Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Culture estivale à Lausanne

La plateforme CultureDebout! recense toutes les actions et initiatives mises en place en un temps record par la scène culturelle lausannoise. Rivalisant de créativité, elle vous propose cet été un programme inédit et majoritairement gratuit dans des conditions respectueuses des normes sanitaires.

Texte: Sandrine Spycher

Un des rendez-vous phares de l’été lausannois est, depuis de nombreuses années, Le Festival de la Cité. Annulé à cause de la pandémie de coronavirus, il vous donne rendez-vous pour sa version revisitée, Aux confins de la Cité, qui se tiendra du 7 au 12 juillet 2020. Les différents lieux, choisis avec attention afin de respecter les normes sanitaires tout en garantissant une expérience de spectacle enrichissante, ne sont dévoilés qu’aux participant·e·s. En effet, les projets, in situ ou sur des scènes légères, ne sont accessibles que sur inscription. C’est donc après tirage au sort que les chanceux et chanceuses pourront profiter de spectacles de danse, théâtre, musique et bien plus encore Aux confins de la Cité!

Pour ce qui est des arts de la scène, L’Agenda conseille, au cœur de cette riche sélection, la pièce Sans effort de Joël Maillard et Marie Ripoll. Déjà présenté à l’Arsenic en octobre 2019, ce spectacle est un joyau de texte et de créativité, qui explore les questions de la mémoire humaine et de la transmission entre générations. Côté musique, vous retiendrez notamment la pop velours de Your Fault, projet de Julie Hugo (ancienne chanteuse de Solange la Frange). Cette musique aux notes envoûtantes ne manquera pas de rafraîchir la soirée à l’heure où le soleil se couche. Enfin, pour apporter une touche grandiose dans ce festival, Jean-Christophe Geiser jouera sur les Grands Orgues de la cathédrale de Lausanne. Ce monument symbolique de la Cité où se déroulent les festivités contient le plus grand instrument de Suisse, que l’organiste fera sonner. Bien d’autres projets et spectacles seront présentés au public inscrit. En prenant soin de respecter les consignes sanitaires, on n’imaginait tout de même pas une année sans fête à la Cité !

Your Fault portrait ©MarySmith_Marie Taillefer

Your Fault, © MarySmith : Marie Taillefer

Les cinéphiles ne seront pas en reste cet été grâce aux différentes projections, par exemple dans les parcs de la ville. Les Toiles de Milan et les Bobines de Valency ont repensé leur organisation afin de pouvoir offrir un programme de films alléchant malgré les restrictions sanitaires. Les Rencontres du 7e Art, ainsi que le Festival Cinémas d’Afrique – Lausanne se réinventent également et vous invitent à profiter de l’écran en toute sécurité. La danse sera également à l’honneur avec la Fête de la Danse ou les Jeudis de l’Arsenic, rendez-vous hebdomadaires au format décontracté, qui accueillent aussi de la performance, du théâtre ou encore de la musique.

La plupart de ces événements sont rendus possibles grâce au programme RIPOSTE !. Selon leurs propres mots, RIPOSTE !, « c’est la réponse d’un collectif d’acteurs culturels lausannois pour proclamer la vitalité artistique du terreau créatif local ». L’Esplanade de Montbenon et son cadre idyllique avec vue sur le lac Léman a été choisie pour accueillir, chaque vendredi et samedi en soirée, une sélection de concerts, films en plein air et performances de rue. L’accès y sera limité afin de respecter les mesures sanitaires.

L’Agenda vous souhaite un bel été culturel !

