De l’Université à Brode-Way

Issu·e·s de toutes facultés, de Psychologie à Chimie en passant par Lettres ou Informatique, la quarantaine d’étudiant·e·s de l’Association Comédie Musicale UNIGE présentait son dernier spectacle « Brode Way, l’Art de trouver chaussure à son pied » du 5 au 8 avril au Casino Théâtre de Genève. L’occasion de découvrir qu’il se passe bien d’autres choses que les cours en amphithéâtre et les longues sessions d’examens à l’Université de Genève.

Texte: Léa Frischknecht

Photo: G. Asper

Mathilde a des rêves d’Amérique et plus particulièrement de Broadway. Elle enchaine les auditions, malheureusement sans beaucoup de succès. Mais lorsqu’elle apprend que sa grand-tante, dont elle ignorait l’existence, décède et lui lègue un vieux magasin de vêtements presque en ruine, sa vie va basculer. Et c’est le public tout entier qui bascule également, dans un univers magique et coloré, où les vêtements s’animent, rêvent de trouver un·e propriétaire mais n’hésitent pas non plus à se rebeller en chantant le célèbre chant révolutionnaire »Do you hear the people sing? » de la comédie musicale « Les Misérables ».

C’est donc avec plaisir que les spectateur·trice·s sont emporté·e·s dans les péripéties de Mathilde qui, accompagnée de ses employé·e·s, essaie de redresser tant bien que mal son nouveau commerce, se frottant à d’épineuses difficultés telles que les complexités de l’administration ou les habiles tours de main de Mrs Prince, une millionnaire qui s’est mis en tête d’acquérir l’échoppe.

Photo: G. Asper

Lorsque l’on va voir une comédie musicale écrite, montée et jouée par des étudiant·e·s, on peut s’attendre à un certain amateurisme. En une heure et demi, les acteur·trice·s, chanteur·euse·s et danseur·euse·s du spectacle nous prouvent le contraire. On décèle un réel travail, tant dans l’écriture du scénario, mêlant habilement humour et finesse, que dans les chorégraphies qui, sans faire preuve d’une synchronisation militaire, apportent fraicheur et dynamisme au spectacle. Au niveau de la musique, le répertoire est varié, passant des classiques de la comédie musicale comme « Mamma Mia » ou « Starmania », aux références cinématographiques avec « La Belle et la Bête » de Disney ou « La La Land », agrémenté d’un peu de pop avec, notamment, des morceaux de Britney Spears et Mickael Jackson. Et en plus d’être justement interprétée, la musique nous fait découvrir de belles voix qui pourraient s’avérer prometteuses en cas d’abandon d’une carrière universitaire!

Un autre élément qui frappe lors de la représentation, c’est la forte complicité qui règne entre ces artistes en herbe, et qui renvoie une énergie positive et contagieuse. Rencontrée à la fin du spectacle, Mathilde, qui étudie en Sciences politiques et qui tient le rôle éponyme du spectacle, est plus que ravie de son expérience au sein de la CoMu. « J’ai rejoint l’association en septembre 2016, quand je suis rentrée à l’Uni, en première année. J’avais vu dans les activités proposées, un atelier de comédie musicale et j’ai trouvé ça très original et attirant. Il s’est avéré que ça n’a pas été seulement une activité culturelle mais aussi un endroit où on tisse des amitiés fortes et où on développe un esprit de groupe incroyable, avec une motivation et un intérêt pour le chant, la danse et le théâtre énorme et commun à tous les participants ».

Photo: G. Asper

Donc, en plus de présenter un spectacle de qualité, l’association universitaire offre une belle expérience de vie et l’occasion de créer des liens uniques lors de son parcours académique. De quoi donner envie aux futur·e·s étudiant·e·s de l’Université de Genève qui s’intéresseraient à l’univers de la comédie musicale.

Et si vous êtes déçu·e·s d’avoir raté cette joyeuse troupe, pas de panique: foncez le 11 mai prochain au Festival Fécule à Lausanne pour leur dernière représentation.

Brode-Way, l’art de trouver chaussure à son pied
Le 11 mai 
à la Grange de Dorigny
Dans le cadre du Festival Fécule (28 avril au 11 mai)
http://wp.unil.ch/grangededorigny/spectacles/

 

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Petit concerto conjugal

Jeudi 22 novembre 2018. Salle centrale de la Madeleine, 20h30. Le brouhaha est impressionnant, il faut dire que la salle est pleine à craquer. Ce soir, Raphaëlle Farman et Jacques Gay présentent leur « Petit concerto conjugal » et on sent que le public, avant même que la lumière ne s’éteigne, est pris d’une certaine ébullition. On entend, dans les bribes de conversations, des personnes ravies de retrouver les comédiens et d’autres, impatients de les découvrir.

