Festival des Bastions – les « Confidences Estivales » de Guillaume Paire

Les annulations dues à la crise sanitaire ont parfois eu comme un effet de geyser. Un exemple à Genève où frustration et envie d’agir se sont accumulées pour faire jaillir le Festival des Bastions: sept concerts gratuits dans un cadre informel, gourmand et idyllique, sont organisés par la société Stradivarius Art & Sound, l’agence musiKa et le Café Restaurant du Parc des Bastions. Les initiateurs du projet souhaitaient recréer des possibilités de concerts pour les artistes, tout en offrant au public de la musique pour accompagner leur été. À cette occasion, L’Agenda a rencontré le baryton Guillaume Paire, qui se produira en récital le mercredi 26 août.

Texte: Katia Meylan

En juillet, trois soirées ont déjà vu les Bastions s’animer de jazz (Marc Perrenoud Trio), de tango (Quatuor Terpsycordes et William Sabatier) et de musique klezmer (François-Xavier Poizat, piano, Damien Bachmann, clarinette et Anton Spronk, violoncelle). La programmation, imaginée par Fabrizio von Arx, continue sur quatre dates jusqu’en septembre.

Photo: ©Olivier Miche

Si l’on ne peut qualifier le concert du mercredi 26 août de « classique », il fera pourtant la part belle à l’art lyrique puisque le baryton Guillaume Paire donnera un récital théâtralisé de sa création.

Nous avons voulu en savoir plus sur cet artiste protéiforme, membre de l’Opéra de Rouen, de la compagnie d’opéra Les Frivolités Parisiennes, de l’Académie du Festival d’Aix en Provence et ancien étudiant de la HEM Genève. C’est au Conservatoire de musiques populaires que nous le rencontrons alors qu’il prépare une version 2020 remaniée des Rencontres Lyriques de Genève, dont il est directeur adjoint.

L’Agenda: Pendant le confinement, avez-vous fait partie des hyperactifs sur les réseaux sociaux ou avez-vous préparé le retour aux arts vivants de façon plus « confidentielle »?

Guillaume Paire: Pour moi, le spectacle vivant c’est du spectacle vivant, et si on veut écouter de la musique, il y a des magnifiques disques qui existent, pareil si on veut regarder un film. Je suis un peu hermétique à ce qui s’est passé. J’ai vécu cette période comme un moment d’introspection. En tant qu’artiste, on a une responsabilité de proposer différentes visions du monde, mais ça demande un peu de temps. On ne comprend pas forcément le monde plus vite que les autres. Ça n’engage que moi, mais dans l’immédiateté on avait plus un rôle de citoyen à remplir qu’un rôle d’artiste. J’ai déjà tenté de comprendre et de vivre tout ça pour moi-même, c’était une bonne occasion de réfléchir sur soi avant d’essayer de changer le monde.

Vous êtes remonté sur scène en juillet dans un spectacle intitulé Les Fous Chantants avec la compagnie Les Frivolités Parisiennes. Qu’a généré comme émotions le premier concert après cette absence de musique en direct?

Au moment d’aller à la répétition, c’était comme quand il y avait la grève des profs à l’école, on espère que ce sera reconduit, parce qu’on s’est habitués habitués à rester à la maison. Après 4-5 mois, ça m’a fait peur de retourner sur scène. Je n’étais pas certains que j’allais retrouver mes réflexes, mes sensations. Et à partir du moment où la musique a commencé à se faire entendre, j’avais envie d’y retourner. Quand l’orchestre s’est mis à jouer, j’avais presque oublié ce que ça faisait d’entendre de la musique en vrai. On s’est regardés avec les deux autres chanteurs, et ça s’est passé de mot. Ça nous a fait du bien. Ça pourra paraître un peu romancé, mais dans cette période où notre environnement est aseptisé par les précautions sanitaires, c’était surprenant d’entendre le son naturel des instruments, qui prend tellement de place dans l’espace, venir le bousculer avec de la beauté.

Dans la préparation des événements pour la reprise, notamment le Festival des Bastions, est-ce que vous avez senti une différence dans les collaborations, dans la manière de procéder?

