Le Béjart Ballet réaffirme sa mission

À l’occasion des dix ans de la disparition de Maurice Béjart, la nouvelle création de la compagnie – présentée du 19 au 24 décembre au Théâtre de Beaulieu Lausanne – rend hommage au chorégraphe.

Texte: Cécile Python

Un danseur à l’écran développe la jambe sur le côté et c’est un vrai chausson qui surgit de la toile: avec un dispositif de projection très réussi, le metteur en scène Marc Hollogne mêle dans cette pièce images d’archives et de fiction, texte, musique, et bien sûr les danseurs et danseuses du Béjart Ballet. Une synthèse artistique que n’aurait pas renié le fondateur de la compagnie lausannoise. Pour tenter de remonter aux sources de l’inspiration chorégraphique, le spectacle convoque la parole de Béjart à laquelle répondent les interprètes sur scène, cite des extraits de ses ballets emblématiques, fait revivre des personnalités telles Molière et la professeure du jeune danseur ou encore évoque des œuvres littéraires et musicales. On y retrouve les thèmes chers au chorégraphe, comme les différentes cultures et spiritualités.

Dixit est un ballet sur Maurice Béjart. On nous raconte son enfance, ses débuts, ses grands succès. On plonge dans son imagination, on l’accompagne en studio, on le suit sur scène. Avec une narration proche du cinéma qui prend la liberté de sauter d’une séquence à l’autre comme suivant le fil d’une pensée, le spectacle a aussi quelque chose d’onirique – comme lorsque les ballets se fondent les uns dans les autres, permettant par exemple à l’Oiseau de Feu de rencontrer l’Élue du Sacre du Printemps. Le rythme est rapide et la profusion d’images virtuelles ou réelles font qu’on se perd parfois, mais qu’on ne s’ennuie pas.

Dixit ©BBL – Lauren Pasche Haskiya

Dixit est aussi un ballet sur la création artistique: en mettant en scène le chorégraphe (interprété par Mattia Galiotto) en répétition avec ses danseurs, la pièce use à plusieurs reprises de la technique de la mise en abyme afin de faire voir le processus de création d’un ballet. C’était d’ailleurs un moyen déjà utilisé par Béjart lui-même qui aimait mettre en scène le travail de répétition en studio. Dans Dixit, on voit par exemple un extrait du Sacre du Printemps, interrompu par le jeune chorégraphe qui demande: « Combien de temps avant que le public entre dans la salle? Ok, on fait le final ». Et les danseurs se replacent pour nous offrir le final du Sacre. Ces moments où les personnages sortent de leur rôle pour créer un autre niveau d’illusion complexifie encore cette pièce qui jongle déjà entre passé et présent, texte parlé et danse, ballets de Maurice Béjart et de Gil Roman, images virtuelles et danseurs réels.

Le spectacle est bien sûr l’occasion d’évoquer les grandes œuvres toujours dansées par la compagnie: Le Boléro, Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de Feu, Héliogabale. Les extraits sont repris tels quels mais parfois détournés, comme lorsque l’ensemble des danseurs reprend les pas du Boléro, à l’origine pensé pour un ou une soliste. Finalement, le BBL affirme son rôle de porteur de la mémoire d’une œuvre et sa filiation avec un chorégraphe célébré par ses danseurs, parfois à l’extrême. En somme, Dixit donne la parole au chorégraphe et, dans cet hommage, la compagnie semble s’effacer un peu derrière son créateur et au profit de la mise en scène. Gil Roman est présent à travers certaines de ses chorégraphies mais se montre surtout au service de Béjart. Une soirée en forme d’éloge au chorégraphe, donc. Pourtant, il semble que Dixit n’est pas seulement un ballet sur la richesse de ses sources d’inspiration, mais aussi sur l’amour que Béjart portait à la danse. Inspirée, sa compagnie continue à faire vivre les ballets qui nous font rêver.

www.bejart.ch

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« Hocus Pocus »: une formule magique pour convoquer les apparitions

C’est au théâtre Am Stram Gram de Genève que le chorégraphe Philippe Saire s’arrête pour présenter son spectacle mêlant danse contemporaine, jeux de clair-obscur et musique envoûtante.

Texte: Nastassja Haidinger

Photo: Philippe Pache

La scène, plongée dans la pénombre, nous accueille avec une boîte noire encadrée par deux tubes lumineux. C’est dans ce cadre que surgissent soudain des bouts de corps, d’abord protubérances incertaines puis membres aux gestes souples: des mains, des pieds, des bras se lient et se délient, au rythme de la musique de « Peer Gynt » d’Edvard Grieg qui accompagne savamment l’histoire en train de se ficeler sous nos yeux. Les personnages se révèlent sous peu, sortent des ténèbres pour se parler, se chercher, se chamailler. Ils disparaissent et reparaissent, tandis que formes et textures sont révélées par la lumière.

