Lectures estivales

Lectures estivales

Polar, feel-good ou encore fantastique, les romans à emmener en vacances se déclinent dans tous les genres. Les plumes romandes ont toujours beaucoup à offrir et il y en a pour tous les goûts. Voici un échantillon parmi les coups de cœur de L’Agenda.

Texte : Inès Fernandes

Parmi le nombre toujours plus conséquent des parutions littéraires romandes, la rédactrice de ces lignes a choisi de s’arrêter sur les livres de Nicolas Feuz, Marie Javet et Catherine Rolland, respectivement publiés par Slatkine & Cie, les Éditions Solar et les Éditions OKAMA. Ce choix repose essentiellement sur un désir de présenter la diversité des genres et des styles : un polar rythmé à l’écriture aiguisée, un feel-good lumineux d’une plume exigeante et un roman fantastique au goût d’aventure.

L’engrenage du mal de Nicolas Feuz

L'engrenage du mal

Nicolas Feuz, L’engrenage du mal, Slatkine & Cie, 2020

Troisième opus des aventures de Tanja Stojkaj, Norbert Jemsen et Flavie Keller, ce nouveau polar se concentre principalement sur le personnage de Tanja pour en souligner le caractère fort et indépendant déjà esquissé dans les tomes précédents. L’intrigue est construite en allers-retours entre un procès et les actes qui y ont conduit. Le suspense réside justement dans cette structure à la dualité bien familière de l’auteur. Dès les premiers chapitres, on se demande quel est l’enjeu du procès, qui sont les victimes, qui sont les témoins, et l’on doute même de l’identité de l’accusée. Dans L’engrenage du mal, Nicolas Feuz retrouve un style tranchant et précis, sans se départir du sens du rythme qui fait sa signature. Haletant et intriguant, ce polar se lit rapidement et, pour une fois, sans trop retourner les estomacs fragiles ou choquer les âmes sensibles.

Toute la mer dans un coquillage de Marie Javet

Toute la mer dans un coquillage

Marie Javet, Toute la mer dans un coquillage, Éditions Solar, 2020

Ce roman lumineux qui fait du bien à l’âme est le premier du genre pour Marie Javet. On y retrouve Claire, une femme inspirante qui, suite à une déconvenue professionnelle, décide de changer radicalement de vie. Elle nous emmène alors dans ses bagages jusqu’au sud de la France où elle se réinvente en suivant une pensée minimaliste. Avec une plume qui n’a d’égale qu’elle-même, Marie Javet nous propose ici une véritable ode au minimalisme et à la recherche de soi, tout en douceur et en sincérité. Humour, amour et découverte se côtoient dans ce roman, et l’on se prend à rêver de laisser nos traces de pas sur une plage du Midi, à l’image de Claire. La protagoniste apparaît comme une « Madame tout le monde » à qui il est facile de s’identifier. Déterminée à profiter de la vie plutôt qu’à la subir, elle ne se laisse pas démonter par les déceptions qui tentent de lui barrer la route. Son caractère humble ne laissera personne de marbre dans un roman qui sent bon le bien-être.

La Dormeuse de Catherine Rolland

La Dormeuse

Catherine Rolland, La Dormeuse, Éditions OKAMA, 2020

Cette aventure fantastique au cœur de la cité antique de Pompéi est portée par des personnages marquants. La protagoniste paraît de prime abord détestable, mais on finit par s’attacher à elle et on ne veut plus la quitter lorsqu’elle nous emmène à travers le temps pour vivre les derniers jours de Pompéi à sa manière. Adepte du réalisme magique, Catherine Rolland parvient à donner vie à des personnages historiques en leur prêtant des failles et des défauts que tout humain peut reconnaître en dépit des époques différentes. Ainsi, on s’identifie sans peine à une jeune fille pompéienne, autant qu’à une vielle femme française. La Dormeuse, bien que long, se lit sans accrocs car son rythme est bien mené, passant d’une période historique à une autre avec une aisance et un naturel déroutant. Une aventure plaisante à lire, avec des protagonistes attachants et des rebondissements surprenants.


