Un dimanche soir à Label Suisse

Label Suisse, c’est ce festival de musique 100% helvétique qui a lieu tous les deux ans dans la capitale vaudoise. Vu la météo de ce week-end des 17 et 18 septembre, je repousse ma sortie culturelle lausannoise jusqu’au dimanche soir. Les concerts se déroulent sur plusieurs sites tout autour de la place de l’Europe, au bout du quartier du Flon. 

© Alex Simha

LiA © Alex Simha

1ère étape, à 18h00 : LiA. Comme son nom ne l’indique pas, il s’agit d’un chanteur jurassien de vingt-cinq ans tout droit descendu des Franches-Montagnes. Entouré de trois musiciens, il nous sert une pop un peu rock et par moments carrément planante. Sympa, frais, le groupe enchaîne plusieurs morceaux, jusqu’à interagir avec le public : « On nous a dit qu’on avait l’air vaudois, ça nous a vexé ! » Silence hésitant dans l’assemblée. « Mais on adore les Vaudois ! », rassure le chanteur-leader. Le public acclame. Encore un morceau, Les p’tits soleils, en référence au Café du Soleil de Saignelégier, qui a semble-t-il accueilli nombre de soirées de Félicien Donzé (vrai nom de LiA) et de ses acolytes. Même sans beaucoup d’accent, les paroles sentent bon le terroir romand. Devant la scène open-air de la place de l’Europe, la pluie ne diminue pas. « ça va, pas trop chiant ce temps ?, relance le leader. Nous, ça va bien ! », nous nargue-t-il dans son t-shirt noir, alors que nous sommes emmitouflés dans nos manteaux, parapluie à la main. Au moment de l’avant-dernière chanson, le groupe invite alors le public à se rapprocher de la scène, « pour créer de la chaleur humaine et contrer le mauvais temps ». Les spectateurs obtempèrent, sourire aux lèvres. Ce n’est pas quelques gouttes de pluie qui vont les empêcher de passer une bonne soirée ! Les Jurassiens semblent avoir conquis l’assemblée vaudoise.

On est quand même soulagés de constater sur le programme que le concert suivant se déroule dans la salle agréablement chauffée du D! Club. On n’est pas les seuls à s’y rendre un poil à l’avance pour sécher un tant soit peu, et l’espace se remplit rapidement et joyeusement. A l’affiche, Le Grand Pianoramax, pour moi inconnu au bataillon. Très ponctuellement, à 19h00, la scène se pare de faisceaux lumineux aux tons rouges et orangés. Un synthé aux notes stridentes mais bien agencées se mêle à une batterie délivrant un rythme dynamisant. On est pris dans une atmosphère électrique, stimulante, on se laisse emporter. Au deuxième morceau, le chanteur – Black Cracker – rejoint les deux musiciens (Leo Tardin et Dom Burkhalter) et les accompagne de textes aux consonances hip-hop en anglais, ce qui forme un ensemble assez inattendu mais pas déplaisant. Les morceaux se succèdent, tantôt à deux, tantôt à trois, jusqu’à essayer toutes les combinaisons. Le résultat est finalement assez éclectique.

Photo : SDR.

Le Grand Pianoramax. Photo : SDR.

On ne voit pas passer l’heure et se retrouve à nouveau sous la pluie, prenant un hot-dog au passage et courant écouter The Animen, sans doute l’une des têtes d’affiche de la soirée. Faut-il encore présenter ce groupe genevois (pardon, carougeois !), qui tourne dans toute l’Europe et dont le dernier album a été enregistré à Nashville, Tennessee, la patrie du rock’n’roll !? L’espace devant la scène est plein jusque sous les arches du Grand Pont, une multitude de parapluies colorés nous barrant souvent la vue. Quand le champ redevient libre, on peut voir les quatre membres du groupe se démener sur scène pour nous faire oublier le temps maussade et nous transmettre leur incroyable énergie, rapidement contagieuse ! Difficile de rester les bras croisés et les pieds statiques…

© loOrent.com

The Animen © loOrent.com

Un joli bout de soirée donc, on en regretterait presque de ne pas y être venu plus tôt dans le week-end ! Pour rappel, cette manifestation est entièrement gratuite. Rendez-vous dans deux ans, pour d’autres découvertes et retrouvailles avec la musique helvétique sous toutes ses formes !