Si le Festival des Bastion peut avoir lieu c’est que rien n’était prévu. C’est ça qui est fou. Tout est renversé pour l’instant. Toutes les grosses machines, ce à quoi on est habitués dans notre milieu où tout est cadré au millimètre, dans le monde tel qu’il est en train de trembler, ça ne peut pas exister. En revanche, le Festival des Bastions, qui vient avec sa forme résiliente, peut se greffer à ce monde. Fabrizio von Arx m’a demandé début juillet si je voulais y participer. C’est un chamboulement pour nous aussi, quand on a l’habitude d’être prévenus des années en avance.

Si je devais trouver quelque chose de positif à la situation actuelle, ce serait que les cartes sont redistribuées. Ce côté spontané est agréable, les choses se créent à l’énergie. Peu importe qui est sollicité pour faire partie de cette programmation, tout le monde a envie d’y aller!

Photo: Marie-Clémence David

Vous allez présenter mercredi prochain un récital-monologue intitulé Confidences Estivales. Après les introspections de Papageno que vous avez écrites et interprétées dans votre spectacle Le Blues du Perroquet en 2019, ce sont vos propres confidences que vous livrez?

Je ne sais pas faire les récitals sans raconter quelque chose, juste pour la beauté de la musique. Il a fallu réfléchir… Que raconter à part ce que tout le monde a vécu? Le déclic a été un recueil de partitions retrouvé par mes parents. Des choses qui m’ont accompagné dans mon parcours, que je n’ai pas forcément eu l’occasion de chanter en récital. Je me suis dit « Et si on ne retourne jamais sur scène…? ». J’ai préparé ce récital en faisant comme si c’était la dernière fois. Et je me suis remis à rêver. Ça a eu cette incidence là aussi, ce qu’on a vécu. Devenir chanteur ou chanteuse d’opéra, c’est un rêve au départ. On s’imagine plein de choses, on fantasme. Et après, il y a la réalité du métier, et petit à petit, je crois qu’on oublie un peu le rêve de départ.

Ce recueil de partitions que j’ai trouvé, le Parc des Bastions, le Conservatoire en face, le Grand Théâtre juste à côté… forcément que ça déclenche quelque chose chez moi. J’ai tissé un fil conducteur entre les airs, qui reste cependant anecdotique. C’est la musique qui sera au centre de tout, mais je me dis que c’est sympa si le public sait pourquoi j’ai choisi ces airs-là et pourquoi ils ont du sens pour moi.

Peut-on déjà savoir de quels airs il s’agit?

(Il hésite)… Je crois que je vais m’autoriser quelque chose qu’on ne fait jamais: jauger sur le moment ce que je vais chanter et dans quel ordre. Mais il y aura Mozart, forcément un extrait des Noces de Figaro, Rossini, Poulenc… et le répertoire sera assez large: j’irai jusqu’à la chanson.

Le pianiste devra être réactif!

Très réactif. Adrien Polycarpe est le pianiste du Blues du Perroquet. Si je peux faire ça, c’est que je sais que j’ai cette liberté avec lui, qu’il sera dans la même bulle que moi à ce moment-là. Effectivement ce sera du sport! Mais j’ai envie de le tenter comme ça. J’ai envie de voir jusqu’où on peut pousser la résilience.

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Photo: ©Olivier Miche

Il est encore possible de s’inscrire sur liste d’attente pour manger au Restaurant des Bastions. Pour profiter de la musique uniquement, pas de réservation nécessaire, il suffit d’arriver au parc à l’avance car le nombre de places est limité!