Texte: Léa Frischknecht

Soudain, le noir se fait, tout le monde se tait. Entrent en scène les deux auteur∙e∙s de la pièce qui sont, ce soir, Henri et Yvonne, un couple amoureux mais qui traverse quelques problèmes de fidélité. En effet, on apprend très vite qu’Yvonne, comédienne, aime son mari mais également les militaires… Et pas que! Cependant, elle n’y peut rien Yvonne, c’est une maladie qui se transmet de mère en fille dans sa famille, elle ne le fait pas exprès! Le couple est donc au bord de la rupture mais attend une visite importante: Esteban Ramirez, célèbre acteur de cinéma dont les histoires de cœur font la une des tabloïdes, est de passage à Paris. Auteur de théâtre accompli, Henri, qui aimerait bien voir Esteban jouer dans sa prochaine pièce, les a conviés à séjourner chez eux. Le couple met donc ses tracas de côté pour accueillir leurs invités. Mais c’était sans compter Paulette, la jeune femme qui accompagne Esteban Ramirez et dont le physique ne sera pas sans déplaire à Henri qui cherche un moyen de se venger de sa femme. Ces aventures sont suivies de près par les domestiques, Gracieuse, une flamande pleine de pep’s et Nestor, un snob au grand cœur, qui s’amusent ou s’inquiètent des chamailleries de leurs patrons. Mais leurs relations sont également quelque peu mouvementées!

À l’entrée, une affiche promettait une « comédie TRÈS musicale ». C’est plus que réussi puisque le niveau est excellent. C’est normal lorsqu’on sait que Raphaëlle Farman et Jacques Gay, qui ont de belles carrières de chanteurs d’opéra à l’international, ne visent que le meilleur. Le florilège de pièces choisies mélange des airs d’opéra, d’opérette et de chanson française. Il y en a donc pour tous les gouts! Les membres de l’équipe ne sont pas choisis au hasard non plus, tous ont de très beaux rôles à leur palmarès et cela s’entend: la qualité des prestations vocales est impressionnante. Certain∙e∙s chanteur∙teuse∙s et les membres de l’orchestre sont issus du projet « Le Pont des Arts », qui permet à de jeunes talents en fin de cursus dans les Hautes Ecoles de Musique de Lausanne et Genève de se produire sur des spectacles professionnels. Le mélange entre expérience et souffle de jeunesse est bluffant et on ne peut que saluer le talent de ces jeunes – et moins jeunes – artistes.

Mais l’affiche aurait très bien pu nous promettre une « comédie TRÈS poilante » tant on passe son temps à rire. Entre rebondissements et quiproquos, on suit avec grand plaisir l’aventure presque vaudevillesque de ces personnages délirants. Situations absurdes et parfois un peu coquines, dialogues bien ficelés, chorégraphies amusantes et rythmées, tout est fait pour vous dérider. Et ça marche, si on en croit le fou-rire de quelques minutes d’une dame du cinquième rang qui a finit par contaminer toute la salle.

La bonne humeur de la joyeuse troupe est tellement communicative qu’on voudrait presque chanter avec elle ces airs que l’on connait et que l’on sifflote encore deux heures après la représentation… Chose qui sera bientôt possible avec leur nouveau spectacle, « Attention! Maîtres chanteurs » qui se jouera les 8 et 15 janvier ainsi que le 25 février 2019.

C’est avec beaucoup d’impatience que l’on se réjouit de retrouver toute la bande de la Comédie Lyrique Romande à la Salle Centrale de la Madeleine, en début d’année prochaine!

www.lyricomedies.com

« Cats » en tournée à Lausanne

Pour les amateurs de comédie musicale, la troupe londonienne est au Théâtre de Beaulieu jusqu’au 7 mai. Une production efficace et de haut niveau.

Texte: Cécile Python
Photos: Alessandro Pinna

Dans la pénombre, des paires d’yeux jaunes s’illuminent les unes après les autres. Alors qu’éclate la musique d’Andrew Lloyd Webber, des créatures hirsutes déboulent dans les allées pour nous entraîner au bal des chats: « Cats » vient de débuter au Théâtre de Beaulieu et ça commence fort. Dans un décor fantastique de terrain vague géant signé John Napier, la célèbre comédie musicale créée en 1981 à Londres va pouvoir se dérouler pour le plus grand plaisir d’une salle comble. Jouée dans le monde entier et récompensée de nombreux prix, la mise en scène originale de Trevor Nunn, longtemps directeur de la Royal Shakespeare Company, a été reprise en 2014 à Londres pour partir ensuite en tournée mondiale.

