Ti-Cora: un débordement de vie

Ce soir, au lieu de m’abandonner quelques heures supplémentaires dans une salle d’étude à la recherche de solutions abstraites, j’ai enfourché mon vélo et je me suis laissée glisser jusqu’à l’AMR. Aux premiers jours du festival JazzContreBand, le quartet de jazz créole Ti-Cora s’est installé pour quatre soirées de concert dans la cave de l’antique bâtiment.

Texte: Maëllie Godard

Photo: Li Weingerl

Dès les premières notes, quelque chose de puissant et vivace voit le jour. Les quatre musiciens épousent leurs instruments, et interagissent avec souplesse tels les organes d’un même corps. La batterie comme cœur battant la chamade, les poumons du saxophone se gonflant en écho, l’orgue hammond et ses basses qui prennent aux tripes puis la guitare; tous se rejoignent dans une danse festive et sensuelle. Ils invitent en deuxième partie une musicienne sur les congas, donnant lieu à de nouvelles interactions pleine d’enthousiasme.

« Afro psychedelik créole music », jazz créole, rythmes ancestraux africains, mauriciens et latins ; les mots sont bien faibles pour rendre justice à la musique. Il y a des mélodies qui sont comme des chuchotements, des mots tendres. D’autres qui sont des sucreries savoureuses et épicées, gagnant en intensité. Les coups assaillants les toms, les caisses et les cymbales ravivent en permanence le feu qui habite cette musique. À plusieurs reprises dans la soirée, les solistes sont à la fois poussés par ceux qui les entourent, ou les tirent jusqu’à une sorte de climax musical dans les cris du public envouté.

Vous voulez vous sentir vivant? Ayez l’audace de venir les écouter pour cette dernière soirée du 4 octobre, vous ne le regretterez pas. Au fond de cette cave, comme les rescapés d’une apocalypse, on retrouvera sans doute des genevois qui dansent, crient, et transpirent dans un mélange intergénérationnel et culturel touchant.

Ti-Cora le 4 octobre à 20h30 à l’AMR, Genève

Arthur Donnot, saxophone ténor
Cédric Schaerer, orgue hammond
Erwan Valazza, guitare électrique
Hadrien Santos Da Silva, batterie

Retrouvez la programmation du festival sur www.jazzcontreband.com

Et de l’AMR sur www.amr-geneve.ch

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Mais d’où vient cette énergie entraînante? Nolosé !

Jeudi soir au D!Club le groupe lausannois de salsa-jazz Nolosé a présenté son 5ème disque en avant-première accompagné de plusieurs artistes invités pour l’occasion: « White Night Mambo » a conquis le public.

À l’occasion de la sortie de leur 5ème disque « White Night Mambo », Nolosé a organisé un grand concert inédit dans sa ville natale. Sur scène, trois couples de danseurs, deux chanteuses et deux percussionnistes (Edwin Sanz et Mambi) ont rejoint les neuf membres du groupe de salsa-jazz pour un concert qui a décidemment réchauffé l’ambiance du D!Club. Les voix envoutantes des deux solistes, Lidia Larrinaga et Pilar Velásquez, couplées aux mélodies entraînantes rappelant La Havane créées par les instruments accompagnants et les choristes gospel de Madrijazz, n’ont laissé aucune chance à ceux qui étaient venus sans prétention de danser. Si tout le monde ne possède pas le talent dont ont fait preuve sur scène les danseurs des écoles Alia Salsa School, Salsa y Dulzura et Cubaliente, il n’était tout de même pas possible de rester figés: dans la pénombre de la salle, les silhouettes ondulaient toutes au même rythme, celui de Nolosé. Des bulles se forment alors parmi la foule pour laisser place à quelques intrépides qui connaissent les bons pas de danse, quelqu’un bat sa main sur une petite table au rythme des chansons. Les applaudissements en fin de concert confirment la bonne réussite de la soirée.

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L’ensemble des artistes sur la scène du D!Club

Pour en découvrir d’avantage sur « White Night Mambo », L’Agenda a rencontré Laurent Cuénoud, percussionniste et membre fondateur de Nolosé, ainsi que la charmante Lidia Larrinaga, âme cubaine du groupe. On apprend alors que le disque n’a pas un mais plutôt quatre pays d’origine: Cuba bien évidemment, Lutry où il a été enregistré, la Grèce où Nolosé a fait une tournée intense, et New York, ville d’où viennent Hector Martignon et Christos Rafalides, deux musiciens renommés qui ont collaboré à la création de ce disque. Signe de l’inspiration internationale de cette dernière œuvre, les quatre faces de la case du disque présentent chacune un de ces lieux.

