L’Amalgame accueille Dead Skeletons: on a tremblé… de plaisir

Dans une ambiance tamisée, entre barbes fournies, tattoos et piercings, le public de l’Amalgame -Yverdon- a jouit de la présence exceptionnelle de Dead Skeletons, lundi soir.

Volutes de fumée et blousons de cuir attendaient les amateurs de musique psyché lundi soir à l’Amalgame. Un public averti, venant d’un peu partout en Romandie pour écouter LE groupe psyché aux sombres influences de rock expérimental, Dead Skeletons, originaire d’Islande, qui a séduit le public du Austin∙Psych∙Fest (Texas) en avril dernier.

Amalgam 14

 

Formé en 2008, à composition variable, le groupe brode le délire musical autour d’images inquiétantes : chaque concert est un vrai culte à la vie, qui passe par l’image omniprésente de la mort.

Le chanteur fait son entrée en scène pinceau à la main, pour déloger le blanc de la toile posée au premier plan. Un portrait quelque peu inquiétant, réalisé avec de la peinture noire et de l’eau. L’art visuel fait d’ailleurs partie intégrante du projet : le groupe vend ses toiles en même temps que ses vinyls et T-shirts…

 

Encens et autres objets rituels sont les attributs indispensables à Jón Seamundur Audarson, frontman introverti et talentueux, qui forme avec Ryan Carlson van Kriedt et Henrik Bjornsson, le trio originel de Dead Skeletons.

Une soirée envoûtante, malgré quelques soucis techniques… on se réjoui déjà de leur retour !

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Photos : Jonathan Tschan

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Un week-end riche en visites culturelles

La nuit des musées suivie de la Journée internationale des musées, les 11 et 12 mai 2013

« Dites oui aux musées » avant l’« after en famille », voici l’union alléchante proposée pour la première fois à Genève

Inspirées de la Lange Nacht der Museen de Berlin, les manifestations proposant aux visiteurs d’accéder aux musées en dehors des heures normales d’ouverture se multiplient en Europe. Ainsi, Genève, participant à cet engouement, a eu la bonne idée de coupler ce concept à la Journée internationale des musées, qui cette année avait lieu le dimanche 12 mai. Il ne fallait pas compter plus de 10 CHF pour profiter pleinement de cette expérience durant la soirée du 11 mai, tandis que le lendemain, l’accès aux institutions aussi bien privées que publiques, ainsi qu’à de nombreuses activités organisées pour l’occasion, était totalement libre.

Au total, ce sont 24 lieux qui ont ainsi composé le Carnet de noces, un guide contenant toutes les possibilités de visites offertes. Il s’agissait donc d’un programme riche, de quoi ravir grands et petits, familles et amis, couples et curieux de tous horizons. C’est certainement pour ce motif, que le vendredi précédent, on indiquait déjà des ruptures de stock à qui cherchait à acquérir un précieux sésame. Heureusement pourtant, des bagues étaient encore disponibles sur place, aux différents espaces participant à la fête. Des bagues ? Oui oui, vous avez bien lu ! C’est bien cette forme qu’a revêtu l’objet de convoitise, permettant de prendre part à la grande noce organisée pour tous.

Pour couronner le tout, non seulement les transports en commun étaient compris dans la modique somme demandée pour la Nuit des musées, mais en plus des navettes faisaient des allers et retours réguliers entre le Château de Penthes où se trouve le Musée des Suisses, la Fondation Bodmer de Cologny ou encore la rue de l’Hôtel-de-Ville, jouxtant la cathédrale.

Comme exemple de parcours, il était possible commencer la soirée par une visite commentée de l’exposition temporaire Le Lecteur à l’œuvre. Présentée à la Fondation Bodmer jusqu’au 25 août 2013, il faut compter environ une heure et demi pour en faire convenablement le tour. Ce temps d’émerveillement nous fait admirer à la fois l’ancien et le récent, l’origine des textes et leurs retouches avant lecture.

Nuti des Musées GEPuis, après un retour en ville, dans une voiture avec chauffeur mise gracieusement à disposition, la cathédrale était à deux pas. Malheureusement, victime de son succès, la fameuse visite des tours restait obstruée par le nombre invraisemblable de curieux ayant fait le déplacement. Qu’à cela ne tienne !

Direction : le Jardin botanique. Une fois la nuit tombée, les chemins ont été tout spécialement illuminés afin de permettre la découverte de ce lieu dans une ambiance nouvelle. Après un bref tour dans une serre, où se tenait un spectacle contemporain qui n’était pas au goût de tout le monde, il était aussi possible de s’inscrire à des visites accompagnées. S’il restait des places, évidemment ! S’est ensuite entamée, dans l’un des groupes, la présentation de la prestigieuse bibliothèque de botanique que recèle le parc, ainsi que de quelques-uns de ses ouvrages.

Il était presque minuit et le Musée d’histoire naturelle jouait le couche-tard. Le rez-de-chaussée de l’édifice reste ouvert, ce soir-là, jusqu’à une heure du matin.

