« FIIIIIGARO! FIGARO! FIGARO! »

J’ai encore l’air dans la tête. La soirée du 10 mai m’a emportée vers un délicieux mélange à découvrir dès que possible avec la compagnie du Comiqu’Opéra au Théâtre du Crève-Coeur: mélange entre opéra et théâtre.

Texte: Annie Sulzer / Photos : Loris von Siebenthal

Comme une ouverture digne de ce nom, le premier élément du spectacle de ce soir était la mélodie jaillissant du piano sur scène. C’est une réduction de l’opéra Le Nozze di Figaro qui s’annonce, et là, grande surprise! C’est plutôt une dispute entre les comédiens Mathias Glayre et Carine Martin, et les chanteurs Leana Durney et Davide Autieri: qui va gagner entre l’opéra et le théâtre? À une partie de feuille-caillou-ciseaux, les deux équipes se retrouvent respectivement avec 38 points et… 38 points. Faut-il croire qu’aucun art, de l’opéra ou du théâtre, n’est supérieur à l’autre?

C’est effectivement ce qu’ont réussi à nous montrer ces artistes, qui ont su, après avoir trouvé un compromis entre les deux domaines, retracer l’intrigue du mariage de Figaro à travers des passages des œuvres respectives de Beaumarchais et Mozart. Ce qui me frappe, c’est que l’histoire restait néanmoins claire: malgré les transitions théâtre-opéra ou opéra-théâtre, l’intrigue n’était pas perdue!

Avec une telle maîtrise des transitions, les artistes se sont permis des écarts dans l’interprétation de l’histoire, pour revenir à la réalité de la scène: l’intrigue est brisée, nous ne nous retrouvons, non plus face au page ou à la comtesse, mais à nouveau aux duos de comédiens et de chanteurs. Les voilà, attrapés à perfectionner encore l’interprétation, face à un public mort de rire devant les conflits burlesques auxquels il assiste: les chanteurs jouent trop mal la comédie, ils n’ont pas compris l’histoire de Figaro, les comédiens interprètent des passages beaucoup trop brièvement… mais ils arrivent toujours à prendre sur eux et reprendre l’histoire où ils l’avaient laissée.

Le spectateur arrive alors à s’immerger en très peu de temps dans le récit de Figaro: même celui qui n’aurait ni écouté l’opéra ni vu, ni même lu la pièce comprend tout. Et en plus, le souhait des artistes est réalisé: faire aimer le théâtre à l’amateur d’opéra? Il sera séduit par les répliques de Suzanne. Faire vibrer l’amateur de théâtre par la musique? Aucun souci! Le groupe y parvient sans problème.

Il faut se réjouir d’une telle réussite, menée à bien malgré un instrumentarium peu propice à l’opéra. Un pianiste seul sur scène, jouant une réduction pour piano des Nozze di Figaro… et pourtant! On reconnaît les harmonies, on en découvre d’autres, on reconnaît des airs qui ne sont non pas des extraits de l’œuvre classique, mais des références à la culture populaire… et qu’est-ce qu’on rit!

“Figar’oh!” se jouait jusqu’au 20 mai et les places se sont vendues comme des petits pains.

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À cœur ouvert

Jeudi 26 avril dernier, la Compagnie Bananière était au Théâtre de la Madeleine avec une pièce écrite et mise en scène par Marc Quentin, ancien coach de Guillaume Canet et Marion Cotillard. « À cœur ouvert » est abordé au sens propre par les scènes jouées dans un hôpital, comme au sens figuré, dans les relations qu’on veut exclusives, honnêtes et véritables. Se dira-t-on vraiment tout par amour?

Photo: Samson Bayiha / Creative studio / BStyle

Texte: Jenny Raymonde

Un fauteuil, une table, une chaise et un paravent, voilà de quoi est fait le décor de la pièce. Forts en improvisation, les comédiens ne se laissent nullement perturber par divers problèmes techniques qu’ils subissent à leur insu sur scène.

Les tandems « Émilie et Charles » ou « François et Jeanne » se trouvent confrontés aux joies de la vie quotidienne pour le meilleur et pour le pire sans être pour autant marié.

