Jour d’été au Théâtre des Grottes

La compagnie Virgule présente la pièce « Jour d’été » du dramaturge polonais Mrozek au Théâtre des Grottes à Genève.

C’est la rencontre de deux personnages (Nicolas Fortini et Vincent Jacquet) que tout oppose mais qui ont un même projet. Assis sur le banc d’un parc, l’un est prêt à se pendre et se lance dans un long monologue sur sa vie et ses échecs, tandis que l’autre ne dit mot.

Le comédien Vincent Jacquet joue à merveille l’homme dépressif et désabusé, à la fois touchant et comique dans son malheur.

Le dialogue des deux hommes sur le sens de la vie démontre que celui qui possède tout est aussi malheureux que celui qui n’a rien. La métaphore de la natation illustre bien ce dilemme : celui qui sait nager envie celui qui ne sait pas s’il sera capable d’apprendre à nager.

Après moult politesses sur celui qui pourra se suicider en premier, l’apparition d’une belle dame (Mélissa Broutin) change la donne. L’amour donnera-t-il un sens à la vie ?

Une comédie pleine d’humour, à voir jusqu’au 20 avril

Texte: Sandrine Warêgne

JDE-affiche

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L’Anniversaire, une pièce d’Harold Pinter

Le théâtre Alchimic présente l’Anniversaire, une pièce du célèbre dramaturge britannique et Prix Nobel de littérature Harold Pinter, mise en scène par Jean-Gabriel Chobaz.

Photo: Valdemar Verissimo

Photo: Valdemar Verissimo

Sur scène, le petit-déjeuner du couple de propriétaires d’une modeste pension de famille au bord de la mer. Des rideaux en plastique aux reflets métallisés entourent la pièce, meublée simplement. Peter, le mari, est assis à table et mange des céréales en lisant le journal tandis que Meg, sa femme, en robe à fleurs et tablier rose, s’affaire et lui pose des questions auxquelles il répond de façon laconique.

Leur unique pensionnaire, Stanley, n’est pas encore réveillé. Meg veut monter lui apporter du thé mais Peter tente de la dissuader, en vain. Il se doute que sa femme entretient des rapports particuliers avec Stanley. La relation étrange de Meg et Stanley virevolte entre amour et haine, folie et réalité. L’ambiguïté des propos de Stanley envers Meg est troublante: il la qualifie de « succulente » tout en l’injuriant et en la traitant de « vieux sac à linge ».

L’arrivée de deux nouveaux clients, Goldberg et MacCann, qui accusent Stanley d’avoir trahi l’organisation renforce le sentiment de mystère. L’énigme tourne bientôt au délire quand Goldberg décide d’organiser, avec Meg, une fête d’anniversaire inquiétante pour Stanley.

S’ensuit un interrogatoire musclé et abracadabrant de Stanley, coincé sur une chaise entre Goldberg et MacCann, qui va métamorphoser le vaudeville en drame tragi-comique.

Un spectacle déjanté et délirant, remarquablement interprété, à découvrir jusqu’au 16 avril: www.alchimic.ch

Texte:  Sandrine Warêgne

Corps et Esprits : Regards croisés sur la Méditerranée Antique

Photo: Olivier Zimmermann

Photo: Olivier Zimmermann


A l’occasion de sa nouvelle exposition temporaire consacrée aux peuples qui occupaient les rives de la Méditerranée (Egypte, Mésopotamie, Grèce et Rome), le Musée d’Art et d’Histoire propose un bel ensemble d’œuvres, provenant de sa collection ainsi que de celle de la fondation Gandur pour l’Art.

Une muséographie contemporaine, sobres estrades blanches et élégantes bases gris anthracite, met en valeur les œuvres. La première partie de l’exposition « Corps et Visages » présente des représentations du corps humain: figurines, copies de statues grecques en pied et sculptures de visages.  On distingue une belle sculpture en marbre d’un satyre, la tête d’un prêtre oriental, ou encore la tête de Dionysos.

On s’arrête devant la qualité et la finesse de certaines pièces, notamment deux petites sculptures en albâtre délicatement ciselée : les adorateurs assis, originaires de Syrie (2550-2250 av. J.C)

La deuxième partie de l’exposition, « Esprits et spiritualité » s’intéresse aux croyances et aux divinités de l’époque. Les Egyptiens exprimaient souvent par des métaphores animales la puissance des divinités. On distingue ainsi une tête de bélier très originale, composée de trois matières différentes (bois, bronze et pierre).