Bonus : le coup de cœur importé avec Nuuk de Mo Malø

Nuuk

Mo Malø, Nuuk, Éditions de La Martinière, 2020

Un polar glacé pour un été caniculaire : Nuuk nous emporte dans la neige et la nuit groenlandaises. Malouin d’origine comme son nom l’indique, l’auteur manie une écriture entre suspense et ethnographie pour ce troisième volet des aventures du commandant Qaanaaq Adriensen. Moins violent que les deux précédents, Nuuk se veut plus proche des réalités sociales du pays qu’il prend pour décor. Mo Malø s’est notamment inspiré de son voyage sur place pour décrire les lieux avec une précision à faire froid dans le dos. Il invite son protagoniste à visiter les quatre coins de l’île alors qu’une série de suicides frappe la jeunesse groenlandaise. À cela s’ajoute les paquets macabres reçus par le policier à chacun de ses déplacements pour qu’un puzzle haletant se mette en place. Bien écrit et intelligent, Nuuk n’en perd pas pour autant la touche d’émotion et d’amour propre à l’auteur qui parvient à nous faire rêver tout en racontant des atrocités dans un polar.

Tombent les anges

Marlène Charine, lauréate du Prix du polar romand 2020

Ce lundi 29 juin 2020, le jury du Prix du polar romand a élu la lausannoise Marlène Charine avec son roman Tombent les anges. Le cachet de 3’000 francs ainsi que la renommée accordée par le prix reviennent pour la première fois de leur histoire à une femme, après avoir couronné Joseph Incardona (Chaleur, 2017), Nicolas Verdan (La coach, 2018) et Frédéric Jaccaud (Glory Hole, 2019). Le jury – composé de Stéphanie Berg, Valérie Dätwyler, Isabelle Falconnier, Jean-Luc Gremaud, Cécile Lecoultre et Michel Sauser – a souhaité récompenser les qualités d’écriture ainsi que la construction du récit dans Tombent les anges.

Texte: Inès Fernandes

Tombent les anges – premier roman du genre pour Marlène Charine – met en scène le personnage de Cécile Rivière qui, lors d’un contrôle de police à l’apparence banale, expérimente des sensations hors normes qu’elle ne comprend pas. Ses agissements surprenants l’aliènent aux yeux de ses collègues. Mise à pied, elle part se réfugier chez sa sœur en Provence. Là, elle reçoit un appel du capitaine Kermarec qui souhaite en faire sa stagiaire et travailler avec elle – et surtout ses facultés étranges – sur une affaire peu commune. Cécile rentre à Paris pour se lancer, avec une nouvelle équipe à ses côtés, dans une enquête éprouvante qui la mènera au bout d’elle-même.

Tombent les anges

Tombent les anges, Calmann-Lévy, 2020

Le point fort du roman est sans nul doute son côté fantastique qui le différencie de la plupart des ouvrages du genre. Avec un rythme qui va crescendo, ce roman a d’abord les allures d’un polar assez classique. Puis des phénomènes étranges s’invitent dans la trame et les chapitres s’enchaînent sans plus nous laisser de répit. Le polar classique se mue alors en thriller paranormal haletant et addictif. Porté par une écriture fluide et sans fioritures, ce polar est un coup de poing dans les idées reçues du genre.

L’auteure, née en 1976 à Lausanne, est ingénieure en chimie de profession et spécialiste en droit alimentaire. Habitant aujourd’hui à Bâle, elle garde des liens affectifs avec Lausanne, ce qui accentue son sentiment de fierté pour avoir gagné le Prix du polar romand, un prix organisé par le service des Bibliothèques et Archives de la Ville de Lausanne et le festival Lausan’noir. On la sent émue dans l’interview d’acceptation de sa récompense, partagée sur le site du salon Lausan’noir.

MARLENE CHARINE

© Bruno Lévy

Coup de cœur de la rédactrice de ces lignes, Tombent les anges est un polar différent où l’on explore les intuitions et la confiance en soi, tout cela porté par le sarcasme et la grande gueule de la protagoniste, un personnage que l’on n’est pas près d’oublier!

Perdre pied dans la passe

En mars dernier, Drame à Wally Creek a rejoint la collection Frisson des éditions Plaisir de Lire. Une troisième publication pour l’auteure vaudoise Catherine May, qui avait signé Les sacrifiés d’Eyrinques aux éditions Xenia en 2014, puis séduit Plaisir de Lire en 2017 avec son macabre London Docks. Dans ce nouveau roman qui tient plus du drame psychologique que du polar, la solitude et les non-dits attirent irrémédiablement une famille d’un patelin canadien dans le gouffre.

