« Lord of the Rings in concert »: un ciné-concert pour les captiver tous!

Les trois chefs d’œuvre adaptés de l’univers de Tolkien ont eu une influence que beaucoup des épigones de Peter Jackson ne peuvent que lui envier. Ils ont à ce point bouleversé toute une génération qu’ils sont perçus comme étant véritablement intemporels. Or, voilà déjà quinze ans que la Communauté de l’Anneau a accédé au royaume du septième art.

Photo: concertnews.be

Texte: Florian Mottier

Copyright Kaitlyn Lusk

Comment une telle œuvre a-t-elle résisté aux assauts du temps? Les harmonies d’Howard Shore participent-elles encore à donner un souffle épique à la saga de Tolkien? Ces questions, l’OSR de Genève y a répondu avec brio vendredi et samedi derniers en projetant le dernier volet de la trilogie, « Le Retour du Roi » sous les ors du Victoria Hall, à Genève. Dirigé d’une main de maître par Ludwig Wicki, le 21st Century Orchestra a une fois de plus démontré avec brio sa capacité à sublimer une des plus belles compositions de l’histoire du cinéma. Si l’on y ajoute encore le Motet de Genève, dirigé par Romain Mayor, et Kaitlyn Lusk, dont la voix de soprano donne tout son relief aux chants elfiques du film, on obtient un ciné-concert inoubliable et une série d’irrépressibles frissons.

Au final, c’est une redécouverte de deux chefs d’œuvre que nous a offert l’OSR de Genève. D’une part, celle de la trilogie de Jackson, qui n’a pas pris une ride, et d’autre part celle du 21st Century Orchestra, qui n’a pas perdu de sa capacité à sublimer le travail des compositeurs de films. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, le Victoria Hall affichant complet les deux soirs de la représentation. C’était d’autant plus agréable d’y voir se côtoyer habitués du lieu et amateurs les plus mordus de la trilogie, uni sous la bannière du seigneur de tous les films d’héroïc fantasy!

 

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Quand le théâtre croise le cinéma

Le Théâtre de l’Orangerie fait mouche avec « L’illumité », nous proposant l’histoire d’un chevalier clamant à tout-va les dangers des machines à vapeur, évoluant dans un décor où la scène du théâtre s’associe à l’écran du cinéma pour des rebondissements hauts en couleur!

Texte: Nastassja Haidinger

La pièce de Marc Hollogne semble s’appuyer sur des couples d’opposés qui coexistent d’une manière perspicace, savamment dosée. Le passé dialogue avec le présent à travers l’intrigue de la pièce, entraînée par les déclamations du chevalier Casignac à l’encontre des nouvelles machines à vapeur, en cette année 1788, de ces « monstres » qui ne cherchent pas à définir l’imprévu du quotidien mais bien à le supprimer. Des dangers qui empiéteront sur nos vies, ce qui fait bien évidemment écho à l’omniprésence des technologies modernes et actuelles. Une relation « passé-présent » rendue perceptible par le traitement de la pièce, qui reste classique dans son écriture partiellement en alexandrins, mais qui se fait moderne en usant d’un écran sur scène – le cinéma, une autre technologie qui résulte de l’industrialisation crainte par Casignac.

Photo: Madeho Productions

C’est bien sur ce rapport « théâtre-cinéma » que se joue le tour de force de cette pièce: l’espace scénique se réinvente en accueillant un écran sur une moitié de la scène. Le spectateur peut, dès le début, apprécier l’histoire non seulement face à de vrais comédiens, mais aussi devant une surface bidimensionnelle. C’est surtout le traitement de l’image qui m’a frappé: l’image joue à différents niveaux, instaurant une dynamique intéressante entre les personnages et au sein du décor. L’image peut ainsi faire partie intégrante de la scène, les comédiens étant filmés à leur taille, ce qui leur permet de déambuler sur l’écran et d’en sortir sans crier gare, dans une parfaite continuité. Outil narratif, l’image peut aussi cadencer le récit en juxtaposant l’action en train d’être décrite par des personnages sur scène, et vice-versa (évoquant la technique de l’écran divisé au cinéma), ou en servant de flash-back. En tant que « représentation », l’image peut enfin incarner les pensées ou les commentaires souvent enflammés de Casignac, comme des illustrations viendraient orner les passages d’un livre.

Relevons enfin les nombreuses notes d’humour à propos de cet usage de l’image, les personnages pouvant tout à coup se laisser surprendre par le « saut » du chevalier de la scène à l’écran, passage au terme duquel son costume change de couleur! Ou encore du chevalier qui s’adresse, depuis la scène située dans le hall, à son acolyte encore sur l’écran et dans une pièce éloignée de la demeure, l’enjoignant à « passer par ici, c’est plus rapide ».