Photo: Philippe Pache

On ne comprend pas tout ce qui se raconte sur scène, si ce n’est la relation qui est en train de se tisser entre les deux personnages. Ceux-ci évoluent dans un monde à la fois étrange et poétique, tantôt piégés par une toile d’araignée, tantôt pourchassés par des monstres et avalés tous crus par une curieuse bête marine! Il suffit parfois d’une musique évocatrice et d’un éclairage expressif pour immerger le spectateur dans les profondeurs de l’océan et laisser l’imagination faire le reste. Des événements inattendus, au caractère fantastique, qui ont eu l’air de ravir les enfants, attentifs et vite au fait du dispositif lumineux. « Hocus Pocus » se construit autour d’une suite de rebondissements surprenants, oscillant entre des séquences contemplatives et des épisodes plus rapides. Et au-delà de l’histoire contée, on se laisser porter par la force des images et des jeux de lumière, par ces apparitions qui en deviennent des formes abstraites, mouvantes, ondulantes. Bienvenue dans le monde de l’illusion et de la magie, pour petits et grands!

Le spectacle affiche déjà complet au théâtre Am Stram Gram, mais il poursuivra sa tournée à l’Echandole à Yverdon et à l’Oriental Vevey en décembre, et dans différentes villes suisses jusqu’en mars 2018.

www.philippesaire.ch/hocus-pocus

15 minutes de leur vision du monde

Du 15 au 17 février au Théâtre Sévelin 36, sept projets chorégraphiques sont présentés dans le cadre des Quarts d’Heure.

 On ne sait jamais très bien à quoi s’attendre en allant voir les Quarts d’Heure de Sévelin. Et pour cause, le principe de la soirée est de faire découvrir la relève chorégraphique en présentant les premiers pas ou les nouvelles expérimentations d’artistes locaux en format court de 15 minutes. Ce projet mené par le Théâtre Sévelin 36 depuis 2006 est devenu incontournable pour les amateurs de création contemporaine. C’est aussi l’occasion pour les spectateurs de voir quels artistes sont formés dans les écoles professionnelles de la région, qui se sont multipliées ces dernières années. Pour cette édition, ils viennent de la Manufacture (dont les premiers danseurs diplômés sortent en juin), du Marchepied ou encore du Ballet Junior de Genève.

Les Quarts d’Heure donnent aussi un aperçu des thèmes qui occupent les jeunes chorégraphes d’aujourd’hui. Cette année, on remarque que les pièces traitaient de la danse elle-même, mais aussi de sujets plus universels et très actuels. Par exemple, ‟We, Undecidable” se base sur la mémoire du corps: les interprètes partent en exploration en elles-mêmes par l’improvisation, alors que ‟#Jamais après le premier soir” réfléchit autant sur le fait d’être sur scène que sur la façon dont les codes sociaux et ceux d’internet nous influencent, pour leur opposer une énergie vitale frénétique et impertinente. L’image de soi occupe aussi Trân Tran dans une pièce proche du théâtre d’improvisation où le public lit à haute voix des consignes distribuées sur des cartes. L’artiste les performe ensuite au pied de la lettre, montrant ainsi le décalage possible entre les demandes du public et la façon dont elle va les interpréter. Pauline Raineri livre une pièce sombre, violente et très maîtrisée sur l’ambivalence du personnage féminin des films noirs des années 1950 et les relations de pouvoir entre hommes et femmes. Plus surprenant dans une soirée dédiée à la relève chorégraphique, le thème de la figure vieillissante du danseur et du vieillissement en général choisi par Pierre-Emmanuel Sorignet, par ailleurs sociologue. Avec le trio ‟Shake your body (down to the ground)”, il aborde avec finesse cette étape de l’existence en tant que processus, entre humour, révolte et tendresse.

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« Just another really good Spanish song »  Photo: Philippe Weissbrodt

L’humour était d’ailleurs assez présent, ce qui n’est pas le cas chaque année. Le public a beaucoup ri aux interventions de Trân Tran, aux apparitions absurdes contenues dans ‟#Jamais après le premier soir”, à la maladresse extrêmement bien feinte des interprètes de ‟Just another really good spanish song”, où d’autre part les accessoires quittent la scène tout seuls et où Spiderman fait une apparition qui passe presque inaperçue. De manière générale, ces traits d’humour sont présents dans les détails, ce qui les rend encore plus savoureux, à l’image de ce danseur de ‟Shake your body”, qui enfile ses lunettes pour mieux voir la console de sons qu’il doit manipuler.