Texte: Katia Meylan

Tout juste sorti de l’école de police, Matthiew Campbell est affecté à Ucluelet, un petit village du Canada où, en théorie, jamais rien ne se trame. Pourtant, un jour qu’il rentre de sa virée quotidienne en kayak, il découvre un cadavre dans la passe. Il en informe la police de Victoria qui lui envoie des renforts en la personne de Joan Thibault, cheffe de service. Le cadavre est rapidement identifié comme celui de Cole Kinnaman, un employé de la pêcherie du village. Les deux protagonistes se lancent alors dans une enquête sur le couple Kinnaman qui, deux ans auparavant, avait été frappée par la mort accidentelle de leur enfant de cinq ans. Que s’est-il passé entre la mort du fils et celle du père? Au fil de leurs découvertes, Campbell et Thibault se rapprochent alors qu’ils tentent de démêler les secrets des vies de Cole et des suspects.

L’auteure laisse à peine trois pages à Campbell pour profiter d’un après-midi paisible et faire le point sur ses premiers mois en poste, entre embouteillages et sauvetages de chats, avant de le confronter au cadavre qui occupera son esprit jusqu’au dénouement sordide. Cette découverte englue immédiatement le rythme du récit, et dès lors – comme dans tous les romans de l’auteure, ce qu’elle observe elle-même comme étant sa « patte » – l’enquête patinera, lente et opaque, à l’image des vies des habitant·e·s de ce petit village de pêcheurs.

Le cadre du récit s’est imposé naturellement à Catherine May qui, lors de vacances dans la région, avait eu un coup de cœur pour la Colombie Britannique. « J’avais envie de m’inspirer d’un vécu positif pour décrire les lieux, les textures, évoquer les sapins, l’eau, l’humidité, la lumière particulière de l’Ouest », nous raconte-t-elle. « Le phare que je décris, l’usine à poisson avec les gars qui à la fin de la journée vont rejeter les entrailles à l’eau, les pubs poisseux, je les ai visités! ». Enthousiaste quand elle parle du décor de son roman, elle nous dit avoir voulu montrer dans sa trame un autre aspect: celui de la solitude humaine renforcée par la solitude géographique.

Photo: Marie Castella

On devine en Catherine May une fervente consommatrice du genre noir, sur papier ou sur pellicule, alors qu’elle cite parmi ses inspirations les romans de Patricia Cornwell ou les séries Broadchurch, Happy Valley et The Killing.
« Mon idée était de faire quelque chose de très noir, mais sans psychopathe ni succession de meurtres épouvantables. Je voulais plutôt explorer la psychologie humaine, les événements qui mènent une personne à perdre totalement pied ».
Drame à Wally Creek comporte quelques scènes qui ébranlent. L’auteure utilise ces « images sidérantes », imprimées en elle par des séries, des faits réels ou débarquées sans crier gare dans son imagination, non pas pour s’y appesantir mais pour traduire la détresse des personnages. Une détresse engendrée, elle, par une conjonction d’événements susceptibles de survenir dans n’importe quelle vie: la perte d’un enfant, l’éloignement irrémédiable dans un couple,  les silences, la solitude… jusqu’à ce qu’un personnage, par cette succession de malheurs, devienne une « allégorie de la tristesse ».

On trouve chez Catherine May des protagonistes tangibles et réalistes. « Ce qui m’intéresse », appuie-t-elle, « c’est l’alchimie qui se crée ou non entre les personnalités, et les rôles que l’on joue, entre ce qu’on dit, ce qu’on cache, comment on se montre et comment on pense que l’on nous voit ».
On découvre avec satisfaction que les histoires d’amour entre ses personnages ne suivent pas les tracés habituels; tant dans l’évidence avec laquelle l’une naît sans rebondissements factices, que dans la complexité avec laquelle une autre, touchante dans ses reliefs, se corrode. Les personnages secondaires, notamment l’ex individualiste, l’affable légiste ou encore le compétent adjoint dénué d’humour contribuent de leur aura à influencer l’atmosphère des scènes.

Pendant tout le cheminement de l’enquête, on avance au rythme collant des inspecteurs, n’espérant même plus que justice soit faite mais doutant plutôt que justice il y ait, devant le sort peu clément que l’univers réserve aux êtres.

Catherine May nous confie avoir senti le besoin de se dépayser dans un tout autre environnement que celui de London Docks, dont l’écriture implique des recherches historiques pour l’exactitude du décor et des mentalités des années 80. La suite du thriller londonien est désormais en cours de rédaction mais en attendant, l’auteure nous laisse parcourir les distances d’Ucluelet.

Drame à Wally Creek
De Catherine May, éditions Plaisir de Lire

www.plaisirdelire.ch

Le Texte au théâtre

C’est dans une ambiance conviviale et élégante que commence le petit-déjeuner littéraire. Entre deux bouchées, le public s’apprête à écouter Daniel Mesguich parler de son essai « Estuaires ».

