Peut-on raconter en musique?

Le Grand Théâtre de Genève propose deux contes musicaux de Sergueï Prokofiev menés tambour battant par le récitant Joan Mompart, l’Orchestre du Collège de Genève et le Grand Théâtre, pour le plus grand bonheur des enfants et des plus grands!

Texte et photo: Nastassja Haidinger

« Le bûcher d’hiver », dont la musique a été écrite sur un texte de Samouil Marchak, nous raconte l’histoire de jeunes enfants moscovites partis découvrir la campagne enneigée: le son des pistons et la fumée d’un train à vapeur, incarné par les allers-retours de Mompart sur scène, nous plongent très vite dans l’ambiance de leur départ. C’est le premier mouvement de la suite orchestrale, qui en comptera sept autres. L’aventure des citadins est narrée avant chaque mouvement par la voix et les déplacements du récitant (dont les mimiques éloquentes semblent faire leur effet auprès des jeunes spectateurs), au rythme des actions dont on se forme très vite en esprit des images caractéristiques – la neige qui tombe, les patins sur le lac gelé, le feu de camp qui crépite. Citons le passage agréable du chœur d’enfants (chœur de l’École des Pâquis) au moment où le groupe entonne un chant patriotique.

L’attrait particulier de ce concert réside toutefois dans la seconde partie, consacrée à « Pierre et le Loup ». L’idée est simple, et pourtant très efficace et originale: chaque personnage du conte est incarné par un instrument de l’orchestre. Si l’oiseau se réserve le son cristallin de la flûte traversière, le loup quant à lui préfère les accents plus ténébreux de trois cors, tandis que le grand-père de Pierre prête sa voix à un basson. Joan Mompart nous les énumère l’un après l’autre, pour familiariser les spectateurs aux sons qui s’apprêtent à tisser la trame du récit. Cette approche didactique permet d’initier les enfants à certains instruments de musique, mais elle est aussi un moyen pour nous, spectateurs un peu plus âgés, de nous laisser porter par chaque intermède musical, et d’imaginer à travers les thèmes propres à chaque personnage, le canard pris au piège par le loup ou la marche hasardeuse des chasseurs dans la forêt (comiquement mimée par Mompart). Un récit musical qui fait un parfait usage des spécificités de chaque instrument pour saisir le tempérament des personnages – une façon de raconter en musique –  dont le succès semble toujours au rendez-vous.

« Pierre et le Loup » et « Le bûcher d’hiver » à L’Opéra des Nations

Mardi 27 juin à 19h30
Mercredi 28 à 19h30

www.geneveopera.ch

 

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Festival La Bâtie, du 1 au 16 septembre 2017

Hier, le Festival de la Bâtie présentait le programme de sa 41e édition, la dernière de sa directrice générale et artistique Alya Stürenburg Rossi, qui occupait ce poste avec passion depuis 10 ans déjà.

Texte: Katia Meylan

Le thème de cette année, la transmission, comporte bien sûr un clin d’œil à son départ et à son ou sa futur-e successeur. Mais lorsqu’une journaliste lui demande si elle a voulu faire des choix plus personnels pour sa dernière édition, la directrice affirme qu’elle a souhaité rester fidèle à l’esprit du festival et à elle-même. Sa volonté en arrivant à la tête du festival était de le faire reconnaître au niveau européen. C’est chose faite, puisque la Bâtie discute aujourd’hui avec les grands rendez-vous de la scène contemporaine. Elle présente cette année pas moins de 23 co-productions, ce qui lui permet d’être « dans la mouvance », d’inviter des artistes émergents sans temps de retard. Faire une édition spéciale souvenirs aurait rendu le festival moins intéressant, nous dit Alya Stürenburg Rossi.

Le public, plus nombreux d’année en année, fait désormais confiance à la programmation avec curiosité et aura à nouveau la chance de découvrir des artistes encore peu connus à Genève. Les 30 différents lieux du festival accueilleront 45 spectacles dont 13 créations, ainsi que 8 premières suisses. Les invités d’honneur, connus pour leur part, seront Oscar Gómez Mata, auteur, metteur en scène et comédien, et Mohamed El Khatib, auteur et metteur en scène.

Ce dernier sera notamment au théâtre du Loup avec le réalisateur Alain Cavalier, pour une « conversation », en avant-première, qui esquissera « une micro-histoire de deux vies si différentes mais étrangement croisées ».

