« Hocus Pocus »: une formule magique pour convoquer les apparitions

C’est au théâtre Am Stram Gram de Genève que le chorégraphe Philippe Saire s’arrête pour présenter son spectacle mêlant danse contemporaine, jeux de clair-obscur et musique envoûtante.

Texte: Nastassja Haidinger

Photo: Philippe Pache

La scène, plongée dans la pénombre, nous accueille avec une boîte noire encadrée par deux tubes lumineux. C’est dans ce cadre que surgissent soudain des bouts de corps, d’abord protubérances incertaines puis membres aux gestes souples: des mains, des pieds, des bras se lient et se délient, au rythme de la musique de « Peer Gynt » d’Edvard Grieg qui accompagne savamment l’histoire en train de se ficeler sous nos yeux. Les personnages se révèlent sous peu, sortent des ténèbres pour se parler, se chercher, se chamailler. Ils disparaissent et reparaissent, tandis que formes et textures sont révélées par la lumière.

Photo: Philippe Pache

On ne comprend pas tout ce qui se raconte sur scène, si ce n’est la relation qui est en train de se tisser entre les deux personnages. Ceux-ci évoluent dans un monde à la fois étrange et poétique, tantôt piégés par une toile d’araignée, tantôt pourchassés par des monstres et avalés tous crus par une curieuse bête marine! Il suffit parfois d’une musique évocatrice et d’un éclairage expressif pour immerger le spectateur dans les profondeurs de l’océan et laisser l’imagination faire le reste. Des événements inattendus, au caractère fantastique, qui ont eu l’air de ravir les enfants, attentifs et vite au fait du dispositif lumineux. « Hocus Pocus » se construit autour d’une suite de rebondissements surprenants, oscillant entre des séquences contemplatives et des épisodes plus rapides. Et au-delà de l’histoire contée, on se laisser porter par la force des images et des jeux de lumière, par ces apparitions qui en deviennent des formes abstraites, mouvantes, ondulantes. Bienvenue dans le monde de l’illusion et de la magie, pour petits et grands!

Le spectacle affiche déjà complet au théâtre Am Stram Gram, mais il poursuivra sa tournée à l’Echandole à Yverdon et à l’Oriental Vevey en décembre, et dans différentes villes suisses jusqu’en mars 2018.

www.philippesaire.ch/hocus-pocus

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Peut-on raconter en musique?

Le Grand Théâtre de Genève propose deux contes musicaux de Sergueï Prokofiev menés tambour battant par le récitant Joan Mompart, l’Orchestre du Collège de Genève et le Grand Théâtre, pour le plus grand bonheur des enfants et des plus grands!

Texte et photo: Nastassja Haidinger

« Le bûcher d’hiver », dont la musique a été écrite sur un texte de Samouil Marchak, nous raconte l’histoire de jeunes enfants moscovites partis découvrir la campagne enneigée: le son des pistons et la fumée d’un train à vapeur, incarné par les allers-retours de Mompart sur scène, nous plongent très vite dans l’ambiance de leur départ. C’est le premier mouvement de la suite orchestrale, qui en comptera sept autres. L’aventure des citadins est narrée avant chaque mouvement par la voix et les déplacements du récitant (dont les mimiques éloquentes semblent faire leur effet auprès des jeunes spectateurs), au rythme des actions dont on se forme très vite en esprit des images caractéristiques – la neige qui tombe, les patins sur le lac gelé, le feu de camp qui crépite. Citons le passage agréable du chœur d’enfants (chœur de l’École des Pâquis) au moment où le groupe entonne un chant patriotique.

L’attrait particulier de ce concert réside toutefois dans la seconde partie, consacrée à « Pierre et le Loup ». L’idée est simple, et pourtant très efficace et originale: chaque personnage du conte est incarné par un instrument de l’orchestre. Si l’oiseau se réserve le son cristallin de la flûte traversière, le loup quant à lui préfère les accents plus ténébreux de trois cors, tandis que le grand-père de Pierre prête sa voix à un basson. Joan Mompart nous les énumère l’un après l’autre, pour familiariser les spectateurs aux sons qui s’apprêtent à tisser la trame du récit. Cette approche didactique permet d’initier les enfants à certains instruments de musique, mais elle est aussi un moyen pour nous, spectateurs un peu plus âgés, de nous laisser porter par chaque intermède musical, et d’imaginer à travers les thèmes propres à chaque personnage, le canard pris au piège par le loup ou la marche hasardeuse des chasseurs dans la forêt (comiquement mimée par Mompart). Un récit musical qui fait un parfait usage des spécificités de chaque instrument pour saisir le tempérament des personnages – une façon de raconter en musique –  dont le succès semble toujours au rendez-vous.

