« Et il n’en resta plus aucun », au théâtre de Carouge

Dans cette pièce de théâtre, Robert Sandoz s’attaque à un genre bien particulier en portant à la scène l’adaptation du très célèbre roman d’Agatha Christie, les Dix petits nègres.

Dix personnes prisonnières sur une île, toutes coupables d’une mort, toutes impunies, toutes en train de mourir les unes après les autres. Qui va rester le dernier et donc être le meurtrier? Ou ce dernier est-il déjà mort?

Ce roman a été parfaitement transformé en une pièce de théâtre par Robert Sandoz et son équipe. À travers les dialogues recréés, ils ont su donner une nouvelle humanité aux personnages et une nouvelle dynamique à l’histoire. Au travers des dialogues et des silences, des jeux de regards, de corps et de gestes, chaque personnage participe (ou croit participer) à la résolution de l’énigme. Au fil des confidences, la culpabilité ressort et tient une place prépondérante dans le fil des événements.

Sur scène tout peut être inventé et le metteur en scène a modernisé les possibilités du genre en rajoutant des éléments cinématographiques à la pièce. Ainsi, des écrans nous font voir la mer s’agiter, des cauchemars prendre forme et les gouttes de pluie couler, parfois mélangées à des gouttes de sang. Le spectateur observe aussi par moments des témoignages vidéo des personnages, souvent posthumes, alors que le décompte des « petits pécheurs » restants s’égrène sur des écrans: 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 …. Et il n’en resta plus aucun?

Photo: Marc Vannapelghem

Photo: Marc Vannapelghem


Le décor, très sobre, est néanmoins intéressant et devient même personnage. À l’instar des chiffres sur l’écran, des statuettes, au nombre de dix au départ, disparaissent, alors que des chaises numérotées de 1 à 10 sont évacuées vers les coulisses au fur et à mesure des morts. Au-devant de la scène il y a l’espace de jeu des acteurs. Des paravents qui servent tantôt de portes, tantôt d’écrans, tantôt de cloisons, délimitent un espace qui se transforme en bord de mer, en chambres, en salon. Des tiroirs sur ce devant de scène deviennent des lits, des tiroirs à vaisselle, des tiroirs de table de nuit ou des tiroirs de morgue alors qu’un distributeur fournit des objets provenant de diverses pièces. Derrière cet espace, des coulisses visibles pour le spectateur se transforment en une sorte d’au-delà d’où les défunts sortent de scène et où partent parfois les personnages encore vivants avant de mourir. Des jeux de lumière indiquent au spectateur sur quels acteurs l’action est focalisée, tandis que les autres acteurs se figent. Cette disposition permet de rythmer le récit et de donner l’impression d’une instantanéité de l’action où plusieurs faits et discussions ont lieu en même temps.

En plus de ce décor, l’atmosphère angoissante, propre au genre, a été recréée grâce à la bande sonore. Cette dernière est un mélange effrayant de bruits de pluie et d’eau, de musique tendue et de la comptine ayant inspiré le meurtrier. Ces sonorités mettent le spectateur dans l’ambiance du mystère et du meurtre: tandis que les peurs des personnages deviennent réalité, la réalité devient la peur.   

La dynamique et le suspens propres aux romans d’Agatha Christie ont su être recréés: le spectateur est pris dans l’histoire. Le décor, l’atmosphère de la pièce et le bon fonctionnement interne de l’équipe d’acteurs – parmi lesquels j’aimerai souligner la particulièrement belle interprétation du juge Wargrave – font ressortir les dynamismes du mystère à travers une nouvelle manière de raconter des histoires policières sur scène. Les 2h35 de spectacle (qui incluent un entracte de 20 minutes) filent sans qu’on s’en rende compte! Le nerf tendu des romans d’Agatha Christie traverse comme un fil rouge tout le spectacle.

A noter encore la présence de sous-titres anglais au-dessus de la scène. C’est une très bonne idée qui relie la pièce à la langue d’origine du roman et qui permet aux non-francophones de découvrir le théâtre genevois.

La pièce est encore à voir au Théâtre de Carouge jusqu’au 28 mai 2014. http://www.tcag.ch/

Texte:  Anastassia Issakova

Photo: Marc Vannapelghem

Photo: Marc Vannapelghem

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Cycle VOIX OFF au MAMCO

Genève, le 13 mai 2014

« Tu m’écoutes ? » (Tiré de Présent presque parfait, Pascale Favre, 2014.)