À premier abord, l’un des coups de cœur de L’Agenda semble être pour « blablabla », proposé par l’Encyclopédie de la parole: des musiciens, poètes et metteurs en scène un peu fous qui ont décidé de collecter des milliards de paroles, « du commentaire de tiercé au flow d’Eminem » et de les faire imiter et transformer dans la voix de la comédienne Armelle Dousset. Né en 2007 dans un projet pour adultes, ce sera cette fois le résultat de la collecte de contenu destiné à une audience de 6 à 106 ans qui sera mis en forme par le collectif.

Notons également la performance ACTIONS, de trois artistes pluridisciplinaires vivant en Suisse, qui pose une question très concrète liée à l’urgence de la crise migratoire: « qui fait quoi? ». Qui peut aider concrètement à son échelle et comment? Cette expérience qui aura lieux dans 5 communes de Genève prendra une forme différente à chaque fois, liée aux différentes associations d’aide aux réfugiés qu’abritent ces villes.

Mais nous nous arrêtons là, car nous pourrions parler de cette très riche programmation sur des pages entières, et vous invitons à faire un tour sur www.batie.ch/fr/programme pour en découvrir les détails.

Le Cid fait mouche

Présenté lors du Festival de théâtre aux jardins du Rosey, Le Cid mis en scène par la Compagnie le Grenier de Babouchka a envoûté le public le soir du 8 juin.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Si « Le Cid » ne vous a laissé qu’un obscur souvenir adolescent sentant le théâtre poussiéreux, rendez-vous dans le Grenier de Babouchka pour prendre un balai. À coup d’épées chorégraphiés et de pointes d’humour, la compagnie menée par Jean-Philippe Daguerre dynamise la langue de Corneille et illumine les mécanismes de la tragique histoire d’amour entre Chimène et Rodrigue.

Le couple, porté magistralement par Manon Gilbert et Kamel Isker, irradie de jeunesse, d’insouciance et de légèreté malgré les sombres épreuves qu’il traverse, malgré le choix impossible entre l’honneur et l’amour. Jean-Philippe Daguerre a fait le choix de la comédie, augmentant les scènes d’une dimension cartoonesque, à l’image du Roi mi-bouffon mi-sage campé par le Lausannois Alexandre Bonstein. Tous les comédiens sont stupéfiants et c’est cela qui fait le réel intérêt de la pièce. Qu’il est agréable de les voir déguster les alexandrins avec autant de maîtrise, s’amuser avec autant de professionnalisme. Mention spéciale à Charlotte Matzneff qui livre une Infante déchirée par son amour pour Rodrigue, donnant ainsi une nouvelle lumière sur ce personnage délaissé.

Le Grenier de Babouchka fait revivre une histoire qui, malgré son propos daté, nous touche encore par la véracité des sentiments qui animent les deux amoureux.

www.legrenier.asso.fr

Pas plan-Plan-les-Ouates!

Comment résister à ce petit jeu de mot? Mais surtout, comment résister à la croustillante nouvelle saison culturelle que la ville a présentée hier dans le jardin de La Julienne, qui nous a inspiré ledit jeu de mot!

Texte: Katia Meylan

Les Désaccordés

 

À La Julienne, les férus de culture intéressés par le programme à venir sont très bien accueillis: transats, mojitos et jazz manouche sont de la partie et l’on sent qu’ici, l’été sera agréable. Vous pourrez venir le constater par vous-même, par exemple le 25 août prochain, où la « Maison des arts et de la culture » fêtera ses 10 ans avec diverses animations.

Mais un petit tour à Plan-les-Ouates s’impose même avant le mois d’août! Le 21 juin à 18h30, la commune nous invite à inaugurer avec elle deux fresques habitant l’espace public de l’artiste Tami Hopf, en les reliant à pied à partir de l’arrêt « Trèfle-Blanc ». Le 23 et 24 juin elle accueillera bien sûr la fête de la musique à la Butte, à la Julienne et à l’Église Catholique Romaine. Aucun art ne sera oublié, puisqu’après les arts plastiques et la musique, c’est le cinéma et le théâtre qui seront mis à l’honneur: un cinéma en plein air aura lieu deux fois en juillet et deux fois en août, ainsi qu’un théâtre en plein air pour deux représentations également, à la place de jeux des Marronniers.

 

 

Tamara Dacuña, Pascal Mabut et Xavier Magnin

Cette année, les épices de la saison programmée par Pascal Mabut et son équipe sont l’humour, les jeunes talents et les femmes.
Deux spectacles de danse seront présentés à l’Espace Vélodrome, l’un en collaboration avec le festival la Bâtie, l’autre avec Antigel, et tout deux lient à leur façon danse et humour. Dans le premier, le danseur et chorégraphe Pieter Ampe joue des particularités de son physique avec son spectacle « So you can feel ». Il nous surprend et se surprend lui-même, questionne notre rapport au corps sans être libidineux, nous promet la directrice du festival de la Bâtie Alya Stürenburg Rossi. Ayant vu ce spectacle, elle a pu constater qu’il en résultait des discussions touchantes entre les spectateurs.

