Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

Prix de Lausanne 2020

La finale de la 48e édition du concours international Prix de Lausanne, visant à mettre en valeur les jeunes danseurs et danseuses de 15 à 18 ans au début de leur carrière, a eu lieu le 8 février 2020 à Montreux. L’Agenda a saisi l’occasion de contempler la beauté des artistes et de suivre une compétition effrénée entre eux pas à pas.

Texte: Margarita Makarova

Marco Masciari © Gregory Batardon et Rodrigo Buas

Parmi les premiers délices de la danse classique, il y avait Kaito Matsuoka, candidat japonais, avec sa technique impeccable. Il s’est distingué notamment par son grand jeté (du niveau le plus élevé possible) après lequel le public a poussé des ha!

Il n’était pas le seul à avoir fait preuve d’une technique haut de gamme: la Chinoise Lin Zhang, le Brésilien João Vitor Santana et l’Italien Marco Masciari nous ont montré un bel enchaînement de jetés en manège. Marco Masciari en a effectué tant qu’il devait en avoir la tête qui tournait, à en juger selon sa position finale.

Les spectateur∙trice∙s avaient des vertiges, eux aussi, en regardant les costumes des filles coréennes brillants, tant au sens figuré qu’au sens propre. Le charisme des candidat∙e∙s fascinait également le public: de forts applaudissements à Vitor Augusto Vaz, danseur brésilien, en servaient de justification.

Bien qu’il fût difficile de sélectionner notre favori de cette partie classique, notre choix s’est finalement porté sur Kaito Matsuoka.

***

Après une série de vidéos présentant les entraînements de jeunes candidat∙e∙s, a débuté la deuxième partie, celle de la danse contemporaine.

Loin des exigences académiques, le ballet contemporain donne plus de liberté et permet d’interpréter le même morceau par la danseuse comme par le danseur. Il était donc curieux d’observer les différences dans la mise en mouvement des mêmes chorégraphies. Ainsi, Abstract de Jean-Christophe Maillot était dynamique chez Vitor Augusto Vaz et Chun Hung Yan mais douce chez Sophie Beaty. À notre avis, bien évidemment subjectif, c’est Ava Arbuckle, candidate américaine, qui a le mieux exprimé le dessein de J.-C. Maillot.

Ava Arbuckle © Gregory Batardon et Rodrigo Buas

Un véritable défi du point de vue technique était la chorégraphie Rossini Cards de Mauro Bigonzetti. La difficulté consiste à faire coexister deux facettes, la grâce et son antipode. L’équilibre final, le dos tourné, n’est d’habitude jamais parfait chez les finalistes. Cela n’a pas été le cas de Lin Zhang, son exécution était formidable et juste, sans déplacements ni hésitations.

L’Australien Jackson Smith-Leishman avec son interprétation de Furia Corporis de Mauro Bigonzetti a laissé la salle la bouche bée. Ayant dépassé João Vitor Santana, Marco Masciari (le plus âgé des concurrents) est devenu notre favori de la deuxième partie. Sa perfection et son élégance lors de la présentation de Chroma de W. McGregor n’a laissé personne indifférent∙e. Ce spectacle inoubliable était comparable à celui du candidat roumain Matei Holeleu. Le Japonais Kaito Matsuoka, par contre, ne semblait pas aussi sûr de lui que pendant sa danse classique.

L’Agenda n’était pas seul à apprécier la chorégraphie de Marco Masciari. Étudiant de la fameuse Académie Princesse Grace (d’où vient également le Premier Prix 2018 Shale Wagman), il a non seulement remporté le Premier Prix, mais aussi celui d’interprétation contemporaine.

