Invisible: Fauteurs de micro-troubles à Plainpalais et à la Ferblanterie

Un sentiment de puissance – de beauté. Une gêne – une excitation – une réflexion…
Pêle-mêle selon les personnalités, les impressions ressortent alors qu’assis
 autour d’une table à La Comédie de Genève, on débriefe Invisible.

Texte: Katia Meylan

Invisible, ce n’est pas un spectacle mais une performance participative imaginée par Yan Duyvendak, co-écrite par 32 auteur·trice·s et testée dans différents contextes sociaux et culturels. Y ont participé La Manufacture, l’Arsenic et La Comédie de Genève où elle est encore au programme jusqu’en mars 2020, mais aussi des théâtres et fondations en Hollande, en Inde et en Serbie.

En m’y inscrivant, je m’attendais à devoir sortir de ma zone de confort. Heureusement, j’ai avec moi un allié.
« Hors les murs », indique le billet, et je ne spoilerai rien si je dis que le but de ce jeu est d’effectuer, par groupe de 7 à 12 et en feignant de ne pas se connaître, trois micro-actions en 2h pour troubler imperceptiblement l’espace public. Ces Actions ne constituant pas la surprise en elle-même mais plutôt son déclencheur potentiel, nous découvrons nos missions dès notre arrivée à La Comédie, en même temps que nous rencontrons nos complices d’un soir – également venu·e·s par paires. Valérie, Corentin, Rébecca, Gaëlle, Valentin et moi-même recevons donc trois Actions à effectuer, modes d’emploi à l’appui.

Action #8, S’aligner: Arriver de manière successive dans une rue commerçante. S’arrêter sur une même ligne qu’une personne qui attend. Jouer avec la durée, la visibilité et la mobilité de la ligne. […]
Action #6, L’amour à deux? S’installer par couples dans un bar. Commander à boire. Rester ensemble sans échanger la moindre parole. Communiquer normalement avec les serveur
·euse·s.
Action #3, Monte le son: [Toujours par couples ] choisir un sujet de conversation. Faire monter puis descendre le volume des conversations en synchronie avec les autres couples, via Whatsapp. Chercher à contaminer les usager
·ère·s du lieu […].

D’apparence simple, le concept n’est banal ni dans la vie de tous les jours ni au théâtre. Il ne fonctionne en réalité qu’en équilibre entre ces deux univers. Si l’action est identifiée comme artistique par les passant·e·s, l’effet serait neutralisé, nous prévient Laura Spozio, une des créatrices du jeu, car notre acceptation de l’étrange est plus souple en connaissance de cause.

Plus ou moins confiant, déjà hilare ou curieux, notre petit groupe de six sort alors dans la rue pour aborder Plainpalais et sa première mission. Avoir des consignes me rassure, mais voulant bien faire – ou disons-le, ayant carrément peur de mal faire –, je m’inquiète sans cesse du fait que notre ligne n’est pas bien droite, que personne ne nous remarque… La fête foraine brouille les pistes, on semble passer inaperçu, mais la situation est surréaliste et une étrange excitation empêche l’ennui, ne serait-ce qu’une seconde. On offre une magnifique ligne à une jeune homme, mais tout occupé qu’il est sur son portable, il ne la remarque pas.

Une demi-heure plus tard, lorsque l’on entre successivement à la Ferblanterie pour attaquer l’Amour à deux, la situation redevient pour moi presque confortable. Nous restons dans nos binômes rassurants et ne jouons pas beaucoup la comédie. Lors du débriefing, on regrette presque de ne pas s’être imposé ce challenge supplémentaire. Chaque groupe choisit sa manière de communiquer, les unes par Whatsapp interposés, les autres au crayon gris sur des vieux tickets de caisse, Valentin et moi préférons les gestes et les regards. Là aussi, passe-t-on inaperçu? Ce sont surtout les paires qui s’observent entre elles.