« Pierre et le Loup » et « Le bûcher d’hiver » à L’Opéra des Nations

Mardi 27 juin à 19h30
Mercredi 28 à 19h30

www.geneveopera.ch

 

« Münchhausen? » ou l’éloge de la folie

« Ce qui est imaginé aujourd’hui sera prouvé demain »: spectacle d’ouverture, « Münchhausen? » clame avec force le ton de la nouvelle saison du théâtre Am Stram Gram, la quatrième aux commandes de Fabrice Melchiot. En adaptant les miraculeuses péripéties de Karl Friedrich Hieronymus, Baron de Münchhausen, ce dernier ouvre un dialogue vertigineux qui célèbre le pouvoir de l’imagination entre mensonges et vérités, enfance et deuil.

Figure mythique née sous la plume de Rudolph Erich Raspe, le Baron de Münchhausen devient, dans la version de Fabrice Melchiot, un vieillard givré et malade, ressassant ad libitum ses anciennes aventures dans une chambre d’hôpital. Il les raconte à son fils, Moi, qui commence à se lasser des prouesses fantasques de son Baron de père. Münchhausen meurt le jour des trente ans de Moi. Et le jeune homme doit faire face à l’absence de son père. Quoique…

La première partie de la pièce se plonge dans les rapports père-fils. La confrontation entre Münchhausen (Jacques Michel) et Moi (Bastien Semenzato), bien équilibrée, séduit par la drôlerie des dialogues et la tendresse qui émane des acteurs. Puis, avec l’aide de Elle (Mélanie Bauer), du Seul pote (Baptiste Gilliéron) et de l’Inconnu au bataillon (Christian Scheidt), la pièce décolle vers de folles aventures au pays de l’imaginaire et de tous les possibles. Personnage à part entière, le décor a été imaginé par le metteur en scène Joan Mompart: des panneaux modulables et des projections vidéo de Brian Torney qui se plient aux folies de la fine équipe.

Situations rocambolesques, personnages étonnants et chansons entraînantes: l’humour est toujours présent dans cette adaptation de Fabrice Melquiot qui pose également les thèmes essentiels à la construction de soi, le premier étant peut-être de retrouver l’enfance cachée… C’est tout le charme de ce « Münchhausen ? », à découvrir au théâtre Am Stram Gram du 29 septembre au 18 octobre.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Photo: Elisabeth Carecchio

Photo: Elisabeth Carecchio

Les trois petits cochons

“On est les trois petits enfants

Plus malins que les trois p’tits cochons,

Même sans queue en tire-bouchon,

Même sans queue en tire-bouchon ! “

Photo : Pénélope Henriod

Photo : Pénélope Henriod

Le public du Petit Théâtre se tait progressivement en entendant les premiers quatre vers de la chanson, et toutes les têtes se tournent pour voir d’où proviennent les voix. Nous sommes encore en train d’attendre dans le hall, et le spectacle commence déjà. Lorsque le niveau sonore est suffisamment descendu pour laisser entendre les paroles, certains s’interrogent. Trois petits enfants ? Ce ne sont pas des cochons ? Les quatre acteurs traversent le hall et nous ouvrent les portes. L’une dans une charmante robe, les trois autres habillés en culotte courte.

On apprend vite que les héros de notre histoire seront ces trois-là ; l’aîné plus raisonnable, la fillette un peu garçon manqué et le petit peureux. “Les trois petits cochons“ est leur histoire favorite et ils rêvent de partir en vacances sur l’île du Lard pour rencontrer le loup. Ils sont sûrs d’être plus malin que lui, puisqu’ils ont déjà lu la fin ! Leur maman les laisse partir seul, et ils deviennent ainsi acteurs et narrateurs de leur propre voyage.

Dans un décor mobile qui fait son petit effet, les enfants partent en avion, montent leur maison de paille, rencontrent un vieux loup tout décati qui ne semble pas très motivé à les manger. Ils construisent ensuite leur maison de bois en clouant et transportant des planches au rythme de la bande sonore. Puis le loup, en pétant très fort –oui, de nombreuses choses nous rappellent que c’est un spectacle destiné aux enfants, qui sont d’ailleurs morts de rire- mincit d’un coup, rajeunit et… redevient méchant ! Les enfants commencent à avoir peur, et construisent la maison de brique, qui est en fait le décor initial, leur maison. Ils réalisent peu à peu que le loup, même s’il leur fait très peur, a les mêmes pantoufles que leur maman… le même parfum que leur maman…

En tant que spectateur, on ne sait pas quoi penser de cette dernière. Elle semble superficielle, beaucoup plus femme que mère et presque inquiétante, avec une voix et une robe séductrices. Pourtant, tout en disant qu’elle n’a pas de temps pour partir en vacances avec ses enfants, elle a su les faire voyager au pays de leur histoire préférée…

Vous pouvez encore aller voir la compagnie Champs d’action les 18, 21 ou 22 février à Lausanne, ou alors lors de leur tournée jusqu’en avril à Monthey, Yverdon, Gland ou Thonon.