Oak Foundation
Marco Masciari – Italie

Bourse Jeune Espoir
Ava Arbuckle – États-Unis

Donateur anonyme
João Vitor Santana – Brésil

Emile Chouriet
Lin Zhang – Chine

Fondation Coromandel
Chaeyeon Kang – Corée du Sud

Fondation Albert Amon
Matei Holeleu – Roumanie

Fondation Caris – Jeune Espoir
Vitor Augusto Vaz – Brésil

China Nobleness
Yuyan Wang – Chine

Autres Prix:

Nureyev Foundation
Prix du meilleur jeune talent: Ava Arbuckle – USA

Minerva Kunststiftung
Prix d’interprétation contemporaine: Marco Masciari – Italie

Donateur anonyme
Prix du meilleur candidat suisse: Matei Holeleu – Roumanie

Prix du public web: Yuyan Wang – Chine

Prix du public: Catarina Pires – Portugal

Il est à noter que, en dehors du concours principal, a eu lieu le Projet Chorégraphique avec la participation de 26 danseurs et danseuses du monde entier, dirigé par Mauro Bigonzetti. Une mise en scène digne d’être mentionnée car elle était la cerise sur le gâteau qui nous a suscité des émotions cathartiques.

Quant aux représentant∙e∙s de la Suisse, deux personnes, la Portugaise Catarina Pires et le Roumain Matei Holeleu, font partie des écoles suisses Tanz Akademie Zürich et Ballettschule Theater Basel respectivement. Catarina Pires a remporté le Prix du public, tandis que Matei Holeleu le Prix du meilleur candidat suisse. En espérant en retrouver davantage l’année prochaine, nous félicitons les gagnant∙e∙s de cette 48e édition du Prix de Lausanne et leur souhaitons bonne chance!

www.prixdelausanne.org

Plus pop et hétéroclite que jamais, Antigel souffle ses 10 bougies en grande pompe

Depuis 2011 déjà, le festival international de musique et danse genevois Antigel offre durant trois semaines un programme culturel fun et actuel. En tête d’affiche cette année, le spectacle Inoah d’une figure majeure de la danse contemporaine, le brésilien Bruno Beltrão à voir au Bâtiment des Forces Motrices le 13 février prochain. Avant cela, L’Agenda est allé découvrir la performance intrigante de Simon Mayer.

Texte: Marion Besençon

Questionnant ce qui nous rassemble, l’artiste protéiforme Simon Mayer convie son public à l’expérience d’une fusion des formes du folklore et de la danse contemporaine. Pour son solo, c’est nu qu’il s’est présenté sur la scène du Point Favre, dans ce « costume traditionnel de tous » comme il nous l’a expliqué à l’issue de sa représentation. C’est un pont entre le primitif et le moderne que tisse progressivement le danseur, dans le mouvement et par le chant, avec le son des différents objets aussi. Dans son spectacle SunBengSitting (Sunbeng, ce fameux banc en bois devant les maisons surlequel on s’assied pour prendre le soleil), celui qui est d’ailleurs originaire du monde rural autrichien livre une performance ludique et organique, une ronde qui convoque les éléments du monde par la danse folk et le yodel, entre patrie et ouverture au monde.

Il ne s’agit pourtant plus d’être en transe autour du feu, c’est le micro suspendu qui paraît aujourd’hui symboliser l’action féconde des cycles de mort et renaissance; et peut-être même incarner le prolongement de la lumière, c’est-à-dire l’illumination.

Le musicien sollicite donc la mémoire de la communauté humaine ainsi que l’imaginaire de nos sociétés contemporaines en se jouant de la bienséance et de la vraisemblance, exploitant sur scène des artefacts aussi classiques que subversifs: un violon, un fouet ou encore une trançonneuse. Jouant crescendo, la performance se clôt dans la jubilation du storytelling révélant, dans le même temps, la légende d’intrépide cueilleur d’edelweiss du personnage et sa fin logiquement tragique en bas d’une montagne. Subtile et drôle, une performance d’art vivant qui nous laisse penser que le festival genevois a sorti le grand jeu pour cette édition anniversaire…