Cela pour mieux prendre de l’élan pour notre troisième mission. Monte le son se profile et on s’accorde sur Whatsapp. J’appréhende. Se mettre à hurler dans le bar, ne va-t-on pas déranger? Et va-t-on nous juger sur le contenu de nos conversations? On rit beaucoup, mais je doute de l’effet sur notre environnement, qui semble une fois encore imperméable à tout trouble.

Je sors du bar avec la forte impression que « ça n’a pas marché » et la tête pleine de réflexion au sujet de ma personnalité et de celle des autres. De retour à La Comédie en présence de deux organisatrices pour le débriefing, pourtant, les discussions avec le groupe renversent aussitôt mon ressenti.

Corentin a remarqué pendant la première mission des spectatrices que je n’avais pas vues, cela me rassure et me réjouit. Mais au-delà de notre réel effet sur les autres, c’est bien les différents comportements, les difficultés, les sensations engendrées, partagées ou non et les discussions qui me marquent dans cette expérience, encore plus que le fait d’être sortie de ma zone de confort et d’avoir osé brailler des bêtises avec un accent vaudois qui se transforme tout à coup en accent portugais.

Valérie avait déjà participé, et avait donc réalisé trois des six autres actions qui se jouent quant à elles le samedi après-midi, dont certaines demandent des interactions directes avec des inconnu·e·s. Son expérience contribue à alimenter le sujet, qui s’étend.

Invisible. Est-on l’espace d’un instant spectateur·trice du « normal »? Doit-on jouer un rôle pour troubler cette normalité? Ou au contraire, ces actions nous poussent-elles simplement, en restant nous-même, à dépasser nos limites dans un espace public qui nous voit habituellement restreint·e·s à un comportement neutre et inattentif·ve·s aux autres?

Conseils aux futur·e·s invisibles:

– S’habiller chaudement (environ 30 minutes statiques en extérieur pour les Actions du mercredi soir)
– Prévoir minimum 3h pour tout le déroulement
– Pas de Whatsapp? Pas de soucis, quelques appareils sont à disposition

Invisible
Samedi 21 décembre 2019
Les 15, 18, 22, 25 et 29 janvier 2020
Les 1, 5, 8, 19, 22, 26 et 29 février 2020
Les 4, 7, 11, 14, 18, 21 et 25 mars 2020
(les mercredis à 19h, les samedis à 14h30)
La Comédie de Genève
www.comedie.ch

Pour des dates futures et découvrir le travail de Yan Duyvendak:
www.duyvendak.com

Homme ou singe, telle est la question

Le metteur en scène Dylan Ferreux convoque son collectif Berzerk en comité élargi et fait prendre au Théâtre 2.21 des allures de cour de justice londonienne. Sa pièce Tropi or not Tropi, ou L’assassin philanthrope, adaptée du roman de Vercors Les animaux dénaturés (1952), soulève une question dont la réponse ne s’ébauchera qu’au prix de vives secousses philosophiques, émotionnelles et spirituelles: « Qu’est-ce qu’un Homme »?

Texte: Katia Meylan

Une expédition de scientifiques, un prêtre-chercheur et un journaliste découvrent en Nouvelle-Guinée une espèce intermédiaire entre le singe et l’homme. La petite équipe se demande rapidement où situer ce Paranthropus greamiensis, surnommé « Tropi »; est-il animal ou humain? Le classement des races a au fil des époques souvent été pris pour acquis; pourtant l’humanité en a changé les règles à sa guise, guidée, comme l’évoque l’une des anthropologues, par la loi du plus fort…
Trancher devient d’autant plus pressant que la réponse déterminera du sort des Tropis; s’ils sont des animaux, ils pourront impunément être exploités comme main d’œuvre gratuite dans des usines, au même titre que l’homme a employé des chevaux ou des bœufs pour ses travaux dans les champs. Dans la jungle de Nouvelle-Guinée, parmi les idées jetées autour du feu de camp pour éclaircir la situation, une est retenue…
Ainsi quelques mois plus tard, rentré chez lui en Angleterre, le journaliste Templemore fait constater au médecin un décès, qu’il avoue avoir provoqué; celui de son fils, né d’une insémination artificielle avec une femme Tropi.
Avant de le juger, la cour doit donc décider du cas des Tropi; s’ils sont des singes, Templemore sera innocenté, car on n’a jamais vu un homme condamné pour avoir tué une bête. Mais s’ils sont des Hommes, il sera accusé d’homicide et pendu.
Expert·e·s, avocats, témoins, jury et accusé s’avancent à la barre avec des arguments se contredisant constamment. D’aucun plaide par intérêt de philanthrope, d’autres interviennent avec le profit pour unique point de vue, d’autres encore raisonnent à travers le prisme de la religion ou avec un recul scientifique – tantôt pour, tantôt contre l’humanité.

