Petit concerto conjugal

Jeudi 22 novembre 2018. Salle centrale de la Madeleine, 20h30. Le brouhaha est impressionnant, il faut dire que la salle est pleine à craquer. Ce soir, Raphaëlle Farman et Jacques Gay présentent leur « Petit concerto conjugal » et on sent que le public, avant même que la lumière ne s’éteigne, est pris d’une certaine ébullition. On entend, dans les bribes de conversations, des personnes ravies de retrouver les comédiens et d’autres, impatients de les découvrir.

Texte: Léa Frischknecht

Soudain, le noir se fait, tout le monde se tait. Entrent en scène les deux auteur∙e∙s de la pièce qui sont, ce soir, Henri et Yvonne, un couple amoureux mais qui traverse quelques problèmes de fidélité. En effet, on apprend très vite qu’Yvonne, comédienne, aime son mari mais également les militaires… Et pas que! Cependant, elle n’y peut rien Yvonne, c’est une maladie qui se transmet de mère en fille dans sa famille, elle ne le fait pas exprès! Le couple est donc au bord de la rupture mais attend une visite importante: Esteban Ramirez, célèbre acteur de cinéma dont les histoires de cœur font la une des tabloïdes, est de passage à Paris. Auteur de théâtre accompli, Henri, qui aimerait bien voir Esteban jouer dans sa prochaine pièce, les a conviés à séjourner chez eux. Le couple met donc ses tracas de côté pour accueillir leurs invités. Mais c’était sans compter Paulette, la jeune femme qui accompagne Esteban Ramirez et dont le physique ne sera pas sans déplaire à Henri qui cherche un moyen de se venger de sa femme. Ces aventures sont suivies de près par les domestiques, Gracieuse, une flamande pleine de pep’s et Nestor, un snob au grand cœur, qui s’amusent ou s’inquiètent des chamailleries de leurs patrons. Mais leurs relations sont également quelque peu mouvementées!

À l’entrée, une affiche promettait une « comédie TRÈS musicale ». C’est plus que réussi puisque le niveau est excellent. C’est normal lorsqu’on sait que Raphaëlle Farman et Jacques Gay, qui ont de belles carrières de chanteurs d’opéra à l’international, ne visent que le meilleur. Le florilège de pièces choisies mélange des airs d’opéra, d’opérette et de chanson française. Il y en a donc pour tous les gouts! Les membres de l’équipe ne sont pas choisis au hasard non plus, tous ont de très beaux rôles à leur palmarès et cela s’entend: la qualité des prestations vocales est impressionnante. Certain∙e∙s chanteur∙teuse∙s et les membres de l’orchestre sont issus du projet « Le Pont des Arts », qui permet à de jeunes talents en fin de cursus dans les Hautes Ecoles de Musique de Lausanne et Genève de se produire sur des spectacles professionnels. Le mélange entre expérience et souffle de jeunesse est bluffant et on ne peut que saluer le talent de ces jeunes – et moins jeunes – artistes.

Mais l’affiche aurait très bien pu nous promettre une « comédie TRÈS poilante » tant on passe son temps à rire. Entre rebondissements et quiproquos, on suit avec grand plaisir l’aventure presque vaudevillesque de ces personnages délirants. Situations absurdes et parfois un peu coquines, dialogues bien ficelés, chorégraphies amusantes et rythmées, tout est fait pour vous dérider. Et ça marche, si on en croit le fou-rire de quelques minutes d’une dame du cinquième rang qui a finit par contaminer toute la salle.

La bonne humeur de la joyeuse troupe est tellement communicative qu’on voudrait presque chanter avec elle ces airs que l’on connait et que l’on sifflote encore deux heures après la représentation… Chose qui sera bientôt possible avec leur nouveau spectacle, « Attention! Maîtres chanteurs » qui se jouera les 8 et 15 janvier ainsi que le 25 février 2019.

C’est avec beaucoup d’impatience que l’on se réjouit de retrouver toute la bande de la Comédie Lyrique Romande à la Salle Centrale de la Madeleine, en début d’année prochaine!

www.lyricomedies.com

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Cross Dreams Festival: Melodiosa

Le 3 novembre dernier, dans le cadre du Cross Dreams Festival, le Théâtre de Beaulieu accueillait quelques féru·e·s de jeux vidéo à l’occasion d’une invitée exceptionnelle: Yôko Shimomura. Compositrice reconnue dans son milieu, elle a notamment composé les thèmes de Street Fighter, de Legend of Mana et de Xenoblade.

