Barbara, l’âge tendre: une claque théâtrale

Quelques tables, lumière tamisée, un homme attend. Dadé, patron du cabaret de l’Ecluse, a rendez-vous avec Barbara, Monique Serf encore à l’époque. Petit bout de femme caractériel, elle imposera ses exigences et son style inimitable pendant 6 ans dans cette petite salle de la Rive Gauche parisienne.

Barbara, l’âge tendre emmène le public du Théâtre Alchimic découvrir (ou redécouvrir) les premières années de carrière de la Dame en noir. Une carrière qui débute en reprises: Brassens, Brel ou Fragson pour les mythiques « Amis de Monsieur », interprétées en début de soirée « quand personne n’écoute ». Il faut bien commencer…

Barbara intense

12109916_1633739176914716_3123725861152271740_oDès les premières minutes du spectacle, on est transporté par la présence scénique d’Aude Chollet, sa voix chaude et délicate, et l’agilité de ses doigts sur le piano. Vous aimez la chanson française? Préparez-vous à rire, à pleurer autant pendant ce spectacle qu’en écoutant un album de Barbara. Magistrale, Mademoiselle Chollet est une véritable incarnation de la grande dame de la chanson.

Et Adrian Filip est son pendant parfait. Grand, massif, rassurant, il est le refuge d’un personnage frêle et fougueux qui recherche tant une liberté qu’un port d’attache. Remettre Barbara sur les rails dans les moments cruels de l’existence, ou quand elle doute ou qu’elle souffre, voilà le rôle de Dadé. C’est d’ailleurs grâce à Dadé que Barbara assumera enfin pleinement son rôle d’interprète mais aussi d’auteur et de compositeur. La complicité des deux comédiens sur scène figure à merveille l’amitié qui lia les deux êtres.

Passé-présent, aller-retour

Vous pensez tout savoir de Barbara? Ne soyez pas trop sûrs de vous, ce spectacle peut vous en apprendre beaucoup sur la chanson française ainsi que sur l’actualité de la fin des années 1950. Vous saviez que les frères Grimm étaient originaires de Göttingen? Des références parsemées de clins d’oeil à notre XXIème siècle: le nouveau franc pour l’Euro, Pierre-Alexandre (Jauffray, directeur du Théâtre Alchimic) comme facteur de piano de l’Écluse, Gagarine versus les expéditions sur Mars…

Et toujours, en point de chute la voix d’Aude Chollet qui chante Barbara.

« Ma plus belle histoire d’amour… »

Barbara, l’âge tendre est un bijou, fragile et somptueux. Et l’Alchimic en est le parfait écrin. L’usage de l’espace par les comédiens, et la mise en scène qui conjugue objets d’époque, piano et panneaux lumineux crée l’illusion intimiste de se retrouver à L’Ecluse.

Barbara, l’âge tendre est une pièce qui rapte le spectateur et lui offre une pause bienvenue loin des tracas du quotidien. Les spectateurs de la première, archi-comble, ne s’y sont pas trompés. Six rappels et trois bis ont salué la prestation de la Cie Appât de Loup…

A ne pas manquer donc au Théâtre Alchimic (10, av. Industrielle – 1227 Carouge) jusqu’au 18 octobre.

Texte: Anne Skouvaklis

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Christine and the Queens

Angoissée par nature et mélancolique par l’ironie du sort, Héloïse de son vrai prénom a créé de toute pièce l’ensemble de ses personnages pour s’échapper avec eux. Présentée sous « Christine », son nom de scène, son succès fait bouger très rapidement tout l’Arena.

Jouée par plusieurs identités intrigantes, l’histoire de cette jeune femme se construit en laissant libre cours à son imagination teintée de réalisme, de mélodrame et de tragédie.

Décor coloré avec quatorze rondelets tel un xylophone ou une arcade, la représentation du son en image donne le rythme tout le long de son concert. Elle rend également hommage à Michael Jackson et son « Who is it » Né de l’inspiration d’une frustration intérieure liée à une terrible déception amoureuse, le leitmotiv de Christine and the Queens déambule sous les lumières des projecteurs, de cour comme de jardin, tel un véritable caméléon. Son équipe de danseurs l’accompagne dans chacune de ses chorégraphies.

Des signes de masculinité mélangés à la sagesse de la féminité, elle fait participer le public à son univers et n’hésite pas à descendre dans la foule pour sentir, finalement un peu plus près, cette « Chaleur Humaine ».  Spontanée et souriante, elle utilise l’humour pour émerveiller les spectateurs. Ce concert clôture sa tournée européenne avant de s’envoler à la conquête de l’Amérique.

