Le Château de Prangins fête ses 20 ans

Les enfants, les adolescent∙e∙s et les adultes sont venu∙e∙s participer aux diverses animations au Château de Prangins pour fêter ses 20 ans. Dans une ambiance amicale et familiale, les bougies se sont allumées pour faire place à la magie de cet instant qui illumine tout le jardin et les alentours.

Texte: Jenny Raymonde

Représentée de fleurs, symbolisant l’exposition temporaire « Indiennes », la dimension du jardin nous parait plus grande que d’habitude. Le clin d’œil en hommage au siècle des lumières y est exceptionnellement réalisé.

« Fleurs de feu » réalisé par le plasticien Muma a rassemblé 500 bénévoles pour allumer les 50’000 bougies disposées dans le domaine du château, tous∙toutes heureux∙ses de participer à cet anniversaire.

Très originales et créatives, les animations autour du château ne manquent pas et l’événement est chaleureusement fêté par le public dont les ombres se promènent dans tous les axes du domaine du nord au sud et d’est en ouest.

Fiers de l’événement, les organisateurs et le personnel guident les visiteurs à travers le château. Le Musée National nous replonge dans quelques siècles passés; le salon expose de grands tableaux et des fauteuils de style ancien, et dans la chambre à coucher trône un vieux lit à baldaquin.

Dans les différentes pièces du château, l’exposition temporaire consacrée aux tissus imprimés de motifs appelés « indiennes », à l’industrie et à la mode du 17e et 18e siècle.

Nous nous attardons également vers la salle où sont entreposés dans de belles vitrines des machines à écrire et un ancêtre du disque vinyle. Un métier à tisser et sa description nous rappelle qu’au 18e siècle, le travail à domicile existait aussi. Qui aurait pu se douter que le concept redeviendrait à la mode parmi les générations du 21e siècle?

Pour clôturer la visite, une pièce dont la scénographie rappelle une épicerie nous remémore des marques telles que Nestlé, Cailler ou Banania, qui ont fait le succès de la Suisse et de son image à l’international.

Le Musée National Suisse du Château de Prangins vous ouvre ses portes tous les jours du mardi au dimanche de 10h à 17h.

www.nationalmuseum.ch/f/prangins

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À la découverte des profondeurs du Grütli

Jeudi 27 septembre, le Théâtre du Grütli à Genève nous a ouvert ses portes pour une visite guidée des coins secrets de l’édifice. Nous avons en découvert de nombreuses facettes, pour nous diriger finalement vers la nouvelle exposition présentée cet automne: la « Bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués ». Suivez-nous, et ouvrez délicatement vos sens, pour un parcours surprenant et éducatif!

Texte: Loic Merzlic

Notre guide s’appelle Marilù. Elle travaille depuis maintenant cinq ans au Théâtre du Grütli, en tant que coordinatrice de la communication digitale et des relations publiques. Actrice amatrice dans une compagnie de théâtre, Marilù est passionnée par les arts et la culture. Elle souhaite rapprocher le public de l’artiste pour permettre une véritable compréhension de l’œuvre, et éviter que le public ne se perde dans des créations de plus en plus contemporaines par leur forme. C’est pourquoi elle est aussi très attentive à la communication digitale. Suivons-la désormais, pour un tour exceptionnel, au cœur du Théâtre du Grütli.

Acte premier: La visite du bâtiment

La visite débute par les salles du sous-sol. Côté cour, le public peut profiter d’un bar ouvert une heure avant chaque représentation. Côté jardin, une nouvelle salle émerge: le « Gueuloir ». Cet espace accueille des représentations en « petit format », comme des lectures ou des solos. Dans l’enfilade, nous retrouvons les loges actuelles, qui vont être réhabilitées pour permettre l’accès aux personnes à mobilité réduite. Nous rejoignons ensuite la Salle du Bas, surnommée la Black box en raison de sa couleur entièrement noire. Cette salle présente une scène de même niveau que les gradins (du public), évoquant ainsi le sentiment d’horizontalité et de cohésion entre le spectateur et l’acteur. Cette notion d’égalité de niveau, autant dans la condition que dans la position, reste une valeur importante du Théâtre du Grütli. Il favorise l’intégration, l’accessibilité et les échanges, par l’actuelle politique des tarifs accessibles, la réhabilitation des loges et l’organisation de rencontre variées.