Dans la catégorie de la danse urbaine et du hip hop, Bruno Beltrão présentera quant à lui dix jeunes hommes comme autant de figures de migrants. Réunis pour former d’éphémères duo ou trio de danse, ces déracinés manquent à dépasser ce qui les sépare pour bénéficier de l’aide et de la chaleur d’une communauté. Le spectacle Inoah agit en ce sens en électrochoc: par cette distance entre les corps qui dansent, sans cesse réétablie dans l’espace de la scène, c’est une difficulté de la migration qui se dévoile à nos sens. Portés par une chorégraphie virtuose, ces corps portent ainsi magnifiquement le message humaniste au public. Un moment époustouflant, ancré dans la réalité du monde présent, à vivre d’urgence à Antigel.

Festival Antigel
Festival international de musique et danse

Communes genevoises
Jusqu’au 15 février 2020  

Inoah
Jeudi 13 février à 20h30 au Bâtiment des Forces Motrices (BFM), Genève

Programmation complète sur www.antigel.ch

« J’aime tout » Dixit Maurice Béjart

Depuis mardi, le Béjart Ballet danse « Dixit », un spectacle danse-théâtre-cinéma en hommage à Maurice Béjart, créé en 2017 et remonté cette année pour six dates au Théâtre de Beaulieu, avant les grandes rénovations qui demanderont à la troupe de temporairement changer de « maison ».

Texte: Katia Meylan

©Ilia Chkolnik

« D’où vient l’inspiration? » c’est cette question qui a été la matière première du spectacle imaginé et mis en scène par Marc Hollogne. Ce dernier, inventeur du cinéma-théâtre, fut en 1989 l’assistant de Maurice Béjart et l’avait suivi caméra au poing durant une année. À travers ces images, à travers des interviews, des mises en scène de l’enfance de Béjart tournées pour l’occasion, et enfin à travers les chorégraphies du maître et de son successeur Gil Roman, on retrace la vie du chorégraphe, de la culture qui l’a entouré si naturellement dans son enfance, sa capacité hors-norme de créer, à l’envie qu’à sa troupe de perpétuer son œuvre.

©Gregory Batardon

Le cinéma est un double moyen d’entrer dans la danse: d’abord en donnant une forme 2D à l’amour de Béjart pour le théâtre. Théâtre avec un grand « T » qui a « forgé la théâtralité de ses visions chorégraphiques », analyse Marc Hollogne. On voit donc ce dernier, poudré et perruqué en comédien du 17e siècle, essayer de défendre la noblesse du texte alors que son interlocuteur voit déjà dans la danse la puissance des mythes. Les chorégraphies prennent alors le dessus; les archives et les vidéos des danseurs filmés, projetées sur huit écrans apparaissant de cour, de jardin ou des cintres, entrent en dialogue – mots et mouvement – avec les danseurs de chair, d’os et de plumes.

Aux côtés de l’inspiration se tient la transmission: dans « Dixit » se mêlent les chorégraphies de Béjart et celles de Gil Roman, directeur artistique de la compagnie depuis douze ans déjà. Et ce dernier prend la main de Mattia Galiotto, danseur de la compagnie qui interprète le jeune Béjart, en dialogue avec lui-même.

De ce ballet de deux heures que je voyais pour la seconde fois, je redécouvre certains tableaux presque totalement effacés de mon esprit, ou j’attends avec impatience que se rematérialisent devant mes yeux les souvenirs vifs de certaines images.

©Gregory Batardon

Même depuis le fond de la salle, je vois celle qui, depuis, a dansé le rôle-titre de « Tous les hommes presque toujours s’imaginent », création de Gil Roman présentée pour la première fois en avril dernier qui se voit d’ailleurs insérée à « Dixit ». Jasmine Cammarota est l’une des danseuses de la troupe dont il est difficile de détacher les yeux tant la présence sur scène est forte. Ici elle prend à l’écran le rôle de Juliette, et réalise notamment le pas de deux de « Dibouk » (Béjart), ballet inspiré des danses traditionnelles juives.

