Le gala Crème au Montreux Comedy Festival

La 29e édition du Montreux Comedy Festival avait lieu ce week-end dans la ville éponyme. Au programme: une pléiade d’humoristes confirmés ou débutants, francophones ou anglophones, du stand up, de l’humour absurde, des personnages, de la musique, de la danse et surtout du show. Ma passion pour le stand up m’a conduit à la soirée de gala Crème, présentée de surcroît par deux de mes humoristes préférés, Marina Rollman et Roman Frayssinet.

Texte: Yann Sánchez

Il y a un mois, mon fil d’actualité Instagram m’offrait la vision radieuse d’Emily Ratajkowski en tenue de femme des cavernes glamour pour célébrer Halloween et rendre hommage à un autre sex-symbol, Raquel Welch, dans un classique du cinéma d’aventure fantastique des sixties. C’est peu dire que l’algorithme de cette application connaît bien mes goûts cinématographiques et artistiques. Je dis ça car, dans la foulée, je suis tombé sur une série de vidéos hilarantes via le compte de la très talentueuse Marina Rollman. Marina, avec qui je partage mes origines helvètes, mon année de naissance et mon obsession pour la mannequin anglo-américaine d’origine polonaise. Ces mini vidéos en duo avec la nouvelle pépite du stand up francophone Roman Frayssinet étaient le teaser du gala Crème qui s’est joué ce samedi à l’Auditorium Stravinski à Montreux.

Un mois et quelques nouvelles vidéos plus tard, je fais le trajet Lausanne-Montreux pour assister en live à la suite de leur joute verbale sur les réseaux sociaux. En découvrant le line-up de la soirée, je me rends compte qu’on aurait pu la résumer comme un début de blague qu’on se racontait gamins, quelque chose comme: « C’est l’histoire d’un Belge, de deux Suisses, deux Canadiennes et six Français sur une scène (…) ». Mais si ces blagues étaient déjà légèrement douteuses à l’époque, il n’en sera rien ce soir car ce sont bel et bien des professionnels du rire qui sont venu performer. Le gala Crème se veut onctueux, savoureux et cosmopolite vous l’aurez compris. Me voilà donc assis dans la salle qui se remplit peu à peu, pendant que Monsieur Grégoire Furrer, fondateur du festival, nous adresse quelques mots doux. Tout n’est qu’amour et humour ce soir.

Tout le monde est en place, le show peut commencer. Les deux hôtes du gala viennent nous présenter la soirée et nous rappeler la chance que nous avons d’être ici à écouter des blagues et rigoler alors que nous pourrions être ailleurs à exercer une autre activité complètement éclatée comme dirait Roman, la vaisselle par exemple. Je retrouve vite le schéma humoristique utilisé dans la bande-annonce et leur joyeuse complicité. La soirée commence bien. Toutes et tous feront un passage d’environ dix minutes tantôt sur des thématiques classiques telles que le sexe, la vie de couple, le racisme, l’alcool et les drogues, tantôt sur des thèmes plus absurdes comme les dauphins violeurs, le régime fémi-nazi, la prononciation du mot tabouret en anglais ou encore le suicide chez les félins. Entre les passages, nous assistons à des scénettes tout aussi absurdes et loufoques entre les deux animateurs d’un soir. De l’interview surréaliste du clitoris, personnifié par Baptiste Lecaplain, en passant par les tenues cocasses des deux co-animateurs, je me régale.

Deux heures de sketchs, une multitude de rires et une chorale de gospel plus tard, j’attends déjà avec impatience le 30e anniversaire du festival l’année prochaine.

www.montreuxcomedy.com

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Le Coach

Le coach, cette créature à part entière, dynamique avec ses baskets, est souvent confondu avec un psy, un médecin, un ami. Difficile d’en donner une définition, nous allons essayer quand même: Le coach offre différentes méthodes d’accompagnement basées sur la confiance mutuelle afin de retrouver une harmonie dans un cadre privé ou professionnel grâce à la mise en place de nouveaux réflexes. La comédie de Bruno Bachot « Le Coach » en présente un beau spécimen, à voir jusqu’au 1er décembre à l’Uptown Geneva.

Texte: Jenny Raymonde

Tyrannisé par son chef, amoureux de sa collègue Vanessa, Patrick n’aime pas les conflits et il fait tout ce qu’il faut pour que son entourage soit satisfait de lui. Éternel incompris, il aimerait que les choses changent mais ne sait pas trop par où commencer… et pourquoi ne pas faire appel à un coach?

