Chopin, l’amour dure 20 ans…

…et continuera bien au-delà! C’est la promesse faite par Aldona Budrewicz-Jacobson, présidente de la Société Frédéric Chopin Genève, sur la scène du Bâtiment des Forces Motrices lors du dernier concert du Festival anniversaire qui a eu lieu du 1er au 15 octobre à Genève.

Texte: Katia Meylan

Radieuse, entourée de son comité, Aldona Budrewicz-Jacobson révèle au public que lors du festival anniversaire des 10 ans de la Société, on lui avait demandé ce qu’elle comptait faire ensuite. Elle avait répondu: « nous nous verrons dans 10 ans! ». Et elle réitère cet engagement passionné en adressant au public la même promesse.

Le festival a investi comme chaque année le Conservatoire de Musique de Genève, mais, ambitieux, il a donné cette fois-ci son concert final sur la scène du Bâtiment des Forces Motrices. Parmi l’œuvre d’une vie du célèbre compositeur polonais, c’est le « Concerto en fa mineur op. 21 », et le « Concerto en mi mineur op.11 » qui ont été interprétés à cette occasion par le pianiste Krzysztof Jablonski, accompagné par l’ensemble de jeunes musiciens de l’Orchestre Buissonnier sous la direction d’Arsène Liechti.

Et l’on peut dire que le festival a eu raison d’être ambitieux, car le public ravi ne redemande pas un, mais trois bis! Bis pour lesquels les musiciens s’exécutent avec plaisir. Krzysztof Jabloński choisit notamment d’offrir aux mélomanes la Polonaise héroïque Op. 53 pour piano seul, demandant une grande dextérité à celui qui l’exécute.

Les passionnés de Chopin vous donnent déjà rendez-vous en 2018.

societe-chopin.ch

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« Lord of the Rings in concert »: un ciné-concert pour les captiver tous!

Les trois chefs d’œuvre adaptés de l’univers de Tolkien ont eu une influence que beaucoup des épigones de Peter Jackson ne peuvent que lui envier. Ils ont à ce point bouleversé toute une génération qu’ils sont perçus comme étant véritablement intemporels. Or, voilà déjà quinze ans que la Communauté de l’Anneau a accédé au royaume du septième art.

Photo: concertnews.be

Texte: Florian Mottier

Copyright Kaitlyn Lusk

Comment une telle œuvre a-t-elle résisté aux assauts du temps? Les harmonies d’Howard Shore participent-elles encore à donner un souffle épique à la saga de Tolkien? Ces questions, l’OSR de Genève y a répondu avec brio vendredi et samedi derniers en projetant le dernier volet de la trilogie, « Le Retour du Roi » sous les ors du Victoria Hall, à Genève. Dirigé d’une main de maître par Ludwig Wicki, le 21st Century Orchestra a une fois de plus démontré avec brio sa capacité à sublimer une des plus belles compositions de l’histoire du cinéma. Si l’on y ajoute encore le Motet de Genève, dirigé par Romain Mayor, et Kaitlyn Lusk, dont la voix de soprano donne tout son relief aux chants elfiques du film, on obtient un ciné-concert inoubliable et une série d’irrépressibles frissons.

Au final, c’est une redécouverte de deux chefs d’œuvre que nous a offert l’OSR de Genève. D’une part, celle de la trilogie de Jackson, qui n’a pas pris une ride, et d’autre part celle du 21st Century Orchestra, qui n’a pas perdu de sa capacité à sublimer le travail des compositeurs de films. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, le Victoria Hall affichant complet les deux soirs de la représentation. C’était d’autant plus agréable d’y voir se côtoyer habitués du lieu et amateurs les plus mordus de la trilogie, uni sous la bannière du seigneur de tous les films d’héroïc fantasy!

 

Bon anniversaire l’OCL!

 

OCL. Photo: Federal Studio

Avec le concert d’hier à la salle Métropole, l’Orchestre de Chambre de Lausanne débute sa nouvelle saison, qui sera celle de son 75e anniversaire. Il l’a fêté en compagnie du syndic Grégoire Junod, de la conseillère d’État Béatrice Métraux, du confiseur Laurent Buet dont le truffé d’anniversaire a été annoncé au son du cor, de son jeune directeur Joshua Weilerstein et d’une salle bien remplie.

 

Texte: Katia Meylan

À la tête de l’OCL depuis 2015, Joshua Weilerstein attire la sympathie dès le début de l’année, en présentant hier le programme du concert avec un brin d’humour et un accent américain teintant son français appliqué. Dans la première œuvre qu’il a choisie, on a « le droit de rire, sauf à la fin ». En effet, « Battalia » de Heinrich Biber conte l’histoire de soldats allant au front, qui tantôt affrontent la peur et les dangers, tantôt se saoulent allègrement, ce que le compositeur retranscrit par des polytonalités très imagées.

Joshua Weilerstein. Photo: Anne Laure Lechat

L’Orchestre continue avec deux saisons de Vivaldi, « l’Été » et « l’Hiver »; dans le deuxième, les musiciens interprètent un Largo subtil et émouvant. Vient ensuite un morceau inédit, « Rest These Hands » création suisse d’Anna Clyne en hommage à sa mère.

