Gender Cubicles par le collectif Woman’s Move

Les 21 et 26 novembre dernier, six danseuses et danseurs sont venus chambouler les habitudes du hall d’Uni-Mail, à Genève. À travers trois tableaux de dix minutes chacun, les artistes nous intriguent, d’abord, puis nous embarquent dans un univers qui questionne le genre sous des rythmes breakbeat. C’est le dernier projet du collectif Woman’s Move, qui, à travers la puissance du corps, cherche à bousculer l’ordre établi et éveiller les réflexions.

Texte: Jennifer Barel

Photo: Varvara Vedia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans les locaux du Projet – H107 pour la création en danse contemporaine, j’ai le privilège d’assister à l’une des dernières répétitions avant le jour J. Devant la petite assistance, les danseuses et danseurs présentent leur spectacle, concentrés et énergiques, avant que la chorégraphe et responsable du projet, Iona D’Annunzio, propose que nous donnions nos avis et d’éventuelles recommandations. Une ouverture à la collaboration avec le public qui traduit bien la volonté d’accessibilité dont m’a parlé Iona. « Gender Cubicles » veut questionner le genre, mais surtout provoquer la réflexion chez le spectateur. Pour cela, elle a créé un spectacle accessible tout en restant subtile.

Un spectacle pensé spécialement pour le hall d’Uni-Mail. Lorsque la musique commence, la fourmilière universitaire s’étonne et ralentit. Les curieux regardent et s’approchent. Certains sourient ou sortent leur portable pour filmer, d’autres se penchent depuis les étages pour observer le spectacle et les plus motivés osent même quelques pas de danse au rythme de la musique. les danseuses et danseurs jouent avec l’architecture du lieu, chaque tableau se déroulant sur une scène différente. Une première fois sur les grandes marches aux allures de gradins d’amphithéâtre, ayant chacun·e sa marche et sa couleur de tenue sportive, les danseur·seuse·s nous offrent un véritable tableau en trois dimensions sur un bon rythme tapant. Puis, en face, sur les deux escaliers formant un triangle, ils·elles montent, descendent, changent de côté, mais surtout transmettent leur énergie à travers des chorégraphies belles et dynamiques. Pendant un court moment, le temps est suspendu et une succession de chorégraphies questionnent les gestuelles féminine et masculine; qui les fait, qu’est-ce qu’elles signifient? Enfin, au centre du hall, au niveau du sol, ils·elles détonnent et s’abandonnent à leurs danses dans un dernier souffle explosif.

Un interlude qui vous prend par surprise, une bonne dose d’énergie qui met du « punch » dans la journée, une coupure captivante qui invite subtilement à la réflexion sur le monde et sur soi-même. Par des danses et musiques aux mouvements et sonorités actuelles, cette performance pousse à se questionner sur la place de son propre corps et de ses gestes et, plus loin, remet en question les normes de genre dans la société d’aujourd’hui.

Mis en mots lors d’une table ronde accueillant deux acteur·trice·s de la scène artistique de la région et une doctorante à l’université de Genève, les questionnements liant le genre et les pratiques artistiques sont, dans ce spectacle, traduits en gestes et surtout en émotions, offrant une autre manière d’aborder ce thème et d’éveiller les consciences. Cette performance est une alarme qui veut retentir autrement que par les mots.
À la fin, des danseur·seuse·s essoufflé·e·s et satisfait·e·s, une chorégraphe contente, des applaudissements et cris d’encouragements de spectateur·trices·s touché·e·s viennent clore ce beau spectacle. Parmi le public, les discussions concernant le genre se prolongent, objectif atteint? En tout cas pour certain·e·s, reste à convaincre les autres! Pour cela, le collectif Woman’s Move prévoit déjà un deuxième round lors de la semaine de l’égalité en mars, peut-être à Uni-Mail, peut-être dans un autre bâtiment universitaire de Genève. Car c’est cela l’intelligence de cette performance, pouvoir s’adapter à tout type de lieux, et être adaptée à tous les publics.

