Tombent les anges

Marlène Charine, lauréate du Prix du polar romand 2020

Ce lundi 29 juin 2020, le jury du Prix du polar romand a élu la lausannoise Marlène Charine avec son roman Tombent les anges. Le cachet de 3’000 francs ainsi que la renommée accordée par le prix reviennent pour la première fois de leur histoire à une femme, après avoir couronné Joseph Incardona (Chaleur, 2017), Nicolas Verdan (La coach, 2018) et Frédéric Jaccaud (Glory Hole, 2019). Le jury – composé de Stéphanie Berg, Valérie Dätwyler, Isabelle Falconnier, Jean-Luc Gremaud, Cécile Lecoultre et Michel Sauser – a souhaité récompenser les qualités d’écriture ainsi que la construction du récit dans Tombent les anges.

Texte: Inès Fernandes

Tombent les anges – premier roman du genre pour Marlène Charine – met en scène le personnage de Cécile Rivière qui, lors d’un contrôle de police à l’apparence banale, expérimente des sensations hors normes qu’elle ne comprend pas. Ses agissements surprenants l’aliènent aux yeux de ses collègues. Mise à pied, elle part se réfugier chez sa sœur en Provence. Là, elle reçoit un appel du capitaine Kermarec qui souhaite en faire sa stagiaire et travailler avec elle – et surtout ses facultés étranges – sur une affaire peu commune. Cécile rentre à Paris pour se lancer, avec une nouvelle équipe à ses côtés, dans une enquête éprouvante qui la mènera au bout d’elle-même.

Tombent les anges

Tombent les anges, Calmann-Lévy, 2020

Le point fort du roman est sans nul doute son côté fantastique qui le différencie de la plupart des ouvrages du genre. Avec un rythme qui va crescendo, ce roman a d’abord les allures d’un polar assez classique. Puis des phénomènes étranges s’invitent dans la trame et les chapitres s’enchaînent sans plus nous laisser de répit. Le polar classique se mue alors en thriller paranormal haletant et addictif. Porté par une écriture fluide et sans fioritures, ce polar est un coup de poing dans les idées reçues du genre.

L’auteure, née en 1976 à Lausanne, est ingénieure en chimie de profession et spécialiste en droit alimentaire. Habitant aujourd’hui à Bâle, elle garde des liens affectifs avec Lausanne, ce qui accentue son sentiment de fierté pour avoir gagné le Prix du polar romand, un prix organisé par le service des Bibliothèques et Archives de la Ville de Lausanne et le festival Lausan’noir. On la sent émue dans l’interview d’acceptation de sa récompense, partagée sur le site du salon Lausan’noir.

MARLENE CHARINE

© Bruno Lévy

Coup de cœur de la rédactrice de ces lignes, Tombent les anges est un polar différent où l’on explore les intuitions et la confiance en soi, tout cela porté par le sarcasme et la grande gueule de la protagoniste, un personnage que l’on n’est pas près d’oublier!

Montez dans le théâtre-fantôme

Après plusieurs mois sans culture autre que celle relayée par le web, moyennant toutes sortes d’adaptations, de conditions et d’éloignements, le théâtre peut exister à nouveau. Le Théâtre Vidy-Lausanne existera donc du 9 juin au 10 juillet, comme une parenthèse fantôme entre le vide des trois derniers mois et l’au-revoir au bâtiment actuel qui, pendant 2 ans, sera en travaux pour rénovation.
Dans ce contexte où la notion d’isolement et l’importance de la culture nous touche plus que jamais, l’artiste Stefan Kaegi a imaginé Boîte noire, un spectacle déambulatoire pour une personne dans les différents espaces de l’institution. Départ chaque 5 minutes, écouteurs sur les oreilles. C’est à moi dans 20 secondes… 10… 

Texte: Katia Meylan

©Philippe Weissbrodt

« Une heure au théâtre ne dure jamais une heure, elle dure toujours un peu plus, ou un peu moins », nous dira une voix dans le casque au fil de notre déambulation. Les 1 heure et 20 minutes que propose Boîte noire s’inscrivent dans cet autre espace-temps. J’en émerge comme d’un rêve nostalgique.

Ce n’est pas tant le format déambulatoire, quoi que toujours follement excitant, qui m’a surprise cette fois (il me rappelle l’expérience intitulée Remote Lausanne, du même collectif Rimini Protokoll, vécue au Festival de la Cité en 2014) que l’émotion qui s’en dégage.
Seule, croisant parfois un·e autre « fantôme » visiteur·trice, avec pour guide la voix de l’archiviste du théâtre, je suis passée par les couloirs, j’ai vu les anciennes affiches et les insides-jokes des collaborateur·trice·s épinglées au mur. Les ateliers des technicien·ne·s, remplis de câbles, de machines et d’outils m’ont mis sous les yeux la grosse machine à rêve qu’est le théâtre. Pourtant je ne me suis pas réveillée. J’ai continué dans les ateliers coiffure, costume et accessoires, où je me suis prise à tout ouvrir avant même que l’archiviste ne m’y enjoigne. Il faut dire que c’était irrésistiblement tentant. J’ai senti un trac derrière le rideau côté jardin, profité de mon salut au public depuis la scène, réfléchi à notre statut de public et à mon statut de spectatrice isolée, assise au milieu du parterre, puis attablée à la Kantina.

Bel hommage au Théâtre de Vidy que cette visite. Bel hommage aussi à tous·tes celles et ceux qui y œuvrent: en effet, dans chaque espace que l’on visite, on entend leurs voix qui nous confient ficelles du métier et souvenirs du lieu. Bel hommage enfin au théâtre en tant qu’art, alors que les confidences deviennent parfois philosophiques.

©Philippe Weissbrodt

Que les voix nous soient familières ou non, que l’on connaisse les rouages des coulisses, le frisson de la scène ou uniquement le confort des sièges rouges côté public, que l’on soit fervent·e abonné·e ou en visite à Vidy pour la première fois, on enregistre telle une caméra subjective ses images du lieu auxquelles on superpose ses propres souvenirs – passés, et à emporter pour plus tard. 

Boîte noire, théâtre-fantôme pour une personne
Du 9 juin au 10 juillet
Mardi au vendredi de 18h à 22h
Samedi de 14h à 17h et de 19h à 22h
Théâtre de Vidy, Lausanne

www.vidy.ch