Après une bonne nuit de sommeil, le marathon continuait pour les courageux assoiffés de nouveautés. Le Musée de la Réforme, comme la plupart de ses pairs, accueillait les visiteurs dès dix heures et organisait des animations spéciales dès quatorze heures. Au programme : démonstration d’une ancienne presse d’imprimerie. Le temps de tout regarder, l’heure tournait et le temps d’une nouvelle visite commentée est arrivé. Mais où déjà ?

À la Fondation Baur, où l’exposition temporaire Noirs d’encre – Regards croisés se tient encore jusqu’au 4 août 2013, il y avait déjà foule. Dans la petite bâtisse, on n’était pas préparé à un tel attroupement. L’activité est alors scindée en deux groupes, tandis que les agents de sécurité restent sur le qui-vive pour parer à tout incident. Hans Hartung et les peintres chinois contemporains ont fait leur effet sur l’assemblée, tandis que certains ont préféré finalement opter pour une visite plus zen, à l’écart.

Dernière étape d’un week-end bien rempli, le Musée d’art et d’histoire proposait, comme les autres, la gratuité à son exposition temporaire dédiée cette fois-ci à Roger Pfund, et présentée jusqu’au 11 août 2013.

220 musées suisses ont participé à la Journée internationale des musées. L’année prochaine, elle se tiendra le dimanche 18 mai.

Soyez là !

Michael K.

Qui tire les ficelles ?

Un dragon, une jeune fille, un chevalier… Puisant dans nos mythes traditionnels pour mieux démonter nos mythes contemporains, L’Opéra du Dragon saura vous convaincre qu’un spectacle de marionnettes, ce n’est pas seulement pour les enfants.

6_L,,opera_du_dragon_Photo_libre_de_droits_J-L_FernandezCe conte, aux résonances politiques, fait le procès d’une société totalitaire et despote, incarnée par un Dragon aussi bienfaisant que sanguinaire. Des masques aveugles dénoncent la passivité d’une société oppressée et heureuse de l’être. Le chevalier Lancelot parviendra-t-il à sauver le peuple de son oppresseur… et de lui-même ?

Etablissant le parallèle avec les contradictions de la démocratie et du monde libéral, ce message puissant n’en est pas moins connu et convenu. Il échappe heureusement à la (dé)moralisation par une mise en scène qui favorise l’humour et l’ironie. L’Opéra du Dragon est techniquement très impressionnant. Trois acteurs- marionnettistes manient devant nos yeux ces silhouettes désarticulées masquées par un tissu noir. Une récitante interprète pas loin d’une vingtaine de voix. Un musicien compose sa musique au fil des scènes. Une performance mêlant mouvement, son, lumière, image : des effets qui sont tous fabriqués sur scène, au vu et au su du public. Renonçant à l’illusion, le théâtre devient alors une dénonciation de toute manipulation des idées et des croyances.

Entre gravité et dérision, L’Opéra du Dragon est une belle aventure visuelle. A découvrir au Théâtre de Marionnettes de Genève, jusqu’au  26 mai. www.marionnettes.ch

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Texte : Marie-Sophie Péclard

Après sa création au Théâtre de Vidy, Animata revient à Genève

Salle comble, bonne humeur et accueil chaleureux au théâtre Le Poche pour la première mise en scène du cinéaste Jacob Berger, sur une pièce de Gilles Laubert. Le texte semble au premier abord difficile, de par une langue étrangement désarticulée et à la construction inattendue. Il en résulte une mélodie et une logique interne qui illustre la tragédie des personnages. Chacun est prisonnier et tente de trouver chez l’autre une échappatoire. Le Fils, âgé de 25 ans, « normal mais différent », vit une relation exclusive et malsaine avec sa mère qu’il finit par fuir. Il rencontre Aminata, prostituée sénégalaise désabusée. Ces deux exclus de la société font le pari d’une vie à deux, dans une pureté et une innocence qui contrastent avec les démons des deux autres protagonistes à l’apparence plus respectable. La Mère, pourrie par l’amour démesuré qu’elle porte à son fils, veut absolument le ramener chez elle, et part à sa recherche avec l’aide d’un inspecteur bienveillant mais instable…

Après un début un peu lent, seul bémol de cette belle production, l’intrigue et l’émotion de resserrent au fil des saynètes pendant lesquelles les personnages se croisent et se confrontent. Des rencontres où se mêlent l’incompréhension, la peur, l’acceptation de l’autre, la connivence, la xénophobie … Le premier atout de cette pièce, c’est évidemment un texte fort, mais il serait injuste de ne pas saluer le travail du metteur en scène et des acteurs. Jacob Berger exploite à merveille la part comique du texte, et le rire du public, même s’il part de l’indignation, permet de soulager quelque peu la tension. Le plaisir est également dans le jeu des quatre interprètes. Elphie Pampu illumine la scène avec une Aminata sensuelle et lucide, Baptiste Gilliéron rend la fragilité du fils émouvante, Margarita Sanchez campe avec virtuosité une mère tyrannique et rigide. Quant à Gilles Tschudi, son inspecteur inspire autant l’attendrissement que le dégoût.