C’est donc en version originale surtitrée que le public de Beaulieu a pu assister au spectacle, contrairement à la production de Paris en 2015, où la même mise en scène avait été jouée en traduction française. Il faut avouer qu’entendre les acteurs dans leur langue maternelle a son charme, même s’il faut lever les yeux vers le surtitrage de temps en temps.

De toute façon, ce n’est pas vraiment l’action – minime – qui importe dans cette comédie musicale. En effet, celle-ci est vite résumée: une fois par an, les Jellicle Cats se réunissent autour de leur chef, le Vieux Deuteronomy, qui choisit parmi eux celui qui rejoindra la Felinosphère pour pouvoir renaître. Pas de quoi fouetter un chat et on peut se demander ce qui fait tenir le spectacle pendant 2h30. Basée sur des poèmes de T.S. Eliot, la pièce se constitue d’une suite de scènes au cours desquelles on nous présente chaque chat. Si elle ne contient pas tant de rebondissements, on y trouve une certaine poésie et des personnages attachants, tels que Gus, ancien chat de théâtre qui raconte ses gloires passées ou Macavity, le maître du crime, qui donne lieu à un superbe duo de chanteuses.

Macavity

Malgré quelques longueurs, le spectacle séduit car il est en grande partie basé sur la danse, qui prend le relais de l’action. Pas de dialogue étonnamment, seulement du chant et du mouvement ce qui se révèle très exigeant pour les interprètes qui assurent 2h30 de show. La chorégraphe Gillian Lynne a dansé dans de grandes compagnies de ballet avant de réaliser – entre autres – « Cats ». Sa chorégraphie qui recourt à plusieurs styles pour s’accorder aux divers personnages (classique, jazz ou encore claquettes) est sensuelle et joueuse. Elle se sert de mouvements vifs et précis pour figurer les chats. En dehors des danses de groupes, il y a tout au long de la pièce une gestuelle travaillée: souplesse, passages au sol, cambrures, yeux grands ouverts, gestes vifs de la tête, des mains et des pieds ainsi que des sauts, le tout stylisé évidemment. Seul bémol: elle a tendance à abuser des grands battements de jambe à une hauteur indécente. Cela demande des excellents danseurs capables encore de chanter malgré ce rythme haletant, ce que la troupe relève avec brio. La plupart des interprètes ont des parcours de haut niveau et ils nous servent la pièce avec énergie et précision. On sent en effet que la mise en scène est réglée au millimètre. Les effets spéciaux sont heureusement bien dosés et utilisés à bon escient. Enfin, on apprécie que la pièce déborde le 4ème mur et on profite que les chats viennent chanter nez à nez avec les spectateurs pour les admirer de près. Ainsi, toute la salle devient leur terrain de jeu et le public se laisse entraîner par la magie du spectacle.

www.theatredebeaulieu.ch/representation/spectacle/8012/cats 

Effervescence sur le pont!

Mercredi dernier à la Grange de Dorigny dans le cadre du festival Fécule, Comédies Musicales UNIGE a présenté avec une folle énergie sa comédie musicale bateau, « Meurtres & Marinières ». Trois représentations sont encore prévues au Théâtre de la Cité Bleue à Genève en mai.

Texte: Katia Meylan

Le Fécule, festival des cultures universitaires, accueille chaque année les projets estudiantins les plus divers: théâtre dans toutes les langues, philosophique, absurde, musical, improvisé, concerts et ciné-concerts. Mercredi c’est une troupe genevoise qui a montré de quoi elle était capable avec sa création originale « Meurtres & Marinières ».

Après une brève introduction des membres de la croisière, le ton est donné par un cours d’aérobic coloré sur « Boogie Wonderland », qui rassemble les vingt-quatre comédiens-chanteurs-danseurs de la troupe.