Un peu plus loin, on observe une impressionnante statue d’un pharaon ramesside, en granite rouge, découverte par l’archéologue Edouard Naville. Un vidéomontage permet de voir les photos des fouilles, tandis que les dessins réalisés par son épouse, Marguerite Naville sont exposés au mur.

Des fresques et bas-reliefs, une collection de vases égyptiens et de vases grecs en forme d’animaux ainsi qu’une vitrine avec quelques bijoux en or clôturent la visite.

Si on peut regretter que cette exposition présente relativement peu de pièces, le thème du dialogue entre les différentes civilisations antiques est original et séduisant.

Corps et esprits, au Musée d’art et d’histoire, Genève. Jusqu’au 27 avril : http://www.ville-ge/mah

Texte: Sandrine Warêgne

Photo: André Longchamp

Photo: André Longchamp

Don Juan explosif au Théâtre St-Gervais

 

Photo: Sylvain Renou

Photo: Sylvain Renou

Jusqu’au 18 avril, Dom Juan de Molière s’invite au Théâtre St-Gervais de Genève dans une version folle et frénétique, réécriture de Christian Geoffroy Schlittler.

Sur le plateau transformé en jardin de plaisance, au jour de la mort du Che, les aventures du séducteur prennent des allures de vaudeville, dans lequel les rôles sont inversés : c’est Elvire qui, fuyant les chaines du mariage, annonce à Don Juan la fin de leur histoire. À l’instar du héros moliéresque, elle revendique sa liberté : perspective délicieuse qui dynamise les rapports et réactualise le texte. Elodie Bordas, qui porte le début de la pièce dans le rôle d’une Elvire volubile, bourgeoise des sixties, est saisissante.

D’abord contrarié, Don Juan ne peut cependant pas retenir son rire bien longtemps et les masques tombent. Elvire veut faire revenir Don Juan, la bonne Charlotte (Dianne Müller) éconduit le pauvre Pierrot (Olivier Yglesias), Ana (Julie-Kazuko Rahir), la fille du Commandeur, revient se venger, Sganarelle (Alain Borek) couvre son maître… L’univers donjuanesque se reconstruit pour mieux se désintégrer. Dans cette mise en scène, point de mythe : David Gobet compose parfaitement un Don Juan si blasé et nihiliste, au point de ne plus croire en lui-même, que le personnage se vide de toute consistance. Ce qui est en jeu, au cœur de ce plateau désorganisé, ce chantier, c’est le théâtre et la fiction, dont le metteur en scène s’amuse à démonter les codes. Une aventure audacieuse, que les acteurs emprunte avec enthousiasme dans une partition subtile et bien maîtrisée. De la pièce initiale, C’est une affaire entre le ciel et moi  conserve le brillant équilibre entre comédie et tragédie.  Et pousse à l’extrême le nihilisme de Don Juan, dépassant les considérations sociales et religieuses. Les personnages hésitent, ne sachant plus comment réagir.  Ce doute, interrogeant le principe de fiction et les limites de la mise en scène, s’insinue dans la scénographie. Et finit par contaminer le public…

Texte: Marie-Sophie Péclard

Photo: Sylvain Renou

Photo: Sylvain Renou

Cycle VOIX OFF au MAMCO

Genève, le 1er avril 2014 (non, non, ce n’est pas une blague !)

« Ici, c’est le top. » (Charles Pennequin)

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Voici le court récit d’une expérience « VOIX OFF » :

L’idée d’initier son intervention par l’utilisation d’un mégaphone est excellente, celle de continuer à parler depuis le couloir, inattendue. Il se déplace autour de l’assemblée et annonce : « on est bien entouré ». Le public rit, alors même qu’il évoquera dans l’un de ses textes une « interdiction de rire ». Il communique au travers de son téléphone ou par une vidéo projetée. Et lorsqu’au-dehors les cloches d’une église se font entendre, ni une ni deux l’auteur s’adapte, modifiant l’ordre de lecture de ses œuvres en conséquence. Charles Pennequin ne se lit pas, il s’écoute et se regarde.

Vous en voulez plus ? Venez participez à la prochaine expérience au MAMCO.

Texte: Michael K.  Photo: Charles Pennequin