L’Opéra de Lausanne — Scandaleusement lyrique

Présentation du programme 2019-2020

Après la critique de « L’histoire du soldat » dans la presse en octobre dernier, l’Opéra de Lausanne utilise le scandale à son avantage en axant sa campagne de communication pour le programme 2019/2020 autour de celui-ci, mais en recentrant le propos sur les œuvres, comme vous le découvrirez dans les affiches amusantes qui envahiront la ville dans les prochains jours. Candide y est taxé de non écoresponsable, Hoffmann d’être un Don Juan et les aventures amoureuses d’Hélène y sont exposés. Ce scandaleux programme ne réserve pas que des intrigues, mais aussi des moments forts tel le bicentenaire d’Offenbach, la nouvelle édition de la Route Lyrique, des chefs d’œuvres inconnus et une création vaudoise.

Texte: Mallory Favre

Les 200 ans d’Offenbach

Cette année, pour célébrer le bicentenaire de la naissance du maître de l’opéra-comique, l’Opéra de Lausanne sera le seul théâtre francophone à présenter deux Offenbach. « Les Contes d’Hoffman » (sept.-oct. 2019) la plus sérieuse de ses œuvres, ouvriront la saison. La maquette de la scène, en forme de cabinet de curiosité, annonce déjà un spectacle envoûtant.

Les contes d’Hoffmann maquette décors ©Stefano_Poda

La fête continuera en décembre avec un autre chef-d’œuvre du compositeur allemand, « La Belle Hélène ». Cet opéra en forme de parodie jubilatoire des mœurs de son époque saura célébrer son légendaire humour.

Place aux jeunes

Tout l’été, La Route Lyrique, proposera une vingtaine de représentations en Suisse romande par des jeunes chanteur∙euse∙s et musicien∙ne∙s diplômé∙e∙s des écoles supérieures de musique de la région pour favoriser leur insertion professionnelle. Cette année, ils∙elles ont jeté leur dévolu sur « Les Chevaliers de la Table ronde » du compositeur Hervé. Cette œuvre qui paraît-il, rappelle le « Holy Grail » des Monty Pythons, utilise la parodie pour mieux faire rire sur les travers contemporains.

L’Opéra de Lausanne accueillera aussi la Finale du Concours de Kattenburg (octobre 2019). Les cinq chanteur∙euse∙s finalistes de l’HEMU et ses alumni disposeront de vingt minutes pour convaincre le jury. L’institution ne fait pas que faciliter l’entrée dans la vie professionnelle des artistes de la région, mais en engage aussi. En effet, dans Candide (mars 2020), c’est la Lausannoise Maris Lys à la voix puissante et tout en nuances qui interprétera Cunégonde.

Marie Lys
 © Clive Barda/ ArenaPAL

Finalement, « Pierre et le Loup » (novembre 2019), pour lequel l’orchestre est composé d’étudiant∙e∙s de l’HEMU, sera donné pour la dernière fois. C’est le dernier moment pour y emmener petit∙e∙s et grand∙e∙s !

Les chefs-d’œuvre inconnus

Le directeur artistique de l’Opéra met un point d’honneur à offrir une visibilité à des œuvres moins mises en scène du répertoire lyrique européen. En effet, sur les 41 000 œuvres, seules 800 sont régulièrement jouées. Pour remédier à cela, « Gli amori di Teolinda » (novembre 2019) de Giacomo Meyerbeer seront interprétées en concert exceptionnel. En deuxième partie, on retrouvera « Musik zu einem Ritterballet WoO1 » de Beethoven, composé quand il n’avait que 22 ans, ainsi qu’un air et cavatine de Mozart.

La zarzuela genre théâtrale lyrique espagnole qui n’est pas souvent joué en dehors de la péninsule ibérique, se fait également une place dans le programme de cette année avec l’iconique « Dona Francisquita ». Cette comédie met en scène des personnages de la société populaire Espagnole et charme par son ambiance madrilène à la saveur inimitable.

Doña Francisquita, maquette costumes ©Alejandro Andujar

Le patrimoine vaudois

Le clou du programme sera certainement atteint avec « Davel » (mai 2020), une commande de l’Opéra qui se trame depuis déjà deux ans et dont le livret est en cours d’écriture par René Zahnd. Cette œuvre, mise en musique par Christian Favre, ne rendra non pas de manière philosophique ou politique la vie du major vaudois; l’accent sera plutôt mis sur la restitution d’une tranche de vie du héros national.