Rosey Concert Hall: ouverture de saison sur la bonne voix

Originaire de New York, le groupe a cappella Naturally 7 est connu dans le monde entier pour ses sept voix extraordinaires dont la combinaison tient presque de l’expérience mystique. C’est à partir de  2007 que la formation explose avec la reprise du tube de Phil Collins , Feel it (in the air tonight) et multiplie les concerts et les participations prestigieuses (Michael Bublé, Quincy Jones ou Coldplay). Après une tournée de quatre semaines en Europe, Naturally 7 s’est arrêté à Rolle pour une dernière date avant de repartir aux États-Unis.

Photo: MSP.

Photo: MSP.

La scène du Rosey Concert Hall s’est ainsi allumée au rythme déchaîné  des Naturally 7, qui distille un mélange pop/r’n’b pour un déferlement de son explosif. Et sans autre instrument que leurs cordes vocales. Après la claque de la performance technique, on se laisse agréablement caresser par la délicatesse d’un son pur, dénué d’artifices et tout dédié à la beauté du son. À côté de la perfection vocale, les chanteurs offrent des chorégraphies endiablées sur une mise en scène dynamique et ludique, prouvant à nouveau leur immense maîtrise. Les reprises s’enchainent avec fluidité, avec un pic d’énergie sur English man in New-York et un recueillement salvateur pour le final avec Fix you (Coldplay)

À la ferveur de la prestation s’ajoutait l’excitation de la rentrée pour les élèves de l’Institut du Rosey. Ces derniers ont enflammé les bancs du public de leur enthousiasme et réservé un généreux accueil à la formation new-yorkaise. Début prometteur pour la nouvelle saison du Rosey Concert Hall qui nous donne rendez-vous au mois d’octobre pour Cyrano de Bergerac.

Texte et photos: Marie-Sophie Péclard

Photo: MSP.

Photo: MSP.

 

 

Une croisière littéraire en compagnie de Metin Arditi

À bord du bateau Le Lausanne, spécialement affrété pour héberger des évènements connexes au festival morgien « Le livre sur les quais », plusieurs rencontres littéraires ont eu lieu ce dimanche 4 septembre. L’une d’entre elles était une entrevue de l’écrivain Metin Arditi, animée par la journaliste Pascale Zimmermann.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire le nouveau roman « L’enfant qui mesurait le monde » publié par Arditi aux éditions Grasset, Pascale Zimmermann demande à l’écrivain si celui-ci aime les bateaux et le lac Léman. La réponse affirmative permet à Metin Arditi de raconter un pan de son enfance et plus précisément sa venue en Suisse à l’âge de sept ans pour étudier dans un internat à Paudex. Celui-ci, qui n’existe plus à l’heure actuelle, était situé au bord du lac. Pour Arditi enfant et ses petits camarades, le lac Léman avait un côté sacré et intime. L’internat était un éloignement parfois difficile mais personne n’aurait osé s’en plaindre. Lors de moments de faiblesse, l’enfant qui allait « au bord du lac » n’était jamais dérangé, ni par ses collègues ni par les professeurs et pouvait ainsi évacuer son trop-plein d’émotions.

Partant du lac, l’auteur aborde le thème de la mer, aussi très présent dans ses romans. Son dernier livre se passe en Grèce, dans une île inventée qui a pour origine l’île de Spetses, dans laquelle Arditi se rend régulièrement.

Metin Arditi prépare également un dictionnaire amoureux de la Suisse qui paraitra aux éditions Plon l’année prochaine. Une anecdote amusante est que lorsqu’il a commencé à écrire ce dictionnaire, il avait peur d’être trop critique sur certains points et avait donc tenté de compenser en étant extrêmement gentil avec d’autres choses qu’il aimait. En se relisant par la suite, il s’était rendu compte de ce biais et l’avais rectifié. Arditi mentionne ainsi son grand attachement aux terres vaudoises qui l’ont accueilli. C’est grâce à cet ouvrage qu’il a véritablement découvert la Suisse. En effet, bien qu’il soit arrivé très jeune dans ce pays, venant d’une famille juive cosmopolite en Turquie, il a souhaité regarder la Suisse comme le ferait un étranger. C’est pour lui la meilleure façon de garder le plaisir de la découverte.