Informations sur culturedebout.ch


 

Montez dans le théâtre-fantôme

Après plusieurs mois sans culture autre que celle relayée par le web, moyennant toutes sortes d’adaptations, de conditions et d’éloignements, le théâtre peut exister à nouveau. Le Théâtre Vidy-Lausanne existera donc du 9 juin au 10 juillet, comme une parenthèse fantôme entre le vide des trois derniers mois et l’au-revoir au bâtiment actuel qui, pendant 2 ans, sera en travaux pour rénovation.
Dans ce contexte où la notion d’isolement et l’importance de la culture nous touche plus que jamais, l’artiste Stefan Kaegi a imaginé Boîte noire, un spectacle déambulatoire pour une personne dans les différents espaces de l’institution. Départ chaque 5 minutes, écouteurs sur les oreilles. C’est à moi dans 20 secondes… 10… 

Texte: Katia Meylan

©Philippe Weissbrodt

« Une heure au théâtre ne dure jamais une heure, elle dure toujours un peu plus, ou un peu moins », nous dira une voix dans le casque au fil de notre déambulation. Les 1 heure et 20 minutes que propose Boîte noire s’inscrivent dans cet autre espace-temps. J’en émerge comme d’un rêve nostalgique.

Ce n’est pas tant le format déambulatoire, quoi que toujours follement excitant, qui m’a surprise cette fois (il me rappelle l’expérience intitulée Remote Lausanne, du même collectif Rimini Protokoll, vécue au Festival de la Cité en 2014) que l’émotion qui s’en dégage.
Seule, croisant parfois un·e autre « fantôme » visiteur·trice, avec pour guide la voix de l’archiviste du théâtre, je suis passée par les couloirs, j’ai vu les anciennes affiches et les insides-jokes des collaborateur·trice·s épinglées au mur. Les ateliers des technicien·ne·s, remplis de câbles, de machines et d’outils m’ont mis sous les yeux la grosse machine à rêve qu’est le théâtre. Pourtant je ne me suis pas réveillée. J’ai continué dans les ateliers coiffure, costume et accessoires, où je me suis prise à tout ouvrir avant même que l’archiviste ne m’y enjoigne. Il faut dire que c’était irrésistiblement tentant. J’ai senti un trac derrière le rideau côté jardin, profité de mon salut au public depuis la scène, réfléchi à notre statut de public et à mon statut de spectatrice isolée, assise au milieu du parterre, puis attablée à la Kantina.

Bel hommage au Théâtre de Vidy que cette visite. Bel hommage aussi à tous·tes celles et ceux qui y œuvrent: en effet, dans chaque espace que l’on visite, on entend leurs voix qui nous confient ficelles du métier et souvenirs du lieu. Bel hommage enfin au théâtre en tant qu’art, alors que les confidences deviennent parfois philosophiques.

©Philippe Weissbrodt

Que les voix nous soient familières ou non, que l’on connaisse les rouages des coulisses, le frisson de la scène ou uniquement le confort des sièges rouges côté public, que l’on soit fervent·e abonné·e ou en visite à Vidy pour la première fois, on enregistre telle une caméra subjective ses images du lieu auxquelles on superpose ses propres souvenirs – passés, et à emporter pour plus tard. 

Boîte noire, théâtre-fantôme pour une personne
Du 9 juin au 10 juillet
Mardi au vendredi de 18h à 22h
Samedi de 14h à 17h et de 19h à 22h
Théâtre de Vidy, Lausanne

www.vidy.ch

Plus pop et hétéroclite que jamais, Antigel souffle ses 10 bougies en grande pompe

Depuis 2011 déjà, le festival international de musique et danse genevois Antigel offre durant trois semaines un programme culturel fun et actuel. En tête d’affiche cette année, le spectacle Inoah d’une figure majeure de la danse contemporaine, le brésilien Bruno Beltrão à voir au Bâtiment des Forces Motrices le 13 février prochain. Avant cela, L’Agenda est allé découvrir la performance intrigante de Simon Mayer.