C’est en faisant le tour de la Salle du Bas par les couloirs externes, envahis de projecteurs qui foisonnent dans l’espace, que nous découvrons à présent la surprise de cette visite. Comme une mise en abîme du spectacle par le spectacle, nous pénétrons sous la scène, pour y découvrir les méandres mystiques de la Black box, d’où apparaissent, non pas les souffleurs, mais les artistes, pour une entrée en scène discrètement délicieuse. Il est plus facile de s’imaginer une trappe menant sous la scène, dans une organisation « à l’italienne », comprenant un rehaussement de l’espace scénique par rapport au public, que dans le cas d’une scène égalisée.

Prenons un peu de hauteur pour nous diriger vers le deuxième étage. Nous arrivons dans la Salle du Haut, qui s’ouvre sur des fenêtres accessibles vers l’extérieur. L’artiste fait face à un public de 100 places, avec un espace de création modulable en fonction des exigences de la représentation, puisque la porte donnant sur les loges permet l’agrandissement de la scène en cas de besoin. Un bar est également présent pour promouvoir la convivialité avant le spectacle, et favoriser les échanges.

Acte second: La procédure

Nous retrouvons à présent Simon, assistant de direction, qui nous propose de réfléchir sur la manière de donner une ligne artistique à un théâtre. Cette ligne artistique s’adapte à la place du théâtre dans la ville. Le Théâtre du Grütli a choisi de s’orienter vers une production « locale » favorisant les artistes genevois. À Genève, malgré le nombre conséquent de théâtres, chacun répond à des besoins particuliers, chacun utilise des formes singulières. Il existe trois catégories d’organisation: le théâtre d’accueil, de co-production et de production déléguée. Le Grütli suit la forme de la co-production, c’est-à-dire que les artistes se présentent avec un projet qui n’existe pas encore, et le théâtre met à disposition les fonds et la structure.

Barbara et Nataly, co-directrices, cherchent également à développer un accueil plus large des artistes. C’est pourquoi le théâtre entreprend le Bureau des compagnies, destiné à accompagner les équipes artistiques dans leurs démarches de gestion, organisation et développement de leur compagnie, accessible lors des permanences hebdomadaires du lundi, de 9h à 18h.

Acte troisième: la Bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués

C’est avec Céline et Bastien que nous concluons cette visite. Les deux artistes nous présentent leur création qui s’intitule Bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués. « Le théâtre nous a laissé un espace à disposition, que nous voulons aménager, tout en gardant l’idée qu’il reste modulable, que ce soit par d’autres professionnels, ou par le public lui-même ». Le concept est celui de la mise en accès libre d’interviews de producteurs ou d’artistes, autour de projets qui sont restés inachevés. « Nous voulons aussi déconstruire l’idée que ce qui compte toujours correspond forcément à ce qui a réussi. Imaginez un instant que vous vous présentiez en mentionnant tout ce que vous avez entrepris, et non plus seulement par ce que vous avez réussi ».

L’espace est en libre accès, et des représentations sous diverses formes auront lieu les derniers samedis du mois pour développer l’interaction avec le public. Un site internet dédié à la bibliothèque permet également l’accès au contenu (bibliothequedesprojets.ch).

Samedi 29 septembre, se tiendra l’inauguration de l’exposition, avec une interview et la production artistique spéciale du fribourgeois Lowrider.

Désormais, nous vous invitons à plonger au cœur du théâtre du Grütli au grès de la nouvelle programmation, et à vous immerger dans les secrets de la Bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués pour laisser émerger en vous les passions!

www.grutli.ch

Noms complets

Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez – Codirection.
Simon Hildebrand – Assistanat de direction et Bureau des Compagnies.
Marialucia Cali – Relations publiques.
Céline Nidegger et Bastien Semenzato – Créateurs de l’exposition, et membres de la Cie Superprod.