Questionné avec humour lors de la séance de démarrage, Patrick fait ressortir ses traits de personnalité pour permettre à son coach, le dénommé Assuérus Chêne, de mieux le cerner. En se donnant la réplique, le duel coach-coaché emporte les éclats de rire du public.
La posture de coach naturelle de l’acteur et de l’auteur de la pièce, Bruno Bachot, peint une partie de l’univers de son quotidien.

Les pratiques de coaching ne manquent pas pour donner un coup de pouce à Patrick dans la réalisation de ses objectifs personnels: prendre confiance en soi et s’affirmer autant dans sa vie personnelle que professionnelle. Le coach ne décide pas à la place de son client, il lui souffle des pistes à prendre ou à laisser, c’est finalement lui qui aura le dernier mot, même si il ne s’appelle pas Jean-Pierre.
Patrick prend peu à peu de l’assurance et commence à entreprendre différentes actions auxquelles le public ne s’attendait pas.

La mise en scène de la pièce se présente avec un décor classique fait de trois tables, deux chaises et un porte-manteau. La complicité entre les quatre comédien·e·s se fait sentir tout le long du spectacle. Ils échappent de justesse à un fou rire dans leurs répliques respectives.

L’accompagnement d’Assuérus Chêne portera-t-il ses fruits? Pour le savoir, il vous suffit d’aller voir la pièce « Le Coach », jouée tous les jeudis, vendredis et samedis à 21h jusqu’au 1er décembre à l’Uptown Geneva.

www.uptown-geneva.ch

Le Swiss Comedy Club aux Faux Nez

Ce mercredi 24 octobre, c’est à Lausanne que ça se passait. Plus précisément dans le café-théâtre Les Faux Nez, situé depuis cette année dans la cave du restaurant italien Osteria Bolgheri. L’un des nombreux rendez-vous mensuels du Swiss Comedy Club a désormais lieu dans cette petite salle intimiste, proche du centre-ville. Au menu du jour: les jeunes talents de l’humour romand et un guest parisien.

Texte: Yann Sanchez

Il est 20h45 quand j’arrive sur place. Quelques visages à l’entrée me paraissent déjà familiers. L’atmosphère semble détendue et l’ambiance bon enfant. On m’invite à prendre les escaliers pour rejoindre l’étage inférieur du restaurant et choisir mon siège dans le public. La salle n’est pas immense mais je compte tout de même une bonne soixantaine de places assises. Sur la scène trônent un micro sur pied, une guitare et le lumineux logo du Swiss Comedy Club accroché à un mur en briques si emblématique dans le milieu du stand up. Le temps de m’installer au premier rang et de faire connaissance avec ma voisine d’un soir qui m’explique faire partie de la Swiss Comedy School, je réalise que toutes les conditions favorables à une bonne soirée d’humour sont réunies. Y a plus qu’à!

Jessie Kobel est le premier à apparaître sur la scène. Vêtu de son costume de maître de cérémonie, il nous présente brièvement le déroulement de la soirée, lance quelques vannes, quelques confettis et le premier humoriste du show. C’est le dénommé PEP qui ouvre le bal, le gagnant du concours Swiss Comedy Talent 2018. Une autre étudiante de la Swiss Comedy School lui succèdera, c’est l’autre jeune pousse au programme: Isabelle Mouche. Les deux humoristes en herbe de la soirée font plutôt bonne impression. PEP nous décrit sa situation familiale mouvementée mais remplie d’amour, entouré de sa femme et ses filles. Et si l’un peine à trouver sa place de mâle à la maison, l’autre peine à trouver un mâle tout court. Isabelle évoque à raison les difficultés actuelles à rencontrer un homme bien via une application, une agence matrimoniale ou même dans la vraie vie.

Après les rookies, c’est au tour des membres du Club de jouer. Edem Labah débute ce 2e tour, suivi de Tamara Cesar, Antoine Maulini, Jacques Bonvin et finalement Jessie Kobel à nouveau. Les vannes fusent, le rythme est soutenu et les thèmes varient. L’esprit général est taquin et rempli d’autodérision. Qu’on soit Vaudois, Valaisan ou Genevois, jeune ou moins jeune, homme ou femme, le résultat est le même: tout le monde s’y retrouve d’une façon ou d’une autre et on rit ensemble. De l’humour d’observation pur aux personnages détonants en passant par la chansonnette et la danse, il y en a vraiment pour tous les goûts. La salle quasiment pleine est hilare. Entre les découvertes que j’ai faites et les humoristes que je voyais pour la seconde fois quelques années après, j’ai vraiment été impressionné par le niveau de la scène suisse romande et enchanté par la diversité présentée.