Photo: Margaux Voumard

On entre dans le vif de l’histoire lorsque l’on apprend la mort de Madame Vieille, une vacancière assassinée durant la nuit. Le coupable se trouve forcément sur le bateau! Agatha Poivron, étudiante en criminologie à l’Université de Lausanne, compte bien faire valider ses crédits de Master en résolvant l’enquête.
La secrétaire de Madame Vieille a-t-elle à voir avec ce méfait? Bien qu’elle avoue que la nuit du meurtre elles ont toutes deux reached for the gun (« Chicago »), elle ne semble pas être la coupable. Est-ce alors la femme de ménage, qui travaillait pour la famille de Madame Vieille lorsqu’elle était adolescente et nous raconte nostalgiquement ses  Memories (« Cats »)? Le couple infidèle? La parano? Je ne vous révélerai pas le fin mot de l’histoire. Quoi qu’il en soit, les événements dramatiques n’empêchent nullement à l’équipage de présenter son spectacle de fin de croisière sur « Cabaret », avec un solo très charmant de l’une des comédiennes.

Photo: Margaux Voumard

Au départ, je n’étais pas sûre d’être conquise, peut-être à cause des interférences des micros et de l’humour facile – la détective Agatha Poivron, le couple Tristan et Iseut qui s’est rencontré dans « l’Amour est dans le pré », le Mousse qui organise les soirées mousses… C’est « Cell Block Tango » (« Chicago ») qui m’a fait chavirer. On imagine les heures de répétitions pour ce numéro abouti, autant vocalement qu’au niveau des chorégraphies et même des décors. Les performances de groupe en général contiennent une énergie rayonnante, et les comédiens communiquent au public leur réel plaisir d’être sur scène.

Si le spectacle compte des classiques de comédies musicales dont on ne se lasse pas, il y a aussi des surprises comme « Skyfall » de Adele, ou « Rich girl » de Gwen Stefani, avec un solo dynamique de la benjamine de la troupe et des danseuses reprenant les chœurs.

On ressort avec le sourire et, pour les plus enthousiastes, on se demande où il faut signer pour en faire partie l’an prochain!

La comédie musicale inédite sera rejouée, en entrée libre, du 6 au 8 mai au Théâtre de la Cité Bleue à Genève. https://www.facebook.com/events/206038199890924/
Quant au Fécule, il continue jusqu’au 6 mai. Une folle envie de philosophie, d’accent tessinois ou de costumes fluo? C’est à la Grange que ça se passe ! www.facebook.com/FestivalFecule

« Robin des Bois – Ne renoncez jamais », le 3 mai à l’Arena

Se balançant et muni de son arc et de ses flèches, Robin entre en scène par la grande porte. Guidé par son intuition et entouré de ses amis, il va tout mettre en œuvre pour reconquérir le cœur de la belle Marianne. Courageux héros, malgré les barrières qui se sont mises sur sa route, ce guerrier sera prêt à tous les sacrifices pour retrouver son Amour de toujours.

Les voir « parler, chanter, danser, marcher et jouer », cette comédie musicale ne laisse rien au hasard, entre les costumes d’époques et futuristes, les décors feuillus, les chorégraphies impressionnantes pour croire à « un monde à changer »

En quête perpétuelle de son destin, il recherche son petit coin de paradis appelé « Terre » où il se métamorphosera et où il pourra enfin vivre cette vie dont il rêve tant.

Petit coup de tambourin autour « d’un appel, d’une seconde chance irréelle et tellement belle ». Cette évidence est remplie de souvenirs communs avec leurs blessures non-cicatrisées et vécue par les interprètes Matt et Stéphanie.

Le seul secret dorénavant est de poursuivre leurs chemins au jour le jour, « qui vivra, verra.. », afin de leurs permettre de reprendre confiance en la vie et de dépasser les peurs et les incertitudes d’une passion qui les avait réunis dans le passé.

Lionel Florence, le discret parolier talentueux, raconte sous une nouvelle forme ces sujets préférés, déjà exploités dans diverses chansons et autres comédies musicales, parfois moins connues du grand public.

A travers ses succès, il nous envoie toujours les mêmes commandements de vie, et nous nous en lassons pas car ils sont les piliers de notre société actuelle, résumons-les en 4 points:

1. Fais au lieu de dire: les actes sont plus importants que les paroles.

2. Fais de ton mieux: ne regrette rien.

3. Fais à ton prochain ce qu’il voudrait qu’il te fasse: ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse.

4. Fais aujourd’hui plutôt que de repousser à demain: vis aujourd’hui et maintenant et profite des plaisirs de la vie au quotidien.

Oh oh oh, jamais, il ne renoncera jamais … !

Texte: Jenny Raymonde

Image: Benjamin Decoin

Image: Benjamin Decoin