Texte: Sumiko Chablaix

Le Cross Dreams Festival est né de la volonté de Yann Rieder, Christopher Bugot, Gaël Braillard et Didier Matthey-Doret, quatre passionnés qui souhaitaient mélanger la culture populaire et la musique symphonique. Ambitieuse, sa première édition a proposé trois concerts sur une journée: le premier, intitulé Melodiosa, mettait à l’honneur le travail de la compositrice Yôko Shimomura. Le deuxième tournait autour de l’univers de Dragon Ball, et le concert final réunissait les musiques de séries cultes.

Si pour le premier concert la salle n’était pas très remplie, elle a permis au spectateur de sentir un cadre plus intime procurant ainsi frissons et sensations. Nul extrait de jeux n’a été projeté afin de créer un cocon où seule la musique emmenait le spectateur dans les tréfonds des univers fantastiques.

C’est ainsi que sur une scène épurée, d’où l’animateur a d’abord dû meubler au mieux l’attente interminable faisant monter l’impatience des auditeurs, est apparue Yôko Shimomura pour la première fois en Suisse. Elle a répondu avec le sourire aux questions, soulignant l’ampleur et la pertinence d’un tel concert.

Alors que les jeux vidéo existent depuis des dizaines d’années, la composition de leurs bandes sonores reste un milieu pour le moins méconnu. Si l’évolution des techniques artistiques permettant la construction des personnages virtuels a beaucoup évolué ces dernières années, Yôko Shimomura a expliqué qu’au niveau de la composition des bandes sonores, il n’y a pas eu tellement de changement par rapport aux trente années qui sont écoulés. La grande évolution se trouve surtout dans la dynamique de composition. Aujourd’hui, il s’agit de faire des enregistrements avec des orchestres, de travailler avec des musicien·ne·s. Ceci n’était pas du tout le cas trente ans auparavant. Par ailleurs, l’opportunité de se retrouver pour faire de la musique live avec des orchestres et des arrangements est une occasion très rare.

Laissant place à la musique, Yôko Shimumora s’est installée dans le public pour savourer le concert de l’Ensemble Symphonique de Neuchâtel sous la direction d’Alexander Mayer, accompagné par le pianiste virtuose Benyamin Nuss ainsi que par la chanteuse Emily Pello. Cette dernière venant tout droit de Paris s’était donné pour défi, en participant au festival, d’aborder un registre plus lyrique.

Mélange de chant et de musique symphonique, les arrangements ont su mettre en valeur les différents registres d’instruments. Au son de « Dearly Beloved » de Kingdom Hearts exécuté avec émotion et virtuosité par Benyamin Nuss, aux vibrations des cordes sur un medley de Live A Live, au souffle cristallin de la flûte et du hautbois dans un autre medley extrait de Legend of Mana, le public a été transporté dans un voyage sensationnel au cœur d’univers aussi variés que l’imagination peut tendre à créer.

Lorsque nous ressortons, la foule se presse aux portes pour écouter Dragon Ball prendre vie sous les doigts du Sinfonietta de Lausanne. On imagine que Melodiosa a perdu du public en étant programmé à 14h.

www.crossdreamsfestival.ch

En voiture!

Gare du Métropole, mardi 25 septembre, le Sinfonietta de Lausanne s’est mis en marche à 20h précises sous la conduite de son chef de train David Reiland.

Texte: Katia Meylan

Le jeune orchestre, qui joue parfois debout, a pris place assise cette fois-ci, tout en faisant avancer la locomotive. La machine est huilée, elle roule sans qu’il ne semble se référer beaucoup au conducteur. Le premier voyage, « Pacific 231 » d’Arthur Honegger, nous transporte durant 7 minutes seulement. Le morceau a été composé pour le film « La Roue » d’Abel Gance, et figure clairement une machine: démarrage, accélérations et rythme métallique de course, décélération.

