Frissons au Grütli avec « Comme il vous plaira »

Bienvenue dans la forêt d’Arden : les neufs comédiens de « Comme il vous plaira », dans une

mise en scène de Camille Giacobino, attendent tapis dans les bosquets, prêts à se dévoiler pour mieux débusquer les intimes passions. Loin de la ville, dans ce décor bucolique où poussent les rêveries et les sentiments, les coeurs exacerbés s’exaltent et nous enchantent.

Frisson de vertige. Rédigé vers 1599, « Comme il vous plaira » condense les thèmes chers à Shakespeare. Le duc Frédéric, après avoir usurpé le duché à son frère exilé, renvoie de sa cour sa nièce Rosalinde qui s’enfuit dans la forêt avec Célia, la fille de Frédéric. Luttes de pouvoir et trahisons fraternelles cèdent leur place au marivaudage champêtre puisque Rosalinde, déguisée en homme, retrouve Orlando dont elle est éprise. Le jeune homme, quant à lui, se meurt d’amour pour elle. Elle propose de l’aider à l’oublier par une méthode très particulière : elle jouera pour lui sa Rosalinde. Manière détournée de sonder son âme et éprouver la force de son amour. Quiproquos, travestissement des genres et des sentiments se cristallisent ainsi dans cette mise en abyme du jeu théâtral. Dans cette confusion, où se site la réalité ?

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Frisson de nouveauté. Il semble que chaque nouvelle mise en scène d’une pièce de Shakespeare fasse éclater la modernité du texte, l’acuité d’un regard traversant les siècles et les sociétés. C’est à nouveau vrai de « Comme il vous plaira » : les sentiments et les comportements amoureux y sont disséqués et exposés dans une lumière révélatrice. Mais ce qui frappe également, c’est l’inventivité d’une mise en scène. La patte de Camille Giacobino se fait mutine, amusée, séduisante. Elle insuffle aux comédiens ce qu’il faut de lâcher-prise, et ces derniers offrent un jeu énergique, qui exalte les corps… une partition sensuelle et cohérente qui fait tout de même ressortir les différentes personnalités. La musique a également une place importante. Sur les textes des chansons de « Comme il vous plaira », Camille Giacobino et Graham Broomfield ont voulu créé un univers musical issu du rock celtique. Ces intermèdes musicaux rythment ainsi l’action et participent de cette ambiance festive et joyeuse qui irradie la pièce.

Frisson de plaisir. C’est la promesse de « Comme il vous plaira », à voir au Théâtre du Grütli jusqu’au 14 juin.

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Texte: Marie-Sophie Péclard

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Théâtre de Carouge – Présentation de saison

C’est dans la petite salle Gérard-Carrat que Jean Liermier a présenté à la presse sa huitième saison en tant que directeur du Théâtre de Carouge. Six pièces composent l’offre de l’abonnement: une programmation qui fait la part belle aux comédiens et aux classiques.

La saison s’ouvre avec Marivaux, un auteur que Jean Liermier connaît bien pour en avoir monté trois textes. Les acteurs de bonne foi, dernière pièce du dramaturge, met les spectateurs au bord d’une mise en abyme, celle du théâtre dans le théâtre, et interroge la vérité du jeu. Un thème qui devrait inspirer Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier, qui s’y sont déjà frotté cette année avec Corneille et son Illusion comique.

Shakespeare s’invite également à Carouge grâce à Dan Jemmet. Le metteur en scène anglais remonte après quinze ans Shake, une version dynamitée de La Nuit des Rois. Un méli-mélo amoureux qui annonce Feydeau et sa célèbre Puce à l’oreille, mise en scène par Julien George. Laurent Deshusses interprétera le double rôle Victor-Emmanuel Chandebise/Poche.

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En deuxième partie de saison, Jean Liermier s’intéressera à l’amour maternel dans le deuil en mettant en scène un texte de Luigi Pirandello, La vie que je t’ai donnée. Et s’il était possible de garder en vie les êtres que l’on aime?

Suite à de nombreuses discussions avec Jean Liermier, Yvette Théraulaz a accepté de se produire sur la scène du Théâtre de Carouge avec son spectacle Les Années: une vie de femme qui a connu mai 68 en Suisse. La comédienne et chanteuse sera accompagnée du pianiste Lee Maddeford.

La fin de la saison est encore mystérieuse: c’est James Thierrée qui proposera sa nouvelle création, Ficelle. Il s’agira d' »une petite fratrie partie, loin des néons »… mais personne n’en sait plus.

Hors abonnement, le théâtre de Carouge accueillera deux productions dans le cadre du festival de la Bâtie, This is how you will desappear de Gisèle Vienne et Démons de Lars Nóren mis en scène par Thomas Ostermeier. Au mois de mai, il sera l’hôte de la Rencontre du Théâtre Suisse, en collaboration avec la Comédie de Genève, le Poche et le Théâtre Forum Meyrin.

Pour découvrir tous les secrets de cette nouvelle saison, rendez-vous sur le site du Théâtre de Carouge

Texte: Marie-Sophie Péclard

Pas grand chose plutôt que rien

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Entrés dans une salle obscure et entourés de gens aux origines diverses et variées, nous comprenons que nous allons être transportés dans quelques chose de différent. Invités à prendre place le long d’une longue tablée où chaque siège est identifié par un numéro et un carré avec deux touches, nous sommes ravis de savoir que nous allons pouvoir être le propre acteur de la pièce jouée et être « Libre comme l’Air ».

Plongés dans le noir pendant une minute et trente seconde, ces instants suspendus remplissent mystérieusement l’atmosphère de curiosité. Guidés par une voix robotisée, le chemin est parsemé de slogans, de vérités toute faites alimentant une nouvelle fois la condition humaine et ses revers.

Tel un jeu auquel chaque joueur réuni y prendra part, nous cliquons à chaque question pour orienter notre destin.

Défilement d’images, certaines plus drôles que d’autres, le créateur use de la technologie sans rêveries pour faire vivre son animation des temps modernes. Abordant les sujets classiques, que l’homme est un être seul à la nostalgie du temps passé, nous avons parfois du mal à suivre le fil conducteur de ce spectacle.

Yeux songeurs, Yeux suspicieux, Yeux mélancoliques, Yeux rieurs, Yeux tristes, 30 paires d’yeux dans la salle à regarder et à interpréter les dessins à sa manière selon son cadre de référence et son expérience unique.

Accusé de se sentir manipulés d’une part via toutes les images émanant notamment de la publicité et d’autre part  des gens qui nous entourent, nous devenons tous de véritable « Specimen » de 90 minutes d’une étude non élucidée et influencée par des propos et des suggestions non forcement partagés par l’assemblée.

Bombardés à retardement de lettres pour former des mots qui vont composer des phrases, il est difficile d’y rester insensible. Acteurs d’un scénario adapté à nos décisions du moment, nous sortons de ce débat ni plus intelligents, ni plus forts ni plus grands…

Une expérience à découvrir jusqu’au 17 mai au théâtre du Grütli, rue Général Dufour 16, 1204 Genève

Texte: Jenny Raymonde