La qualité des pièces présentées laisse présager une belle vingtième édition des Printemps de Sévelin, ce festival dont les Quarts d’Heure sont le prélude. Du 8 au 26 mars à Lausanne, ce sont cette fois non seulement des compagnies locales émergentes qui seront présentées, mais aussi des œuvres d’artistes confirmés, suisses et internationaux.

Texte: Cécile Python

Je danse parce que je me méfie des mots

– Pourquoi je suis petite?!
– …
お祖母ちゃん
– …ma grand-mère?

Pourtant, elle n’a pas l’air si petite, Kaori Ito, de là où je suis. Après la représentation pourtant, lorsqu’elle slalomait entre le public à la recherche de quelqu’un, j’ai vu qu’elle avait raison. C’est parce qu’elle le répète plusieurs fois que la question m’interpelle, autrement, je n’y aurais pas prêté attention. Le public finit de s’installer dans la salle du Théâtre Forum Meyrin, la salle est remplie de programmateurs et de danseurs qui sont ici dans le cadre des Journées de Danse Contemporaine Suisse.

Comme je suis au deuxième rang, je vois l’expression de Kaori Ito qui danse déjà sur scène depuis l’ouverture des portes, malicieuse, sereine, ses jambes qui contiennent une puissance encore retenue, ses pieds souples et impressionamment mobiles, ses mouvements lents.

Pourquoi quand je danse, on me dit que je ressemble à un insecte sensuel?

Pas encore d’expression interrogative, malgré toutes ces questions qu’elle enchaîne d’une voix monocorde à l’accent charmant et enfantin. Elle se met à danser, avec un masque crée par un Suisse, Erhard Stiefel, Maître d’art dans cette discipline et influencé dans son œuvre tant par la Commedia dell’Arte que par le théâtre . À travers son masque, elle cligne des yeux sur la musique. Sa danse semble torturée, avec beaucoup de mouvements saccadés au sol, une respiration exagérée, des jeux de résonnances avec sa voix et les bruits lorsqu’elle tape le plancher.kaoriito

Un personnage est assis sur une chaise et fait face à la danseuse, à droite de la scène, les yeux fermés, si immobile qu’on l’oublierait. Hiroshi Ito. Lorsqu’il se met en mouvement, il fait quelques pas sur de la musique swing avant d’interagir avec une sculpture volumineuse et sombre. Il semble être accoutumé à elle, s’en sert pour se cacher, la déplace, la regarde et la touche. Soudain Kaori Ito, sa fille, reprend ses questions de plus belle, dans un débit furieux de parole cette fois tout sauf monocorde.

Pourquoi tu fumes?! Pourquoi tu aimes le couscous?

Et ça continue.

Pourquoi tu mets toujours ton t-shirt à l’envers?

Le public rit, peut-être de voir cette complicité, ces questions simples, cette relation à laquelle on peut s’identifier que le père et sa fille dévoilent un peu. La danseuse joue excellemment bien de sa voix, qui enfle, pour assaillir son père de questions qui vont des plus sensées aux plus absurdes. Il y a aussi celles auxquelles on ne peut pas répondre.

C’est quoi pour toi être un artiste? Pourquoi tu as changé le frigo de mon appartement? Combien de temps tu vas encore vivre?

Et il y a un temps où les questions cessent. Ils dansent ensemble, ils s’amusent encore sur de la musique swing.

Ce soir je serai la plus belle pour aller danser, danser…

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Photo: Gregory Batardon

Hiroshi Ito, également scénographe de la pièce, arrive à tout effectuer avec un flegme touchant dont on ne peut que sourire. Sa fille le regarde, suspendue. Le public les regarde, suspendu. Il essaie de capter un peu de ce qui passe entre eux, les non-dits de la culture japonaise, la distance passée, la danse qu’ils partagent enfin. Il essaie de lui plaire, comme elle avoue avoir essayé de lui plaire durant toute son enfance. Il dévoile finalement une partie de l’intérieur de sa sculpture, faite d’entrelacs compliqués.

Les deux artistes annoncent que « Je danse parce que je me méfie des mots » est la première partie d’une trilogie. On les retrouvera donc bientôt.

