En route, chevaliers!

Cela fait désormais un mois que l’Opéra de Lausanne a pris la route avec « Les Chevaliers de la Table Ronde », un opéra-bouffe en trois actes d’Hervé. La tournée continue sur huit dates en juillet, de Russin à Chillon en passant par les terres nord-vaudoises.

Texte: Katia Meylan

Les Chevaliers de la Table ronde © Alan Humerose

Quarante personnes et un décor chevaleresque se baladent dans le cadre de cette 5e Route Lyrique, un concept biennal créé il y a 9 ans. Avec des productions qui voyagent dans les théâtres, salles communales et autres places du village, l’Opéra de Lausanne occupe l’espace culturel romand pendant l’été tout en offrant des débouchés aux jeunes diplômé·e·s chanteur·euse·s et musicien·ne·s de la Haute École de Musique de Lausanne (HEMU).

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Cette année, l’équipe artistique a choisi de mettre en scène une parodie de la fameuse légende de la Table Ronde. Dans le livret signé Henri Chivot et Alfred Duru (auteurs prolifiques dont on compte une centaine de vaudevilles écrits dans la deuxième moitié du 19e siècle), pas d’exploit chevaleresques; tout élément moyenâgeux est prétexte au développement d’une pitrerie. Pastiches et airs populaires alimentent cet opéra-bouffe d’Hervé, qui fut, au coude à coude avec Offenbach, inventeur de l’opérette.

 

 

Le public rencontre dans cette histoire des personnages avec bien plus de vice que de vertu; un Roland narcissique, une princesse faussement ingénue prête à se marier avec le premier venu, un Merlin II fils de son père pour qui le talent n’a apparemment pas été héréditaire, une Mélusine castratrice et jalouse (dont on admire la voix puissante et le charme de l’interprète, Laurène Paternò), une duchesse infidèle et un duc qui joue à la drama queen.

Les Chevaliers de la Table ronde © Alan Humerose

Tout ce beau monde progresse dans une avalanche de comique de répétition, de cris et d’extravagances qui peuvent amuser ou étonner. On surprend même des jeunes musiciens de l’orchestre à se retenir de rire lors de certaines scènes particulièrement loufoques!
En fait-on trop sur scène? Dans l’opéra-bouffe, tous les excès sont permis, tant dans les costumes que dans l’interprétation, car ils servent à mettre en évidence les fonctionnements de la société pour mieux s’en moquer. Et dans cette pièce mise en scène par Jean-François Vinciguerra (alias Merlin II), on trouve, aux côtés d’un humour de situation qui a probablement fonctionné de siècle en siècle, des surprises auxquelles on ne s’attendait pas: une incartade dans un royaume sous-marin hippie, des références au télé-achat (quelque peu daté) ou à Jacques Brel (indémodable).

Au fil des trois actes, on devine à peu près comment l’histoire devra se terminer: des histoires d’amour qui finissent bien et un joyeux final chorégraphié où l’on on entonne en chœur que « Jamais plus joli métier ne fut dans le monde / que celui de chevalier de la Table Ronde… ». Oui, ça reste dans la tête et on le chante encore le lendemain!

Les Chevaliers de la Table Ronde
Route Lyrique de l’Opéra de Lausanne

Tout public
Prix entre 20.- et 35.-

Les dates à venir:

Lundi 1er juillet à 21h:                   Place du Mandement 1, Russin
Mercredi 3 juillet à 20h30:           Place François Silvant, Ecublens
Vendredi 5 juillet à 21h:               Château de Chillon
Samedi 6 juillet à 20h:                  Casino d’Orbe
Dimanche 7 juillet à 19h30:        Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes, Savigny
Mardi 9 juillet à 19h30:                 Salle Davel, Cully
Mercredi 10 juillet à 19h30:        Salle du Parc, Bex
Vendredi 12 juillet à 19h30:        Centre Culturel et sportif du Chêne, Aubonne

www.opera-lausanne.ch/show/route-lyrique-2019

Minette

Hier soir, la cour du Château de Coppet a accueilli l’esprit de Germaine de Staël. « Minette », une création du directeur artistique du Festival Madame de Staël Alain Carré, rassemblait des extraits choisis parmi les nombreux tomes de lettres de cette grande dame qui vécut à Coppet lors de son exil prononcé par Napoléon. C’est la comédienne Isabelle Caillat qui s’est prêtée à l’exercice du monologue – le premier de sa carrière – rejointe par le piano romantique de Rébecca Chaillot.