Pour suivre le travail du collectif Woman’s Move: http://www.womansmove.com

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Le Château de Prangins fête ses 20 ans

Les enfants, les adolescent∙e∙s et les adultes sont venu∙e∙s participer aux diverses animations au Château de Prangins pour fêter ses 20 ans. Dans une ambiance amicale et familiale, les bougies se sont allumées pour faire place à la magie de cet instant qui illumine tout le jardin et les alentours.

Texte: Jenny Raymonde

Représentée de fleurs, symbolisant l’exposition temporaire « Indiennes », la dimension du jardin nous parait plus grande que d’habitude. Le clin d’œil en hommage au siècle des lumières y est exceptionnellement réalisé.

« Fleurs de feu » réalisé par le plasticien Muma a rassemblé 500 bénévoles pour allumer les 50’000 bougies disposées dans le domaine du château, tous∙toutes heureux∙ses de participer à cet anniversaire.

Très originales et créatives, les animations autour du château ne manquent pas et l’événement est chaleureusement fêté par le public dont les ombres se promènent dans tous les axes du domaine du nord au sud et d’est en ouest.

Fiers de l’événement, les organisateurs et le personnel guident les visiteurs à travers le château. Le Musée National nous replonge dans quelques siècles passés; le salon expose de grands tableaux et des fauteuils de style ancien, et dans la chambre à coucher trône un vieux lit à baldaquin.

Dans les différentes pièces du château, l’exposition temporaire consacrée aux tissus imprimés de motifs appelés « indiennes », à l’industrie et à la mode du 17e et 18e siècle.

Nous nous attardons également vers la salle où sont entreposés dans de belles vitrines des machines à écrire et un ancêtre du disque vinyle. Un métier à tisser et sa description nous rappelle qu’au 18e siècle, le travail à domicile existait aussi. Qui aurait pu se douter que le concept redeviendrait à la mode parmi les générations du 21e siècle?

Pour clôturer la visite, une pièce dont la scénographie rappelle une épicerie nous remémore des marques telles que Nestlé, Cailler ou Banania, qui ont fait le succès de la Suisse et de son image à l’international.

Le Musée National Suisse du Château de Prangins vous ouvre ses portes tous les jours du mardi au dimanche de 10h à 17h.

www.nationalmuseum.ch/f/prangins

Art et Intelligence artificielle : le déploiement de l’imaginaire

Lorsqu’une graine d’artiste passionnée par le cerveau et l’intelligence artificielle rencontre des docteurs en psychologie, des performeurs et des curatrices désireuses d’exposer un travail de recherche artistique, un univers riche et actuel se construit sous vos yeux.

 Texte : Gauvain Jacot-Descombes

Photos : Nadia Elamly

L’espace Topic et ses curatrices, Ghalas Charara, Maïté Chenière et Nadia Elamly, invitent les visiteurs à découvrir l’élégante proposition d’Emma de Filippo. Cette jeune artiste — bachelière diplômée en 2017 de la Haute École d’art et de design de Genève — propose un espace à la frontière des arts visuels et des sciences.

Pour guider le public dans son univers, l’artiste a accroché au mur toute une série d’éléments permettant de décrypter et de revivre les différentes étapes de sa recherche. Elle a choisi de montrer, entre autres, comment une intelligence artificielle a passé le test de Rorschach. Ce test permet d’explorer la personnalité d’un sujet en se basant sur son interprétation de formes créées par des tache d’encre. Ce dernier est invité à partager ce que ces taches d’encre lui évoquent. L’exposition retrace donc cette étape avec des diapositives sur lesquelles sont disséquées les réponses données par l’IA. Mais, les interpréter et les rendre exploitables n’est pas à la portée de tout le monde.