On descend du train, le temps d’une escale, déposés au pied du Concerto pour piano n°2 en ut mineur de Rachmaninov. On suit le guide, le pianiste Ashot Khachatourian, qui nous mène dans des paysages hérités du Romantisme.
Rachmaninov a composé cette œuvre après trois ans de dépression, et elle a fait partie du processus de thérapie. Paysages intérieurs, donc. Les trois mouvements représentent les différentes étapes de cette traversée. Le premier évoque les souvenirs des instants douloureux (Moderato). Puis il y a la réadaptation progressive à la vie (Adagio sostenuto), territoire qui nous semble familier puisque le mouvement en question est fréquemment repris dans la culture populaire. Et enfin arrive le moment de profiter pleinement de l’existence (Allegro scherzando). Sous les doigts virtuoses d’Ashot Khachatourian, on imagine d’abord un homme rendu à la vie qui, lancé, veut tout redécouvrir à pleine vitesse. Rapidement, on réalise que le soliste et l’orchestre se partagent la mélodie, l’euphorie se muant en une joie plus sereine et généreuse.

Mais il est l’heure de remonter dans le train pour un prochain voyage dans la Symphonie n°2 en ré mineur de Prokofiev, qui emprunte certains rails tracés par « Pacific 231 ». Le trajet n’est pas de tout repos. « De fer et d’acier », comme le compositeur l’a décrite lui-même, la pièce suit un rythme implacable, malgré le frottement des dissonances, entrecoupés d’instants sans heurts.

L’orchestre freine en douceur dans un crissement de violons ténu pour nous ramener à quai.

Le voyage est fini, de retour à Lausanne. Prochain départ du Sinfonietta de Lausanne le 27 novembre à 20h.

www.sinfonietta.ch

Geneva Camerata – Les sons de l’Arc-en-Ciel

Jeudi 20 septembre, sous une chaleur étouffante, les 40 musiciens du Geneva Camerata, appréciés pour leur professionnalisme, prennent place dans le somptueux Bâtiment des Forces Motrices, ébloui par les sons de l’arc-en-ciel.

Texte: Jenny Raymonde

Sans fausse note, le concert entame sa première partie avec « Hippolyte et Aricie » de Jean-Philippe Rameau, dont les sons mélodieux nous plongent dans un univers lointain de roi, de royaume et de chevalier.

La première invitée, la soprano Patricia Petibon, admirée pour sa voix et son énergie, nous donne une version d’elle en italien et en français. Applaudie par la foule, elle n’hésite pas à s’exprimer sur la signification et le sens des paroles de ses choix de chansons. Elle nous parle avec le cœur, pièce maîtresse de l’amour et du bonheur.

Après un petit entracte, un cygne majestueux, Isabelle Adjani rentre en scène. Accompagnée par l’orchestre, elle nous conte les aventures d’Ismène, la sœur d’Antigone, dans poème adapté du mythe grec où tout est question de faire la part des choses entre le bien et le mal. Cette dualité est omniprésente tout le long de son récit. On regrette qu’elle n’ait pas appris son texte par cœur, pour insuffler plus de vie à son homologue.

La dernière partie sera entièrement musicale, et clôturera ce premier concert de saison du Geneva Camerata.

Sauvages, prestigieux ou magiques; découvrez tous les concerts à venir! www.genevacamerata.com

Ladies and Gentlemen…

Photo: Julia Wesely

« And now, Mozart! »
Le pêle-mêle de musiques en tous genres que nous ont livré Igudesman & Joo a suscité la concentration des spectateurs∙trices qui auraient effectivement voulu y trouver Mozart. Lundi 10 septembre, le Rosey Concert Hall ouvrait sa saison avec ce concert pour le moins éclectique.

Texte: Katia Meylan

Pour la rentrée, Marie-Noëlle Gudin, directrice artistique du Rosey Concert Hall, a concrétisé son souhait d’accueillir un concert festif en invitant Aleksey Igudesman et Hyung-Ki Joo, dont les vidéos font fureur sur le web. Tous∙toutes les élèves de l’école ont répondu présent, ainsi que les nombreux∙ses abonné∙e∙s du lieu, et les curieux∙ses attiré∙e∙s par le bruit que font les deux compères à l’international!

Les musiciens-humoristes mènent le spectacle en deux langues, avec les joyeuses confusions que cela implique. Si certaines ficelles comiques ont déjà été tirées maintes fois – les disputes d’ego sur scène, ou ce fameux sketch où le public entend les pensées du pianiste grâce à une voix off – ils nous livrent certaines trouvailles hilarante, notamment un GPS musical qui guide le violoniste au fil des gammes.