Texte: Katia Meylan

Germaine de Staël entre dans la cour du Château de Coppet en longue robe violette, lunettes à soleil sur la tête, au téléphone. Elle est furieuse: le carrosse de ses invités est bloqué, et ils ont préféré s’arrêter en chemin sur la côte pour passer la soirée chez Lord Byron. La voici donc seule, avec nous autres spectateur·trice·s pour « lot de consolation », à qui raconter ses ouvrages et au fil de ses pensée partager ses sentiments, ses réflexions. Son esprit éclairé est admiré de toutes et tous, elle étonne, subjugue et ne s’en cache pas. Les cheveux soulevés par le vent, vive et magnifique en nous faisant part de ses observations de la société, en mentionnant Bonaparte et Byron, les gens bêtes, les hommes qui ne parlent que d’eux-mêmes (qui « ne la dérangent absolument pas »), la haine et l’amour, elle s’adresse parfois à nous, ou lève les yeux de ses écrits au son d’un corbeau qui croasse en passant. Est-elle dans le passé, dans le présent? « Il y a toujours quelque chose de particulier dans l’atmosphère lorsque l’on évoque Germaine de Staël », nous disait Alain Carré sur scène avant le spectacle. Germaine de Staël était une précurseuse, semble nous dire un morceau contemporain qui s’invite parmi les pièces romantiques interprétées par la pianiste Rébecca Chaillot. Drapée de ce violet symbolique encore trop présent pour être anodin, 5 jours après la grève des femmes, Germaine de Staël arrivait en fait deux siècle avant.

Isabelle Caillat nous étourdit de la richesse de la conversation du personnage qu’elle incarne, jusqu’à ce que cette dernière parte rejoindre son père sur l’autre rive, sur le  »Rêve d’amour » de Liszt.

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Suite du Festival de Coppet Madame de Staël

Ce soir jeudi 20 juin à 20h aura lieu « Figaroh! », la dernière pièce à l’affiche de l’édition 2019 du Festival – à l’intérieur, météo incertaine oblige. Beaumarchais et son « Mariage de Figaro » sera donc convié au Château de Coppet, en clin d’œil aux talents de comédienne de Madame de Staël qui présentait régulièrement des pièces de théâtre chez elle.
Mais attention… aux côtés de Beaumarchais et du théâtre se battra Mozart et l’opéra, pour faire entendre son statut d’art plus noble! Carine Martin et Matthias Gleyre, la « team théâtre », soutiennent que l’opéra est dépassé, « bon uniquement pour les membres de Pro Senectute ». Prenons l’air de Barbarine, par exemple, qui perd son épingle et se lamente durant deux minutes. Pourquoi en faire tant de cas, alors que la situation pourrait être résumé en une phrase: « ha merde! ». Davide Autieri et Leana Durney, la « team opéra », respectivement baryton et soprano, s’offusquent de cet affront et entonnent de plus belle les « Noces de Figaro » composé par Mozart. Ce joyeux mélange d’airs, de prose et d’humour est relevé de quelques trouvailles des quatre artistes complices qui s’échangent les rôles comme cela leur chante (ou  comme cela leur joue, ne soyons pas partiale), mais qui ne manquent pas de rappeler au public quel comédien est quel personnage,  par  des  moyens  textiles ou  comiques.

Photo: Loris von Siebenthal

Ayant vu « Figaroh! » en octobre dernier, j’ai pleuré de rire et ne peut que vous recommander de faire un tour par Coppet ce soir!

www.festivaldestael.ch

« J’aime tout » Dixit Maurice Béjart

Depuis mardi, le Béjart Ballet danse « Dixit », un spectacle danse-théâtre-cinéma en hommage à Maurice Béjart, créé en 2017 et remonté cette année pour six dates au Théâtre de Beaulieu, avant les grandes rénovations qui demanderont à la troupe de temporairement changer de « maison ».

