Nostal’geek – un air de nostalgie sur une mélodie éducative

Un magnifique concert qui m’a permis de revivre des souvenirs d’enfance et de constater, une fois encore, la magie insoupçonnée qui se cache au sein de la musique classique. « Mais, jeux vidéo et musique classique? Ce sont deux mondes complètement différents! » Diront certain·e·s. Eh bien qu’ils se détrompent, car nombreux·ses sont les grand·e·s compositeur·trice·s qui se cachent derrière les créations musicales du domaine vidéoludique, tels que Nobuo Uematsu (Final Fantasy) ou Jeremy Soule (The Elder Scrolls IV et V).

Texte: Christelle Bujard

En arrivant au BCV Concert Hall, que je découvre pour la première fois, je suis accueillie par une équipe chaleureuse et sympathique. Je vais prendre place dans cette petite salle assez cosy, où les spectateurs·trices sont installé·e·s à plein pieds et situé·e·s assez proche de l’orchestre, ce qui rajoute une dimension intimiste au spectacle et développe l’idée que la musique classique est à la portée de toutes et tous. C’est avec une petite surprise que j’observe la salle se remplir de « très jeunes » spectateurs. Mon interrogation reçoit très vite une réponse, il s’agit d’un concert organisé dans le cadre de « Musique entre les lignes », programme de l’HEMU.

Musique entre les lignes. BCV Concert Hall – Flon. Conservatoire de Lausanne. Photo d’Olivier Wavre.

« Musique entre les lignes » est un projet qui vise à faire découvrir la musique classique et actuelle au public, et en particulier au jeune public, pour qui ce domaine n’est que peu, voire pas du tout familier. Chaque année depuis 2014, l’HEMU met en place cinq cycles de concerts. Pour la saison 2017-2018, elle a prévu pour la première fois des représentations dans les cantons de Fribourg et du Valais.

Je me suis donc rendue à la dernière représentation de cette saison 2018, qui avait pour thème la musique de jeux vidéo. Encouragé·e·s par le chef d’orchestre, M. Thierry Weber, les musicien·ne·s ont profité de l’installation de chacun·e pour mettre un peu d’ambiance, en nous faisant patienter avec une musique d’ascenseur très connue.

Puis, le spectacle commence sur un air de Super Mario Galaxy, que plusieurs enfants reconnaissent sans soucis. Le spectacle prend un tournant éducatif et le chef d’orchestre présente le concept du show, en commençant par nous parler des premiers jeux vidéo, avec l’emblématique Pong. S’en suit une musique de Candy Crush, pour nous illustrer l’une des utilisations de la musique dans les jeux: mettre une certaine ambiance sans perturber le joueur, concept qui se retrouve, par exemple, dans les jeux de sports.

Musique entre les lignes. BCV Concert Hall – Flon. Conservatoire de Lausanne. Photo d’Olivier Wavre.

Tout au long du spectacle très vite devenu interactif, M. Weber fait participer les enfants, éveillant leur intérêt à la musique classique par le biais de leur loisir. Ils/elles sont ravi·e·s de répondre aux questions, de deviner de quel jeu vient quelle musique ou s’il s’agit du thème d’un personnage. Tout y passe, Zelda, Sonic, Final Fantasy, Tetris et nous terminons le spectacle sur Mario Kart, où quelques enfants ont la possibilité de jouer le temps d’une course, pendant qu’un·e musicien·ne les accompagne, installé·e auprès d’eux, afin de leur faire vivre l’expérience des bruitages au plus près.

Au final, la dimension découverte de ce spectacle m’a totalement convaincue. J’ai trouvé le projet fabuleux et j’admire M. Weber et Mme Schmidt, la responsable de production pour qui cette saison était la dernière, d’avoir mis en place ce programme qui permet de transmettre la culture et de faire découvrir dès le plus jeune âge ces domaines souvent jugés inaccessible à tort.

www.hemu.ch

 

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« FIIIIIGARO! FIGARO! FIGARO! »

J’ai encore l’air dans la tête. La soirée du 10 mai m’a emportée vers un délicieux mélange à découvrir dès que possible avec la compagnie du Comiqu’Opéra au Théâtre du Crève-Coeur: mélange entre opéra et théâtre.

Texte: Annie Sulzer / Photos : Loris von Siebenthal

Comme une ouverture digne de ce nom, le premier élément du spectacle de ce soir était la mélodie jaillissant du piano sur scène. C’est une réduction de l’opéra Le Nozze di Figaro qui s’annonce, et là, grande surprise! C’est plutôt une dispute entre les comédiens Mathias Glayre et Carine Martin, et les chanteurs Leana Durney et Davide Autieri: qui va gagner entre l’opéra et le théâtre? À une partie de feuille-caillou-ciseaux, les deux équipes se retrouvent respectivement avec 38 points et… 38 points. Faut-il croire qu’aucun art, de l’opéra ou du théâtre, n’est supérieur à l’autre?

C’est effectivement ce qu’ont réussi à nous montrer ces artistes, qui ont su, après avoir trouvé un compromis entre les deux domaines, retracer l’intrigue du mariage de Figaro à travers des passages des œuvres respectives de Beaumarchais et Mozart. Ce qui me frappe, c’est que l’histoire restait néanmoins claire: malgré les transitions théâtre-opéra ou opéra-théâtre, l’intrigue n’était pas perdue!