Pour plus d’information, vous pouvez dès maintenant consulter le tout nouveau site de l’Opéra de Lausanne, plus esthétique et plus interactif comme le présente le directeur. En effet, des extraits musicaux et vidéo sont désormais disponibles avec chacun des évènements.

www.opera-lausanne.ch

Le Crépuscule des Dieux: bouquet final de haute volée à Genève

Dernier volet de l’œuvre monumentale de Wagner, la version 2019 du « Ring des Niebelungen » présentée au Grand Théâtre de Genève a su trouver un équilibre subtil dans une mise en scène à la fois contemporaine et respectueuse de l’esprit du grand compositeur.

Texte: Oscar Ferreira

« Götterdämmerung »
Petra Lang, © GTG / Carole Parodi

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 15 à 17 heures de spectacle, 34 personnages, 125 musicien·ne·s… La tétralogie de Richard Wagner (1813-1883) est composée d’un prologue, « L’Or du Rhin », et trois journées, « La Walkyrie », « Siegfried » et « Le Crépuscule des dieux ». Intrigues mêlant à la fois des créatures légendaires, des dieux, de valeureux soldats, des légendes germaniques et nordiques. Autant dire qu’il n’est pas du tout aisé de mettre en scène un tel monument. Souvent redouté par les néophytes pour sa longueur légendaire, le « Ring » n’est de prime abord pas l’opéra le plus facile d’accès. Avec le « Ring », Richard Wagner crée son propre mythe. Initialement inspiré de récits historiques, il évolue vers les légendes pour aboutir aux mythes qui lui permettent de créer une mythologie. Il donne naissance à un spectacle pharaonique par ses dimensions et son ambition.

Dans ce dernier volet, l’intrigue se complique et s’assombrit. La prophétie faite par Erda dans « L’Or du Rhin » s’accomplit dans « Le Crépuscule des dieux », quatrième et dernier épisode de la tétralogie. Ici se termine le récit fait par Dieter Dorn et Jürgen Rose de la grande épopée scénique et musicale qui inspira tant d’artistes avant eux. Avec Georg Fritzsch à la direction musicale de l’Orchestre de la Suisse Romande, ils épurent l’intrigue complexe du « Crépuscule des dieux » vers une ultime lisibilité, axée sur la rédemption par l’amour, grâce à l’abnégation de Brünnhilde et le retour de l’Anneau dans le Rhin avant que le monde ne soit englouti par le néant. Le spectateur se laisse emporter sans difficulté dans l’intrigue grâce à la vision simple et droit au but de Dieter Dorn.

Sa mise en scène est sobre et élégante. Un plateau noir d’ébène et un simple rectangle éclairé en guise de palais. Efficace et sans artifices superflus. Petit bémol néanmoins pour les costumes, peu raffinés.
Mention spéciale pour les quelques idées originales comme cette monture de Siegfried réduite à un format miniature, ou le cadre de la scène rétro-éclairé d’un rouge vif qui suit l’intrigue, avec quelques apartés tout-à-fait intéressants lorsqu’un carré rouge sang vient se dessiner sur le rideau baissé entre les actes, mettant en valeur le protagoniste.

« Götterdämmerung » © GTG / Carole Parodi

« Elle a passé comme un souffle, la race des dieux;… le trésor de ma science sacrée, je le livre au monde: ce ne sont plus les biens, l’or où les pompes divines, les maisons, les cours, le faste seigneurial, ni les liens trompeurs des sombres traités, ni la dure loi des mœurs hypocrites, mais une seule chose qui dans les bons et les mauvais jours nous rend heureux: l’Amour! »  Richard Wagner

Petra Lang et Michael Weinius nous livrent une Brünnhilde et un Siegfried tout en finesse de par leur habileté vocale en retenue, accompagné·e·s par l’Orchestre de la Suisse Romande et le Chœur du Grand Théâtre de Genève. Une très belle réussite, qui aura été à la hauteur pour la réouverture de la grande institution genevoise. Après trois ans de travaux, l’écrin somptueux du Grand Théâtre retrouve désormais sa splendeur d’antan et a su ouvrir ce nouveau chapitre en beauté.

www.geneveopera.ch/der-ring

À la rencontre d’un auteur?