Texte: Katia Meylan

Début de la route pour une nouvelle génération de danseurs

Etudiant à la Tanz Akademie de Zürich, l’italien Michele Esposito a remporté le Prix de Lausanne 2017.

photo_gregory_batardonMichele Esposito. Photo: Gregory Batardon

Le Palais de Beaulieu était bondé samedi après-midi pour la finale du concours lausannois. Le public, international, ne se privait pas d’exprimer son enthousiasme aux candidats se produisant sur scène. On a assisté d’abord à chaque variation classique, puis aux contemporaines et le niveau très élevé rendait les pronostics difficiles. Le jury notait les deux solos et bien que la finale soit décisive, il faut garder à l’esprit que les jurés ont suivi l’évolution des finalistes durant toute la semaine. On a donc pu voir les danseurs se confronter à des extraits des ballets ‟Paquita”, ‟La Bayadère”, ‟Giselle” ou encore ‟Don Quichotte”. Quant aux variations contemporaines, elles nous ont donné un aperçu des diverses chorégraphies de John Neumeier, présent dans la salle pour recevoir un Lifetime Achievement Award pour son engagement envers les jeunes danseurs. Pour les filles par exemple, les solos allaient de ‟Bach Suite II”, sur pointes, virtuose et ultra rapide, à ‟A Cinderella Story”, pieds nus et demandant plus de jeu théâtral, en passant par le mélancolique ‟Nocturnes”.

Le grand gagnant du jour est donc Michele Esposito, 17 ans et demi, étudiant à la Tanz Akademie de Zürich (ce qui lui vaut du coup le Prix du meilleur candidat suisse). Le jury lui a également décerné le Prix d’interprétation contemporaine pour sa prestation dans ‟Nijinsky”. Dans sa variation classique (le prince Solor de ‟La Bayadère”), il a montré de la maîtrise, de la puissance dans les sauts et une certaine présence charismatique. Son solo contemporain lui a valu une ovation du public: cette chorégraphie très physique et torturée permettait une interprétation puissante, pour autant qu’elle soit investie et assumée, ce qui a été le cas pour Michele.

La deuxième bourse a été attribuée à la brésilienne Marina Fernandes da Costa Duarte, totalement à l’aise et espiègle dans Kitri de ‟Don Quichotte”. Elle a réussi à apporter de l’émotion en contemporain dans ‟Préludes CV”, une variation difficile à interpréter. Marina gagne de plus le Prix du public, sans doute grâce à son style déjà personnel.

photo_rodrigo-buasMarina Fernandes da Costa Duarte. Photo: Rodrigo Buas

La troisième bourse va à Taisuke Nakao, Japon, qui montre une belle danse bien équilibrée, même s’il ne sortait pas exagérément du lot. La quatrième est pour un autre japonais, Koyo Yamamoto, très jeune et touchant dans ‟Yondering” de Neumeier. Lauren Hunter, USA, gagne la cinquième bourse avec une danse assurée et musicale. Le polonais Stanislaw Wegrzyn propose un prince Albrecht sombre, bien habité et semble s’amuser dans ‟Vaslaw”, il obtient la sixième place. La Tanz Akademie Zürich peut être fière de ses élèves, puisque la septième place est pour la roumaine Diana Georgia Ionescu, qui fait preuve de musicalité et d’une jolie interprétation.

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Diana Georgia Ionescu. Photo: Gregory Batardon

La dernière bourse va à Sunu Lim (Corée du Sud), convaincant autant en Albrecht que dans la jubilatoire ‟Wrong Note Rag”. Parmi les non lauréats, on remarque quand même l’énergie folle de Yuika Fujimoto, à la fougue réjouissante et à la technique sans faille. On regrette sinon que la danseuse Fang qi Li n’ait rien obtenu, étant donné le temps suspendu et rêveur qu’elle nous a offert pendant sa variation classique.

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Yuika Fujimoto. Photo: Gregory Batardon

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Sunu Lim. Photo: Gregory Batardon

 

 

 

 

 

 

La semaine n’était cependant pas tout à fait terminée, car ceux qui n’ont pas gagné de bourse participaient dimanche au Networking Forum, un cours de danse en présence de directeurs/trices d’écoles prestigieuses. De cette façon, la participation au Prix vaut la peine pour tous: l’année dernière, 45 candidats se sont vu ouvrir ainsi les portes d’une institution. Quant à Michele et aux autres lauréats, ils peuvent maintenant choisir dans quelle école ou compagnie ils vont parfaire leur formation. Car aussi talentueux qu’ils soient, ces jeunes danseurs en sont aux premiers pas de leur carrière. Comme le faisait justement remarquer John Neumeier en recevant son prix à l’intermède, on célèbre à Lausanne ‟ce qui pourrait être”. En attendant de voir, dans quelques années, ce qui sera.