« Qué cuenta La Habana », leur 4ème disque qui a été enregistré à Cuba juste après la participation au Festival International Jazz Plaza et qui a gagné la distinction « Premium de la catégorie International » au CubaDisco en mai 2014, avait des sonorités « très cubaines », affirme Laurent Cuénoud. Avec « White Night Mambo » le groupe penche cette fois plus vers le jazz/soul: c’est un disque qui, selon Lidia Larrinaga, a « plus de richesse et de subtilités ». Richesse qui, au sein du groupe, est représentée par le mélange: de sonorités peu communes, d’un côté, et de nationalités, de l’autre. Nolosé est hétérogène, tout comme la Suisse qui regroupe différentes cultures et paysages: « le mélange est quelque chose de positif, c’est grâce à cela qu’on obtient de la richesse » estime Laurent.

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Nolosé

Comme déjà le nom du groupe, qui apparemment suscite pas mal de gags, aussi le titre du 5ème disque de Nolosé cache une histoire drôle: la légende narre qu’il a bien fallu une « nuit blanche » pour obtenir le neuvième et dernier morceau de l’album. De « Plazos Traicioneros » qui incite à une évolution continue à « Soy la rumba » qui donne une folle envie de danser, « White Night Mambo » véhicule un message très important: « on veut transmettre l’énergie, on veut que les gens se sentent bien, qu’ils se disent ‘on va voir Nolosé: on va s’amuser’ ! » souligne Lidia. « La salsa c’est le plaisir de vivre, c’est l’amour », ajoute-t-elle avec un grand sourire.

Pour présenter les résultats de leurs derniers efforts, le groupe part maintenant en tournée nationale. Prochains rendez-vous: 30 avril à l’école K’Danse, et 20 mai au Chorus Jazz Club pour le vernissage officiel de « White Night Mambo ».

Texte: Céline Stegmüller

Nicolle Rochelle nous conte Billie Holiday

nicolle-005-jpgVendredi 15 avril, le Théâtre du Pré-aux-Moines voyait ses planches enflammées par la réincarnation de la chanteuse de jazz Billie Holiday (1915-1959) pour le 100e anniversaire de sa naissance. L’Agenda a eu la chance d’être présent à cette merveilleuse représentation.

Texte: Adélaïde Offner

Dans un décor de coulisses où se mêlent un mythique miroir de star à ampoules et un phonographe, Nicolle Rochelle, une artiste métisse du New Jersey, incarne avec humour et justesse Billie Holiday. Ce spectacle, « Le Blues de Billie Holiday », du Swiss Yerba Buena Creole Rice Jazz Band, un orchestre de jazz aux créations folles, parle d’un combat pour la liberté qui nous a fait vibrer.

Billie Holiday enchaîne les morceaux entrecoupés d’anecdotes sur sa vie. Avec son accent anglophone, elle enjolive des souvenirs tels que le mariage imaginaire de ses parents lorsqu’elle avait trois ans. Elle nous dévoile également les coulisses de ses concerts en tant que seule noire du groupe, obligée de passer par derrière alors que les autres entraient par la grande porte, ou encore interdite d’utiliser les mêmes toilettes que les blancs. Elle nous raconte ses combats à travers des chansons comme Strange fruit, métaphore du lynchage des Noirs dans le Sud des Etats-Unis, et progressivement nous divulgue, de manière enjolivée et avec énormément d’humour et d’ironie, ses problèmes d’alcool et de drogue qui, à cause d’un sevrage en clinique, l’envoyèrent une première fois en prison.

Puis vient la confession d’avoir toujours voulu un petit club, où elle pourrait jouer ce qu’elle veut, comme elle le veut et quand elle le veut, ou même changer de chanson au milieu d’une autre si l’envie lui en prenait. Et la chanson finale tombe, plongeant le spectateur dans une légère mélancolie. Au milieu des applaudissements admiratifs retentit la voix du personnage déclarant qu’elle ne peut tout de même pas finir sur une chanson si triste… et le show continue.

Pour la petite anecdote, au bis, un invité inattendu a fait son apparition. Le temps d’une danse et d’une chanson, son petit chien accompagnait la si talentueuse Nicolle Rochelle.

Laboratoire musical 2015

Pour la deuxième année, la commune de Chêne-Bougeries ouvre les portes de son Laboratoire Musical. Du 27 juin au 5 juillet, passionnés et professionnels se rencontrent au grès des masterclasses et des concerts. Le public est ainsi invité à assister aux répétitions de l’orchestre du Laboratoire musical, à suivre les évolutions jusqu’aux représentations. Cette année, les musiciens pourront profiter de l’encadrement de la violoncelliste Iseut Chuat et du flûtiste Jacques Zoon. Ils répéteront et se produiront aux côtés du Geneva Brass Quintet et du Quatuor Rothko. L’orchestre sera dirigé par Arsène Liechti et Ferran Gili-Millera. Petit aperçu du programme:

Samedi 27 juin: Présentation de l’Orchestre du Laboratoire musical et répétition publique
16h00, Salle de gym de l’école de Chêne-Bougerie

Samedi 27 juin: « Mon Ring à moi », un documentaire de Fabienne Clément et Corinne Portier 19h00, Espace Nouveau Vallon

Mardi 30 juin: Jacques Zoon (flûte), Iseut Chuat (violoncelle), Ferran Gili-Millera (direction), l’Orchestre du Laboratoire musical
Œuvres pour flûte et concerto pour violoncelle de Dvorak
20h30, Parc Stagni

Mardi 30 juin: Répétition,  rencontre avec le Geneva Brass Quintet
10h, Espace Nouveau Vallon

Mercredi 1er juillet: Animation pour les familles autour des Planètes de G.Holst
17h00, Parc Sismondi

Mercredi 1er juillet: Répétition publique de l’Orchestre du Laboratoire musical
18h30, Salle de gym de l’école de Chêne-Bougeries

Jeudi 2 juillet: Répétition, rencontre avec le Quatuor Rothko
10h00, Espace Nouveau Vallon

Jeudi 2 juillet: Concert des participants à la masterclass de violoncelle d’Iseut Chuat
18h00, Salle communale

Jeudi 2 juillet: Geneva Brass Quintet
20h30, Parc Stagni

Vendredi 3 juillet: Concert des participants à la masterclass de flûte de Jacques Zoon
20h30, Salle Communale

Samedi 4 juillet: Orchestre du Laboratoire musical, Elena Schwarz (direction) / Fruzsina Szuromi (cheffe de chœur)
Oeuvres de Zoltan Kodàly, Gustav Holst et Matyas Seiber.
19h00, Parc Stagni

Dimanche 5 juillet: Quatuor Rothko
17h00, Centre musical Robert Dunand

Retrouvez toutes les informations sur le site du Laboratoire musical!

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Montreux: des étoiles dans les yeux

Du jazz au classique en passant par l’humour et le ciné-concert, la prochaine saison culturelle de Montreux s’annonce éclectique.

Pour cette année de transition, la saison culturelle a misé sur la continuité, en favorisant les collaborations avec les différents acteurs de la scène culturelle montreusienne. Ainsi, le directeur du Montreux Jazz Festival Mathieu Jaton se réjouit de voir la Villa Waddilove recevoir le concert de gala du Montreux Jazz Academy, une rencontre entre jeunes talents et mentors confirmés du jazz, dont  Al Jarreau. Le tout premier spectacle de la saison verra aussi le brésilien Seu Jorge. Le Montreux Comedy Festival propose quant à lui trois dates humour, Les Chevaliers du Fiel, Arnaud Tsamère et Stéphane Guillon.

Côté classique, deux beaux échanges éclosent cette année, avec l’Orchestre de Suisse Romande et l’Orchestre de Chambre de Lausanne  qui offrent au public de Montreux deux concerts chacun. D’autres grands rendez-vous sont attendus, comme la venue de Véronique Dicaire, I Muvrini (pour la dixième fois!), ou un rendez-vous spécial autour de Luc Plamandon avec l’association Tous en Choeur.

Découvrez tout le programme complet sur le site de la saison culturelle de Montreux!

Texte: Marie-Sophie Péclard

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Cully Jazz – Jazz meets Bach

Une gueule d’ange, de l’or dans les mains et un talent fou : Dan Tepfer ose l’impensable et bouscule le Temple de Cully en improvisant sur les Variations Goldberg de J.-S. Bach. Esquisse d’une soirée pas comme les autres, entre chien et loup.

Il faut s’avoir s’aventurer hors des sentiers battus pour saisir la douce splendeur du CJF. En milieu de semaine, le public est au rendez-vous, savourant la quintessence des dernières lueurs. Les quais se parent de bleu, puis les contours s’estompent. Seul le chuintement de la foule persiste, comme un voile sur la bourgade encanaillée.

JAZZ MEETS BACH

Photo: Cully Jazz

Les bancs du Temple craquent sous un public d’un autre âge. Bach a su attirer les férus d’un classique immuable, mais aussi les esthètes éclectiques et curieux. Le pianiste franco-américain Dan Tepfer va les surprendre – le mot est faible. Balayant le sacré, il marie jazz et classique, caressant les frontières de l’atonalité. Chacune des trente variations est doublée d’une improvisation, fidèle au thème, tellement surprenante. La pièce oscille, emmène le public aux confins du possible, le perdant parfois.

Il n’est plus de temps, il n’est plus de règles. Les Variations Goldberg ont revêtu leurs habits de jeunesse. Dan Tepfer interroge avec tact et justesse notre regard sur la Grande Musique. Un pari osé, une pirouette tendre et charmante, une bénédiction.

Texte: Ophélie Thouanel