Le théâtre aura son côté humoristiqiue notamment avec la pièce « Ah-hou cha cha cha » de la valaisanne Rebecca Bonvin. Il sera question de petites tranches de vies, de biographies fictives et décalées.
Plus tard dans la saison (février 2018), deux comédiennes aborderont la question de la maternité avec un titre qui ne laisse aucun doute sur le ton que prendra le spectacle: « C’est (un peu) compliqué d’être à l’origine du monde » met en scène les joies et les exaspérations dues au fait d’être enceinte et surtout aux conseils de tous ceux qui veulent bien en donner, pertinents ou non.

Côté musique, Pascal Mabut nous dévoile son coup de cœur: le mélange de folk, blues américain et musique baroque de Piers Faccini, qu’il nous fera découvrir le 9 novembre au Vélodrome.

Puis il continue sur un spectacle bambino, « Boîte à gants ».  « Je ne devrais pas le dire, mais si vous aimez les batailles de gants… » le programmateur s’interrompt, une étincelle dans les yeux, mais il en a trop dit, l’enfant qui sommeille en nous a été intrigué. La ville qui fait la part belle aux spectacles jeunes publics (notamment avec son festival « La Cour des Contes » au printemps)  a fait de nouvelles trouvailles poétiques à présenter aux familles cette année encore.

En tout, cela fera quatre spectacles bambino, trois concerts, trois pièces de théâtre, deux spectacles de danse et deux spectacles d’humour. Mais l’on aura compris que les catégories ne sont pas étanches, que la danse se mêle à l’humour et que théâtre et musique ne sont jamais loin.

Le plus simple est de consulter le programme, ou de se laisser surprendre à partir de la rentrée!

www.plan-les-ouates.ch/culture

Le Marchand de Venise au Rosey

Mariage pluvieux, mariage heureux. Si le célèbre adage s’applique aussi bien aux festivals, il ne fait nul doute que la vie du Festival de théâtre aux jardins sera longue et épanouie. Inaugurée hier soir dans le superbe parc de l’Institut du Rosey à Rolle, cette nouvelle manifestation dirigée par Pascale Méla rend hommage aux grands textes et aux beaux rôles. Shakespeare a ainsi donné la première impulsion, avec « Le Marchand de Venise » dans une mise en scène de Pascal Faber.

 Texte: Marie-Sophie Péclard

Une rambarde, quelques caisses de bois, et nous voici transportés à Venise. Avec une scénographie dénudée et un jeu resserré, la mise en scène de Pascal Faber et de la Compagnie 13 insiste sur les interactions entre les différents protagonistes, mettant en lumière leurs ambiguïtés et leurs contradictions.

Photo: Compagnie 13

L’intrigue se déroule en deux espaces, Venise et Belmont. À Venise, Antonio emprunte 3000 ducats à l’usurier juif Shylock pour aider son ami Bassanio à conquérir la belle et riche Portia. Shylock voit là une occasion de se venger d’Antonio qui, non seulement l’empêche de mener sereinement son commerce, mais le méprise pour sa religion. Il accepte donc l’emprunt, exigeant qu’en cas de non-remboursement de la dette, une livre de chair soit prélevée sur le corps d’Antonio. À Belmont, Portia et Bassanio se rencontrent et s’aiment sous le regard de leurs deux serviteurs, Nerissa et Gratiano.

Ces deux univers se confrontent quand Bassanio est rappelé à Venise pour sauver Antonio qui ne peut rembourser Shylock. C’est aussi la rencontre de la comédie romantique et du drame, dont Pascal Faber a su extraire une tension qui dynamise toute la pièce. Au temps de Shakespeare, « Le Marchand de Venise » était considéré comme une comédie. Mais l’Histoire ne permet plus de regarder le sort du juif Shylock avec moquerie. Sans entrer dans un débat sur l’antisémitisme, Pascal Faber a choisi de ne pas minimiser l’impact de Shylock et d’en accentuer la portée dramatique. Michel Papineschi, l’interprète de Shylock, s’engouffre dans toutes les brèches de son personnage, et passe de la flatterie à la terreur, de l’intransigeance à la détresse.  « Le Marchand de Venise » déploie ainsi toute sa force, et l’on en viendrait presque à regretter que la pièce continue après la scène du procès entre Antonio et Shylock dans laquelle l’émotion atteint son paroxysme. Mais cela nous aurait privés des délicieuses coquetteries de Portia qui, sous les traits de Séverine Cojannot, s’amuse aux dépens de son mari Bassanio.