Se déplacer au théâtre, c’est toute une aventure: sortir de chez soi, se préparer à voyager et pourquoi pas inviter quelqu’un qu’on apprécie à nous rejoindre. J’ai découvert David Paquet en 2016 en travaillant « 2h14 » avec un groupe de théâtre. Le texte en question trace le destin de 6 personnages que la mort réunit à 2h14. Cette expérience m’a permis de goûter et d’apprécier tout spécialement les mots du dramaturge québécois. C’est pourquoi j’ai voulu pousser la porte du POCHE/GVE, et découvrir un autre texte de l’auteur: « Le Brasier ».

Texte: Maëllie Godard

Venir au POCHE/GVE, c’est stimuler ses sens: à peine rentrée dans la petite salle, la curiosité émoustillée détaille déjà les trois acteur·trice·s sur scène. La couleur de leurs habits, la consistance de leurs cheveux, les contrastes de lumières, … L’équipe de scénographe, costume, coiffure, maquillage transporte le·la spectateur·trice hors du temps avant même que le spectacle ne commence.

Photo: © Samuel Rubio

Et une fois le spectacle commencé? Ce sont trois histoires, trois générations dont les vies se croisent sous nos yeux. Trois triplés, deux amoureux, puis une femme. Ce ne sont pas des héros ou héroïnes grec·que·s, dont la destinée tragique influence le cours de l’Histoire. Ils·elles n’affrontent pas des armées colossales; ils·elles parlent à leur biscuit, rencontrent un psy, vont au cinéma, boire un café, achètent des bibelots, et une humanité désarmante imprègne la folie de ces personnages. David Paquet fait naître des sortes de marginaux qu’on rencontre à un tournant, un moment de prise d’initiative. Ils suivent un conseil, une intuition, une impulsion et leur destinée tragique se mêle avec humour à leur combat quotidien ordinaire.

« Le Brasier », c’est un verbe franc et puissant, des personnages hauts en couleurs. Le Québécois regorge d’expressions qui sont comme des feux d’artifice. Les mots nous prennent par surprise: leur exotisme les transforme à nos oreilles en métaphores surprenantes. On peut saluer le travail des acteur·trice·s qui servent vaillamment le texte savoureux, boucle infernale et poétique.

Jusqu’au 17 mars prochain, je vous encourage donc fortement à découvrir la mise en scène de Florence Minder, portée par Christina Antonarakis, Rébecca Balestra et Fred Jacot-Guillarmod, membres de la troupe permanente du POCHE/GVE. Le théâtre a cet avantage qu’il peut s’affranchir d’un réalisme plat, et l’équipe qui sévit dans la vieille ville de Genève saisit cette chance à pleine main, insufflant quelque chose de magique à ses spectateurs et spectatrices.

Le Brasier
Au POCHE/GVE, jusqu’au 17 mars

www.poche—gve.ch/spectacle/le-brasier

Midnight in the Docks

Qu’ont en commun la BO de Titanic, « I Will Survive » ou encore « Nothing Else Matter » de Metallica?
Ce sont des hits des ’20ies!
… pas exactement, mais le Postmodern Jukebox pourrait tout aussi bien nous le faire croire. Passés à travers les arrangements du pianiste et fondateur du groupe Scott Bradlee, les tubes des dernières années, tous genres musicaux confondus, prennent une teinte délicieusement vintage. L’orchestre était au Docks hier soir, a tout donné, a rendu Lausanne fou!

Texte: Katia Meylan

L’affiche ayant attiré de nombreux amateur-trice-s, on serpente patiemment dans la file et on arrive dans la salle alors que le concert a déjà commencé depuis quelques minutes. L’ambiance: euphorique bien qu’encore un peu timide du côté du public – comme souvent dans les concerts de nos contrées, détrompez-moi peut-être – mais ça n’a été qu’une question de temps!