Art et Intelligence artificielle : le déploiement de l’imaginaire

Lorsqu’une graine d’artiste passionnée par le cerveau et l’intelligence artificielle rencontre des docteurs en psychologie, des performeurs et des curatrices désireuses d’exposer un travail de recherche artistique, un univers riche et actuel se construit sous vos yeux.

 Texte : Gauvain Jacot-Descombes

Photos : Nadia Elamly

L’espace Topic et ses curatrices, Ghalas Charara, Maïté Chenière et Nadia Elamly, invitent les visiteurs à découvrir l’élégante proposition d’Emma de Filippo. Cette jeune artiste — bachelière diplômée en 2017 de la Haute École d’art et de design de Genève — propose un espace à la frontière des arts visuels et des sciences.

Pour guider le public dans son univers, l’artiste a accroché au mur toute une série d’éléments permettant de décrypter et de revivre les différentes étapes de sa recherche. Elle a choisi de montrer, entre autres, comment une intelligence artificielle a passé le test de Rorschach. Ce test permet d’explorer la personnalité d’un sujet en se basant sur son interprétation de formes créées par des tache d’encre. Ce dernier est invité à partager ce que ces taches d’encre lui évoquent. L’exposition retrace donc cette étape avec des diapositives sur lesquelles sont disséquées les réponses données par l’IA. Mais, les interpréter et les rendre exploitables n’est pas à la portée de tout le monde.

C’est pourquoi l’artiste a fait appel à l’expertise des docteurs en psychologie Pascal Roman et Alex Lefebvre. Ils ont accepté de relever ce défi, une étude hors norme pour des professionnels habitués à travailler avec des humains. Ils ont donc appliqué un protocole d’analyse précis et remis à l’artiste un rapport détaillé. Par la suite, les performeurs Thibaud Pedraja, Charles Mouron et Jérémie Nicolet s’en sont inspirés pour incarner des personnages lors du vernissage de l’exposition. Il en est ressorti principalement une difficulté pour les personnages, des intelligences artificielles fantasmagoriques, à s’intégrer socialement.

Mais, pour quelle raison l’artiste a-t-elle choisi de faire passer ce test conçu à l’origine pour les humains à une IA ? C’est là le cœur de sa recherche. En effet, la seule réponse attestant du bon fonctionnement d’une intelligence lors de ce test, c’est  que celle-ci identifie bien une  tache d’encre lors de l’exercice. Seulement, dans cette recherche, il apparaît que l’IA interprète l’image à sa façon. Elle déploie ainsi son « imaginaire » et nous livre des réponses étonnantes. L’artiste propose donc une autre image de l’intelligence artificielle fondamentalement étrangère et ouvre des perspectives pour d’autres projets artistico-scientifiques.

Venez découvrir cette recherche étonnante dans l’espace Topic jusqu’au 19 juillet 2018.

Et pour voir les autres travaux d’Emma de Filippo, rendez-vous ici

Visite de l’atelier… du Minotaure

L’exposition présentée au Palais Lumière jusqu’au 7 octobre 2018 dans le cadre du projet « Picasso Méditerranée » propose de revisiter la figure du Minotaure, créature célèbre de l’Antiquité grecque.

Texte: Maureen Miles

Pablo Picasso – Dora et le Minotaure 5 sept 1936 © Sucession Picasso 2018 © RMN

Petit rappel express pour ceux qui auraient oublié leurs cours de culture antique: selon le récit le plus ancien du mythe, Poséidon, irrité contre le roi de Crète Minos qui ne lui a pas sacrifié un taureau splendide, condamne Pasiphaé, l’épouse du monarque, à éprouver de l’amour charnel pour l’animal. Avec ruse, la reine parvient à s’accoupler avec lui et enfante Astérios, à la face de taureau et au corps humain, soit le Minotaure. Ce dernier est maintenu dans un labyrinthe où tous les neuf ans lui sont livrés en pâture sept jeunes hommes et autant de jeunes filles, sans armes. Jusqu’au jour où le prince Thésée, fils du roi d’Athènes Egée, parvient à tuer le monstre et sortir du labyrinthe grâce au fil rouge offert par Ariane, fille du roi Minos… et donc demi-sœur du Minotaure. Vous suivez?