Texte: Marion Besençon

Questionnant ce qui nous rassemble, l’artiste protéiforme Simon Mayer convie son public à l’expérience d’une fusion des formes du folklore et de la danse contemporaine. Pour son solo, c’est nu qu’il s’est présenté sur la scène du Point Favre, dans ce « costume traditionnel de tous » comme il nous l’a expliqué à l’issue de sa représentation. C’est un pont entre le primitif et le moderne que tisse progressivement le danseur, dans le mouvement et par le chant, avec le son des différents objets aussi. Dans son spectacle SunBengSitting (Sunbeng, ce fameux banc en bois devant les maisons surlequel on s’assied pour prendre le soleil), celui qui est d’ailleurs originaire du monde rural autrichien livre une performance ludique et organique, une ronde qui convoque les éléments du monde par la danse folk et le yodel, entre patrie et ouverture au monde.

Il ne s’agit pourtant plus d’être en transe autour du feu, c’est le micro suspendu qui paraît aujourd’hui symboliser l’action féconde des cycles de mort et renaissance; et peut-être même incarner le prolongement de la lumière, c’est-à-dire l’illumination.

Le musicien sollicite donc la mémoire de la communauté humaine ainsi que l’imaginaire de nos sociétés contemporaines en se jouant de la bienséance et de la vraisemblance, exploitant sur scène des artefacts aussi classiques que subversifs: un violon, un fouet ou encore une trançonneuse. Jouant crescendo, la performance se clôt dans la jubilation du storytelling révélant, dans le même temps, la légende d’intrépide cueilleur d’edelweiss du personnage et sa fin logiquement tragique en bas d’une montagne. Subtile et drôle, une performance d’art vivant qui nous laisse penser que le festival genevois a sorti le grand jeu pour cette édition anniversaire…

Dans la catégorie de la danse urbaine et du hip hop, Bruno Beltrão présentera quant à lui dix jeunes hommes comme autant de figures de migrants. Réunis pour former d’éphémères duo ou trio de danse, ces déracinés manquent à dépasser ce qui les sépare pour bénéficier de l’aide et de la chaleur d’une communauté. Le spectacle Inoah agit en ce sens en électrochoc: par cette distance entre les corps qui dansent, sans cesse réétablie dans l’espace de la scène, c’est une difficulté de la migration qui se dévoile à nos sens. Portés par une chorégraphie virtuose, ces corps portent ainsi magnifiquement le message humaniste au public. Un moment époustouflant, ancré dans la réalité du monde présent, à vivre d’urgence à Antigel.

Festival Antigel
Festival international de musique et danse

Communes genevoises
Jusqu’au 15 février 2020  

Inoah
Jeudi 13 février à 20h30 au Bâtiment des Forces Motrices (BFM), Genève

Programmation complète sur www.antigel.ch

Invisible: Fauteurs de micro-troubles à Plainpalais et à la Ferblanterie

Un sentiment de puissance – de beauté. Une gêne – une excitation – une réflexion…
Pêle-mêle selon les personnalités, les impressions ressortent alors qu’assis
 autour d’une table à La Comédie de Genève, on débriefe Invisible.

Texte: Katia Meylan

Invisible, ce n’est pas un spectacle mais une performance participative imaginée par Yan Duyvendak, co-écrite par 32 auteur·trice·s et testée dans différents contextes sociaux et culturels. Y ont participé La Manufacture, l’Arsenic et La Comédie de Genève où elle est encore au programme jusqu’en mars 2020, mais aussi des théâtres et fondations en Hollande, en Inde et en Serbie.

En m’y inscrivant, je m’attendais à devoir sortir de ma zone de confort. Heureusement, j’ai avec moi un allié.
« Hors les murs », indique le billet, et je ne spoilerai rien si je dis que le but de ce jeu est d’effectuer, par groupe de 7 à 12 et en feignant de ne pas se connaître, trois micro-actions en 2h pour troubler imperceptiblement l’espace public. Ces Actions ne constituant pas la surprise en elle-même mais plutôt son déclencheur potentiel, nous découvrons nos missions dès notre arrivée à La Comédie, en même temps que nous rencontrons nos complices d’un soir – également venu·e·s par paires. Valérie, Corentin, Rébecca, Gaëlle, Valentin et moi-même recevons donc trois Actions à effectuer, modes d’emploi à l’appui.