Jouant aussi avec l’échelle, présentant certains personnages en gros plan lorsque l’action s’intensifie, c’est à un vrai divertissement que nous convie Marc Hollogne, et que vous pouvez encore découvrir jusqu’au 14 septembre au Théâtre de l’Orangerie.

www.theatreorangerie.ch/spectacles/l_illumine

Prix du Cinéma Suisse

Vendredi 24 mars a eu lieu le 20ème Prix du Cinéma Suisse, au Bâtiment des Forces Motrices à Genève. Une belle brochette de réalisateurs, acteurs, monteurs ou musiciens heureux à l’annonce de leur nom, des personnalités et des humoristes pour présenter les catégories, placer un bon mot et remettre aux lauréats  le Quartz tant espéré. Une cérémonie –quadrilingue, s’il vous plaît – qui a récompensé la créativité, la maîtrise du dialogue filmique et surtout le travail d’équipe, comme les lauréats l’ont tous rappelé dans les discours de remerciement. Le cinéma suisse existe bel et bien, ses protagonistes nous en ont offert la preuve une nouvelle fois.

Le film de Claude Barras « Ma vie de Courgette », qui aura mis dix ans à voir le jour, a été sacré « Meilleur film de fiction ». Et en effet, on sent que l’équipe a travaillé ensemble des heures et des années durant; en plus des remerciements chaleureux que chacun adresse à ses collègues et amis, on peut voir les regards complices, les sourires. Le film a également gagné le prix de la « Meilleure musique de film », qui est allé à Sophie Hunger, et le prix spécial de L’Académie pour Marie-Eve Hildbrand, pour avoir réussi de façon presque magique à donner une identité forte aux personnages grâce à son excellent travail de casting et de direction des acteurs.

Photo: eddymotion photography. Derrière, Claude Barras, réalisateur, Max Karli et Pauline Gygax, producteurs et Alain Berset, conseiller fédéral. Devant, Sixtine Murat, la voix de Camille, et Gaspard Schlatter, la voix de Courgette.

 

« Die göttliche Ordnung » a lui aussi gagné trois prix. Celui du « Meilleur scénario » est allé à sa réalisatrice Petra Volpe, et celui de « Meilleure interprétation féminine » à Marie Leuenberger, rayonnante lors de la soirée. Le Prix de la « Meilleure interprétation dans un second rôle » était ici un peu spécial, et il n’y avait pas beaucoup de suspense quant au film qui allait le remporter: toutes les nominées étaient des actrices de « Die göttliche Ordnung », incarnant différentes générations de femmes se battant pour la même cause. Pour un film qui traite du droit de vote des femmes en Suisse, c’était une bien belle récompense que ces trois Quartz, l’un remis par la conseillère d’État Anne Emery-Torracinta.

Quant au prix de la « Meilleure interprétation masculine », il a été remis par Alain Berset à Bruno Ganz. Ce dernier a d’abord remercié l’Académie de l’avoir récompensé une deuxième fois, ici pour son rôle dans « Un juif pour l’exemple », et leur a demandé avec humour s’ils étaient sûrs d’avoir une bonne vue. Il a également reçu le Prix d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Entre le discours du conseiller fédéral et le montage – réalisé par un étudiant de l’ECAL – rassemblant les divers rôles de Ganz, du comte dans « La Marquise d’O » en 1976 au grand-père suisse dans « Heidi » ou « Vitus » en passant par Hitler dans « La chute », le moment était émouvant.

Photo: eddymotion photography

Les courts-métrages ont attiré l’attention, ayant chacun une identité visuelle et un thème fort. Deux films sont sortis ex-aequo: « La femme et le TGV » de Timo von Gunten et « Bon voyage » de Marc Raymond Wilkins.

Qui n’a pas encore vu les films nominés a dû en avoir l’eau à la bouche. Les Cinémas du Grütli, dans la continuité de leur « semaine des nominés », ont proposé des séances gratuites tout le week-end afin de permettre au public de découvrir les films promus.

Souhaitons une longue vie à ces films, ainsi qu’au cinéma suisse!

Texte: Katia Meylan

Une séance de cinéma à l’ancienne

Le 13 octobre dernier, le célèbre Forum du Rolex Learning Center s’est transformé en un cinéma des années 20’ du siècle passé. Non seulement le public a pu savourer un des chefs-d’œuvre du 7ème art, Le Cuirassé « Potemkine » de Sergueï Eisenstein, mais la séance a été accompagnée en direct par l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève.

Ce ciné-concert fut un véritable hommage aux cinémas du XX­ème siècle où les orchestres entraient en synergie avec le grand écran en remplaçant à la fois les dialogues et les bruitages des films muets. Et Le Cuirassé « Potemkine », loué par les critiques internationaux lors de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, en est sans doute un des plus connus. Créé en 1925 pour commémorer le vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1905, l’œuvre d’Eisenstein présente au public un récit dramatisé de la mutinerie sur le navire de guerre « Potemkine » où, soutenu par la population du port, l’équipage du vaisseau se révolte contre les officiers et les fonctionnaires d’état. Leur insurrection est suivie par des représailles sanguinaires.