S’adressant à un public large, l’exposition du Palais Lumière « Picasso, l’atelier du Minotaure » s’attèle à faire découvrir non seulement, comme son nom l’indique, les œuvres majeures de Picasso représentant « la bête » mais aussi à lier entre eux les différents artistes – Mirò, Dalì, Masson, Breton pour n’en citer que quelques-uns – et domaines qui ont revisité le mythe: sculpture, collage, peinture, cinéma, tapisserie, poésie, chanson…

Un mythe intemporel

L’exposition suit l’évolution historique de la représentation iconographique du Minotaure de l’Antiquité à nos jours. Ainsi, tandis que les maîtres classiques représentaient le plus souvent l’affrontement de Thésée avec le Minotaure dans le labyrinthe et autres scènes du mythe, avec le temps la créature hybride va devenir centrale en tant que telle. D’un monstre anthropophage, les artistes modernes tirent d’autres caractéristiques de sa bestialité, que l’on peut mettre en parallèle avec les affres de l’époque: tantôt être animé par une gloutonnerie sexuelle, débauché et lubrique, tantôt tyran insatiable et sanguinaire réclamant sans cesse de nouveaux cadavres. Il faut dire que le Minotaure a de quoi inspirer les artistes du 20e siècle, période trouble marquée par deux guerres mondiales.

Pablo Picasso Minotaure et nu © succession Picasso 2018 © Photographie Claude Germain

Picasso Minotaure

Joan Miro – Couverture du n°7 de la revue Minotaure – 1935 © ADAGP, Paris © Photographie Bouquinerie de l’institut

Durant l’entre-deux-guerres les œuvres de Picasso sont hantées par le thème du Minotaure. Il réalise d’ailleurs en 1933 la couverture du premier numéro de la revue Minotaure, revue artistique et littéraire affiliée aux champs de recherches surréalistes. Il s’approprie le caractère hybride du mythe, exprimant la dualité de l’homme et de l’animal. Picasso humanise le Minotaure de plus en plus, en fait son autoportrait tout en utilisant sa bestialité pour exprimer ses propres pulsions obscures. Dans ses tableaux, le Minotaure amoureux, séducteur mais aussi violent est montré observant des femmes dans leur sommeil, trinquant avec elles, les embrassant, les enlaçant et même les violant… L’artiste se représente dans son atelier en Minotaure cédant à ses pulsions avec ses modèles-amantes.

Un mythe et de nombreux fils rouges

Comme souvent les mythes, celui du Minotaure propose de nombreux thèmes susceptibles d’inspirer les artistes de chaque époque: bestialité, cruauté mais aussi fragilité, sexualité débridée, labyrinthe, extérieur ou intérieur, dans lequel on se perd et qui condamne à errer sans fin, fil rouge… Point de vue original sur une légende bien connue, l’exposition est aussi l’occasion d’une belle promenade à Evian et d’une visite du Palais Lumière, ancien établissement thermal, emblématique du renouveau de la ville.

 

 

Picasso, l’atelier du Minotaure, à voir du 30 juin au 7 octobre 2018 au Palais Lumière Evian

www.ville-evian.fr/fr/culture/expositions/picasso-l-atelier-du-minotaure

Dans les yeux de Demir: le Kurdistan irakien en photo et en peinture

Le Théâtre Saint-Gervais accueille jusqu’en juin « Dans les yeux de Demir », une exposition originale mêlant les photographies du photoreporter Demir Sönmez et les peintures d’Adar Tung, une jeune réfugiée kurde du camp de Maxmûr (Irak).

Texte: Anaïs Mansouri

D’origine kurde et arménienne, le photo-reporter suisse Demir Sönmez s’est rendu à deux reprises dans le Kurdistan irakien, en 2016 et septembre 2017 en plein référendum pour l’indépendance de la région. Il a ramené de ses séjours une série de clichés poignants et vivaces.