Action #8, S’aligner: Arriver de manière successive dans une rue commerçante. S’arrêter sur une même ligne qu’une personne qui attend. Jouer avec la durée, la visibilité et la mobilité de la ligne. […]
Action #6, L’amour à deux? S’installer par couples dans un bar. Commander à boire. Rester ensemble sans échanger la moindre parole. Communiquer normalement avec les serveur
·euse·s.
Action #3, Monte le son: [Toujours par couples ] choisir un sujet de conversation. Faire monter puis descendre le volume des conversations en synchronie avec les autres couples, via Whatsapp. Chercher à contaminer les usager
·ère·s du lieu […].

D’apparence simple, le concept n’est banal ni dans la vie de tous les jours ni au théâtre. Il ne fonctionne en réalité qu’en équilibre entre ces deux univers. Si l’action est identifiée comme artistique par les passant·e·s, l’effet serait neutralisé, nous prévient Laura Spozio, une des créatrices du jeu, car notre acceptation de l’étrange est plus souple en connaissance de cause.

Plus ou moins confiant, déjà hilare ou curieux, notre petit groupe de six sort alors dans la rue pour aborder Plainpalais et sa première mission. Avoir des consignes me rassure, mais voulant bien faire – ou disons-le, ayant carrément peur de mal faire –, je m’inquiète sans cesse du fait que notre ligne n’est pas bien droite, que personne ne nous remarque… La fête foraine brouille les pistes, on semble passer inaperçu, mais la situation est surréaliste et une étrange excitation empêche l’ennui, ne serait-ce qu’une seconde. On offre une magnifique ligne à une jeune homme, mais tout occupé qu’il est sur son portable, il ne la remarque pas.

Une demi-heure plus tard, lorsque l’on entre successivement à la Ferblanterie pour attaquer l’Amour à deux, la situation redevient pour moi presque confortable. Nous restons dans nos binômes rassurants et ne jouons pas beaucoup la comédie. Lors du débriefing, on regrette presque de ne pas s’être imposé ce challenge supplémentaire. Chaque groupe choisit sa manière de communiquer, les unes par Whatsapp interposés, les autres au crayon gris sur des vieux tickets de caisse, Valentin et moi préférons les gestes et les regards. Là aussi, passe-t-on inaperçu? Ce sont surtout les paires qui s’observent entre elles.

Cela pour mieux prendre de l’élan pour notre troisième mission. Monte le son se profile et on s’accorde sur Whatsapp. J’appréhende. Se mettre à hurler dans le bar, ne va-t-on pas déranger? Et va-t-on nous juger sur le contenu de nos conversations? On rit beaucoup, mais je doute de l’effet sur notre environnement, qui semble une fois encore imperméable à tout trouble.

Je sors du bar avec la forte impression que « ça n’a pas marché » et la tête pleine de réflexion au sujet de ma personnalité et de celle des autres. De retour à La Comédie en présence de deux organisatrices pour le débriefing, pourtant, les discussions avec le groupe renversent aussitôt mon ressenti.

Corentin a remarqué pendant la première mission des spectatrices que je n’avais pas vues, cela me rassure et me réjouit. Mais au-delà de notre réel effet sur les autres, c’est bien les différents comportements, les difficultés, les sensations engendrées, partagées ou non et les discussions qui me marquent dans cette expérience, encore plus que le fait d’être sortie de ma zone de confort et d’avoir osé brailler des bêtises avec un accent vaudois qui se transforme tout à coup en accent portugais.

Valérie avait déjà participé, et avait donc réalisé trois des six autres actions qui se jouent quant à elles le samedi après-midi, dont certaines demandent des interactions directes avec des inconnu·e·s. Son expérience contribue à alimenter le sujet, qui s’étend.