Photo: Viviane Lima

Dylan Ferreux a imaginé pour le côté scientifique de Tropi or not Tropi une collaboration avec le musée cantonal de Zoologie. Le musée, en plus d’organiser parallèlement deux visites de son exposition Disparus! dont le sujet croise celui de la pièce, a attesté de l’exactitude des arguments scientifiques annoncés à la barre, tant dans le souci de correspondre à l’avancée des recherches dans les années 60 qu’à l’état actuel des connaissances. En laissant de côté une grande partie du contenu savant devenu désuet, le metteur en scène ramène la durée de la pièce à 1h30 au lieu des 4h de l’adaptation théâtrale du roman écrite par Vercors lui-même.

Le côté philanthropique, qui incite à une réflexion intense, est amené plus par la force que dégagent le texte et la mise en scène plutôt que par le personnage de Templemore, désigné comme « assassin philanthrope » et protagoniste. La raison pour laquelle le journaliste se désigne volontaire pour mettre à exécution le plan de filiation proposé par un membre de l’expédition n’est pas évidente. Il n’est pas posé en héros et son silence déconcerte alors qu’il semble, une fois ses actes de paternité puis criminel – ou non – accomplis, s’en remettre silencieusement à la justice. Toutefois, par la force des histoires dans lesquelles un personnage est prêt à sacrifier sa vie pour une cause extérieure, Templemore a tendance à faire pencher le public du côté de l’humanité.
Cela, et le fait qu’en tant que spectateur·trice, on se retrouve tout à coup soi-même à la place des Tropis! Un filet nous tombe devant les yeux et la Cour au complet nous observe, nous juge, s’extasie sur l’intelligence qui brille dans nos yeux ou au contraire décrient nos oreilles trop petites pour être humaines.

La force de l’adaptation de Dylan Ferreux – hormis les excellents comédien·ne·s – est d’avoir gardé en tête l’humour dans la façon de traiter ce sujet relativement lourd. À chaque éclat de rire son questionnement, un de plus pour alimenter l’interrogation qui anime la trame. Lorsqu’un activiste spéciste surgit du fond de la salle pour hurler au droit des animaux, on a envie de rire de l’actualité du propos porté par ce personnage presque cliché, et à la fois on est saisi·e par la pertinence dans le contexte du discours, qui renvoie lui aussi à la hiérarchisation des espèces, des sexes ou des races.

Le metteur en scène s’empare de certaines formules qui marchent et font jubiler. Chose rare, il a déjà la chance d’avoir 18 comédien·ne·s sur scène, certain·e·s endossent même plusieurs rôles et font tourner la tête avec ce texte envoyé. Il invite aussi un musicien live un peu particulier: un gorille, qui semble faire le lien entre les artistes, le public et le sujet de la pièce. Par son physique de singe il représente les animaux, et le fait de jouer les intermèdes musicaux à la guitare le range du côté des artistes. Mais la plupart du temps il est spectateur lui-même, se faisant oublier depuis son perchoir sur lequel il reste tout au long de la pièce, à mi-chemin entre la scène, les gradins et la sortie sur le monde extérieur.

Alors que le final réunit tous les personnages qui dansent ensemble sur scène sans distinction d’opinions, dans la joie d’avoir contribué à fait avancer la connaissance, le gorille allume une vidéo en arrière-plan, qui nous rappelle que nous sommes encore loin d’en avoir terminé avec ces questions.