La voisine, interprétée par Hélène Pelletier, timide mais déterminé, apporte le piment idéal pour vérifier si l’amour est bien véritable au sein du couple formé sur scène par Alban Giacobino et sa cavalière, Roxane Lavantchy.

En direct ou à travers le virtuel filmé, ils captent l’attention des spectateurs dans leurs jeux de rôles à option où les scènes s’inventent, s’interrompent et se rejouent inlassablement. Les stéréotypes déguisés sur scène font rire et rire encore le public. 

Épris dans leurs fourberies, malgré les nombreux quiproquos, vont-ils finalement retomber amoureux l’un de l’autre?

La Compagnie Bananière, polymorphe et ultra-motivée, court plusieurs projets à la fois: improvisation, théâtre, show cabarets, pensez à consulter leur site pour savoir où les voir à Genève!

www.compagniebananiere.ch

Gweebit PROD: Une créativité pleine d’humour et de bienveillance

Martin Ashton-Lomax et Jocelyn Kagina sont membres du collectif DON FOOWOO et vous invitent le 2 mars, au café Les Volontaires (GE), pour le « vernissage spectaculaire » de leur nouvel album « DE LA SOUL« , publié aux éditions FAITMAISON.

Texte: Gauvain Jacot-Descombes
Illustrations: Gweebit PROD

La pochette du CD rappelle clairement la couverture des ouvrages de la « Blanche », la grande collection de littérature et de critique française de Gallimard. Lors de ce vernissage, les deux créateurs vous proposeront un évènement. Une séance de dédicace durant laquelle ils interprèteront chacun un personnage. Le premier est l’auteur Cosmopolite et le second l’auteur Explorateur. Ils présenteront au public leur ouvrage récompensé par le Prix Pariétal 2018.

Véritable synecdoque, ce prix unique, fictif et auto-décerné se nomme d’après une partie du crâne, l’os pariétal, pour signifier avec humour et bienveillance un tout, les grosses têtes, les auteurs, les intellectuels, incarnés par leurs personnages. On notera que dans leur album résolument superficiel en apparence, M. Ashton-Lomax et J. Kagina ont su combiner astucieusement plusieurs disciplines en mêlant humour, jeu, littérature et musique contemporaine dans une œuvre sincère et authentique dont les thèmes tournent autour de la diversion, de la sublimation en passant par la manducation. Vous l’aurez compris, ces prospecteurs de l’humour recherchent inlassablement des prétextes pour parcourir l’univers des possibles humoristiques. Lors de cet évènement, le vernissage de leur album, le sérieux, l’intellect et la consécration dissimuleront le véritable motif d’une action, le rire. Mais de quel genre de rire parle-t-on?

Lors de notre rencontre, ils nous ont décrit plus précisément leurs références. La première c’est Fluxus, un mouvement d’art contemporain des années 1960 présent dans les arts visuels, la musique et la littérature. Ce mouvement s’illustre notamment par la réalisation de concerts, la tenue d’évènements, la production de livres, autant de manifestations dans lesquelles l’humour occupe une place centrale. Leur seconde référence réside dans l’œuvre d’Andy Kaufman, un humoriste américain ayant vécu dans la seconde moitié du 20e siècle qui pratiquait une forme d’anti-humour, d’humour absurde et surréaliste.

Puis, nous avons abordé la composition musicale de leur album. Leur univers musical s’inscrit très largement dans la musique libre de droits. Ils précisent « ce que nous éditons est destiné au domaine public et est fabriqué soit avec des éléments du domaine public, soit avec nos propres banques de son ». En ce qui concerne « DE LA SOUL », la composition sonore est centrée autour de voix. « Il n’y a pas de chant mais des voix, pas de paroles mais des mots prévus à l’origine pour sonoriser un jeu vidéo de combat ». Le résultat donne des atmosphères amusantes, étranges et plaisantes. Vous pourrez voir ces jeunes créateurs atypiques en action le vendredi 2 mars, au café Les Volontaires (GE) à 17h.