Parmi les autres images fortes, la scène de « Syncope » (Gil Roman) qui précède le « Boléro » final: elle réunit les danseurs et danseuses de toute la troupe dans une course effrénée, et suscite une émotion viscérale même à qui la pour la troisième fois. Sans oublier le tableau magistral où, sous l’œil du petit Maurice qui tourne les boutons de la radio, sept ballets aux inspirations diverses s’alternent, campés sur un spectre audio. Piaf, la musique grecque, Mahler, Mozart, Bartok, la musique indienne ou Queen: « J’aime tout! » dixit Maurice.

Avec une telle curiosité, une capacité de s’imprégner et de transmettre si puissantes, on comprend pourquoi il touche au plus profond d’eux-mêmes tous ces gens qui étaient dans le public ce soir-là!

Dernière représentation ce soir, dimanche 16 juin à 18h. Aux dernières nouvelles il restait moins d’une dizaine de billets!

www.bejart.ch

Du hip-hop en béton

Cela fait maintenant quelques années que la culture hip-hop renaît de ses cendres en Suisse romande. Nombreux·ses sont les artistes qui osent se lancer sur la scène artistique francophone et deviennent de flamboyant·e·s représentant·e·s urbain·e·s made in Switzerland. Le Festival Transforme, qui aura lieu le 27 juin au Centre de Formation Professionnelle de Ternier à Lancy, est un projet alliant une participation active des jeunes apprenti·e·s qui l’organisent et la culture dont ils se rapprochent le plus, le hip-hop new school.

Texte: Giovanna Santangelo

Qui n’a jamais entendu le principe traditionnel et endurci qui disait que les grandes études valaient mieux que tout le reste, sous prétexte qu’elles seules permettaient d’ouvrir les meilleures portes de la vie laborieuse. Transforme constitue la clôture d’un projet plus général de valorisation de l’apprentissage dans le canton de Genève, qui tend  justement à lutter contre ces préceptes archaïques.

L’aspect participatif est ce qui est le plus mis en avant. Les nombreuses créations des apprenti·e·s réalisées tout au long du semestre ont une fonction concrète lors du festival. Le flyer est confectionné par des étudiant·e·s en graphisme et design, l’enseigne « TRANSFORME » est taillée dans le bois par les apprenti·e·s en menuiserie, et le bar en béton est réalisé par celle et ceux en maçonnerie. Cet événement est créé pour eux et géré par eux. L’autre but, c’est d’intéresser les plus jeunes, les 12-15 ans, qui à l’heure du choix pour déterminer leur futur parcours, auront l’occasion d’être plus informé·e·s sur l’amplitude de formations professionnelles existantes et indispensables dans la vie de tous les jours. En mettant en scène l’offre culturelle dans un projet open-air consacré au hip-hop, on attire un public dynamique composé des futur·e·s protagonistes du monde professionnel de demain.

Cette année, un programme paritaire est annoncé. Il y aura autant d’artistes féminines que de rappeurs masculins qui se produiront sur la scène musicale. De plus, la tête d’affiche du festival est une femme, elle aussi. IAMDDB incarne le nouvel espoir  de l’urban jazz anglo-saxon et à seulement 23 ans, elle compte déjà trois albums à son actif. En restant dans le même répertoire de genre mais de manière plus régionale, seront présentes aussi Women At Work, un collectif pluridisciplinaire prônant notamment le rap engagé dans leurs textes, et aussi Ella Soto, la star suisse polyvalente de R’n’B lo-fi.

Issus de la scène française cette fois-ci, on retrouvera 13 Block, quatuor masculin constituant un phénomène explosif de la trap francophone actuelle et Dosseh, figure immanquable du rap qui enchaîne les collaborations avec des grands noms tels que Booba, Seth Gueko ou encore Youssoupha. La petite touche locale sera amenée par Rouhnaa & Gio Dallas, deux jeunes artistes de la nouvelle génération du rap genevois.

