièce d’un accompagnement musical: les interprètes non-sollicités s’assoient donc volontiers en bord de scène, s’emparent d’une guitare, d’un violoncelle, de percussions ou de leur voix pour soutenir la passion du texte par celle de la musique, sans jamais laisser les interventions mélodiques noyer les mots pour autant. En somme, un moment de théâtre poignant joué dans un cadre superbe, qui nous laisse impatients de découvrir le TNT Britain et l’American Drama Group Europe dans une prochaine production shakespearienne: peut-être un Hamlet ou un Macbeth au Château de Chillon pour 2021?

www.adg-europe.com

Un pour tous… et tous pour un!

En garde! Ce week-end, dans le cadre de la programmation du théâtre Les Trois-Quarts, les compagnies Les Exilés et Confiture étaient réunies sur scène dans une adaptation théâtrale des Trois Mousquetaires au cœur du château de la Tour-de-Peilz. Suivez les périples du chevalier d’Artagnan et de ses loyaux camarades qui démêlent les intrigues de la Couronne au fil de leurs épées.

Une supplémentaire est jouée ce soir-même, mercredi 23 septembre à 20h!

Texte: Yohann Thenaisie

Pas de Festival de la Tour cette année? Qu’importe! Les compagnies Les Exilés et Confiture montent leurs gradins et leurs décors à deux étages dans la cour intérieure du Château de la Tour-de-Peilz! Entre les exclamations des enfants et l’odeur des saucisses grillées, on y retrouve l’ambiance d’un spectacle convivial autour d’un monument de la littérature: Les Trois Mousquetaires. Mais silence: les trompettes sonnent, les projecteurs s’allument…

Le jeune chevalier d’Artagnan débarque à Paris pour se faire engager dans la compagnie des mousquetaires, au service de Sa Majesté Louis XIII. Le brave Gascon fait la rencontre d’Athos, Porthos et Aramis qui deviennent ses fidèles compagnons. Hélas, d’Artagnan est aussi volage qu’audacieux, et ses multiples romances le plongent au cœur des intrigues qui opposent la Reine et le Cardinal de Richelieu…

Photo: André Capel

Steve Riccard signe un important travail d’adaptation du roman d’Alexandre Dumas. Les intrigues sont complexes et il peut être difficile de situer les nombreux personnages. Et pourtant, adultes comme enfants y trouvent leur compte. Au fil d’environ trois heures de spectacle (avec entracte), le ton alterne du drame à la comédie. Une volée de personnages colorés appelle les rires: un roi capricieux, un tenancier bouffon à la Louis de Funès, des mousquetaires brigands qui ont du mal à lâcher la bouteille… Ils sont incarnés par pas moins de dix-huit comédien·ne·s au jeu inégal mais toujours dynamique. La mise en scène est brute, avec une belle place faite aux duels à l’épée et à une cascade mémorable sur les murs du château.

Suivez ce lien pour aller les voir ce soir!

Vous les avez manqués? Ils reviennent à la Salle Centrale de la Madeleine (Genève) du 29 septembre au 3 octobre.

Salle Centrale de la Madeleine, Genève
Les 29, 30 septembre et 2 octobre à 20h

Les 1 et 3 octobre à 19h
Plus d’informations: www.theatre-confiture.ch

Et pour la suite de saison du théâtre Les Trois-Quarts: www.troisquarts.ch

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

Montez dans le théâtre-fantôme

Après plusieurs mois sans culture autre que celle relayée par le web, moyennant toutes sortes d’adaptations, de conditions et d’éloignements, le théâtre peut exister à nouveau. Le Théâtre Vidy-Lausanne existera donc du 9 juin au 10 juillet, comme une parenthèse fantôme entre le vide des trois derniers mois et l’au-revoir au bâtiment actuel qui, pendant 2 ans, sera en travaux pour rénovation.
Dans ce contexte où la notion d’isolement et l’importance de la culture nous touche plus que jamais, l’artiste Stefan Kaegi a imaginé Boîte noire, un spectacle déambulatoire pour une personne dans les différents espaces de l’institution. Départ chaque 5 minutes, écouteurs sur les oreilles. C’est à moi dans 20 secondes… 10… 

Texte: Katia Meylan

©Philippe Weissbrodt

« Une heure au théâtre ne dure jamais une heure, elle dure toujours un peu plus, ou un peu moins », nous dira une voix dans le casque au fil de notre déambulation. Les 1 heure et 20 minutes que propose Boîte noire s’inscrivent dans cet autre espace-temps. J’en émerge comme d’un rêve nostalgique.

Ce n’est pas tant le format déambulatoire, quoi que toujours follement excitant, qui m’a surprise cette fois (il me rappelle l’expérience intitulée Remote Lausanne, du même collectif Rimini Protokoll, vécue au Festival de la Cité en 2014) que l’émotion qui s’en dégage.
Seule, croisant parfois un·e autre « fantôme » visiteur·trice, avec pour guide la voix de l’archiviste du théâtre, je suis passée par les couloirs, j’ai vu les anciennes affiches et les insides-jokes des collaborateur·trice·s épinglées au mur. Les ateliers des technicien·ne·s, remplis de câbles, de machines et d’outils m’ont mis sous les yeux la grosse machine à rêve qu’est le théâtre. Pourtant je ne me suis pas réveillée. J’ai continué dans les ateliers coiffure, costume et accessoires, où je me suis prise à tout ouvrir avant même que l’archiviste ne m’y enjoigne. Il faut dire que c’était irrésistiblement tentant. J’ai senti un trac derrière le rideau côté jardin, profité de mon salut au public depuis la scène, réfléchi à notre statut de public et à mon statut de spectatrice isolée, assise au milieu du parterre, puis attablée à la Kantina.

Bel hommage au Théâtre de Vidy que cette visite. Bel hommage aussi à tous·tes celles et ceux qui y œuvrent: en effet, dans chaque espace que l’on visite, on entend leurs voix qui nous confient ficelles du métier et souvenirs du lieu. Bel hommage enfin au théâtre en tant qu’art, alors que les confidences deviennent parfois philosophiques.

©Philippe Weissbrodt

Que les voix nous soient familières ou non, que l’on connaisse les rouages des coulisses, le frisson de la scène ou uniquement le confort des sièges rouges côté public, que l’on soit fervent·e abonné·e ou en visite à Vidy pour la première fois, on enregistre telle une caméra subjective ses images du lieu auxquelles on superpose ses propres souvenirs – passés, et à emporter pour plus tard. 

Boîte noire, théâtre-fantôme pour une personne
Du 9 juin au 10 juillet
Mardi au vendredi de 18h à 22h
Samedi de 14h à 17h et de 19h à 22h
Théâtre de Vidy, Lausanne

www.vidy.ch