Invisible. Est-on l’espace d’un instant spectateur·trice du « normal »? Doit-on jouer un rôle pour troubler cette normalité? Ou au contraire, ces actions nous poussent-elles simplement, en restant nous-même, à dépasser nos limites dans un espace public qui nous voit habituellement restreint·e·s à un comportement neutre et inattentif·ve·s aux autres?

Conseils aux futur·e·s invisibles:

– S’habiller chaudement (environ 30 minutes statiques en extérieur pour les Actions du mercredi soir)
– Prévoir minimum 3h pour tout le déroulement
– Pas de Whatsapp? Pas de soucis, quelques appareils sont à disposition

Invisible
Samedi 21 décembre 2019
Les 15, 18, 22, 25 et 29 janvier 2020
Les 1, 5, 8, 19, 22, 26 et 29 février 2020
Les 4, 7, 11, 14, 18, 21 et 25 mars 2020
(les mercredis à 19h, les samedis à 14h30)
La Comédie de Genève
www.comedie.ch

Pour des dates futures et découvrir le travail de Yan Duyvendak:
www.duyvendak.com

Ze Tribu, l’aventure a déjà commencé

Faire l’école à la maison, inventer des spectacles en famille, partir apprendre le kung fu, prendre le train et commencer un tour du monde, ce n’est pas très raisonnable n’est-ce pas? Pourtant certains le rêvent, et même le vivent! Frédéric, Deborah, Merlin et Arsène forment une tribu, ou plutôt, Ze Tribu. Et que l’on soit hyperconnecté ou old-school, on pourra suivre le fil de leur aventure d’une année autour du monde; sur Youtube, Instagram ou leur vlog, mais aussi dans une gazette papier, à la télévision… et même, une fois qu’ils seront rentrés et que tout sera dans la boite, sur grand-écran.

Texte: Katia Meylan

Ze Tribu, c’est d’abord deux parents comédiens, Frédéric et Deborah, qui se sont posé la question de ce qu’ils souhaitaient transmettre à leurs enfants. « C’est presque instantanément, quand Déborah est tombée enceinte de notre ainé, qu’elle s’est dit qu’il allait falloir voyager pour leur apprendre que tout n’était pas comme chez nous, qu’il n’y a pas qu’une seule manière de vivre, de fonctionner en société. Ça n’a pas commencé tout de suite, ça fait 7 ans qu’on fait l’école à la maison et qu’on a commencé à voyager. Petit à petit l’envie de partir plus longtemps s’est installée dans les rêves. C’est l’âge de notre fils ainé qui nous a fait nous dire « c’est maintenant ou jamais ». Les deux ados, Merlin (15 ans) et Arsène (13 ans) développeront leurs potentiels, leur esprit critique, leur créativité, leur compassion, leur sérénité, leur civisme, leur éthique et leur amour de la nature… tout un programme!

« On a lancé plein de projets en l’air et pour le moment ils sont en train de tous se faire! ».

Projet Bye-bye la Suisse!

La tribu ne part pas pour toujours comme le font en général les protagonistes de l’émission Bye-bye la Suisse de la RTS… mais l’émission documentaire fait une exception, et décide de suivre cette famille qui se lance un an sur les routes. Elle la rejoindra plusieurs fois durant son voyage, pour partager ensuite en six épisodes ses aventures et ses découvertes, mais aussi sa philosophie de vie.

 

Projet vlog

En plus de l’émission, également produits par la RTS, de petits sujets parallèles de 4-5 minutes seront tournés par l’un∙e ou l’autre avec une caméra 360°, montés et postés sur le vlog de Ze Tribu. « Le New York Times fait déjà des reportages en réalité virtuelle mais pour l’instant ça reste un concept en développement. Tout est à inventer! », s’enthousiasme Frédéric. Le potentiel est énorme – il pense déjà à leurs deux mois de résidence dans un monastère Shaolin pour étudier le kung fu – et les sujets ne viendront pas à manquer, si l’on sait qu’ils passeront par la Russie, la Chine, le Japon, l’Asie du Sud, l’Inde puis l’Amérique du sud dans une optique de rencontre.