Festival des Bastions, Genève
Mercredi 26 août à 19h: Guillaume Paire

Mardi 1 septembre à 19h: Gautier Capuçon et Fabrizio Chiovetta

Jeudi 3 septembre à 19h: Leonardo Garcia Alarcon et Sonya Yoncheva

Samedi 5 septembre à 19h: Fabrizio Von Arx and friends

Les organisateurs du Festival des Bastions: www.musika-agence.ch / www.stradivarius-artsound.com / www.bastions.ch
L’actualité de Guillaume Paire dans la région:
L’Auberge du cheval blanc à l’Opéra de Lausanne en décembre 2020
www.guillaumepaire.com

Jumelage à Puplinge

Ouf, tous les festivals n’ont pas disparu de l’été 2020, et les Romand·e·s ont de quoi profiter musicalement de leurs vacances. Lorsque l’équipe du Puplinge Classique a lui-aussi annoncé le maintien de son festival du 18 juillet au 22 août, L’Agenda s’est empressé d’aller découvrir ce que nous réservait cette 11e édition!

Concours: Gagnez vos places pour trois soirées!

Texte: Katia Meylan

L’année dernière nous avions rencontré François-Xavier Poizat, directeur du Puplinge Classique, qui fêtait, avec son ami et collègue co-fondateur Damien Bachmann, un jubilé. Le pianiste nous avait retracé les étapes d’un festival qui a toujours aspiré à se réinventer, et avait souligné une ligne directrice empreinte de diversité: diversité dans les générations d’interprètes, dans les configurations sur scène, dans les styles et les époques de musique.
Après la Rétrospective, c’est par le Jumelage qu’elle s’exprime dans cette 11e édition.

François-Xavier Poizat a répondu à nos questions autour d’un café à Genève, quelques jours avant le concert d’ouverture qui se tiendra ce samedi 18 juillet.

L’Agenda: Le festival présente dès samedi douze concerts et une programmation internationale. Vous êtes des rescapés?
François-Xavier Poizat:
Pendant quelques mois on a préparé un plan B en parallèle, une édition digitale. Tous nos sponsors sont restés en sachant que ce serait peut-être une édition filmée. Finalement, à part deux concerts où les artistes nous ont dit ne pas pouvoir venir – un quatuor du Canada et un orchestre d’enfants de Corée du Sud, qui viendront peut-être l’année prochaine – on a gardé la programmation initiale!

La possibilité de voyager a été reconsidérée ces derniers temps, comment l’avez-vous vécu en tant que pianiste et comment cela a-t-il a affecté le festival?
Une dizaine de mes concerts internationaux ont été annulés. Après, lorsqu’on donne un concert, que ce soit à l’autre bout du monde ou à côté de chez soi, le plaisir reste le même et l’essentiel est là. J’ai arrêté de voyager mais pas de travailler. J’ai continué à donner des concerts pour cinq personnes, puis pour trente… Maintenant la reprise est assez « juteuse » si j’ose dire, car beaucoup de gens ont été frustrés par l’absence de concerts. Je joue ce mercredi au Festival des Bastions  par exemple, qui a été créé par l’énergie de cette frustration.
Quant au Festival Puplinge Classique, pour moi qui ai l’habitude d’investir mes étés dedans, l’annuler n’était pas une option. Sans l’orchestre de Corée et le quatuor du Canada, cette édition reste internationale, mais plus européenne qu’intercontinentale: les artistes viennent de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de Suisse-alémanique… et on a quand même un pianiste russe qui vient de New-York!

Dans la programmation, où s’exprime le thème du Jumelage, choisi pour cette édition?
Dans le jumelage des œuvres entre elles. L’exemple est flagrant dans le concert du 23 juillet, où on trouve des musiques populaires baroques et des œuvres de compositeurs vivants, par exemple Technoparade de Guillaume Connesson, qui est une imitation classique d’un morceau de techno. Lorsque je peux choisir le programme d’un concert, je me permets évidemment de choisir des morceaux en lien avec le thème. Le 21 août, je vais jouer deux concertos pour clavecin qui se ressemblent dans leur facture: l’un de Jean-Sébastien Bach (18e s.), l’autre de Górecki (1980), un compositeur moderne polonais. Le clavecin est un instrument qui se jumelle bien, car il a un répertoire soit baroque, soit moderne.
Mais d’autres programmes où je ne joue pas sont aussi dans le thème. Par exemple les concerts liés à la célébration des 250 ans de Beethoven, qui jumellent les œuvres du compositeur avec celles de ses inspirations (13 août) et ses héritiers symphoniques (15 août).