Texte: Katia Meylan

©Ilia Chkolnik

« D’où vient l’inspiration? » c’est cette question qui a été la matière première du spectacle imaginé et mis en scène par Marc Hollogne. Ce dernier, inventeur du cinéma-théâtre, fut en 1989 l’assistant de Maurice Béjart et l’avait suivi caméra au poing durant une année. À travers ces images, à travers des interviews, des mises en scène de l’enfance de Béjart tournées pour l’occasion, et enfin à travers les chorégraphies du maître et de son successeur Gil Roman, on retrace la vie du chorégraphe, de la culture qui l’a entouré si naturellement dans son enfance, sa capacité hors-norme de créer, à l’envie qu’à sa troupe de perpétuer son œuvre.

©Gregory Batardon

Le cinéma est un double moyen d’entrer dans la danse: d’abord en donnant une forme 2D à l’amour de Béjart pour le théâtre. Théâtre avec un grand « T » qui a « forgé la théâtralité de ses visions chorégraphiques », analyse Marc Hollogne. On voit donc ce dernier, poudré et perruqué en comédien du 17e siècle, essayer de défendre la noblesse du texte alors que son interlocuteur voit déjà dans la danse la puissance des mythes. Les chorégraphies prennent alors le dessus; les archives et les vidéos des danseurs filmés, projetées sur huit écrans apparaissant de cour, de jardin ou des cintres, entrent en dialogue – mots et mouvement – avec les danseurs de chair, d’os et de plumes.

Aux côtés de l’inspiration se tient la transmission: dans « Dixit » se mêlent les chorégraphies de Béjart et celles de Gil Roman, directeur artistique de la compagnie depuis douze ans déjà. Et ce dernier prend la main de Mattia Galiotto, danseur de la compagnie qui interprète le jeune Béjart, en dialogue avec lui-même.

De ce ballet de deux heures que je voyais pour la seconde fois, je redécouvre certains tableaux presque totalement effacés de mon esprit, ou j’attends avec impatience que se rematérialisent devant mes yeux les souvenirs vifs de certaines images.

©Gregory Batardon

Même depuis le fond de la salle, je vois celle qui, depuis, a dansé le rôle-titre de « Tous les hommes presque toujours s’imaginent », création de Gil Roman présentée pour la première fois en avril dernier qui se voit d’ailleurs insérée à « Dixit ». Jasmine Cammarota est l’une des danseuses de la troupe dont il est difficile de détacher les yeux tant la présence sur scène est forte. Ici elle prend à l’écran le rôle de Juliette, et réalise notamment le pas de deux de « Dibouk » (Béjart), ballet inspiré des danses traditionnelles juives.

Parmi les autres images fortes, la scène de « Syncope » (Gil Roman) qui précède le « Boléro » final: elle réunit les danseurs et danseuses de toute la troupe dans une course effrénée, et suscite une émotion viscérale même à qui la pour la troisième fois. Sans oublier le tableau magistral où, sous l’œil du petit Maurice qui tourne les boutons de la radio, sept ballets aux inspirations diverses s’alternent, campés sur un spectre audio. Piaf, la musique grecque, Mahler, Mozart, Bartok, la musique indienne ou Queen: « J’aime tout! » dixit Maurice.

Avec une telle curiosité, une capacité de s’imprégner et de transmettre si puissantes, on comprend pourquoi il touche au plus profond d’eux-mêmes tous ces gens qui étaient dans le public ce soir-là!

Dernière représentation ce soir, dimanche 16 juin à 18h. Aux dernières nouvelles il restait moins d’une dizaine de billets!

www.bejart.ch

La Ruée vers l’or

Ciné-concert Charlie Chaplin « La Ruée vers l’or », par l’Orchestre de Chambre de Genève, dirigé par Philippe Béran, le mardi 11 juin au Rosey Concert Hall, Rolle.