Tropi or not Tropi, ou L’assassin philanthrope
Ce soir et jusqu’à dimanche 15 décembre 2019

Théâtre 2.21

www.theatre221.ch

La Cuisine saupoudre Dickens de neige et de burlesque

Jusqu’au dimanche 22 décembre, le théâtre éphémère La Cuisine (qui remplace provisoirement le Théâtre de Carouge, en rénovation) présente Un conte de Noël de Charles Dickens. Ce grand classique de la prose victorienne est adapté au théâtre par Claude-Inga Barbey, comédienne et metteuse en scène réputée dans la sphère culturelle francophone.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Photo: Carole Parodi

L’histoire est bien connue: Ebenezer Scrooge, vieil avare au cœur de pierre, n’aime rien ni personne. Il méprise tout contact amical, rudoie son employé et refuse de venir en aide aux pauvres gens qu’il croise quotidiennement, malgré tous ses moyens. Sa vie bascule lorsque, dans la nuit de Noël, il reçoit la visite de trois fantômes, l’Esprit des Noëls passés, l’Esprit du Noël Présent et l’Esprit des Noëls à venir, qui lui ouvrent les yeux sur ses choix de vie et l’incitent à devenir un homme meilleur.

Fable émouvante sur le thème de la rédemption, l’œuvre se prête également très bien à une adaptation scénique, et Claude-Inga Barbey ne s’y trompe pas. Optant pour une approche ouvertement festive et familiale, la metteuse en scène monte un spectacle à mi-chemin entre la farce et la comédie musicale. Si la pièce accuse un certain manque de rythme et souffre d’un humour un peu répétitif, on retiendra la très bonne performance de Claude Vuillemin en Scrooge bougon et misanthrope, ainsi que le charme facétieux de Pierric Tenthorey, qui campe un jeune clerc débordant de jovialité (en distillant par-ci par-là quelques habiles tours de passe-passe dont le comédien et magicien a le secret).

Photo: Carole Parodi

Là où la version de Claude-Inga Barbey se démarque particulièrement, comparée à des adaptations plus traditionnelles du conte, c’est dans l’ajout d’un personnage qui, bien qu’il ne figure pas dans l’œuvre originale, paraît si « dickensien » dans son essence qu’on n’y voit que du feu. Il s’agit de la vieille Arabella, tante de Scrooge, interprétée par la metteuse en scène elle-même avec un délicieux accent britannique tout en subtilité. Acariâtre jusqu’à l’archétype, le personnage d’Arabella est inspiré par une longue lignée de figures dickensiennes irrésistiblement antipathiques, et son influence la plus probable est sans doute à chercher du côté de la sadique Miss Havisham des Grandes Espérances.

Arabella aurait élevé son neveu orphelin avec tant de dureté qu’elle lui aurait transmis son amertume et sa haine de l’humain: tel est le parti pris de cette adaptation-ci, qui cherche, sinon à excuser Scrooge, du moins à offrir une explication à sa légendaire insensibilité. « Je reste persuadée que tout le mal commis par des individus sur cette terre, vient en grande partie du mal subi par ces mêmes individus auparavant » affirme ainsi avec chaleur Claude-Inga Barbey. Une thèse puissante, qui permet d’offrir au méchant Scrooge la plus belle des rédemptions, celle qui passe par le pardon envers celles et ceux qui nous ont fait du tort.

Un conte de Noël
Jusqu’au 22 décembre

Théâtre de Carouge – La Cuisine

www.theatredecarouge.ch

4e édition lausannoise d’un TEDx sous le signe de l’empowerment féminin

Le 5 décembre, la 4e édition de TEDxLausanneWomen prenait possession du SwissTech Convention Center de l’EPFL. Une édition internationale qui se proposait de mettre en lumière la singularité des parcours féminins en comparaison de leurs homologues masculins, à l’aide de profils féministes inspirants. Trois d’entre eux, à caractère artistique, ont retenu notre attention.