Clou du spectacle, l’humoriste qui vient clôturer la soirée nous vient de Paris. Il s’agit du talentueux Donel Jack’sman, passé entre autres par le Jamel Comedy Club et l’émission « On ne demande qu’à en rire ». En spectacle le lendemain au même endroit, il venait pour un dernier rodage nous offrir une prestation très solide. Tout le monde en prend pour son grade, les stars de la chanson française, les rappeurs illettrés et surtout le couple au milieu du premier rang. Plus le public se fait chambrer, plus il rit fort. Julia, ma voisine, est conquise. Elle me confie qu’elle reviendra sûrement le soir d’après pour voir son spectacle en entier.

Il est 23h15, le show se termine et après deux heures de rires, j’ai mal aux zygomatiques. Le public et les artistes semblent ravis. Tout ce beau monde se retrouve autour du bar, certains prennent des photos, d’autres débattent de leur prestation, j’entends même Donel donner des conseils à Jessie. On échange, on partage et on rigole. Cette fois c’est certain, on vient de vivre une bonne soirée d’humour. Cet événement est une véritable réussite, une pause humoristique en milieu de semaine des plus agréables. J’y retournerai avec grand plaisir.

Rendez-vous est pris le mercredi 21 novembre, même heure, même endroit pour une nouvelle soirée du Swiss Comedy Club à Lausanne.

www.lesfauxnez.ch/le-cafe-theatre/

 

 

 

Ladies and Gentlemen…

Photo: Julia Wesely

« And now, Mozart! »
Le pêle-mêle de musiques en tous genres que nous ont livré Igudesman & Joo a suscité la concentration des spectateurs∙trices qui auraient effectivement voulu y trouver Mozart. Lundi 10 septembre, le Rosey Concert Hall ouvrait sa saison avec ce concert pour le moins éclectique.

Texte: Katia Meylan

Pour la rentrée, Marie-Noëlle Gudin, directrice artistique du Rosey Concert Hall, a concrétisé son souhait d’accueillir un concert festif en invitant Aleksey Igudesman et Hyung-Ki Joo, dont les vidéos font fureur sur le web. Tous∙toutes les élèves de l’école ont répondu présent, ainsi que les nombreux∙ses abonné∙e∙s du lieu, et les curieux∙ses attiré∙e∙s par le bruit que font les deux compères à l’international!

Les musiciens-humoristes mènent le spectacle en deux langues, avec les joyeuses confusions que cela implique. Si certaines ficelles comiques ont déjà été tirées maintes fois – les disputes d’ego sur scène, ou ce fameux sketch où le public entend les pensées du pianiste grâce à une voix off – ils nous livrent certaines trouvailles hilarante, notamment un GPS musical qui guide le violoniste au fil des gammes.

Bien que l’humour soit leur marque de fabrique, ils ne se contentent pas de jouer de cet unique talent, et l’on constate que derrière les pitreries, le bagage musical est solide.
Igudesman manie l’archet à une vitesse folle, Joo compose et donne de la voix. Mention spéciale pour son tour de force où il enchaîne, à coup de quelques mesures chacun, les « tubes » du répertoire classique. On ne sait pas s’il faut rire ou rester bouche béé. Étrangement, et probablement comme ils le souhaitaient avec ce spectacle, ils mettent la musique classique en valeur en exposant brutalement ses beautés, en créant une frustration de ne pas en entendre plus.

Et finalement tout y passe: le classique mais aussi la musique contemporaine, les chants traditionnels à consonances russes, orientales, grecques, la musique country. Sans oublier la pop, lorsque Rachmaninov se transforme sans crier gare en « All by myself » de Céline Dion, ou lorsque James Bond s’insinue entre les portées de Mozart. Déguisements à l’appui, ils nous composent aussi une douce mélodie, un rap, un hard rock, comme si un indécis avait pris les commandes d’une infinie playlist sans limite de genre, d’époque ni de style. 

Un lancement de saison explosif!

Retrouvez un avant-goût des prochains spectacles au Rosey Concert Hall dans L’Agenda n°75 ou sur notre site internet

« FIIIIIGARO! FIGARO! FIGARO! »

J’ai encore l’air dans la tête. La soirée du 10 mai m’a emportée vers un délicieux mélange à découvrir dès que possible avec la compagnie du Comiqu’Opéra au Théâtre du Crève-Coeur: mélange entre opéra et théâtre.