Voici le court récit d’une nouvelle expérience « VOIX OFF » :

Dès que le diaporama est lancé, l’oreille s’accroche aux images. Sur fond d’abri antiatomique aux murs couverts de dessins, les silences de l’auteure-lectrice en disent long. Les souvenirs ressurgissent et l’histoire suisse défile dans l’histoire individuelle, ou l’inverse ? Elle a « souvent pensé : c’est beau le béton ». Une table couverte d’objets de la vie courante et croquée depuis différents points de vue est projetée. Elle énumère beaucoup de « quelque chose » et l’écriture se voit, elle est « plus expérimentale ». « La collectionneuse » assemble ses mots comme ses boîtes de carton, dans un suspens dont le résultat s’adapte à chaque auditeur.

Vous en voulez plus ? Venez participez à la prochaine expérience au MAMCO.

Texte: Michael K.

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« Les Misérables » à la Parfurmerie

Au milieu des ténèbres, une vingtaine de jeunes adolescents s’invite sur scène pour nous conter le roman historique, social et philosophique de Victor Hugo. Ce petit monde utilise une flopée de costumes des plus misérables au plus élégants pour rendre réaliste avec succès les différentes saynettes.

Le décor, fait d’images projetées sur un mur de pierre, se transforme en quelques secondes d’un lieu de mer à un lieu de terre, d’un lieu divertissant à un lieu de guerre, d’un lieu rural à un lieu majestueux.

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La troupe Acrylique Junior, connue pour ces nombreuses activités pluridisciplinaires, nous livre une pièce aux multiples facettes. Tantôt chanteurs, tantôt danseurs, tantôt comédiens, les acteurs restent quasiment présents tout le temps sur scène pour dépeindre cette littérature française. Ils ont tous un rôle à jouer dans cette tragédie au côté de Jean Valjean, Javert, Fantine, Cosette et Marius. Décortiquant les passages clés des cinq tomes, ils mettent en avant leurs voix, leurs corps et surtout leurs cœurs.

La Pauvreté, la Misère, la Colère et la Guerre défilent durant les deux heures et demie de spectacle. Cette atmosphère, un peu trop chaude à mon goût au sens propre plus qu’au sens figuré,  mélange des moments musicaux aux discours tristes et fatalistes hugoliens. Laissant l’Amour triompher, les personnages sont heureux d’être là, tout simplement.

Aimé et se sentir aimé permettra à chacun de nous d’affronter les épreuves de la vie sans conditions que ce soit au XIXe ou au XXIe siècle. Quoi de plus beau que d’être accompagné sur notre chemin de vie par une personne qui préférera un engagement sur le long terme à une amourette sans lendemain.

Malgré le nombre de divorce qui augmente, les mariages réussis improvisent face aux aléas de la vie. Ce n’est pas pour autant que leurs unions demeurent sans nuages. Ils ont juste trouvé le secret de leurs bonheurs intérieurs que rien ni personne ne pourra perturber. Le noyau conjugal devient une force parmi les diverses périodes difficiles à traverser. Avec cet objectif en tête, ils se sentent plus forts au moment où la tempête se déchaîne et attendent sans impatience la prochaine éclaircie.

On ne sait pas de quoi notre avenir sera fait, mais quoi qu’il arrive, la vie c’est mieux quand on est amoureux !

A découvrir jusqu’au 22 mai au Théâtre de la Parfumerie (www.laparfumerie.ch). 2014.05.04_miserables_dropbox-101

Texte: Jenny Raymonde

Images: D.R.

 

« Robin des Bois – Ne renoncez jamais », le 3 mai à l’Arena

Se balançant et muni de son arc et de ses flèches, Robin entre en scène par la grande porte. Guidé par son intuition et entouré de ses amis, il va tout mettre en œuvre pour reconquérir le cœur de la belle Marianne. Courageux héros, malgré les barrières qui se sont mises sur sa route, ce guerrier sera prêt à tous les sacrifices pour retrouver son Amour de toujours.