Quelle est votre histoire avec les programmes des concerts pour lesquels vous jouez, le 23 juillet et le 21 août?
Le 23 juillet, on va jouer pour la troisième fois A Friday Night in August de Daniel Schnyder, dont je dis souvent qu’il est est mon compositeur vivant préféré. Ce trio pour piano, violoncelle et clarinette faisait partie du tout premier concert du Puplinge Classique, il y a presque 10 ans jour pour jour.
Sinon, je profite d’être dans mon festival et d’y avoir une liberté totale. Ailleurs on me demandera plus souvent du grand répertoire, pour un public qui est habitué à cela. Puplinge a construit au fil des années une programmation audacieuse, on y trouve beaucoup d’œuvres du grand répertoire mais aussi une ouverture vers d’autres musiques.

…par exemple avec la soirée traditionnelle arménienne (28 juillet), qui a été rejointe par une soirée tango (16 août) et une soirée klezmer (18 août)?
La soirée arménienne est emblématique du festival et je sais que certains viennent exprès pour ça! Elle représente à la fois un côté « exotique » grand public, et le répertoire arménien compte des dizaines de grands compositeurs, ce qui laisse une liberté aux invités dans le choix des œuvres.
Ces soirées diversifient la programmation en même temps qu’elles amènent un aspect festif. Ce sont des musiques de plaisir, de célébration, et un festival sans ça ne serait pas vraiment un festival, plutôt une suite de concerts de musique classique!
La question avec l’ensemble de musique klezmer était: « est-ce qu’on fait une soirée dansante dans la salle communale, ou une soirée plus « intellectuelle » dans l’église »? Dans le contexte actuel, on a préféré la deuxième option, et le choix des instruments s’est porté sur un accordéon au lieu des percussions, ce qui donne une musique d’écoute, mélodique et polyphonique.
C’est une spontanéité et une adaptabilité qu’on apprécie dans ces musiques, qui seraient plus difficile avec une partition de musique classique lourde de richesses.

D’autres temps forts dans la programmation?
Le récital de piano (qui est le seul récital du festival, car on fait attention à ne pas avoir deux fois la même disposition). Vyacheslav Gryaznov est un pianiste comme je les aime: il porte en lui une grande tradition, il a fait le Conservatoire de Moscou et l’Université de Yale à New-York, et sa première partie sera une sonate de Beethoven que tous les pianistes connaissent par cœur. Dans la deuxième partie, il jouera ses transcriptions de Tchaïkovski, Rachmaninov ou Glinka, dont certaines totalisent plusieurs millions de vue sur YouTube. Ce n’est pas de la vulgarisation – car ceux que ça attire s’arrêteraient souvent à ça – mais des arrangements virtuoses de morceaux moins connus du grand public.

L’une des fiertés de cette édition est aussi la présence de Martin Engstroem en tant que Président d’honneur. On nous compare souvent avec un peu d’ironie au Verbier Festival en sachant que nos tailles sont bien différentes, c’est donc touchant d’avoir une petite tape sur l’épaule de la part de son directeur!

Festival Puplinge Classique
12 concerts, du 18 juillet au 22 août 2020
Église de Puplinge, GE
www.puplinge-classique.ch

 

CONCOURS!

1 x 2 billets pour le concert Baroque and pop le samedi 23 juillet à 20h

1 x 2 billets pour le concert Beethoven II, Jeunesse et postérité, le jeudi 13 août à 20h

1 x 2 billets pour le récital Piano russe, le jeudi 20 août à 20h

Écrivez-nous un mail à info@l-agenda.online en précisant quelles places vous souhaitez gagner


 

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

Plus pop et hétéroclite que jamais, Antigel souffle ses 10 bougies en grande pompe

Depuis 2011 déjà, le festival international de musique et danse genevois Antigel offre durant trois semaines un programme culturel fun et actuel. En tête d’affiche cette année, le spectacle Inoah d’une figure majeure de la danse contemporaine, le brésilien Bruno Beltrão à voir au Bâtiment des Forces Motrices le 13 février prochain. Avant cela, L’Agenda est allé découvrir la performance intrigante de Simon Mayer.