Chargé·e·s de la distribution des programmes et du contrôle des billets, les élèves de l’Institut Le Rosey, dont l’emblème doré brille sur le revers gauche de leur veston, accueillent chaleureusement les spectateur·trice·s au dernier événement de la saison 2018-2019.

La lumière s’éteint, le public regagne les sièges, Marie-Noëlle Gudin monte sur la scène afin de prononcer un bref discours, à la fois d’introduction (à une nouvelle saison) et de clôture (de celle en cours), puis apparait l’Orchestre de Chambre de Genève, suivi de Philippe Béran, leur irremplaçable dirigeant, comme le présente M.-N. Gudin.

Avant que public et musicien·ne·s n’entrent

Charismatique et charmant, le chef d’orchestre fournit au public quelques informations plus détaillées et assez curieuses sur la projection. Par exemple, la première a eu lieu le 26 juin 1925 et est considérée comme la plus luxueuse de son époque. Le nombre de figurant·e·s s’élève à 2500 personnes, un chiffre important pour le cinéma d’antan. Le film dure une heure vingt-six minutes et vingt-six secondes et ne prévoit aucune pause dans la musique, bien qu’il y ait toutefois quelques minutes de répit lors de la transition d’un épisode à l’autre.
Après nous avoir distraits par ces faits intéressants, Philippe Béran nous explique la composition de l’orchestre, en faisant lever à chaque musicien·ne son instrument, une façon inhabituelle et originale de présentation.

Les premiers sons retentissent, la salle retient son souffle, fascinée par la magie du cinéma muet. L’union dans lequel se marient l’image et la musique est juste parfaite. Dès le début, le contraste musical entre le Vagabond, Charlie Chaplin, et les autres chasseurs d’or est basé sur la lourdeur des uns et la légèreté de l’autre, souvent rendu par staccato. La musique nous induit en illusion tout le long, par exemple, en faisant croire que les personnages chantent de leur propre voix.

Quant à l’intrigue, elle se fonde sur un fait historique. En 1896, dans la région canadienne du Klondike, l’or fut découvert. Une année plus tard, de nombreux prospecteurs américains arrivèrent à sa recherche, malgré les conditions climatiques extrêmement dures. Ils quittaient leur poste et se jetaient dans l’affaire le corps perdu. C’était une véritable « fièvre de l’or ». Le film reprend la traversée du col Chilkoot, à la frontière entre les États Unies et le Canada.

« La Ruée vers l’or », 1295

Chaplin représente un chercheur d’or qui se balade tout seul à la montagne en espérant  tomber un jour sur un trésor. Lorsqu’une tempête de neige le surprend, il est obligé à entrer dans la cabane d’un bandit, sans s’en rendre compte. Il échappe néanmoins à la mort grâce à l’apparition d’un autre chercheur d’or, Jim. Comme la tempête persiste, les trois hommes sentent l’appel de la faim. C’est à ce moment-là que le spectateur voit la fameuse et épouvantable scène de famine où Charlot cuisine et déguste un soulier. Qui pouvait savoir alors qu’elle se reproduirait à Leningrad assiégé, sans le moindre but comique cette fois-ci? Le bandit part à la recherche de provisions et les personnages bientôt se séparent. Après une suite d’événements, Charlot descend au village où il tombe amoureux de Georgia, une fille de saloon, qui non seulement le rejette, mais aussi le prend constamment en dérision. Jim resurgit et demande au Vagabond de lui montrer la cabane. Il est persuadé d’y trouver de l’or et ne se trompe pas. Ils deviennent riches. Ainsi l’amante est finalement conquise!

Anti-capitaliste, touchante, semblant être tout à fait d’actualité, cette comédie sème un grain de réflexion dans l’esprit du spectateur, sans oublier de l’amuser d’abord.

Texte: Margarita Makarova

Pour découvrir ce que le Rosey nous réserve pour sa saison 2019-2020:
www.roseyconcerthall.ch

 

« La Mère », enfermée dans un palais des glaces

Le Théâtre Alchimic présente en ce moment la dernière pièce de sa saison 2018-2019, « La Mère » de l’auteur français Florian Zeller, mise en scène par Pierto Musillo et portée par quatre comédien·ne·s qui reflètent au public de multiples facettes de l’être humain.  