Texte: Julia Jeanloz

Pour mieux comprendre la sélection des femmes et féministes présent·e·s le 5 décembre au SwissTech, il nous faut jeter un coup d’œil dans le rétroviseur. En Suisse, 2019 a connu son lot de succès dans la prise de conscience, par la société civile et les politiques, des inégalités entre les sexes et de leurs conséquences. Un enjeu d’autant plus crucial qu’il existe dans notre pays un écart saisissant entre les standards de vie et les inégalités hommes – femmes. Or, bien que le chemin à parcourir reste long et sinueux, plusieurs événements témoignent de l’avancée de la question: la grève nationale des femmes en juin dernier, la nette augmentation de la représentation des femmes au Parlement – qui s’est notamment traduite par un bond spectaculaire de 32% à 42% au Conseil national –, le durcissement de la législation sur les violences conjugales récemment adoptée par le Parlement, pour n’en citer que quelques-uns. Ainsi, si certaines voix s’insurgent contre la multiplication et l’attention accrue portée aux enjeux féministes au sein du débat public, qu’elles prennent leur mal en patience: le regain d’intérêt qu’a connu le sujet ces dernières années n’est pas prêt de retomber au moment où une nouvelle législature, bien plus féminine qu’en 2015, démarre.

Lever le voile sur les spécificités des parcours féminins

Enseigner aux femmes qu’elles aussi peuvent se montrer audacieuses, indépendantes, innovantes, sans avoir à en rougir, c’est le motto de TEDxLausanneWomen, qui programmait un panel de conférencier·ère·s soigneusement sélectionné·e·s localement. L’avantage de ces événements réside dans la poursuite du dialogue et de la réflexion sur les vulnérabilités dont les femmes peuvent faire l’expérience avec, en miroir, des personnalités qui ont en commun de proposer une réponse fructueuse et innovante aux difficultés qu’elles connaissent dans leur domaine respectif.

Diana Rikasari, fashion designer et licorne assumée

C’est coruscante, dans une combinaison à sequins multicolore et avec une corne sur le haut du crâne qu’apparaît Diana Rikasari, auteure, blogueuse et fashion designer indonésienne, établie à Lausanne depuis 3 ans. Avec enthousiasme, elle explique son parcours à l’audience, comme femme, mais aussi comme mère d’un fils autiste. Elle s’est d’ailleurs toujours interrogée sur la manière de sensibiliser le grand public à l’autisme. Et voilà qu’elle a récemment trouvé une réponse, la sienne, à travers la mode. Diana a réalisé un défilé en hommage à son fils, intitulé « J’Aime l’Autisme ». Celui-ci présente un choix de pièces aux couleurs lumineuses, de textiles fragiles, mais brillants, en référence à l’autisme. Une façon de proposer sa propre interprétation du monde de l’autisme, pour les autistes eux·elles-mêmes mais aussi pour le grand public, visuellement et de manière positive. L’idée étant, entre autres, de montrer la richesse de leur vie intérieure et de leur perception, ou encore de souligner à quel point ils·elles peuvent se sentir emprisonné·e·s dans leur esprit et leur corps lorsqu’il s’agit de communiquer leurs sentiments à d’autres personnes. L’occasion, pour la designer, de rappeler qu’il est nécessaire de s’accepter dans sa singularité, de se montrer authentique, d’assumer ses vulnérabilités.

EHL Fashion Show, « J’Aime l’Autisme » de Diana Rikasari, le 28 novembre 2019

Daya Jones ou la célébration des corps féminins à travers la danse

Daya Jones, artiste et chorégraphe lausannoise, est une figure montante du panorama suisse de la danse. Si on la connaît pour être récemment passée devant la caméra du média Tataki avec « Moves », émission qu’elle a écrite et présentée, on l’apercevait sur scène davantage sur la retenue, face à un public de plus d’un millier de spectateur·trice·s.