Texte: Annie Sulzer / Photos : Loris von Siebenthal

Comme une ouverture digne de ce nom, le premier élément du spectacle de ce soir était la mélodie jaillissant du piano sur scène. C’est une réduction de l’opéra Le Nozze di Figaro qui s’annonce, et là, grande surprise! C’est plutôt une dispute entre les comédiens Mathias Glayre et Carine Martin, et les chanteurs Leana Durney et Davide Autieri: qui va gagner entre l’opéra et le théâtre? À une partie de feuille-caillou-ciseaux, les deux équipes se retrouvent respectivement avec 38 points et… 38 points. Faut-il croire qu’aucun art, de l’opéra ou du théâtre, n’est supérieur à l’autre?

C’est effectivement ce qu’ont réussi à nous montrer ces artistes, qui ont su, après avoir trouvé un compromis entre les deux domaines, retracer l’intrigue du mariage de Figaro à travers des passages des œuvres respectives de Beaumarchais et Mozart. Ce qui me frappe, c’est que l’histoire restait néanmoins claire: malgré les transitions théâtre-opéra ou opéra-théâtre, l’intrigue n’était pas perdue!

Avec une telle maîtrise des transitions, les artistes se sont permis des écarts dans l’interprétation de l’histoire, pour revenir à la réalité de la scène: l’intrigue est brisée, nous ne nous retrouvons, non plus face au page ou à la comtesse, mais à nouveau aux duos de comédiens et de chanteurs. Les voilà, attrapés à perfectionner encore l’interprétation, face à un public mort de rire devant les conflits burlesques auxquels il assiste: les chanteurs jouent trop mal la comédie, ils n’ont pas compris l’histoire de Figaro, les comédiens interprètent des passages beaucoup trop brièvement… mais ils arrivent toujours à prendre sur eux et reprendre l’histoire où ils l’avaient laissée.

Le spectateur arrive alors à s’immerger en très peu de temps dans le récit de Figaro: même celui qui n’aurait ni écouté l’opéra ni vu, ni même lu la pièce comprend tout. Et en plus, le souhait des artistes est réalisé: faire aimer le théâtre à l’amateur d’opéra? Il sera séduit par les répliques de Suzanne. Faire vibrer l’amateur de théâtre par la musique? Aucun souci! Le groupe y parvient sans problème.

Il faut se réjouir d’une telle réussite, menée à bien malgré un instrumentarium peu propice à l’opéra. Un pianiste seul sur scène, jouant une réduction pour piano des Nozze di Figaro… et pourtant! On reconnaît les harmonies, on en découvre d’autres, on reconnaît des airs qui ne sont non pas des extraits de l’œuvre classique, mais des références à la culture populaire… et qu’est-ce qu’on rit!

“Figar’oh!” se jouait jusqu’au 20 mai et les places se sont vendues comme des petits pains.

À cœur ouvert

Jeudi 26 avril dernier, la Compagnie Bananière était au Théâtre de la Madeleine avec une pièce écrite et mise en scène par Marc Quentin, ancien coach de Guillaume Canet et Marion Cotillard. « À cœur ouvert » est abordé au sens propre par les scènes jouées dans un hôpital, comme au sens figuré, dans les relations qu’on veut exclusives, honnêtes et véritables. Se dira-t-on vraiment tout par amour?

Photo: Samson Bayiha / Creative studio / BStyle

Texte: Jenny Raymonde

Un fauteuil, une table, une chaise et un paravent, voilà de quoi est fait le décor de la pièce. Forts en improvisation, les comédiens ne se laissent nullement perturber par divers problèmes techniques qu’ils subissent à leur insu sur scène.

Les tandems « Émilie et Charles » ou « François et Jeanne » se trouvent confrontés aux joies de la vie quotidienne pour le meilleur et pour le pire sans être pour autant marié.

La voisine, interprétée par Hélène Pelletier, timide mais déterminé, apporte le piment idéal pour vérifier si l’amour est bien véritable au sein du couple formé sur scène par Alban Giacobino et sa cavalière, Roxane Lavantchy.

En direct ou à travers le virtuel filmé, ils captent l’attention des spectateurs dans leurs jeux de rôles à option où les scènes s’inventent, s’interrompent et se rejouent inlassablement. Les stéréotypes déguisés sur scène font rire et rire encore le public. 

Épris dans leurs fourberies, malgré les nombreux quiproquos, vont-ils finalement retomber amoureux l’un de l’autre?

La Compagnie Bananière, polymorphe et ultra-motivée, court plusieurs projets à la fois: improvisation, théâtre, show cabarets, pensez à consulter leur site pour savoir où les voir à Genève!

www.compagniebananiere.ch