Les voir « parler, chanter, danser, marcher et jouer », cette comédie musicale ne laisse rien au hasard, entre les costumes d’époques et futuristes, les décors feuillus, les chorégraphies impressionnantes pour croire à « un monde à changer »

En quête perpétuelle de son destin, il recherche son petit coin de paradis appelé « Terre » où il se métamorphosera et où il pourra enfin vivre cette vie dont il rêve tant.

Petit coup de tambourin autour « d’un appel, d’une seconde chance irréelle et tellement belle ». Cette évidence est remplie de souvenirs communs avec leurs blessures non-cicatrisées et vécue par les interprètes Matt et Stéphanie.

Le seul secret dorénavant est de poursuivre leurs chemins au jour le jour, « qui vivra, verra.. », afin de leurs permettre de reprendre confiance en la vie et de dépasser les peurs et les incertitudes d’une passion qui les avait réunis dans le passé.

Lionel Florence, le discret parolier talentueux, raconte sous une nouvelle forme ces sujets préférés, déjà exploités dans diverses chansons et autres comédies musicales, parfois moins connues du grand public.

A travers ses succès, il nous envoie toujours les mêmes commandements de vie, et nous nous en lassons pas car ils sont les piliers de notre société actuelle, résumons-les en 4 points:

1. Fais au lieu de dire: les actes sont plus importants que les paroles.

2. Fais de ton mieux: ne regrette rien.

3. Fais à ton prochain ce qu’il voudrait qu’il te fasse: ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.

4. Fais aujourd’hui plutôt que de repousser à demain: vis aujourd’hui et maintenant et profite des plaisirs de la vie au quotidien.

Oh oh oh, jamais, il ne renoncera jamais … !

Texte: Jenny Raymonde

Image: Benjamin Decoin

Image: Benjamin Decoin

Désir sous les ormes à la Comédie de Genève

« Désir sous les ormes » nous entraîne dans un monde passé où s’entremêle la dualité et les oppositions, tout est Blanc ou Noir, Ombre ou Lumière, Espoir ou Désespoir, Liberté ou Emprisonnement.

Attirés par le rêve américain « du mythe de la Ruée vers l’or », les acteurs veulent penser qu’une vie meilleure les attende ailleurs où l’herbe y serait plus verte. Comme si un aller simple pour l’étranger serait le point de départ d’une vie sans contrainte.  Dans nos vies passées ou actuelles, si partir à l’étranger (et surtout y rester) serait aussi simple, tout le monde signerait pour cette splendide aventure.

Accompagnés de notes musicales et dansantes afin d’adoucir cette tragédie familiale, les spectateurs assistent à une oisiveté de possessivité où les cœurs se déchirent entre les futurs héritiers capricieux d’un logement construit par le patriarche.

Le verbe Avoir a pris le dessus sur le bien-être personnel. « Tout est Possession ; c’est MA ferme, c’est à MOI.. »

Même la femme y est décrite comme une femme-objet ayant le devoir d’obéir inévitablement aux satisfactions de son mari, comme un poison sur lequel elle n’aurait plus aucune emprise. Elle bâtit ainsi elle-même les murs de sa future prison.

Si c’était possible, ils achèteraient également les étoiles, mais les étoiles scintillent pour tout le monde ! Difficile de se sentir en sécurité dans un univers où les personnages sont tellement égoïstes au point de vouloir brûler leurs biens au lieu de les faire partager autour d’eux. Nous sommes loin d’une ambiance familiale harmonieuse.  Ce cocon est étouffant plutôt que épanouissant.

Même si la pression sociale d’avoir une belle maison, un bon travail, un magnifique mariage marqueraient sans hésitation une grande réussite à tous les niveaux, ce n’est pas pour autant que nous serions plus heureux personnellement.  En ayant tout ce qui brille, nous pouvons passer à côté de notre bonheur intérieur.

Finalement, il n’y a que nous qui sommes les acteurs principaux de notre propre réussite et qui accordons de l’importance à certaines choses plutôt qu’à d’autres (souvenons–nous de la parabole du tailleur des Pierres). En nous responsabilisant nous-même de notre propre succès, nous devenons des passionnés et des passionnants d’une vie où les choses matérielles ne seront là que pour agrémenter notre vie et non l’inverse.

A voir jusqu’au 11 mai 2014 à la Comédie de Genève, 6 boulevard des Philosophe, 1206 Genève.

Texte: Jenny Raymonde

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Photo: Gilbert Garcin