Texte : Katia Meylan

Le dératiseur de Hamelin

 » L’art doit toujours un peu faire rire et un peu faire peur. » Jean Dubuffet, devise de la Compagnie Pied de Biche.

Enfoui dans toutes les mémoires d’enfants, le conte du « Joueur de flûte de Hamelin » met en scène la déchéance de Hamelin, dont les habitants sont corrompus par l’appât du gain et ne semblent jamais repus de leur opulence. Clin d’œil aux sociétés modernes et à l’indifférence du capitalisme, « Le dératiseur de Hamelin » qui se joue actuellement au Théâtre des Marionnettes de Genève ne met pas seulement en évidence la pertinence actuelle de la fable. La version de la Compagnie Pied de Biche réactualise aussi le conte en lui offrant un beau dépoussiérage.

Photo: Sylvain Chabloz

Photo: Sylvain Chabloz

Le plus frappant est bien entendu la présence de chansons qui rythment la pièce. Sur des airs de comédie musicale, les cinq comédiens-marionnettistes-chanteurs donnent un coup de fouet énergique, avec un son résolument rock et électrique. Ce qui fascine, cependant, c’est le déséquilibre et l’ambiguïté constamment interrogés par la mise en scène de Frédéric Ozier. Loin des archétypes et des caricatures, le conte se dévoile dans toute sa complexité et ses zones d’ombre.

Les différents niveaux de jeu mettent parfaitement en scène cette ambivalence. Alors que ceux qui détiennent le pouvoir (le maire, ses proches, le prêtre) sont interprétés par des comédiens, les marionnettes se partagent les différentes couches de la population « manipulée », de la marionnette à gaine faisant encore corps avec le comédien à la marionnette de table qui représente les plus faibles, les enfants. D’ailleurs, les parents pleurent les enfants enlevés par le dératiseur. Mais ont-ils oublié qu’ils les exploitaient au travail ? « Ce qui est bien pour vous est bien pour moi » déclare, en substance, le bourgmestre devant ses concitoyens en songeant aux prochaines réélections. À partir de quand le bien (le profit) devient-il un mal pour les habitants?

Et que dire de l’énigmatique joueur de flûte? Figure fantasque entre Peter Pan et le Capitaine Crochet, inspiré par le Chapelier fou de Tim Burton, le héros est représenté par une marionnette et interprété par un comédien. Est-il du côté des floués de Hamelin ou le génie maléfique condamnant la cité à sa perte?

Photo: Sylvain Chabloz

Photo: Sylvain Chabloz

Chacun est libre de trouver sa propre interprétation, jusqu’au 8 février au Théâtre des Marionnettes de Genève.

Texte: Marie-Sophie Péclard

La rentrée du Petit Black Movie!

Pour fêter la rentrée, le Petit Black Movie présente son nouveau menu automnal : chaque mois, de septembre à décembre, un programme de films d’animation spécifiques à un pays est présenté dans différents lieux à Genève. Ouverture des festivités le dimanche 7 septembre au Grütli !

Le Petit Black Movie – rendez-vous privilégié des ciné-fines bouches et des jeunes gastronomes friands de films d’animation – est de retour cet automne avec quatre nouveaux programmes à déguster en famille. Au menu cette année, une succulente sélection où se succèderont fantaisie japonaise, audace hongroise, douceur suédoise et maîtrise des grands chefs tchèques. Et pour les gourmands qui ne seraient pas rassasiés, le Festival Black Movie reviendra gâter vos yeux et vos oreilles du 16 au 25 janvier 2015.

Animation japonaise pour septembre

Que ce soit à travers des marionnettes ou un pinceau, la touche japonaise est reconnaissable au premier regard : elle déploie devant nos yeux un irrésistible mélange de fantaisie lunaire et de grâce solaire pour un dépaysement assuré.

NIHONTEKI KUUSOU – Programme de films japonais (durée : 50’)

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Komaneko et Radi-Bo (2006), Tsuneo Goda

Grütli Dimanche 7 15h30

Onex Mardi 9 16h30

Grütli Mercredi 10 15h

Meyrin Mercredi 24 15h

Maison CIViQ (Lancy) Dimanche 28 15h

Chêne-Bourg Mardi 30 16h30

Informations complémentaires sur http://blackmovie.ch/