Daya Jones

La culture urbaine, elle en connaît un rayon. C’est du reste dans le hip-hop qu’elle a fait ses armes, à travers l’improvisation et les battles. Puis, lors d’un séjour à New York, Daya fera la rencontre du voguing, du krump, de l’underground… En 2012, elle rejoint la compagnie Swaggers de Marion Motin et débute en 2016 une tournée internationale du spectacle In the middle. En 2015, elle lance le « sassy concept », une vision de la danse ouverte, qui vise à reconnecter les femmes à leur corps, à leur sensualité et à revaloriser les corps féminins à travers l’expression personnelle. Sur scène, lorsque le mouvement remplace les mots, l’embarras laisse la place à un aplomb permettant aux spectateur·trice·s d’apprécier la fluidité et la précision de ses gestes et de ses pas.

Lauren Wasser, un exemple de résilience et de ténacité

Le moment le plus bouleversant de l’événement est sans conteste celui de l’exposé de l’activiste et mannequin américaine Lauren Wasser. Celle qui a posé devant l’objectif de David LaChapelle ou qui a défilé au Savage X Fenty Show de Rihanna lors de la Fashion Week de New York se bat pour faire connaître un phénomène méconnu, le syndrome du choc toxique (SCT); une maladie rare, mais aux conséquences sévères. Une maladie qui lui a également valu d’être amputée des deux jambes, en raison des produits toxiques contenus dans les protections hygiéniques. Depuis 8 ans, l’Américaine lutte pour un changement de paradigme radical du côté de l’industrie des produits d’hygiène féminine. Un combat qu’elle mène également aux côtés d’une députée démocrate qui compte faire adopter par le Congrès le Robin Danielson Act, un projet de loi exigeant des marques qu’elles dévoilent la composition de leurs produits d’hygiène féminine et les effets à long terme de ces produits sur le corps. En effet, la discussion sur les produits d’hygiène féminine fait souvent l’objet d’une omerta, en raison de son caractère tabou. Corolaire de cela, les fabricants ne sont pas obligés de réaliser des tests sur la sûreté ou les effets à long terme de ces produits en amont de leur acquisition par les consommateur·trice·s. Le Congrès américain – en majorité composé d’hommes – a déjà rejeté par dix fois ce projet de loi.

En écho à ces trois femmes et aux autres intervenant·e·s de TEDxLausanneWomen, il n’y a plus qu’à souhaiter que 2020 soit, à un niveau individuel, une année pleine d’audace, celle d’aller à l’encontre des idées reçues, d’oser se départir des ambitions qu’on nous assigne pour tracer notre propre route. À un niveau plus global, nous avons l’espoir que l’année à venir soit ponctuée d’autant d’avancées sociales que de succès politiques.

www.tedxlausanne.com

Ze Tribu, l’aventure a déjà commencé

Faire l’école à la maison, inventer des spectacles en famille, partir apprendre le kung fu, prendre le train et commencer un tour du monde, ce n’est pas très raisonnable n’est-ce pas? Pourtant certains le rêvent, et même le vivent! Frédéric, Deborah, Merlin et Arsène forment une tribu, ou plutôt, Ze Tribu. Et que l’on soit hyperconnecté ou old-school, on pourra suivre le fil de leur aventure d’une année autour du monde; sur Youtube, Instagram ou leur vlog, mais aussi dans une gazette papier, à la télévision… et même, une fois qu’ils seront rentrés et que tout sera dans la boite, sur grand-écran.

Texte: Katia Meylan

Ze Tribu, c’est d’abord deux parents comédiens, Frédéric et Deborah, qui se sont posé la question de ce qu’ils souhaitaient transmettre à leurs enfants. « C’est presque instantanément, quand Déborah est tombée enceinte de notre ainé, qu’elle s’est dit qu’il allait falloir voyager pour leur apprendre que tout n’était pas comme chez nous, qu’il n’y a pas qu’une seule manière de vivre, de fonctionner en société. Ça n’a pas commencé tout de suite, ça fait 7 ans qu’on fait l’école à la maison et qu’on a commencé à voyager. Petit à petit l’envie de partir plus longtemps s’est installée dans les rêves. C’est l’âge de notre fils ainé qui nous a fait nous dire « c’est maintenant ou jamais ». Les deux ados, Merlin (15 ans) et Arsène (13 ans) développeront leurs potentiels, leur esprit critique, leur créativité, leur compassion, leur sérénité, leur civisme, leur éthique et leur amour de la nature… tout un programme!