Espérance. Photo: Demir Sönmez

La première d’entre elle se consacre au camp de réfugiés de Maxmûr, en plein Kurdistan irakien. La quinzaine de photographies montre au spectateur la vie quotidienne dans le camp. Les réfugiés, pour la plupart originaires du Kurdistan turc ayant fui à la fin des années 1980, ont réussi envers et contre tout à créer une société en plein désert. Le camp a vu se développer une véritable microsociété, où toutes les générations semblent s’accommoder de l’exil.

Par la suite, Demir Sönmez est retourné au Kurdistan irakien alors que le référendum pour l’indépendance battait son plein. Là encore, les Kurdes semblent ignorer leur misère quotidienne pour aller voter. L’omniprésence des drapeaux kurdes souligne cet optimisme qui caractérise les individus pris en photo.

Le photo-reporter a également ramené de son voyage à Maxmûr quelques tableaux d’une jeune artiste née dans le camp, Adar Tung. Ces derniers mettent en avant le rôle des femmes dans la société kurde. Les œuvres, toutes peintes dans des tons bleus, proposent un autre regard sur les possibilités d’évasion – artistique – qu’offre le camp.

Dans ses clichés, Demir Sönmez capture magistralement le regard de ses sujets, jeunes et moins jeunes. Un regard toujours brillant, malgré les échecs et l’exil. Un regard qui conserve toujours l’espoir d’un avenir meilleur. Cet optimisme transparaît aussi dans les tableaux d’Adar Tung, qui offre aux spectateurs une petite portion de sa vision de la vie au camp de Maxmûr.

« Dans les yeux de Demir »: Exposition photo et peinture, du 17 avril au 16 juin 2018 au Théâtre Saint-Gervais, Genève.

www.saintgervais.ch/programme/detail/dans-les-yeux-de-demir

 

« Une école buissonnière »: le meilleur de Jean Mohr par lui-même

La Maison Tavel, située en plein cœur de la Vieille-Ville de Genève, accueille jusqu’au mois de juillet une rétrospective consacrée à l’œuvre photographique de Jean Mohr.

Texte: Anaïs Mansouri

« Times Square, New York, États-Unis, 1966 » © Jean Mohr, Musée de l’Elysée, Lausanne

 

Né en 1925, le photographe genevois Jean Mohr a sillonné le monde au gré de ses envies et des missions qu’on lui a attribuées. Des milliers de clichés sont sortis de ces voyages effectués entre les années 1950 et 2000.

L’exposition « Jean Mohr. Une école buissonnière » présente une sélection raisonnée de près de 270 photographies. Ces dernières sont réparties dans une douzaine de thématiques allant de l’homme à la neige en passant par la religion ou l’amour. Les commissaires Alexandre Fiette et Mayte Garcia-Julliard ont laissé une large marge de manœuvre à Jean Mohr. Si les descriptifs des photos semblent venir directement de la bouche du photographe, c’est parce qu’ils le sont pour grande partie. L’implication de Jean Mohr dans le processus – du choix des thèmes à la sélection des tirages et à l’écriture des légendes – offre un regard inédit sur l’exposition et permet de mieux saisir les intentions de l’artiste.

« Un œil qui écoute »: telle est la formule employée par le photographe pour décrire son art. Les photographies de Jean Mohr sont indéniablement empreintes d’humanité et d’un esthétisme travaillé. L’ »école buissonnière » se situe à la croisée des chemins: entre la photographie de reportage et les « à-côtés », les tirages proposés reflètent l’essence même du travail photographique. Le noir et blanc, technique fétiche de Jean Mohr, dominent la sélection et permettent aux visiteurs de se plonger totalement dans le sujet, qu’il soit humain ou un élément naturel.

Des paysans en plein labeur, des prêtres orthodoxes assis à table au bord du Pirée ou un militaire posté dans les Alpes suisses: les photographies choisies révèlent tant le côté documentaire qu’esthétique du travail du photographe. L’exposition de la Maison Tavel offre une rétrospective qui fait honneur à la longue carrière de Jean Mohr et à son ethos photographique: remettre l’homme, dans toute sa splendeur et ses qualités, au centre de l’attention.

« Jean Mohr. Une école buissonnière. Photographies », du 28 mars au 15 juillet 2018 à la Maison Tavel, Genève.

www.institutions.ville-geneve.ch