C’est pourquoi l’artiste a fait appel à l’expertise des docteurs en psychologie Pascal Roman et Alex Lefebvre. Ils ont accepté de relever ce défi, une étude hors norme pour des professionnels habitués à travailler avec des humains. Ils ont donc appliqué un protocole d’analyse précis et remis à l’artiste un rapport détaillé. Par la suite, les performeurs Thibaud Pedraja, Charles Mouron et Jérémie Nicolet s’en sont inspirés pour incarner des personnages lors du vernissage de l’exposition. Il en est ressorti principalement une difficulté pour les personnages, des intelligences artificielles fantasmagoriques, à s’intégrer socialement.

Mais, pour quelle raison l’artiste a-t-elle choisi de faire passer ce test conçu à l’origine pour les humains à une IA ? C’est là le cœur de sa recherche. En effet, la seule réponse attestant du bon fonctionnement d’une intelligence lors de ce test, c’est  que celle-ci identifie bien une  tache d’encre lors de l’exercice. Seulement, dans cette recherche, il apparaît que l’IA interprète l’image à sa façon. Elle déploie ainsi son « imaginaire » et nous livre des réponses étonnantes. L’artiste propose donc une autre image de l’intelligence artificielle fondamentalement étrangère et ouvre des perspectives pour d’autres projets artistico-scientifiques.

Venez découvrir cette recherche étonnante dans l’espace Topic jusqu’au 19 juillet 2018.

Et pour voir les autres travaux d’Emma de Filippo, rendez-vous ici

L’expérience Messmer ou l’hypnose par les cinq sens

Samedi 9 juin, je me rendais en famille au Théâtre du Léman, à Genève, pour assister au spectacle « Hypersensoriel » de Messmer, l’occasion d’observer en temps réel et sans le filtre de l’écran, celui que l’on connaît sous le nom de « Fascinateur ».

Texte: Christelle Bujard

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Le spectacle commence et met tout de suite dans l’ambiance par ses jeux de fumées et de lumières.  On ressent différentes émotions s’élever à l’intérieur du théâtre: doute, anxiété, scepticisme, amusement. Messmer s’avance sous les applaudissements et nous propose très vite un premier test de réceptivité afin de sélectionner les « élu∙e∙s » parmi le public.

La majorité des personnes présentes se prête au jeu et le show commence, l’artiste endort une quinzaine de volontaires devant nos yeux ébahis, qui se retrouvent désormais hypnotisé∙e∙s et sous son contrôle. Puis, il les fait évoluer dans différents tableaux, dont un homme qui se retrouve accroché par un câble à quelques mètres du sol et qui est persuadé d’être un oiseau survolant New York. Une journaliste improvisée nous relatera même les faits dans un chinois tout autant improvisé, pendant que le reste des figurant∙e∙s se transforment en paparazzis.

Après l’entracte, le spectacle reprend et Messmer propose un second test de réceptivité afin de sélectionner de nouvelles personnes dans le public, puisque selon son explication, la sensibilité à l’hypnose augmente au fur et à mesure du spectacle. Comme beaucoup, je joins mes mains, j’écarte les index, enfin, j’essaie. Je souris, car me voilà moi aussi sous l’emprise du « Fascinateur ». Au compte de trois, mon voisin et moi-même nous assoupissons, en apparence du moins, car intérieurement, je suis consciente de tout ce qu’il se passe. Je lutte pour ouvrir les yeux, pour séparer mes mains, mais rien n’y fait.

Autour de moi, le public s’amuse alors que certains obéissent aux suggestions de Messmer sans pouvoir opposer la moindre résistance. Puis, avec sa seconde sélection, il nous propose de nouvelles scènes. Les personnes choisies se retrouvent tour à tour dans un sauna, une émission de télévision et une discothèque. Et je n’en dirais pas plus, afin de laisser aux gens le plaisir de découvrir le spectacle

Verdict: Hypnotisé∙e∙s ou bon∙ne∙s comédien∙ne∙s? À chacun d’en juger. Pour ma part, j’ai été indubitablement convaincue par cette performance et c’est avec un grand plaisir que j’assisterai à son prochain spectacle en 2019.

www.messmer.ca/fr/