Le Messie

La cathédrale de Lausanne a brillé de deux mille feux la semaine dernière, ou plutôt de près de deux mille deux cent feux, bougies et artistes confondus.

D’abord grâce au groupe Kalalumen, créé par le guet de cette même cathédrale, Renato Häusler, qui réussit la prouesse d’éclairer le monument dans toute sa hauteur de manière presque magique, sans fumée, sans se faire remarquer. Ensuite grâce aux chœurs Calliope, Alouette et Résonances, réunis pour l’occasion sous cet éclairage. Grâce aux percussionnistes, aux musiciens à cordes et à vent de l’Orchestre Amabilis, et aux solistes: la soprano Brigitte Hool, la mezzo-soprano Jordanka Milkova, le ténor Raphaël Favre et la basse Pierre Héritier. L’ensemble a interprété trois soirs de suite « Le Messie » d’Haendel dans l’orchestration de Mozart.

dsc01084_dsc00083Photo: Martin Fürbach

Mozart avait été chargé de remettre au goût du jour certaines œuvres, dont « Le Messie »- quarante ans après sa composition-  pour qu’elles soient plus accessibles et appréciées du public. Il y ajoute des instruments, flûtes, clarinettes, cors et trombones. Cette œuvre avait été déjà maintes fois modifiée et améliorée par Haendel lui-même, concerts après concerts, et il en existe de nombreuses possibilités d’interprétation, ce qui fait de cette partition « l’exemple de l’unité parfaite entre le Baroque et le Classicisme », comme l’écrit le directeur musical, Ferran Gili-Millera.

Les solistes, honneur au ténor, interprètent plusieurs airs, en solo, en duo ou tous les quatre. Le chœur les soutient, reprend des phrasés, tantôt puissant, tantôt tel un doux murmure malgré son nombre. Les voix sont pleines, on se remet à eux en toute confiance, les soprani relèvent avec brio le défi d’entrer en résonnance avec la voix de Brigitte Hool. Sur certains mouvements, tel le « Pifa », ce sont les musiciens qui sont au premier plan. Sur d’autres c’est le chœur que l’on écoute pleinement.  La deuxième partie se termine magistralement sur le mouvement choral « Halleluja! », qui est sans doute le plus connu du public. La troisième partie est un peu plus courte que les deux autres, et au final, le concert aura duré près de trois heures, devant un public attentif j’en suis sûre, et habillé chaudement je l’espère.

dsc01239_dsc00238Photo: Martin Fürbach

Si vous les avez manqués  à Lausanne, ils se produiront à la Cathédrale de Genève les 3 et 4 février à 20h.

Texte: Katia Meylan

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Danses multiples aux Chorégraphiques

Du 12 au 15 janvier, trois compagnies étaient invitées à présenter leur pièce au Théâtre de l’Oriental de Vevey. Trois pièces en une soirée, comme autant de possibilités pour la danse contemporaine aujourd’hui.

À peine passée la porte du théâtre, les spectateurs sont accueillis par des cris de bienvenue de deux performeuses de la Cie Autonyme juchées sur des vélos. Surpris et amusé dès l’entrée, on constate que l’ambiance est déjà festive: les performeuses dansent sur des tubes disco sans arrêter de pédaler énergiquement, chantent et interagissent avec le public qui peut choisir de les regarder ou de s’asseoir autour d’un verre en attendant le début du spectacle.

En collaboration avec le Dansomètre, l’Oriental présente la deuxième édition des Chorégraphiques, programme de créations de danse contemporaine. On a déjà compris que l’événement déborde le cadre de la salle de spectacle. En effet, le théâtre entier est investi par une installation in situ : tableaux de l’artiste Claire Finotti dans les escaliers, citations d’artistes projetées sur un mur, vidéo d’une performance passée dans les toilettes et témoignages des artistes à écouter dans un bureau.

Invité à monter dans la salle de spectacle, on y découvre Harsham de Céline Fellay et Coralie Lonfat. La pièce se veut une co-création où danse et musique électronique cohabitent au même niveau. Céline Fellay mêle des mouvements de danse traditionnelle du nord de l’Inde et de danse contemporaine. Tout en finesse et en précision, sa chorégraphie se compose de petits pas, de frappes de pieds, les orteils soulevés, de ports de bras fluides, de courbes et de sauts, tandis que ses doigts forment des signes typiques des danses indiennes. La danseuse montre successivement différentes qualités de mouvements, faisant surgir plusieurs personnages qui l’ont inspirée pour le matériel de la pièce.

On retrouve ensuite la Cie Autonyme dans le foyer. Elles pédalent toujours mais leur expression a changé. Se levant, elles débutent une performance où un long texte questionne l’évolution des espèces et les relations humaines. Délivrée à un rythme effréné, la prose se mêle à des mouvements d’aérobic déchaînés. Ces actions sont ironiquement mises à distance par le panneau « Ceci est une performance ? ». Cela découle de la série de créations artistiques SOrties de secourS, qui interroge la notion de performance dans l’art contemporain. Pleine de dérision, cette performance met aussi en perspective ce que nous venons de voir et ce qui vient ensuite: quelle différence entre cela et les pièces présentées en salle ?

Dernière pièce de la soirée, Pourquoi ne sais-tu pas qui je suis ? de Nicolas Turicchia met en scène trois danseurs de générations différentes. La pièce pose la question de l’identité : qu’est-ce qui définit qui l’on est vraiment ? Accompagnés de bribes de leurs souvenirs en voix off, les danseurs évoluent selon des trajectoires singulières, au sol ou debout. Ils dansent des extraits de chorégraphies restées dans leur corps, chantent, parlent ou jouent au ballon, sans presque jamais se rencontrer, à l’exception de quelques regards ou de mouvements qui se répondent. Chacun possède sa façon de bouger: Armand Deladoëy a des mouvements amples et légers, Agnieszka Pedziwiatr une technique fluide au sol et Tommi Zeuggin une danse plus âpre, notamment dans sa façon de se lancer au sol. C’est dense: il y a beaucoup à percevoir en même temps; c’est intime, mélancolique et touchant, car on se rend compte que dans leur individualité, tous se posent la même question et personne ne prétend avoir la réponse.

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Photo de Martin Reeve

La soirée donne donc un aperçu du large champ de la danse contemporaine, avec trois pièces très différentes en format, thématique et style, mais où chacune engage le corps à sa manière : la beauté du geste chez Céline Fellay, qui s’approprie une danse et la laisse résonner en elle, la mise en jeu intense du corps de la Cie Autonyme, qui questionne la forme artistique, et des corps singuliers chez Turicchia, habités de leur histoire personnelle.

Texte: Cécile Python