Texte: Sofia Marazzi

Autour d’un petit-déjeuner organisé par les rencontres Payot Librairies et l’Hôtel NH, où se déroulaient diverses manifestations proposées par l’Alliance Française de Fribourg, nous avons eu le plaisir de rencontrer Daniel Mesguich, que la Présidente de l’AFF Monique Rey a introduit avec beaucoup d’enthousiasme, présentant en quelques mots les diverses facettes de son parcours: son travail de metteur en scène, ses enseignements en tant que professeur de théâtre, et son œuvre d’écrivain.

L’auteur ouvre ensuite la rencontre avec la lecture d’un extrait de son livre: sa voix, le voit-on, est habituée à capter l’attention du public. Daniel Mesguich, aujourd’hui à Fribourg pour présenter son livre « Estuaires » paru en 2017 et qui recueille le fruit de 40 ans de travail, est tout d’abord un acteur animé par une grande passion pour les livres et le travail d’écriture. La lecture de sa préface au « Prince de Hombourg » qu’il a lui-même mis en scène, invite le public à un va-et-vient teinté de philosophie entre le spectacle qu’il s’apprête à voir et ce qui l’entoure: une sorte de mise en abîme de l’expérience du spectateur, entre réalité, scène et fiction.

Mais pour que cette réflexion prenne tout son sens, le public doit savoir qu’il est en train d’assister à une mise en scène, au lieu de se laisser transporter dans le monde qui est déployé sur les planches. Pourquoi insister sur ce paradoxe?

Le texte, selon Mesguich, est toujours présent au théâtre (qu’on le veuille ou non), et son rapport  avec nous (le public, les acteurs·trices, les metteurs·teuses en scène) est « fluctuant », notamment pour des raisons contextuelles. La responsabilité de l’acteur·trice est donc d’interroger le texte en profondeur et de créer un lien entre l’œuvre écrite et sa propre performance. L’onomatopée et la polysémie, notamment, auxquelles Mesguich allude sans les nommer, lui offrent la chance de « célèbre[r] » les mots et ainsi d’entendre toute la finesse d’un texte et de la restituer le plus fidèlement possible.

Ces acteurs·trices savent, quand ils·elles sont sur scène, qu’ils·elles sont en train de jouer, de montrer la mise en scène d’un texte, et que la leur n’est que l’une parmi les interprétations possibles, et le·la spectateur·trice, conclut Mesguich, doit ressentir et comprendre cette prise de conscience pour apprécier le spectacle dans toutes ses nuances.

Si habituellement ces rencontres se terminent par un débat ouvert au public, la discussion a déjà été suffisamment riche et Monique Rey nous convie ainsi à la séance de dédicace, où il est aussi possible, pour ceux qui ont découvert l’œuvre seulement aujourd’hui, d’acquérir le livre. Une occasion précieuse pour s’entretenir en personne avec l’auteur, malgré le peu de temps à disposition.

Tout au long de l’année, Payot organise de nombreux événements dans les cantons romands. Des occasions pour rencontrer des auteurs et des artistes, dans le cadre d’un salon ou d’un vernissage, assister à des conférences ou à des débats, et découvrir ou redécouvrir des œuvres appartenant à différents genres artistiques.

Appréciez-vous les arts visuels ou les arts vivant? Lisez-vous volontiers des BDs, des essais, des romans ou de la poésie? Consultez la liste de tous les événements et choisissez celui qui pourra éveiller votre curiosité! www.evenements.payot.ch

 

Programme Gilbert Musy

Un bel hommage pour un homme de Belles-lettres. C’est ainsi que pourrait se résumer la conférence d’ouverture du Programme Gilbert Musy.

Texte: Christelle Bujard

Nous sommes accueillis au Foyer de la Grange de Dorigny, afin d’assister à la conférence de presse pour l’inauguration du Programme Gilbert Musy. Madame Irène Weber Henking, la directrice du CTL (Centre de Traduction Littéraire), commence par nous parler de ce grand homme. Elle nous le décrit en ces termes: « C’était un homme qui souhaitait avant tout transmettre son savoir, et sans qui la traduction littéraire ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Il a fallu 20 ans à ce projet pour aboutir et derrière celui-ci, il y a une volonté de rendre hommage à cet éminent  traducteur, de sortir le·la traducteur·trice de l’ombre et de promouvoir la traduction littéraire chez la jeunesse.