Texte: Katia Meylan

Photo: Rebecca Bowring

Des rires fusent alors que devant nous, comme sur un ring , une femme affronte son mari, sa vie, ses démons. L’humour est propre à chacun, mais même si le noir n’est pas notre tasse de thé, si un regard acéré sur les méandres de l’esprit humain nous pince le cœur plus qu’il nous fait rire, on doit reconnaitre à Florian Zeller son talent pour les répliques fortes, allant du tranchant à l’absurde. Un talent d’ailleurs déjà largement reconnu puisque l’auteur parisien est comparé par la presse française à Yasmina Reza, et qu’il prépare en ce moment l’adaptation cinématographique de sa pièce « Le Père », 2e volet de la trilogie familiale comprenant « La Mère » (2010), « Le Père » (2012) et récemment « Le Fils » (2018).

À l’Alchimic, quatre comédien·ne·s et le metteur en scène Pietro Musillo se penchent sur « La Mère ».

Ce qui fait rire, c’est un couple face à face dont le dialogue absurde tourne en boucle. On croit vite déceler des types. La mère, qui a tout donné pour ses enfants, passe ses journées à ne rien faire maintenant qu’ils ne sont plus à la maison. Elle les regrette, surtout Nicolas, son fils tant aimé, son amour, qu’elle espère voir revenir habiter à la maison. En attendant, elle est face à son mari, assise sur le canapé depuis lequel elle l’a attendu des heures. « Tu as passé une bonne journée »? Elle soupçonne que son retard n’est pas dû à une réunion. « Alors, tu pars en séminaire demain matin? ». Elle sait qu’il n’ira pas en séminaire. « Et ta journée, comment c’était? »… « c’est bien demain que tu pars en séminaire »?
Rapidement le ton et le menton de la mère montent, les questions obsessionnelles se transforment en propos hargneux. Folle, et aigrie, cette mère… se dit-on.

Ce qui fait rire, c’est la mollesse du mari. Il ne reçoit rien, il ne donne rien. Répond avec calme comme si sa femme avait encore des lubies, avec condescendance. Le personnage est aussi bon comédien que le comédien. Quel lâche, se dit-on, ce mari…

Mais on ne peut juger plus longtemps car la lumière s’éteint, pour se rallumer sur la mère assise sur un autre canapé, apparu en face. La même scène est rejouée, la véhémence de la mère est remplacée par un profond désarroi, et la froide indifférence du père par une autre indifférence, teintée d’un vague reste de tendresse distillé par habitude.

Photo: Rebecca Bowring

Des scènes en alternance, comme deux mondes possibles? On croit d’abord que le schéma va se répéter, mais c’eût été trop simple. Très vite, au fil des scènes, tout se brouille, on ne sait plus bien si ce qu’on voit s’est passé, aurait pu se passer, ou est imaginé par l’esprit endolori de la mère.
Quand Nicolas revient à la maison, la mère n’a plus qu’une idée: le garder et éloigner sa petite amie coûte que coûte. Peut-on abandonner quelqu’un qui nous a tout donné? Peut-on empêcher quelqu’un de vivre sa vie, en invoquant l’amour? La mère dégoûte presque, indigne… ou alors émeut. Elle nous émeut aux larmes, on retrouve dans ces blessures quelque chose de connu. Ses yeux aussi balancent, tantôt tueurs, tantôt si perdus. La comédienne Isabelle Bosson est impressionnante dans ce personnage fragile et toxique.

Pour le public, la scène est miroir, pas un miroir dans lequel on choisir de se regarder en face, plutôt un palais des glaces avec des reflets qui apparaissent tout autour, où partout on risque de se retrouver face à soi-même.

Après le spectacle, devant un public ébranlé qui s’est trouvé pendant 1h30 témoin d’une crise terrible de la vie quotidienne, le directeur de l’Alchimic prend la parole. Des troupes comme celle-ci qui se produisent dans les théâtres de Genève ne peuvent le faire que si elles obtiennent des soutiens financiers. Pour annoncer sa programmation 2018-2019, l’Alchimic avait avancé avec l’insécurité de possibles obligations d’annuler.
Quelques jours avant le vote pour une politique culturelle cohérente entre le canton, les villes et les communes, il lance un appel à aller votre ce dimanche 19 mai.