Texte: Cécile Python

Au cœur du Prix de Lausanne

Cette semaine au Palais de Beaulieu, des jeunes danseurs venus du monde entier se rencontrent au plus haut niveau

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« Comment ça va ? Première fois sur une scène en pente, pour la plupart ? ». Les garçons de 17-18 ans acquiescent aux mots de Shelly Power, directrice artistique. Arrivés dimanche, les candidats du Prix de Lausanne – divisés en 4 groupes – alternent depuis les cours classiques et contemporains et les variations. Lundi 14h45, c’est au tour des garçons de passer une fois leur variation classique, sans jury, pour trouver leurs marques sous l’œil attentif de la régie responsable de lancer la musique au bon moment. La scène en pente de 3,5% de Beaulieu leur pose moins de problèmes qu’aux 15-16 ans qui ont répété avant. Des petites pertes d’équilibre aux rares chutes sans gravité, ils ont toute la semaine pour dépasser les couacs du début avant les sélections de vendredi et la finale de samedi.prix2

« Vous serez surpris de voir comme votre corps s’adapte facilement. Il faut juste vous relaxer et vous allez trouver votre centre. Qui est en jet-lag ? ». Quelques uns lèvent la main en souriant. Effectivement, sur les 68 candidats seul 1/3 vient d’Europe. Les autres sont d’Australie, du Japon, de Corée du Sud, du Brésil, de Chine, des Etats-Unis, des Philippines… Ceux-là ont le décalage horaire en plus à gérer dans leur journée de danse qui finira à 19h par du yoga relaxant. L’équipe semble aux petits soins avec les jeunes danseurs qui viennent à l’un des concours les plus prestigieux du monde dans l’espoir d’obtenir une bourse pour une école renommée ou pour une compagnie. Le niveau est très haut, mais on remarque quand même une nette différence chez les garçons entre les plus jeunes et les 17-18 ans qui ont une technique plus sûre et précise, plus de confiance et de puissance. Le groupe des filles est assez homogène en classique, il faudra probablement attendre les variations contemporaines pour qu’elles se démarquent. Pour rappel, chaque candidat prépare une variation classique et une contemporaine choisies parmi celles proposées.

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Mardi 9h, l’échauffement classique se termine et c’est le début du coaching contemporain pour les filles de 17-18 ans avec Laura Cazzaniga, maîtresse de ballet à Hambourg, qui les encourage à ne pas « faire comme quelqu’un d’autre. C’est vous ». Cette année, tous les solos contemporains sont de John Neumeier, chorégraphe directeur du Hambourg Ballet. « Contemporain » s’entend ici au sens d’actuel, Neumeier restant fidèle au vocabulaire de mouvement du ballet classique, bien que ses chorégraphies soient marquée d’une grande inventivité nourrie d’influences diverses. Il attache une grande importance aux motivations des personnages interprétés, principe que l’on retrouve dans le travail des coachs auprès des candidats du Prix. En plus de leur donner des conseils techniques, ils tentent de leur faire comprendre l’intention d’un geste. Par exemple en rappelant aux filles ayant choisi « A Cinderella Story » qu’elles sont censées être en colère, « Chaque pas veut dire non ». Les garçons eux travailleront avec Yohan Stegli, longtemps soliste du Hambourg Ballet. Dans « Yondering », il accompagne chaque mouvement de bras par des mots : « C’est un sac de riz, vous prenez…vous semez…ça pousse ». Vient ensuite le solo « Vaslaw », pas encore assez puissant à son goût : « pas assez de transpiration, ça ne va pas ! », provoquant des rires.

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Encore trois jours de compétition avant de se confronter aux sélections et seulement 20 iront en finale. Parmi les filles, on remarque la japonaise Mayu Nishizawa, pleine de fraîcheur, et la française Louise Coquillard ainsi que la coréenne Ji Min Kwon. Chez les garçons, le philippin John Edmar Sumera – à l’énergie communicative – se démarque, tout comme le portugais Diogo de Oliveira et l’australien Alexander Smith un peu ténébreux et à la technique assurée. De manière générale, on les sent plus à l’aise en classique. Mais certainement, le travail du jour va porter ses fruits dans les variations contemporaines. Rendez-vous samedi pour le verdict.

Texte: Cécile Python
Photos: Prix de Lausanne 2017, Gregory Batardon