Texte: Marion Besençon

Questionnant ce qui nous rassemble, l’artiste protéiforme Simon Mayer convie son public à l’expérience d’une fusion des formes du folklore et de la danse contemporaine. Pour son solo, c’est nu qu’il s’est présenté sur la scène du Point Favre, dans ce « costume traditionnel de tous » comme il nous l’a expliqué à l’issue de sa représentation. C’est un pont entre le primitif et le moderne que tisse progressivement le danseur, dans le mouvement et par le chant, avec le son des différents objets aussi. Dans son spectacle SunBengSitting (Sunbeng, ce fameux banc en bois devant les maisons surlequel on s’assied pour prendre le soleil), celui qui est d’ailleurs originaire du monde rural autrichien livre une performance ludique et organique, une ronde qui convoque les éléments du monde par la danse folk et le yodel, entre patrie et ouverture au monde.

Il ne s’agit pourtant plus d’être en transe autour du feu, c’est le micro suspendu qui paraît aujourd’hui symboliser l’action féconde des cycles de mort et renaissance; et peut-être même incarner le prolongement de la lumière, c’est-à-dire l’illumination.

Le musicien sollicite donc la mémoire de la communauté humaine ainsi que l’imaginaire de nos sociétés contemporaines en se jouant de la bienséance et de la vraisemblance, exploitant sur scène des artefacts aussi classiques que subversifs: un violon, un fouet ou encore une trançonneuse. Jouant crescendo, la performance se clôt dans la jubilation du storytelling révélant, dans le même temps, la légende d’intrépide cueilleur d’edelweiss du personnage et sa fin logiquement tragique en bas d’une montagne. Subtile et drôle, une performance d’art vivant qui nous laisse penser que le festival genevois a sorti le grand jeu pour cette édition anniversaire…

Dans la catégorie de la danse urbaine et du hip hop, Bruno Beltrão présentera quant à lui dix jeunes hommes comme autant de figures de migrants. Réunis pour former d’éphémères duo ou trio de danse, ces déracinés manquent à dépasser ce qui les sépare pour bénéficier de l’aide et de la chaleur d’une communauté. Le spectacle Inoah agit en ce sens en électrochoc: par cette distance entre les corps qui dansent, sans cesse réétablie dans l’espace de la scène, c’est une difficulté de la migration qui se dévoile à nos sens. Portés par une chorégraphie virtuose, ces corps portent ainsi magnifiquement le message humaniste au public. Un moment époustouflant, ancré dans la réalité du monde présent, à vivre d’urgence à Antigel.

Festival Antigel
Festival international de musique et danse

Communes genevoises
Jusqu’au 15 février 2020  

Inoah
Jeudi 13 février à 20h30 au Bâtiment des Forces Motrices (BFM), Genève

Programmation complète sur www.antigel.ch

Black Movie, vingtième, action!

La 20e édition du Black Movie Festival s’est ouverte ce jeudi 16 janvier à L’Alhambra de Genève, avec la projection du film Talking about trees de Suhaib Gasmelbari. En présence d’un large public constitué notamment de conseiller∙ère∙s communaux∙ales et de responsables culturelles de la ville de Genève, cette première séance a été accompagnée par un discours inaugural très engagé. 

Photo: Miguel Bueno

En effet, les organisateur∙trice∙s du festival ont signifié leur soutien à l’occupation du centre culturel du Grütli par le collectif Lutte pour les mineurs non-accompagnés et ont dénoncé le silence du Conseil d’État sur le sujet. Un message de S.O.S. Méditerranée a aussi été diffusé avant le film. Mais le discours d’ouverture a surtout permis aux organisateur∙trice∙s d’évoquer leur enthousiasme quant à la popularité toujours plus grandissante des festivals à Genève. Enfin, la prise de parole s’est close sur une déclaration d’amour pour le cinéma de tous horizons et sous toutes ses formes. Un message qui fait écho au choix du film d’ouverture, Talking about trees, un documentaire suivant quatre amis réalisateurs cherchant à faire revivre une salle de cinéma au Soudan. Une quête qui va s’avérer kafkaïenne face aux obstacles que le gouvernement islamique leur oppose.