Projet théâtre

La « tournée » de deux pièces se met petit à petit sur pied avec l’aide des différentes ambassades suisses et des Alliance française, pour trouver des lieux où jouer et y attirer francophones et francophiles. Frédéric et Déborah ont travaillé à réduire ces pièces à l’essentiel pour pouvoir s’adapter aux lieux qu’ils vont croiser.

La première, Love Letters, déjà à l’époque de sa création au Théâtre Pitoeff 2010, avait donné à ses interprètes Frédéric et Déborah une sensation d’intimité entre les spectateurs et l’histoire. « On s’était dit, déjà à ce moment-là, que ça vaudrait le coup de le faire en petit comité ». Ils ne jouent toutefois plus la pièce pendant quelques années, puis, il y a deux ans, un petit théâtre à Porrentruy leur fait la proposition de la reprendre, ce qui leur donne l’occasion de la réadapter dans sa version actuelle.

Le monologue La confession du pasteur Burg avait quant à lui été un grand succès, joué par Frédéric dès 2006 et pendant six ans entre 150 et 180 fois dans la région et même jusqu’à Paris. Dernièrement, Didier Nkebereza, metteur en scène de la pièce et directeur du Centre Culturel des Terreaux, lui propose de la reprendre pour deux représentations en ouverture de la saison actuelle, dans une série d’événement autour des 10 ans de la mort de Jacques Chessex. Frédéric a alors l’idée d’adapter directement la pièce à son projet de voyage.

Le format du dernier spectacle qui partira sur les routes avec les Landenberg est un peu différent. En effet, Red nose on a trip est une création à eux, clownesque et sans paroles, dont l’histoire est celle d’une famille de clowns qui voyage. Tous les accessoires qu’ils utilisent sont ceux qu’ils auront vraiment dans leur sac, et ils seront libres de la jouer où bon leur semble, dans des trains ou chez les gens. Cette pièce sera donc leur outil de rencontre, leur moyen pour communiquer dans le langage universel des clowns et se faire comprendre non seulement par les francophones mais par tous ceux qui croiseront leur chemin. Le spectacle qui se veut évolutif s’enrichira et se métamorphosera au fil des aventures. La famille en a répété une première version et s’apprête à la tester dans la rue à Genève, avant la fin du mois. « Pour le moment on imagine ce que cet objet interactif peut donner, mais on s’est dit qu’il fallait qu’on se lance un moment donné, et qu’on aille se confronter à ça avant d’arriver à Moscou! »

Projet film

Pour la dernière étape du voyage en Amérique du Sud, un autre projet de taille a été imaginé: la famille a proposé à Fred Baillif, avec qui Frédéric avait travaillé sur le film « Tapis rouge », de tourner une fiction inspirée de leur histoire. Un thème et une situation propice au travail du réalisateur, travail qui se développe depuis quelques temps dans une direction cinématographique propre, avec des acteurs et des non-acteurs, en laissant pour le tournage une part d’improvisation et de surprise. L’auteur Fabrice Melquiot, proche de la petite famille, a rapidement accepté lorsqu’elle lui propose d’écrire le script. « Il a monté le niveau du fond du film. On avait envie de raconter la cellule familiale, le voyage, mais lui est allé prendre l’essence de cette thématique. Il nous a pris à contrepied. Quand on a pris la première version du scénario, on s’est pris une claque, il a su voir la relation à nos enfants, notre manière de transmettre et d’éduquer ».

Ze Tribu prendra les rails en 2020, mais l’aventure a déjà commencé! Pour récolter une partie des fonds nécessaires, le couple a joué Love Letters la semaine dernière à Genève et on pourra voir Frédéric dans La confession du pasteur Burg ce soir 7 décembre à 20h et demain 8 décembre à 17h à ImpactHub, Genève.