En plus de l’aménagement d’un skatepark et de démonstrations de parkour qui avaient déjà fait fureur l’année passée, d’autres nouveautés sont prévues pour la deuxième édition de Transforme. Il sera possible d’assister à un défilé fusionnant mode streetwear et danse et à un open mic libre rythmé et organisé par le collectif La Ruelle.

Rendez-vous à Transforme pour célébrer le début de l’été dans une atmosphère débordante d’artistes underground prometteur·s·es.

Festival Transforme

Le jeudi 27 juin au centre de formation professionnelle de Ternier de Lancy, Genève

https://festival-transforme.ch

Eugénie Rebetez dans son habitat naturel, entre authenticité et espièglerie

Dans son troisième spectacle, l’artiste jurassienne Eugénie Rebetez, en résidence à la Grange de Dorigny, nous convie chez elle. On y découvre son « moi protéiforme »; un cocktail survitaminé dont elle a le secret, à la fois généreux, incongru et plein de finesse!

Texte: Julia Jeanloz

Photo: Augustin Rebetez

Dans « Bienvenue », sa dernière création, Eugénie Rebetez, mise en scène par Martin Zimmermann, son compagnon à la vie comme à la scène, invite le public à entreprendre un voyage dans son univers intime. Ce spectacle est ponctué de nombreuses scènes, tantôt cocasses, tantôt déroutantes, tantôt maladroites, tantôt gracieuses. Mais toujours poétiques. Le corps de l’interprète y est envisagé comme une maison qui accueille des souvenirs, des émotions, un langage. Non sans fantaisies, Eugénie manie l’art des contradictions dans ce seule en scène étonnant, à la croisée du numéro de clown tragi-comique et de la danse contemporaine.

La scène représente un intérieur, le sien. Dans ce dernier, chaque pièce de mobilier, porte ou fenêtre est autant d’opportunités de jeu pour l’artiste. En femme de ménage, Eugénie aspire, astique, panosse, spraie, avec énergie. Soudain, Rihanna retentit: « Shine bright like a diamond ». L’occasion pour la comédienne-chorégraphe de redoubler d’efforts dans son intention de faire reluire cet intérieur. Avec une redoutable maîtrise de son corps, elle transforme l’exercice du ménage en une farandole de mouvements savamment chorégraphiés. Ce personnage, c’est vous, c’est moi, c’est nous.

– Eugénie, tu viens?
– J’arrive

La narration explore les multiples manières de provoquer des rencontres entre monde intérieur et monde extérieur, à l’aide de bruitages, de borborygmes et d’autres sons. Comment être en relation avec les autres, avec la société, tout en restant dans son jardin intérieur?

Le spectacle qui s’est donné à la Grange de Dorigny a connu un succès retentissant auprès des spectateurs et spectatrices présent·e·s. Il avait pour particularité d’être le fruit d’une collaboration avec l’association Écoute Voir qui vise à favoriser l’accès aux arts vivants des personnes en situation de handicap sensoriel. Effectivement, il a mobilisé les services d’une audio-descriptrice qui avait en amont étudié la captation, tout en imaginant des images à convoquer pour mieux décrire les scènes qui se déroulaient, au point de rendre suffisamment curieuses des personnes parmi le public pour les pousser à emprunter le casque d’audio-description. Il s’est clos sur une rencontre avec le public, à la fois composé de voyant·e·s, de malvoyant·e·s et d’aveugles, qui ont montré un grand intérêt pour le travail de l’audio-descriptrice, Séverine Skierski. Eugénie Rebetez, questionnée au sujet de cette collaboration, s’est dite très satisfaite de celle-ci car elle lui a permis de redécouvrir son propre travail, par une relecture artistique de l’audio-descriptrice.

https://wp.unil.ch/grangededorigny/spectacles/

Dans le cadre de sa résidence à la Grange de Dorigny, Eugénie Rebetez présentera son nouveau spectacle, « Nous trois », en novembre 2019.

L’artiste chorégraphie également le défilé du canton du Jura pour la Fête des Vignerons 2019.