« On a lancé plein de projets en l’air et pour le moment ils sont en train de tous se faire! ».

Projet Bye-bye la Suisse!

La tribu ne part pas pour toujours comme le font en général les protagonistes de l’émission Bye-bye la Suisse de la RTS… mais l’émission documentaire fait une exception, et décide de suivre cette famille qui se lance un an sur les routes. Elle la rejoindra plusieurs fois durant son voyage, pour partager ensuite en six épisodes ses aventures et ses découvertes, mais aussi sa philosophie de vie.

 

Projet vlog

En plus de l’émission, également produits par la RTS, de petits sujets parallèles de 4-5 minutes seront tournés par l’un∙e ou l’autre avec une caméra 360°, montés et postés sur le vlog de Ze Tribu. « Le New York Times fait déjà des reportages en réalité virtuelle mais pour l’instant ça reste un concept en développement. Tout est à inventer! », s’enthousiasme Frédéric. Le potentiel est énorme – il pense déjà à leurs deux mois de résidence dans un monastère Shaolin pour étudier le kung fu – et les sujets ne viendront pas à manquer, si l’on sait qu’ils passeront par la Russie, la Chine, le Japon, l’Asie du Sud, l’Inde puis l’Amérique du sud dans une optique de rencontre.

Projet théâtre

La « tournée » de deux pièces se met petit à petit sur pied avec l’aide des différentes ambassades suisses et des Alliance française, pour trouver des lieux où jouer et y attirer francophones et francophiles. Frédéric et Déborah ont travaillé à réduire ces pièces à l’essentiel pour pouvoir s’adapter aux lieux qu’ils vont croiser.

La première, Love Letters, déjà à l’époque de sa création au Théâtre Pitoeff 2010, avait donné à ses interprètes Frédéric et Déborah une sensation d’intimité entre les spectateurs et l’histoire. « On s’était dit, déjà à ce moment-là, que ça vaudrait le coup de le faire en petit comité ». Ils ne jouent toutefois plus la pièce pendant quelques années, puis, il y a deux ans, un petit théâtre à Porrentruy leur fait la proposition de la reprendre, ce qui leur donne l’occasion de la réadapter dans sa version actuelle.

Le monologue La confession du pasteur Burg avait quant à lui été un grand succès, joué par Frédéric dès 2006 et pendant six ans entre 150 et 180 fois dans la région et même jusqu’à Paris. Dernièrement, Didier Nkebereza, metteur en scène de la pièce et directeur du Centre Culturel des Terreaux, lui propose de la reprendre pour deux représentations en ouverture de la saison actuelle, dans une série d’événement autour des 10 ans de la mort de Jacques Chessex. Frédéric a alors l’idée d’adapter directement la pièce à son projet de voyage.

Le format du dernier spectacle qui partira sur les routes avec les Landenberg est un peu différent. En effet, Red nose on a trip est une création à eux, clownesque et sans paroles, dont l’histoire est celle d’une famille de clowns qui voyage. Tous les accessoires qu’ils utilisent sont ceux qu’ils auront vraiment dans leur sac, et ils seront libres de la jouer où bon leur semble, dans des trains ou chez les gens. Cette pièce sera donc leur outil de rencontre, leur moyen pour communiquer dans le langage universel des clowns et se faire comprendre non seulement par les francophones mais par tous ceux qui croiseront leur chemin. Le spectacle qui se veut évolutif s’enrichira et se métamorphosera au fil des aventures. La famille en a répété une première version et s’apprête à la tester dans la rue à Genève, avant la fin du mois. « Pour le moment on imagine ce que cet objet interactif peut donner, mais on s’est dit qu’il fallait qu’on se lance un moment donné, et qu’on aille se confronter à ça avant d’arriver à Moscou! »