Ze Tribu lance aussi dès lundi un crowdfunding We Make It, où chacun∙e peut contribuer à leur projet et en contrepartie recevoir par exemple leur Gazette papier et autres nouvelles.

www.zetribu.com

Du hip-hop en béton

Cela fait maintenant quelques années que la culture hip-hop renaît de ses cendres en Suisse romande. Nombreux·ses sont les artistes qui osent se lancer sur la scène artistique francophone et deviennent de flamboyant·e·s représentant·e·s urbain·e·s made in Switzerland. Le Festival Transforme, qui aura lieu le 27 juin au Centre de Formation Professionnelle de Ternier à Lancy, est un projet alliant une participation active des jeunes apprenti·e·s qui l’organisent et la culture dont ils se rapprochent le plus, le hip-hop new school.

Texte: Giovanna Santangelo

Qui n’a jamais entendu le principe traditionnel et endurci qui disait que les grandes études valaient mieux que tout le reste, sous prétexte qu’elles seules permettaient d’ouvrir les meilleures portes de la vie laborieuse. Transforme constitue la clôture d’un projet plus général de valorisation de l’apprentissage dans le canton de Genève, qui tend  justement à lutter contre ces préceptes archaïques.

L’aspect participatif est ce qui est le plus mis en avant. Les nombreuses créations des apprenti·e·s réalisées tout au long du semestre ont une fonction concrète lors du festival. Le flyer est confectionné par des étudiant·e·s en graphisme et design, l’enseigne « TRANSFORME » est taillée dans le bois par les apprenti·e·s en menuiserie, et le bar en béton est réalisé par celle et ceux en maçonnerie. Cet événement est créé pour eux et géré par eux. L’autre but, c’est d’intéresser les plus jeunes, les 12-15 ans, qui à l’heure du choix pour déterminer leur futur parcours, auront l’occasion d’être plus informé·e·s sur l’amplitude de formations professionnelles existantes et indispensables dans la vie de tous les jours. En mettant en scène l’offre culturelle dans un projet open-air consacré au hip-hop, on attire un public dynamique composé des futur·e·s protagonistes du monde professionnel de demain.

Cette année, un programme paritaire est annoncé. Il y aura autant d’artistes féminines que de rappeurs masculins qui se produiront sur la scène musicale. De plus, la tête d’affiche du festival est une femme, elle aussi. IAMDDB incarne le nouvel espoir  de l’urban jazz anglo-saxon et à seulement 23 ans, elle compte déjà trois albums à son actif. En restant dans le même répertoire de genre mais de manière plus régionale, seront présentes aussi Women At Work, un collectif pluridisciplinaire prônant notamment le rap engagé dans leurs textes, et aussi Ella Soto, la star suisse polyvalente de R’n’B lo-fi.

Issus de la scène française cette fois-ci, on retrouvera 13 Block, quatuor masculin constituant un phénomène explosif de la trap francophone actuelle et Dosseh, figure immanquable du rap qui enchaîne les collaborations avec des grands noms tels que Booba, Seth Gueko ou encore Youssoupha. La petite touche locale sera amenée par Rouhnaa & Gio Dallas, deux jeunes artistes de la nouvelle génération du rap genevois.

En plus de l’aménagement d’un skatepark et de démonstrations de parkour qui avaient déjà fait fureur l’année passée, d’autres nouveautés sont prévues pour la deuxième édition de Transforme. Il sera possible d’assister à un défilé fusionnant mode streetwear et danse et à un open mic libre rythmé et organisé par le collectif La Ruelle.

Rendez-vous à Transforme pour célébrer le début de l’été dans une atmosphère débordante d’artistes underground prometteur·s·es.

Festival Transforme

Le jeudi 27 juin au centre de formation professionnelle de Ternier de Lancy, Genève

https://festival-transforme.ch