La musique du film représentait un défi supplémentaire pour les organisateurs de cette soirée exceptionnelle. Ecrite par le compositeur autrichien Edmund Meisel, elle n’a jamais été retranscrite pour un orchestre d’harmonie. Jean-Christophe Monnier, chef de l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève, a donc réadapté quelque quatre cent pages de partition qui ont ensuite été apprises à la seconde près par l’ensemble des musiciens pour reconstituer plus de quatre-vingts minutes de musique ininterrompue, un effort véritablement herculéen.

Heureusement que tous leurs efforts n’ont pas été en vain. Le ciné-concert fut une expérience incroyable et unique. Même si certaines erreurs dans la synchronisation entre l’image et le jeu de l’orchestre se sont quand même subrepticement glissées, cela ne faisait que contribuer à l’authenticité et à l’honnêteté de ce tableau majestueux.

Texte : Danila Kashkin

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Au coeur des émotions

Au cœur des personnages représentant émotionnellement le trouble passager physique du rôle qui leur a été destiné,  les émotions s’entremêlent pendant 95 minutes. Dans l’impossibilité de dissocier le corps et l’esprit, les spectateurs vivent intensivement et intensément la pluie de sensations que lui procure le nouveau dessin animé de Pixar.  Par force et par jeu, les émotions se tiraillent pour savoir laquelle va briller et s’imposer dans nos têtes.

Fortement liés entre elles, nous voyons que nous sommes influencés par chacune d’elles au cours de l’évolution de la journée quotidienne. Gouvernés par nos moteurs personnels, ils nous guident pour nous ouvrir la voie sur le chemin de la pensée positive. Même si nous nous efforçons le matin de se lever de bonne humeur et à regarder la vie du bon côté, il n’est pas rare que des éléments extérieurs à notre confort intime viennent nous chambouler de l’intérieur de nous-mêmes.

La mise en lumière sur nos stimulis profonds nous renvoie au miroir de nos propres besoins à prendre soin de la meilleure manière possible.  Piégés parfois, notre propre interprétation de notre état affectif tenace maquille la représentation initiale. Déformée entre style et intensité, les radars intérieurs s’allument ni au bon moment ni au meilleur endroit.

Autrefois, il était sage de ne pas dissimuler nos émotions. Avec le temps, les cacher n’arrange rien.  Dernièrement, les exprimer, les transformer et surtout ne pas les enfouir en nous trop longtemps serait la nouvelle clé.  Qui saura !

Et vous, comment vous sentez-vous ?

Texte: Jenny Raymonde

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La Ruée vers l’or

Dans le cadre de sa saison 2014-2015, la Haute École de Musique de Lausanne donne vie au « Flon autrement », dans une série de cinq concerts conviviaux dédiés à la découverte. Le 7 mars, les jeunes musiciens de l’orchestre ont interprété en live la musique de “La Ruée vers l’or”.

Que de talents pour un seul spectacle. D’abord Chaplin, qui ne se contentait pas d’être acteur, scénariste et réalisateur, mais composait également la plupart du temps la musique de ses films lui-même ! Il donnait ainsi à cette dernière plus qu’un rôle d’accompagnement, elle était protagoniste du spectacle. C’est le cas pour “La Ruée vers l’or », dont les thèmes expressifs communiquent tour à tour l’amour de Charlot pour la belle Georgia, le danger imminent ou encore la gêne. Sans oublier le ‘mickeymousing’ très efficace des instruments qui se transforment en coup de feu pour nous faire sursauter, en hoquet pour nous faire rire lorsque Charlot avale une bougie. Pour que cela fonctionne, il faut bien-sûr un timing parfait, défi relevé par le directeur Maxime Pitois.

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Le film que l’on a pu voir est une restauration de la version originale de 1925, avec les intertitres. Lorsque les musiciens entrent, qu’ils commencent à jouer et que le titre apparaît, je suis émue. Ils jouent magnifiquement bien, et parfois on oublie qu’ils sont là, la musique semble appartenir directement à l’histoire. Dire qu’il y a près d’un siècle, le public allait voir ce film ainsi, accompagné de musique live. Est-ce qu’une fille allait seule au cinéma à cette époque ? Sûrement pas. Le public ne porte pas non plus de guêtres blanches ni de coupe à la garçonne. Mais ce qui doit subsister du siècle passé, c’est la vive réaction : on rit beaucoup ! Un petit garçon crie même “il faut qu’ils sortent !“ lors de la scène incroyable où la cabane qui abrite Charlot et Big Jim est en équilibre au bord de la falaise. Et au moment du baiser final et à l’apparition des deux petits mots éternels, un “oooh“ attendri clôt cette belle représentation.

Le 21 mars aura lieu le dernier concert du programme “Le Flon autrement“ : le résultat de la rencontre entre les étudiants de l’École et l’Erik Truffat Quartet, destinée à travailler le jeu en groupe.

Texte : Katia Meylan