De sons particuliers aux gestuelles symboliques, la scénographe se nourrit de ce qu’il l’entoure et rien n’y est laissé au fil du hasard. Un bouquet de fleurs à la main, elle revient plusieurs fois sur scène et termine son show par son tout premier titre «Nuit», illuminée par chaque étincelle du public.

Texte: Jenny Raymonde

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Une séance de cinéma à l’ancienne

Le 13 octobre dernier, le célèbre Forum du Rolex Learning Center s’est transformé en un cinéma des années 20’ du siècle passé. Non seulement le public a pu savourer un des chefs-d’œuvre du 7ème art, Le Cuirassé « Potemkine » de Sergueï Eisenstein, mais la séance a été accompagnée en direct par l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève.

Ce ciné-concert fut un véritable hommage aux cinémas du XX­ème siècle où les orchestres entraient en synergie avec le grand écran en remplaçant à la fois les dialogues et les bruitages des films muets. Et Le Cuirassé « Potemkine », loué par les critiques internationaux lors de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, en est sans doute un des plus connus. Créé en 1925 pour commémorer le vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1905, l’œuvre d’Eisenstein présente au public un récit dramatisé de la mutinerie sur le navire de guerre « Potemkine » où, soutenu par la population du port, l’équipage du vaisseau se révolte contre les officiers et les fonctionnaires d’état. Leur insurrection est suivie par des représailles sanguinaires.

La musique du film représentait un défi supplémentaire pour les organisateurs de cette soirée exceptionnelle. Ecrite par le compositeur autrichien Edmund Meisel, elle n’a jamais été retranscrite pour un orchestre d’harmonie. Jean-Christophe Monnier, chef de l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève, a donc réadapté quelque quatre cent pages de partition qui ont ensuite été apprises à la seconde près par l’ensemble des musiciens pour reconstituer plus de quatre-vingts minutes de musique ininterrompue, un effort véritablement herculéen.

Heureusement que tous leurs efforts n’ont pas été en vain. Le ciné-concert fut une expérience incroyable et unique. Même si certaines erreurs dans la synchronisation entre l’image et le jeu de l’orchestre se sont quand même subrepticement glissées, cela ne faisait que contribuer à l’authenticité et à l’honnêteté de ce tableau majestueux.

Texte : Danila Kashkin

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Fata Morgana fête ses 50 ans à la Fondation Bodmer

Pour les 50 ans des éditions Fata Morgana, la Fondation Martin Bodmer nous offre une magnifique exposition orientée vers la modernité et le dialogue entre artistes et écrivains. Inaugurée le 2 octobre, l’exposition Fata Morgana, Regards croisés présente une succession de manuscrits et lettres autographes de grands auteurs et artistes du XIXe et XXe siècle édités par Bruno et Marijo Roy, fondateurs de la maison d’édition Fata Morgana.

L’exposition réunit quatre-vingt documents de divers auteurs et artistes tels Paul Valéry, Apollinaire, Le Clézio, Michaux ou encore Michel Butor. La Fondation Martin Bodmer nous propose un dialogue entre les archives de la maison d’édition et les fonds de la collection du Musée. Elle témoigne ainsi d’une volonté de créer des passerelles, notamment avec l’exposition permanente et celles à venir. En effet, depuis quelques mois, les livres d’artiste de Michel Butor ont rejoint la collection permanente et, dès le mois de décembre, Henri Michaux sera à l’honneur avec l’exposition Henri Michaux et Zao Wou-ki : Dans l’empire des signes. Le cœur de Fata Morgana : Regards croisés réside véritablement dans l’idée de rencontres et de croisements.

L’exposition propose ainsi des synergies avec l’ensemble de la collection du Musée et suscite la réflexion. L’agencement de l’exposition en témoigne en se distinguant par une audace et une dimension créative et en proposant non pas un parcours conventionnel, chronologique ou thématique, mais un cheminement libre guidé par des vitrines aux entrées conceptuelles. Le visiteur a ainsi la liberté de contempler des documents exceptionnels à travers douze vitrines intitulées Imaginaire, Cristallisation, Pensée ou encore Poétique.

Une exposition riche soulignant le dialogue entre littérature et arts visuels au XIXe et XXe siècle, à découvrir jusqu’au 1er novembre 2015, à la Fondation Bodmer.

Texte: Pauline Santschi

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