Bien que la soliste Jennifer Koh soit expressive et joue avec tout son corps, le Métropole rose pâle semble avoir de la peine à résonner dans la première partie. Dans la deuxième, interprétant la Symphonie n°3 de Bach, les instruments à vent rejoignent les cordes et l’ensemble en est étoffé.

On se réjouit de voir l’OCL sortir à nouveau des murs de sa salle peut-être un peu figée pour aller jouer des Happy Hours au Great Escape, des ciné-concerts au Capitole et des rythmes latin-jazz au Docks

Le programme de ses 75 ans par ici: www.ocl.ch

Élections musicales

La Compagnie Cadenza vous invite à vivre une expérience inédite: le premier opéra interactif. Entre les six fantastiques interprètes, le premier rôle est attribué au public. Armé de son smartphone qu’il est, pour une fois, invité à garder allumé, en mode silencieux, le spectateur peut intervenir à divers moments du spectacle pour choisir le prochain tableau et créer ainsi sa propre partition. Ce projet enthousiasmant est présenté les 24, 25 et 26 avril à la salle Jean-Jacques Gautier de Chêne-Bougeries.

 Texte: Marie-Sophie Péclard

Un opéra soumis au plébiscite du public: l’idée a de quoi interpeller. Comment, en effet, faire cohabiter la rigueur et l’exigence du chant lyrique à la spontanéité et l’improvisation qu’implique le vote en direct? Le challenge de « L’Opéra, c’est moi » est relevé avec brio par la Compagnie Cadenza menée par Antoine Bernheim et Thierry de Marcley, sur une mise en scène d’Elfriede John. Les interprètes sont accompagnés au piano par le chef colombien Juan David Molano et guidés par le comédien Gilles Bugeaud.

Le deuxième défi de cette production est la rencontre entre le moderne et le classique, l’opéra et la technique. « Nous voulons vraiment mixer les deux mondes, les faire s’interpénétrer », explique Thierry de Marcley. Une équipe de techniciens gère donc un dispositif ingénieux afin de recueillir, compter et dévoiler instantanément les votes des spectateurs. Ces derniers peuvent en effet choisir entre deux scènes, et celle qui aura obtenu le plus de voix sera exécutée par les chanteurs. L’histoire évolue donc au gré des envies du public, qui se prend rapidement au jeu, espérant que son vote soit retenu ou tentant de deviner quel extrait suivra.

En effet, les organisateurs n’ont pas souhaité indiquer le nom des extraits au moment du choix: « Les gens votent pour des situations, et pas pour des ouvrages ». L’aspect ludique est en effet primordial car les concepteurs ont pensé ce spectacle comme un moyen de faire découvrir l’opéra: « C’est un spectacle pour les néophytes, pour les gens qui ne connaissent pas ou qui ont peur de l’opéra. C’est un spectacle accessible, facile, humoristique ». Les passionnés trouveront aussi leur compte par la qualité des voix et en s’amusant à reconnaître les différents morceaux.

Cette constante inconnue est le prix d’un travail colossal, démarré il y a plus de deux ans suite à une idée d’Antoine Bernheim. Avec Thierry de Marcley, il s’est attelé à la sélection de quarante-sept extraits d’opéras, sortis de leur contexte pour créer de nouvelles histoires: « Nous avons travaillé sur 300 ans de musique », raconte Thierry de Marcley, « avec quelques contraintes: tous les extraits sont en langue originale, soit le français, l’italien et l’allemand, et sans transposition. Nous avons souhaité respecter la musique et le texte tels qu’ils ont été écrits. Nous avons essayé de trouver des liens entre les différents ouvrages, entre différentes scènes, pour créer une histoire. À chaque fois, on part d’un point A et on offre deux solutions au public. Tous les cas de figure ont des solutions qui peuvent aller dans la continuité d’une histoire, que ce soit comique ou dramatique. Nous avons ainsi la possibilité de créer 128 spectacles différents. Le public décide absolument de ce qu’il va se passer, et on est complètement tributaire de son choix ». Antoine Bernheim, qui a constitué l’arborescence, ajoute qu’il fallait également veiller à l’équilibre des musiciens au sein de chaque possibilité et à la cohérence des histoires. Ainsi, chaque chanteur a travaillé et répété cinq heures de musique tout en envisageant les 128 chemins de cet opéra.

Il faut ainsi saluer la prouesse des six interprètes (Annamaria Barabas, Marie-Camille Vaquié, Emmanuelle Fruchard, Thierry de Marcley, Marcos Garcia Gutierrez et Antoine Bernheim) qui, tout en menant de front leur carrière, ont accepté de se mettre en danger à chaque représentation. Le moment des votes est en effet un pic de stress constant, entre espoir et appréhension. Mais c’est aussi pour eux un magnifique challenge qui leur permet d’aborder de nouveaux répertoires, parfois même à contre-emploi. « Et surtout », ajoute Thierry de Marcley, « nous sommes des pionniers. Personne ne sera capable de fournir le même travail en très peu de temps, humainement ce n’est pas possible ».