Avec une telle maîtrise des transitions, les artistes se sont permis des écarts dans l’interprétation de l’histoire, pour revenir à la réalité de la scène: l’intrigue est brisée, nous ne nous retrouvons, non plus face au page ou à la comtesse, mais à nouveau aux duos de comédiens et de chanteurs. Les voilà, attrapés à perfectionner encore l’interprétation, face à un public mort de rire devant les conflits burlesques auxquels il assiste: les chanteurs jouent trop mal la comédie, ils n’ont pas compris l’histoire de Figaro, les comédiens interprètent des passages beaucoup trop brièvement… mais ils arrivent toujours à prendre sur eux et reprendre l’histoire où ils l’avaient laissée.

Le spectateur arrive alors à s’immerger en très peu de temps dans le récit de Figaro: même celui qui n’aurait ni écouté l’opéra ni vu, ni même lu la pièce comprend tout. Et en plus, le souhait des artistes est réalisé: faire aimer le théâtre à l’amateur d’opéra? Il sera séduit par les répliques de Suzanne. Faire vibrer l’amateur de théâtre par la musique? Aucun souci! Le groupe y parvient sans problème.

Il faut se réjouir d’une telle réussite, menée à bien malgré un instrumentarium peu propice à l’opéra. Un pianiste seul sur scène, jouant une réduction pour piano des Nozze di Figaro… et pourtant! On reconnaît les harmonies, on en découvre d’autres, on reconnaît des airs qui ne sont non pas des extraits de l’œuvre classique, mais des références à la culture populaire… et qu’est-ce qu’on rit!

“Figar’oh!” se jouait jusqu’au 20 mai et les places se sont vendues comme des petits pains.

Programme Gilbert Musy

Un bel hommage pour un homme de Belles-lettres. C’est ainsi que pourrait se résumer la conférence d’ouverture du Programme Gilbert Musy.

Texte: Christelle Bujard

Nous sommes accueillis au Foyer de la Grange de Dorigny, afin d’assister à la conférence de presse pour l’inauguration du Programme Gilbert Musy. Madame Irène Weber Henking, la directrice du CTL (Centre de Traduction Littéraire), commence par nous parler de ce grand homme. Elle nous le décrit en ces termes: « C’était un homme qui souhaitait avant tout transmettre son savoir, et sans qui la traduction littéraire ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Il a fallu 20 ans à ce projet pour aboutir et derrière celui-ci, il y a une volonté de rendre hommage à cet éminent  traducteur, de sortir le·la traducteur·trice de l’ombre et de promouvoir la traduction littéraire chez la jeunesse.

Le programme Gilbert Musy est une master class de traduction littéraire qui récompense un·e traductreur·trice émérite de la littérature mondiale, en reconnaissance de son œuvre et de ses actions en faveur du travail de ses compatriotes sur la scène publique. Par l’obtention de cette bourse, l’invité d’honneur a l’opportunité de séjourner pendant trois mois au Château de Lavigny, afin de consacrer son temps à ses travaux de traduction, ainsi qu’à des projets de médiation culturelle. Ces activités publiques ont pour objectif de transmettre son savoir et son expérience à la relève dans le domaine de la traduction littéraire.

La première bourse a été attribuée à Jean-Louis Besson, remarquable traducteur du théâtre allemand, qui jouit d’une grande expérience dans l’enseignement de la traduction, de la mise en scène et de la dramaturgie. Son projet pour ces trois mois: traduire la première partie du livre de Hans-Thies Lehmann, « Tragédie et théâtre dramatique » (Tragödie  und dramatisches Theater, Alexander Verlag, 2015).

Durant la conférence inaugurale, intitulée « Traduire le théâtre, une expérience à part », Jean-Louis Besson nous parle de son domaine de spécialité. La question principale qui se pose: traduit-on le texte théâtral comme on traduit le poème ou le roman? La réponse est non, tout simplement car le théâtre ne consiste pas uniquement en un texte, c’est également un art oral. La spécificité du théâtre se trouve dans sa représentation, celle-ci est au centre lors du travail de traduction, tout comme elle l’était lorsque l’auteur a écrit la pièce. L’une des conclusions de Jean-Louis Besson est qu’il faut connaître le théâtre pour traduire le théâtre, c’est pourquoi le traducteur du texte théâtral est très souvent lui-même comédien ou dramaturge.

En ce qui concerne le programme Gilbert Musy, les prochaines dates à noter sont les suivantes :

  • Le 15 mai à 19h30, Joute de traduction au Studio André Staiger, Comédie, Bd des Philospophes 6, 1205 Genève, avec Jean-Louis Besson, Raphaëlle Lacord et Marina Skalova. En collaboration avec la Maison de Rousseau & de la Littérature.
  • Le 26 mai à 17h, Présentation publique du travail de la master class, au théâtre de La Grande de Dorigny
  • Le 17 juin à 18h, Lecture au Château de Lavigny, avec les résidents de la Fondation Ledig-Rowohlt.

De plus, le Château de Lavigny organise de juin à septembre, le dimanche à 18h, une série de soirées ouvertes à tous pour faire connaître au public ses écrivains et traducteurs en résidence.