Bien que l’humour soit leur marque de fabrique, ils ne se contentent pas de jouer de cet unique talent, et l’on constate que derrière les pitreries, le bagage musical est solide.
Igudesman manie l’archet à une vitesse folle, Joo compose et donne de la voix. Mention spéciale pour son tour de force où il enchaîne, à coup de quelques mesures chacun, les « tubes » du répertoire classique. On ne sait pas s’il faut rire ou rester bouche béé. Étrangement, et probablement comme ils le souhaitaient avec ce spectacle, ils mettent la musique classique en valeur en exposant brutalement ses beautés, en créant une frustration de ne pas en entendre plus.

Et finalement tout y passe: le classique mais aussi la musique contemporaine, les chants traditionnels à consonances russes, orientales, grecques, la musique country. Sans oublier la pop, lorsque Rachmaninov se transforme sans crier gare en « All by myself » de Céline Dion, ou lorsque James Bond s’insinue entre les portées de Mozart. Déguisements à l’appui, ils nous composent aussi une douce mélodie, un rap, un hard rock, comme si un indécis avait pris les commandes d’une infinie playlist sans limite de genre, d’époque ni de style. 

Un lancement de saison explosif!

Retrouvez un avant-goût des prochains spectacles au Rosey Concert Hall dans L’Agenda n°75 ou sur notre site internet

Septembre musical: Brahms et Grieg reprennent vie

Du 31 août au 9 septembre, le Septembre Musical fait vibrer de magnifiques instruments entre le Lac Léman et les montagnes. Le 6 septembre, c’est à l’Auditorium Stravinski, au cœur de Montreux, que jouait le European Philharmonic of Switzerland. Cet ensemble regroupe des jeunes musicien∙ne∙s ayant entre 20 et 35 ans d’origines très variées. Pour cet occasion, dirigés par Gergely Madaras, ils ont fait résonner les mélodies d’Edvard Grieg et de Johannes Brahms.

Texte: Maëllie Godard

European Philharmonic of Switzerland, EPOS. Photo © Céline Michel

Il est certain que même le plus expérimenté des spectateurs ne fut pas insensible à l’arrivée de cette armée de musicien∙ne∙s, dont le calme et la concentration précéda un sublime effort. Puis il y eut cette surprise presque enfantine qui répondit à la première explosion sonore, cet instant de jubilation où l’on entendit la flûte traversière jouer les premières notes d' »Au Matin » dans cette salle boisée. Même si on est en droit de l’espérer de la part d’une formation de cette envergure, on peut saluer la précision, la justesse et la dextérité de ce gigantesque instrument; chaque musicien∙ne précieux rouage d’une immense machine.
Si on retrace l’origine de cette Suite d’Edvard Grieg, on se retrouve dans son pays natal, la Norvège. Au 19e siècle, Henrik Ibsen écrivit un drame poétique devenu pièce de théâtre: « Peer Gynt ». Cette farce relate le voyage d’un anti-héros prétentieux qui découvre, un échec après l’autre, sa solitude. Ce sont les mots de cet auteur qui inspirèrent par la suite Edvard Grieg.

Le European Philharmonic of Switzerland a ensuite interprété le Concerto pour piano et orchestre en la mineur du même compositeur. Ronaldo Rolim, pianiste brésilien de renom les avait alors rejoints sur scène. Ils ont servi avec ferveur et subtilité cette superbe partition dont beaucoup connaissent sans doute les contours. Les vagues des archets, le souffle des instrumentistes et la baguette de Gergely Madaras ont su épouser les mouvements des mains du pianiste. Il y avait quelque chose de galvanisant à observer ces corps réaliser de telles prouesses.
Enfin, pour clôturer cette soirée, c’est la Symphonie n°1 en do mineur de Johannes Brahms qui a envahi les murs de l’Auditorium Stravinski. Pleine de nuances, et quelque peu mélancolique, cette symphonie s’est achevée dans les applaudissements enthousiastes du public relativement hétéroclite venu pour l’occasion.

Pour ce soir et demain encore le Septembre Musical va réunir des musicien∙ne∙s, mélomanes, curieux∙ses, et de nombreux humain∙e∙s en tout genres, en ferez-vous partie?

Septembre Musical
Jusqu’au 9 septembre