Photo: Rebecca Bowring

La Mère
Théâtre Alchimic
Jusqu’au dimanche 26 mai

mardi et vendredi à 20h30
mercredi, jeudi, samedi et dimanche à 19h

Avec Isabelle Bosson, Marie-Eve Musy, François Florey et Simon Labarrière

www.alchimic.ch/la-mere

Il était une fois Hollywood à la cinémathèque suisse

Pour notre plus grand plaisir en ces temps de compétition cannoise, la Cinémathèque suisse mise sur le glamour et les paillettes avec un cycle sur Hollywood. Retour sur quatre films à l’affiche, à découvrir ou à redécouvrir, jusqu’au 16 juin.

Texte: Marion Besençon

« Singin’ in the Rain » de Stanley Donen (1952)

Classique universel du cinéma, « Chantons sous la pluie » enchante son public depuis bientôt 70 ans. Cette comédie musicale nous parle d’amour en période de transition du cinéma muet au cinéma parlant. Avec humour et à grand renfort de situations burlesques, l’histoire des studios d’Hollywood est abordée dans l’esprit des meilleurs divertissements. Alors que les numéros dansés et chantés d’anthologie se succèdent, la bonne humeur est contagieuse. C’est le feel good movie de la rétrospective avec l’inoubliable Gene Kelly en as des claquettes!

« A Star is Born » de Frank Pierson (1976)

« Une étoile est née » est un remake à la signature musicale forte grâce à une bande son originale interprétée par Barbra Streisand qui tient d’ailleurs le premier rôle féminin. C’est l’histoire d’une passion entre un rockeur alcoolique sur le déclin et une chanteuse talentueuse sur le point d’être révélée au public. Dans cette version post-Woodstock de la naissance d’une star, préserver le couple des conséquences néfastes du succès consiste à adopter un mode de vie en autarcie dans les grands espaces américains. Malgré les garde-fous, l’utopie restera sans effet sur les pulsions destructrices du chanteur… Les rançons de la gloire et son lot d’émotions fortes: le tout façon hippie et en chanson.

« The Anniversary Party » de Jennifer Jason Leigh et Alan Cumming (2001)

Une actrice et un écrivain sélects réunissent leurs proches dans leur très chic villa hollywodienne pour célébrer leur sixième anniversaire de mariage. Les intentions sont pures: dire la longévité d’un amour, les réussites professionnelles de chacun et l’importance de l’amitié. Pourtant, la consommation d’alcool et de drogue autour de la piscine va faire surgir des vérités d’abord pour pimenter la soirée avant de la transformer en véritable cauchemar. Quels liens survivront aux nombreuses révélations explosives?

« Maps to the Stars » de David Cronenberg (2014)

Le retour inopiné d’une jeune psychopathe dans les quartiers huppés de Los Angeles va pousser au drame deux acteurs en quête d’une renaissance. Benjie est un enfant-star toxicomane sous pression sur le tournage d’une grosse production qui doit lui permettre de renouer avec le succès; Havana est une actrice dépressive qui vit dans l’ombre de sa célèbre mère et place tous ses espoirs dans l’obtention d’un rôle pour lequel elle n’a plus l’âge. Malgré un désir partagé d’affranchissement, ils seront rattrapés par leurs addictions et leurs démons – ceux-ci étant exacerbés par l’arrivée d’un personnage déviant à la casquette double de sœur et d’assistante personnelle. De cette vision radicale et morbide de l’industrie du cinéma ressortent les manies des stars et les pièges de la célébrité. Dirigée par Cronenberg, Julianne Moore crève l’écran (Prix d’interprétation à Cannes) et justifie en soi de voir le film.

Hollywood: l’envers du décor
Cinémathèque Suisse, Lausanne

Projections jusqu’au 16 juin

Tous les films de la rétrospective et horaires sur https://live.cinematheque.ch/films