La page du projet:                                                     La page Facebook:
gweebitprod.neocities.org/delasoul                 www.facebook.com/GweebitPROD

Des chevaux imaginaires, des caricatures, et de l’humour absurde avec le one man show étonnant de Blaise Bersinger

Rire jusqu’à en avoir mal à la mâchoire, c’est possible, avec le spectacle déconcertant de ce jeune humoriste vaudois: Comme annoncé dans la description, « Peintures sur chevaux 2 » ne parle ni de peinture ni de chevaux, mais plutôt de la télé-réalité, de la protection civile, des animateurs radio, des hotlines d’assurances, et moultes autres sujets hétéroclites. Le Centre Pluriculturel d’Ouchy accueille ce one man show survolté jusqu’au 17 juin 2017, avec encore cinq dates de spectacle prévues.

Texte: Chloé Brechbühl
Photos: DR

Pour cet original lausannois, pas question de piocher dans les sujets classiques de l’humour stand up: son spectacle sort des sentiers battus, en évitant les blagues sur la sexualité, la politique, ou encore le racisme et autres problématiques sociales. Lui, au contraire, se concentre sur des sujets du quotidien, mais aussi des situations parlantes pour notre génération de téléspectateurs: plusieurs de ses sketchs traitent en effet de la télé-réalité, ou encore de la publicité à la télévision. Des jingles, qu’il a réalisé lui-même, entrecoupent le spectacle et lui laissent un peu de répit pour les changements de scènes.

Les personnages caricaturés de Blaise Bersinger, non sans rappeler ceux de l’humoriste Vincent Kucholl dans l’émission « 26 minutes », font rire le public car ils semblent réels malgré l’exagération de leur traits ridicules, et font écho à des interactions auxquelles tout un chacun a parfois pu être confronté. Qu’il s’agisse d’interlocuteurs ayant un fort accent vaudois, ou encore du manque de connaissances informatiques de certains fonctionnaires, Blaise Bersinger dépeint avec une habileté et un réalisme cinglants certaines situations de la vie de tous les jours.

Débutant par une présentation factice de son propre spectacle, lors de laquelle il incarne l’un-e des collaborateur-rice du CPO, Blaise poursuit en devenant un animateur radio désespéré qui ne parvient pas à prononcer correctement le nom de l’invité de son émission. Il se glisse ensuite dans la peau d’un zappeur ahuri, puis d’un présentateur télévisé survolté. Les sketchs s’enchaînent à toute vitesse, et le public amusé assiste aux multiples changements de personnalité de l’humoriste, qui se dédouble avec une énergie impressionnante. Dans la dernière partie du show, il nous dévoile également ses talents de musicien polyvalent. Clôturant la soirée par une liste de remerciements qui semble infinie, Blaise Bersinger teste la patience de ses spectateurs, qui repartent pourtant avec le sourire. En plus du ton absurde de certains dialogues, l’humoriste a recourt à maintes reprises au comique de répétition, qu’il maîtrise brillamment. Un spectacle à ne pas manquer!

Le lien vers son site ici

Montreux: des étoiles dans les yeux

Du jazz au classique en passant par l’humour et le ciné-concert, la prochaine saison culturelle de Montreux s’annonce éclectique.

Pour cette année de transition, la saison culturelle a misé sur la continuité, en favorisant les collaborations avec les différents acteurs de la scène culturelle montreusienne. Ainsi, le directeur du Montreux Jazz Festival Mathieu Jaton se réjouit de voir la Villa Waddilove recevoir le concert de gala du Montreux Jazz Academy, une rencontre entre jeunes talents et mentors confirmés du jazz, dont  Al Jarreau. Le tout premier spectacle de la saison verra aussi le brésilien Seu Jorge. Le Montreux Comedy Festival propose quant à lui trois dates humour, Les Chevaliers du Fiel, Arnaud Tsamère et Stéphane Guillon.

Côté classique, deux beaux échanges éclosent cette année, avec l’Orchestre de Suisse Romande et l’Orchestre de Chambre de Lausanne  qui offrent au public de Montreux deux concerts chacun. D’autres grands rendez-vous sont attendus, comme la venue de Véronique Dicaire, I Muvrini (pour la dixième fois!), ou un rendez-vous spécial autour de Luc Plamandon avec l’association Tous en Choeur.

Découvrez tout le programme complet sur le site de la saison culturelle de Montreux!

Texte: Marie-Sophie Péclard

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