Le programme Gilbert Musy est une master class de traduction littéraire qui récompense un·e traductreur·trice émérite de la littérature mondiale, en reconnaissance de son œuvre et de ses actions en faveur du travail de ses compatriotes sur la scène publique. Par l’obtention de cette bourse, l’invité d’honneur a l’opportunité de séjourner pendant trois mois au Château de Lavigny, afin de consacrer son temps à ses travaux de traduction, ainsi qu’à des projets de médiation culturelle. Ces activités publiques ont pour objectif de transmettre son savoir et son expérience à la relève dans le domaine de la traduction littéraire.

La première bourse a été attribuée à Jean-Louis Besson, remarquable traducteur du théâtre allemand, qui jouit d’une grande expérience dans l’enseignement de la traduction, de la mise en scène et de la dramaturgie. Son projet pour ces trois mois: traduire la première partie du livre de Hans-Thies Lehmann, « Tragédie et théâtre dramatique » (Tragödie  und dramatisches Theater, Alexander Verlag, 2015).

Durant la conférence inaugurale, intitulée « Traduire le théâtre, une expérience à part », Jean-Louis Besson nous parle de son domaine de spécialité. La question principale qui se pose: traduit-on le texte théâtral comme on traduit le poème ou le roman? La réponse est non, tout simplement car le théâtre ne consiste pas uniquement en un texte, c’est également un art oral. La spécificité du théâtre se trouve dans sa représentation, celle-ci est au centre lors du travail de traduction, tout comme elle l’était lorsque l’auteur a écrit la pièce. L’une des conclusions de Jean-Louis Besson est qu’il faut connaître le théâtre pour traduire le théâtre, c’est pourquoi le traducteur du texte théâtral est très souvent lui-même comédien ou dramaturge.

En ce qui concerne le programme Gilbert Musy, les prochaines dates à noter sont les suivantes :

  • Le 15 mai à 19h30, Joute de traduction au Studio André Staiger, Comédie, Bd des Philospophes 6, 1205 Genève, avec Jean-Louis Besson, Raphaëlle Lacord et Marina Skalova. En collaboration avec la Maison de Rousseau & de la Littérature.
  • Le 26 mai à 17h, Présentation publique du travail de la master class, au théâtre de La Grande de Dorigny
  • Le 17 juin à 18h, Lecture au Château de Lavigny, avec les résidents de la Fondation Ledig-Rowohlt.

De plus, le Château de Lavigny organise de juin à septembre, le dimanche à 18h, une série de soirées ouvertes à tous pour faire connaître au public ses écrivains et traducteurs en résidence.

Les hypallages et autres capharnaüms de Darius Rochebin

Isabelle Falconnier et les Bibliothèques de la Ville de Lausanne ont eu l’idée brillante, dans le cadre de la semaine de la francophonie, d’organiser une dictée qui a réuni une petite foule hier soir au Théâtre Boulimie.
Paré de son bloc et son stylo, émoustillé comme un premier de classe ayant hâte de passer l’examen, on attend le compositeur et locuteur de la dictée, Darius Rochebin.

Texte: Katia Meylan

20h30 passées, il est en retard mais personne ne peut lui en vouloir, on se doute bien qu’il avait affaire quelque part Quai Ernest-Ansermet à Genève. De plus, pas le temps de s’ennuyer puisque les comédiens Kaya Güner et Frédéric Gérard introduisent la soirée, invitant sur scène un spectateur qui ne s’y attendait de toute évidence pas et qui ajoutait au comique du sketch.

Entre temps, Darius Rochebin est arrivé, et commence la lecture de sa dictée. La situation a un côté familier, presque familial, conféré par l’esprit chaleureux du théâtre et peut-être aussi par la sympathie spontanée qu’inspire l’hôte de marque que l’on a l’occasion de voir tous les soirs dans son salon. Mais dans les rangs, on déchante vite, on est moins doué en orthographe que ce que l’on pensait! Des rires et exclamations fusent, on devient cancre dans la bonne humeur.

Je vous donne pêle-mêle les 10 mots qui, parmi d’autres, ont fait souffrir l’auditoire hier soir, les 10 petits mots chanceux qui ont été choisis pour représenter la francophonie en 2018:
Ohé!                     Volubile                              Bagou                                  Jactance                              Voix               Accent                       Griot                     Placoter                          Truculent                           Susurrer

 

« Qui a fait zéro faute »? demande Darius Rochebin alors que l’on a tous le corrigé en main. Aucune ne se lève. Une? Deux? Un homme en aura trois, il est salué par les applaudissements du reste de l’assemblée, dont la moyenne a entre cinq et vingt fautes. On ne vous révélera pas combien en a fait la rédaction…

La difficulté de l’exercice et la convivialité du moment auront en tous les cas renouvelé un intérêt pour la langue française!