Une mise enscène forte et efficace, servie par d’excellents comédiens : « Le Marchand de Venise » dévoile toute sa substance !

www.theatreauxjardins.ch

Photo: Compagnie 13

Voyager sans quitter Lausanne, avec le mythique Festival de la Cité

Cette 46e  édition du Festival de la Cité s’annonce haute en couleurs: du 4 au 9 juillet, sept scènes ainsi que treize lieux artistiques prendront la vielle ville d’assaut pour offrir une fois encore une myriade de spectacles aux festivaliers-ères.

Texte: Chloé Brechbühl

Lors de la conférence de presse mardi dernier, la directrice du festival Myriam Kridi, fière et enjouée, donne le ton de cette nouvelle édition avec trois adjectifs clés: la programmation de cette année sera pluridisciplinaire, métissée et audacieuse. Voici les ingrédients qui agrémenteront la recette, pourtant déjà bien équilibrée et goûtue, du magique Festival de la Cité. Un évènement annuel immanquable pour tout-e lausannois-e qui se respecte. Et pourtant, les organisateurs du festival ont émis le souhait d’attirer un public plus vaste, venu d’autres régions de Suisse, voire même d’ailleurs. Pour ce faire, les programmateurs se sont surpassés afin de dénicher des projets aussi originaux qu’éclectiques.

Comme de coutume, l’interdisciplinarité et la multiculturalité seront à l’honneur: les différentes disciplines des arts scéniques seront représentées de manière quasiment exhaustive avec de la musique, du théâtre, des performances, de la danse, du cirque, des marionnettes et autres surprises. Les artistes quant à eux, viendront des cinq continents, même si les organisateurs mettent un point d’honneur à présenter des talents suisses sur chaque scène afin de promouvoir la production artistique locale (ou du moins nationale).

Photo: Karol Jarek

Toujours entièrement gratuit, le festival propose cette année de faire vibrer son public avec six familles de programmation. La première catégorie – Engagée – est composée de spectacles et concerts étonnants, qui aborderont des sujets politiques avec créativité. La performance participative du suisse Christophe Meierhans par exemple, «Some Use for Your Broken Clay Pot», propose de repenser la démocratie à l’aide d’une nouvelle constitution, rédigée par l’artiste lui-même. Cette création théâtrale à la fois réaliste et subversive vise à lancer un débat afin de replacer la parole au sein de l’espace public.

 

Fête de l’insignifiance. Photo: José Alfredo

La deuxième catégorie – Dansante – fera quant à elle la part belle aux représentations festives. Le chorégraphe portugais Paulo Ribeiro présentera avec sa compagnie le spectacle «Fête de l’insignifiance», qui célébrera la beauté de relations humaines. La troisième famille, celle des Rêveurs & Rêveuses, réunit des projets audacieux tels que celui du jeune Radouan Mriziga: Dans sa performance «55», l’artiste fera de la cathédrale son espace scénique à l’aide d’une craie, utilisant son corps comme instrument de mesure.

La quatrième catégorie se nomme Puissants & Puissantes, et ne manquera pas d’étonner: Le Pont Bessières sera notamment le théâtre d’un affrontement musical entre un orchestre de Jazz et un ensemble baroque, dans le cadre du spectacle «L’Odyssée des Cuivres».

Le Festival se veut tout public: il y aura donc une cinquième famille, Easy Petzi, afin de combler les plus petits-es. C’est dans cette catégorie que se situe le projet «Carnet de Bal» de la Cie Madok: les enfants seront invités à confectionner des masques lors d’un atelier dans le jardin du Petit Théâtre, puis à porter ces derniers et à monter sur scène pour donner vie aux danses loufoques du livre de Mirjana Farkas.

La dernière catégorie réunira finalement des productions artistiques contemporaines sous la bannière Explorateurs & Exploratrices. Le collectif théâtral BPM traitera de manière humoristique le sujet de l’obsolescence, avec son spectacle «La K7».

Samba de la muerte, en 2016 sur la place de la Riponne. Photo: Marie Monod

Cherchant un équilibre entre art et festivité, le Festival ne manquera pas cette année encore de faire voyager l’imaginaire de son public avec de nouvelles découvertes artistiques. Amateurs de rock, passionnés de danse contemporaine, férus de théâtre participatif: le festival a tout pour vous plaire. La Cité, c’est de l’art plein la vue et plein les oreilles, un rendez-vous à ne pas manquer si vous n’êtes pas en vacances à l’autre bout du monde!

http://www.festivalcite.ch