En scène, le maître de cérémonie nous présente la toute dernière vocaliste ayant rejoint la tournée. Tia Simone a apparemment décidé de ne pas se ménager pour sa première chanson de la soirée, et la puissance dans sa voix nous fait tout de suite comprendre pourquoi elle a rejoint l’orchestre.
PMJ, comme on appelle aussi le collectif, a la particularité de compter plus d’une cinquantaine d’artistes qui se produisent en alternance. Au Docks, on a la chance de rencontrer, en plus des musiciens attitrés (piano, guitares, contrebasse, batterie, trombone, saxophone) les chanteuses Hannah Gill et Olivia Kuper Harris, et le danseur de claquettes Caley Carr. LaVance Colley, le maître de cérémonie, présente les artistes, s’assure que le public va bien entre deux chansons.

Olivia Kuper Harris en battle avec le trombone

C’est « Creap » de Radiohead et « All About That Bass » de Meghan Trainor qui ont le plus la cote auprès des Suisses sur YouTube, nous apprend-il encore. Mais dans la salle, chaque chanson remporte son petit succès. Après une reprise de « Feel it Still » du groupe Portugal The Man par les trois chanteuses, qui gardent le côté dansant du titre et le recouvrent de velours, LaVance Colley s’avance et reçoit autant d’acclamations et sifflements admiratifs que les femmes juste avant lui. Et on a bien fait, car on ne le savait pas encore, mais… il allait entonner « Halo » de Beyoncé. L’émotion se diffuse et prend même le dessus sur la performance – qui n’est pourtant pas des moindres puisque le vocaliste traverse plusieurs octaves, donnant à chacune ses nuances.

Les yeux fermés, nous étions partis dans nos mondes, que ce soit sur « Halo » ou sur Metallica, mais l’orchestre a vite fait de nous secouer avec quelques titres bien swing qui nous font revenir aux Docks comme ils auraient été il y a cent ans. Entre chaque changement de costumes scintillants et duveteux, aussi à l’aise au chant qu’à leurs instruments où à la danse, ces showmen et showgirls ont épaté Lausanne, qui crie, tape des mains et en aurait redemandé toute la nuit!

Pour les globe-trotters qui les auraient manqués hier soir, ils sont ce soir à Girona en Espagne, dimanche à Bologne, mardi à Munich… et ainsi de suite, tout leur programme sur: www.postmodernjukebox.com

Boulevard des airs

C’est l’histoire d’une bande de potes aux mêmes goûts musicaux. Ils ont la chance de s’unir en 2004 pour vivre pleinement de leur passion. Chaque membre est important dans ce groupe home made qui compose, écrit, enregistre, produit, arrange et réalise lui-même ses albums. Récompensés lors de la 34e édition des Victoires de la Musique grâce au titre original « Je me dis que toi aussi », les musiciens ont partagé leurs bonheurs sur scène le 1 mars dernier à la Salle des Fêtes de Thônex.

Texte: Jenny Raymonde

J’ai découvert ce groupe avec la chanson « Bruxelles » pendant l’automne 2015 alors que je rentrais pour un week-end  voir ma famille, justement à Bruxelles. Au début du spectacle, Sylvain dit « Ça fait plaisir de voir des têtes connues qui nous ont déjà vus à Genève, à Montjoux », et pourquoi pas à Bruxelles, en octobre 2016, pour la précédente tournée incroyable Bruxelles Tour.

Le public composé d’enfants, d’adolescent·e·s, de jeunes, d’adultes et des personnes plus âgées, regarde, chante, tape dans les mains ou avec les pieds, il fait ce qu’il lui plait, pour se faire entendre et participer au concert avec l’orchestre.

Les musiciens emmènent avec eux tous les grains de sable de la salle pendant 1h30 avec un mix entre les morceaux du nouvel album et les plus anciens.

Le temps a filé en douce et nous aimerions qu’ils restent encore un peu avec nous à Thônex.

Ils nous laissent en assurant que « quand les jours seront pourris, qu’il fera froid, qu’on déprimera, ils se rappelleront de l’ambiance de la salle de Thônex » et je me dis que nous aussi palapala palapala palapala palapala …

Ils reviendront dans nos contrées le 5 juin à Nyon pour le Caribana Festival, et le 15 août à Avenches lors du festival Rock Oz Arènes.

www.bda-boulevarddesairs.com