Ces trois soirées s’annoncent donc pleines de surprises, comme l’a souhaité Antoine Bernheim : « Quand je vais voir un spectacle, j’adore être pris à contre-pied ». Surtout, comme chaque public est différent, aucun soir ne sera semblable à un autre. Préparez-vous donc avec « L’Opéra, c’est moi » à une expérience étonnante et unique, du 24 au 26 avril à la salle Jean-Jacques Gautier à Chêne-Bougeries.

Le Messie

La cathédrale de Lausanne a brillé de deux mille feux la semaine dernière, ou plutôt de près de deux mille deux cent feux, bougies et artistes confondus.

D’abord grâce au groupe Kalalumen, créé par le guet de cette même cathédrale, Renato Häusler, qui réussit la prouesse d’éclairer le monument dans toute sa hauteur de manière presque magique, sans fumée, sans se faire remarquer. Ensuite grâce aux chœurs Calliope, Alouette et Résonances, réunis pour l’occasion sous cet éclairage. Grâce aux percussionnistes, aux musiciens à cordes et à vent de l’Orchestre Amabilis, et aux solistes: la soprano Brigitte Hool, la mezzo-soprano Jordanka Milkova, le ténor Raphaël Favre et la basse Pierre Héritier. L’ensemble a interprété trois soirs de suite « Le Messie » d’Haendel dans l’orchestration de Mozart.

dsc01084_dsc00083Photo: Martin Fürbach

Mozart avait été chargé de remettre au goût du jour certaines œuvres, dont « Le Messie »- quarante ans après sa composition-  pour qu’elles soient plus accessibles et appréciées du public. Il y ajoute des instruments, flûtes, clarinettes, cors et trombones. Cette œuvre avait été déjà maintes fois modifiée et améliorée par Haendel lui-même, concerts après concerts, et il en existe de nombreuses possibilités d’interprétation, ce qui fait de cette partition « l’exemple de l’unité parfaite entre le Baroque et le Classicisme », comme l’écrit le directeur musical, Ferran Gili-Millera.

Les solistes, honneur au ténor, interprètent plusieurs airs, en solo, en duo ou tous les quatre. Le chœur les soutient, reprend des phrasés, tantôt puissant, tantôt tel un doux murmure malgré son nombre. Les voix sont pleines, on se remet à eux en toute confiance, les soprani relèvent avec brio le défi d’entrer en résonnance avec la voix de Brigitte Hool. Sur certains mouvements, tel le « Pifa », ce sont les musiciens qui sont au premier plan. Sur d’autres c’est le chœur que l’on écoute pleinement.  La deuxième partie se termine magistralement sur le mouvement choral « Halleluja! », qui est sans doute le plus connu du public. La troisième partie est un peu plus courte que les deux autres, et au final, le concert aura duré près de trois heures, devant un public attentif j’en suis sûre, et habillé chaudement je l’espère.

dsc01239_dsc00238Photo: Martin Fürbach

Si vous les avez manqués  à Lausanne, ils se produiront à la Cathédrale de Genève les 3 et 4 février à 20h.

Texte: Katia Meylan

Une séance de cinéma à l’ancienne

Le 13 octobre dernier, le célèbre Forum du Rolex Learning Center s’est transformé en un cinéma des années 20’ du siècle passé. Non seulement le public a pu savourer un des chefs-d’œuvre du 7ème art, Le Cuirassé « Potemkine » de Sergueï Eisenstein, mais la séance a été accompagnée en direct par l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève.

Ce ciné-concert fut un véritable hommage aux cinémas du XX­ème siècle où les orchestres entraient en synergie avec le grand écran en remplaçant à la fois les dialogues et les bruitages des films muets. Et Le Cuirassé « Potemkine », loué par les critiques internationaux lors de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, en est sans doute un des plus connus. Créé en 1925 pour commémorer le vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1905, l’œuvre d’Eisenstein présente au public un récit dramatisé de la mutinerie sur le navire de guerre « Potemkine » où, soutenu par la population du port, l’équipage du vaisseau se révolte contre les officiers et les fonctionnaires d’état. Leur insurrection est suivie par des représailles sanguinaires.

La musique du film représentait un défi supplémentaire pour les organisateurs de cette soirée exceptionnelle. Ecrite par le compositeur autrichien Edmund Meisel, elle n’a jamais été retranscrite pour un orchestre d’harmonie. Jean-Christophe Monnier, chef de l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève, a donc réadapté quelque quatre cent pages de partition qui ont ensuite été apprises à la seconde près par l’ensemble des musiciens pour reconstituer plus de quatre-vingts minutes de musique ininterrompue, un effort véritablement herculéen.

Heureusement que tous leurs efforts n’ont pas été en vain. Le ciné-concert fut une expérience incroyable et unique. Même si certaines erreurs dans la synchronisation entre l’image et le jeu de l’orchestre se sont quand même subrepticement glissées, cela ne faisait que contribuer à l’authenticité et à l’honnêteté de ce tableau majestueux.

Texte : Danila Kashkin

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