Projet film

Pour la dernière étape du voyage en Amérique du Sud, un autre projet de taille a été imaginé: la famille a proposé à Fred Baillif, avec qui Frédéric avait travaillé sur le film « Tapis rouge », de tourner une fiction inspirée de leur histoire. Un thème et une situation propice au travail du réalisateur, travail qui se développe depuis quelques temps dans une direction cinématographique propre, avec des acteurs et des non-acteurs, en laissant pour le tournage une part d’improvisation et de surprise. L’auteur Fabrice Melquiot, proche de la petite famille, a rapidement accepté lorsqu’elle lui propose d’écrire le script. « Il a monté le niveau du fond du film. On avait envie de raconter la cellule familiale, le voyage, mais lui est allé prendre l’essence de cette thématique. Il nous a pris à contrepied. Quand on a pris la première version du scénario, on s’est pris une claque, il a su voir la relation à nos enfants, notre manière de transmettre et d’éduquer ».

Ze Tribu prendra les rails en 2020, mais l’aventure a déjà commencé! Pour récolter une partie des fonds nécessaires, le couple a joué Love Letters la semaine dernière à Genève et on pourra voir Frédéric dans La confession du pasteur Burg ce soir 7 décembre à 20h et demain 8 décembre à 17h à ImpactHub, Genève.

Ze Tribu lance aussi dès lundi un crowdfunding We Make It, où chacun∙e peut contribuer à leur projet et en contrepartie recevoir par exemple leur Gazette papier et autres nouvelles.

www.zetribu.com

Diana Rikasari, créatrice – TEDxLausanneWomen

TEDxLausanneWomen 2019 se tiendra ce jeudi 5 décembre au SwissTech Convention Center de l’EPFL. L’événement donne une fois encore la parole aux pionnières de divers domaines et promeut les idées novatrices dans l’optique d’un changement positif du quotidien. Parmi les belles personnalités qui y seront réunies, nous retrouvons Diana Rikasari.

Texte et propos recueillis par Clara Le Corre

Diana, c’est une artiste de 34 ans qui nous vient d’Indonésie. Auteure et entrepreneuse dans le milieu de la mode, elle habite désormais en Suisse depuis 3 ans. Passionnée, elle s’efforce d’apporter des messages positifs dans les créations qu’elle réalise grâce à sa personnalité pleine de couleurs.

Quels sujets vas-tu aborder pour ce TedxTalk?
Diana Rikasari
: Je parlerai de l’importance d’être fidèle à soi-même et du pouvoir de l’authenticité. J’espère vraiment faire passer un message inspiré à l’audience.

Comment a commencé ton chemin?
Je n’ai jamais eu un chemin tout tracé. J’ai  exploré beaucoup de possibilités dans la vie jusqu’à trouver les choses qui faisaient vibrer mon cœur. J’adore la mode depuis que je suis petite et j’ai compris très récemment que cela pouvait aussi devenir ma profession.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’exprimer publiquement?
Je suis une personne très timide en fait, je ne parle pas beaucoup… sauf si je le dois =D. Mais je sens que la communication est la clé pour faire changer notre monde, car les mots sont puissants. Ils peuvent amener le changement et la révolution.

Qu’est-ce qui te rend particulièrement fière?
Je suis fière d’avoir une famille qui m’encourage. Je suis fière de mon esprit juvénile et d’être authentique.

Comment reconnaître les opportunités?
Quand il y a un problème, il y a une opportunité de créer une solution. Quand tu sens que quelque chose manque, c’est une opportunité pour innover. Quand tu échoues, il y a une opportunité de devenir meilleur le jour suivant.

Comment reconnaître le succès? Penses-tu avoir réussi?
Pour moi, le succès c’est quand ta vie a un sens. Ce n’est pas gagner ou atteindre un certain statut social. Le succès, c’est quand tu t’endors la nuit en te disant « aujourd’hui, j’ai fait de mon mieux ».

Quels conseils donnerais-tu pour un premier pas dans la réalisation de nos rêves?
Commencer pas à pas, s’ouvrir aux erreurs et se donner les moyens pour réussir. Avoir un plan solide, avoir un plan de rechange, écouter son cœur et non les autres.

TEDxLausanneWomen 2019
Jeudi 5 décembre à 18h30
EPFL Swisstech Convention Center