Talking about trees, de Suhaib Gasmelbari, Soudan, 2019

Avec comme toile de fond le Soudan et sa gouvernance militaire et théocratique, Suhaib Gasmelbari met en scène la passion et l’amour inconditionnel pour le cinéma de quatre réalisateurs vétérans pétris d’humour et d’ironie, animés d’une détermination dont on rêve presque qu’elle arrive à faire plier la Charia toute puissante qui contraint le pays. On est emporté par l’amitié et la légèreté de ces artistes devenus activistes en voulant simplement exercer leur art, on les écoute philosopher et plaisanter avec délices, on espère avec eux. Et c’est finalement ça le plus grand message d’espoir de ce documentaire, peu importe l’issue de leur combat, leur amour et leur foi continue de vivre avec eux, et ils persévéreront encore. Un soir, constatent-ils tous ensemble, « ils sont plus forts que nous, mais nous sommes plus intelligents ». Cette phrase sonne comme la promesse d’une victoire à venir. Et lorsqu’on visionne les dernières images, on ne peut que se réconforter de savoir que 30 ans après sa prise de pouvoir, Omar el-Bechir a été destitué en 2019.

Texte: Victor Comte

Black Movie
Du 17 au 26 janvier à Genève
www.blackmovie.ch/2020

La Lesbienne invisible: on peut la voir à nouveau!

L’humoriste Marine Baousson reprend le spectacle La Lesbienne invisible écrit par Océan en 2009, une prestation pleine d’énergie et de fraicheur. L’Agenda l’a découverte vendredi dernier à Vernier, dans le cadre du festival Les Créatives.

Texte: Jennifer Barel

©Ville de Vernier. Photo: Greg Clément

À peine entrée sur scène, Marine Baousson diffuse dans l’air une espièglerie communicative. L’ambiance est à la bonne humeur et les sourires s’impriment sur les visages. Puis, elle se lance. C’est l’histoire d’Océanerosemarie, jeune femme qui nous raconte l’exploration de son homosexualité et son quotidien en tant que lesbienne. Elle pioche dans les nombreux clichés à propos des femmes homosexuelles et arrive à les mettre à mal à travers l’humour. Pendant une heure et quart, les blagues fusent. Quelques unes tirées à gros trait pour appuyer l’absurdité de certaines remarques et attitudes à l’égard des femmes lesbiennes et d’autres beaucoup plus subtiles et intelligentes. Au final, il y en a pour tous les types d’humour dans ce spectacle porté par une Marine Baousson pétillante et dynamique. Pas le temps de s’ennuyer avec Marine sur scène. Elle bouge, elle danse sur du Britney Spears, elle chante une reprise hilarante de Harley Davidson de Brigitte Bardot et, même, elle se roule par terre. Le tout avec une assurance et une présence scénique qui captent l’attention. Ça se voit, elle prend beaucoup de plaisir à faire ce spectacle et même lorsqu’elle se trompe dans son texte, elle sait se rattraper avec finesse et naturel, toujours à l’aise, ce qui rend la situation encore plus comique et donne une dimension unique et plaisante à la représentation.

C’est un récit qui parle de l’homosexualité des femmes (et rien que ça, c’est important!) avec fierté et perspicacité mais surtout avec humour, sans lourdeur ni gravité. Un récit qui, dix ans après les premières représentations, reste très actuel. Cela prouve bien que les choses n’ont malheureusement pas beaucoup changé et qu’il est nécessaire de faire du bruit et de remuer un peu la fourmilière. Marine Baousson tente de la remuer, cette fourmilière, avec sa vitalité débordante, dans un spectacle léger, drôle et bienveillant qui arrive subtilement à rendre l’homosexualité des femmes tout simplement normale. À retenir: non, les lesbiennes n’aiment pas que le football et, non, elles n’ont pas l’annulaire plus grand que l’index!

www.instagram.com/marinebaousson
www.vernier.ch
www.lescreatives.ch