Au tombé du rideau, les acteurs, encore chargés d’émotions, semblent quitter difficilement leurs personnages malgré les applaudissements enthousiastes des spectateurs. Aminata serre à deux mains celle de La Mère, avant que la troupe n’appelle Jacob Berger à rejoindre la scène pour partager un succès mérité.

Texte : Marie-Sophie Péclard

Aminata

Aminata se joue au théâtre Le Poche, à Genève, jusqu’au 26 mai. www.lepoche.ch

Maceo Parker: le roi du funk charme les Docks

Ce dimanche 5 mai, le grand Maceo Parker s’est produit sur la scène des Docks à Lausanne. Du haut de ses 70 ans, l’ancien saxophoniste de James Brown garde une énergie et une classe rare. Entre prouesses musicales et un son de grande qualité, la soirée fut forte en émotion.

Dans une ambiance tamisée, la salle bien remplie est prête à accueillir l’immense Maceo Parker. Les musiciens arrivent sur scène et installent rapidement un groove démystifiant jusqu’à l’arrivée du leader et de son talentueux trompettiste, Lee Hogan. Une entrée en scène qui met tout le monde d’accord.

Maceo lance une introduction a capella rappelant, même à un public averti, le parcours et les années d’expérience et d’influence ayant forgé le génie de l’artiste. Les reprises de James Brown et Ray Charles sont magnifiques et le funk proposé emballe le public, tous âges confondu.

Après quelques morceaux, l’ambiance monte, le jazz aux touches latines s’installe : Maceo Parker agit en chef d’orchestre, tout en laissant beaucoup de place à ses musiciens. Certes, nous sommes là pour le roi du funk, mais il va sans dire qu’un musicien de son envergure ne manquera de savoir s’entourer des meilleurs. Chaque artiste présent est, le temps d’une chanson, mis en avant, tout comme les deux choristes qui nous ont régalé de leurs somptueuses voix.

Sans oublier le solo de batterie, un grand moment du concert qui a marqué les esprits. C’est le jeune Markus Parker – un nom à retenir – qui nous a livré une performance de très haut niveau entre précision, rapidité et créativité. Encore peu connu, il est le neveu de Maceo Parker : son père, Melvin, n’est pas moins que le batteur qui a accompagné James Brown durant de longues années avec Maceo.

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Après pas moins de 2h30 de concert, la soirée s’achève sur une poignée de main de chaque artiste, venus saluer leur public sur le devant de la scène.

Si certains musiciens paraissaient un peu blasés, la soirée n’en fut pas moins magnifique et la légende vivante Maceo Parker, toujours humble, a fait vibrer le public du début à la fin.

Texte : Jonathan Tschan et Nicolas Fedrigo

Enfances volées – regards & témoignages d’enfants placés

L’exposition itinérante a pris ses quartiers samedi dernier à Saint-Gervais Genève Le Théâtre, tout près de la place Cornavin, pour trois mois riches en émotions. Car c’est bien d’émotions qu’il s’agit lorsqu’on traverse les deux étages austères consacrés  à l’enfance oubliée. Le visiteur y ressent la tristesse, l’incompréhension et un brin d’espoir désabusé de ces jeunes « orphelins », trop longtemps ignorés.

Paul Senn. Garçons au travail, établissement de Sonnenberg, Kriens, 1944

Paul Senn. Garçons au travail, établissement de Sonnenberg, Kriens, 1944

L’exposition se veut didactique, abordable, en évitant tout sentimentalisme: pari réussi. Dans un décor scolaire (tableaux sur pieds, pupitres, stickers rappelant le jeu de la marelle), on découvre le destin de ces milliers d’enfants arrachés à leur famille, placés en orphelinat ou vendus comme de la marchandise aux paysans. Si les bonnes mœurs étaient un prétexte courant pour créer cette main-d’œuvre bon marché – une mère célibataire, une famille trop nombreuse sont des raisons suffisantes pour arracher les enfants à leur famille -, les conditions dans lesquelles ces enfants grandissent représente la partie la plus sombre de l’histoire.

Deux cas de figures ressortent. Les plus chanceux vont  à l’école et reçoivent la visite de leur famille – s’ils en ont une – un dimanche par mois, à condition d’obtenir de bons résultats scolaires. Les notes satisfaisantes peuvent être également directement liées à l’obéissance sexuelle des enfants aux instituteurs ou surveillants concernés.

Les autres sont employés à la ferme, travaillent dix heures par jour, mangent et logent à l’étable. Souvent frappés, parfois abusés, ces esclaves n’ont aucun droit, ni celui à la parole, encore moins celui de connaître leurs origines.

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Les témoignages audio (nombre de ces rescapés de la vie n’ont jamais appris à écrire) sont déchirants de simplicité. On réalise alors que ces gens font partie de notre entourage, en Suisse. L’impensable a bel et bien existé, dans l’ignorance autrefois, dans l’oubli aujourd’hui.

Une exposition indispensable sur le passé d’un pays que l’on croit souvent épargné, à tort, de telles abominations. À découvrir, seul ou en famille, jusqu’au 7 juillet.