Interrogé sur sa créativité littéraire qui fait suite à de brillantes études scientifiques (de physique à l’EPFL), à une carrière dans l’immobilier et au soutien des Arts (musée Bodmer et Orchestre de la Suisse Romande), Metin Arditi répond qu’il est impossible de se lasser de l’écriture. Selon lui, « le propre d’une activité artistique est que ce n’est jamais terminé ». Il fait l’analogie entre le début d’un roman et un alpiniste qui se trouve en bas de la montagne, à ceci près qu’il y a infiniment plus d’émotions humaines que de montagnes à explorer.

Pour revenir à son dernier roman et au sujet qu’il aborde, la construction d’une école est une idée à laquelle il avait déjà pensé dans le cadre de sa fondation. Cette vision est celle d’une école dans laquelle des étudiants du monde entier viendraient pour quelques mois étudier les grands philosophes et joueraient du théâtre antique, puis discuteraient des thèmes d’actualité dans la perspective des textes anciens. Ce projet de paix va dans le même sens que les concours d’écriture qu’il organise déjà. Au-delà de l’écrivain, Metin Arditi est un véritable Humaniste, comme il le démontre une nouvelle fois avec un projet qui lui tient particulièrement à cœur : son soutien à la fondation Pôle Autisme. C’est sur cette note d’optimisme que se termine cette belle croisière.

Texte: Sandrine Warêgne

photo © JF Paga / Grasset

photo © JF Paga / Grasset

Paléo: On ne décroche pas!

Peut-être êtes-vous déjà tombé, au gré d’une digression numérique, sur cette adorable vidéo qui exhale les cacas papillons? GiedRé, c’est un peu le même principe. Une fée sortie des prairies enchantées de Lituanie qui débite des atrocités avec un sourire grand comme un arc-en-ciel. Et c’est charmant. Depuis son premier disque en 2011, la chanteuse aux textes crus a réuni un public fidèle qui a investi la pelouse de la scène de l’Arche. GiedRé, qui foulait la plaine du Paléo pour la seconde fois, balance ses ritournelles et ses vannes avec un bonheur communicatif. Et le public s’en est donné à coeur joie, en reprenant à l’unisson les succès impertinents de la chanteuse, comme le désormais incontournable « On fait tous caca ».

GiedRé. Photo: Lionel Flusin

GiedRé. Photo: Lionel Flusin

Rover. Photo: Claude Dussez

Rover. Photo: Claude Dussez

Deuxième Paléo également pour Rover venu présenté son nouvel album Let it glow sur la scène du Détour. Le chapiteau se remplit, peut-être dans un premier temps pour échapper à l’averse qui s’abat en fin de journée sur le festival. On se laisse cependant embarquer par la voix chaude du chanteur  et ses envolées oniriques en anglais (bien qu’originaire de Paris).

Plus tard dans la soirée, retour au Détour pour ne pas voir Vianney. Et pourtant, il était bien là. Mais le public aussi, et bien trop nombreux pour tenir sous le joli chapiteau devenu soudain trop étroit. Qu’à cela ne tienne, Vianney emporte le public dès la première chanson et nous rappelle qu’après tout, « On est bien comme ça »… Détendu et drôle, seul avec sa guitare et ses boucles, Vianney promet un joli moment de complicité.

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Vianney. Photo Lionel Flusin

23h, le public massé devant la Grande scène trépigne. Ce rendez-vous-là, ça fait trente ans qu’il est pris. Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac et Richard Kolinka se réunissent enfin sous la bannière des Insus, nouvelle version du mythique Téléphone, sans Corine Marienneau remplacée par Aleksander Angelov. Surfant sur la nostalgie de leurs  tubes, étendards libertaires de toute une génération, les trois compères + 1 offrent deux heures de pur rock soutenu par un Kolinka déchaîné, pendant que le duo Aubert/Bertignac joue la carte de la complicité. C’est vrai, il y a des moments d’ennui, certains morceaux ne tapent plus aussi forts qu’avant. Mais l’émotion des  Bombe humaine,  Cendrillon, Le Jour s’est levé ou encore Ça c’est vraiment toi  vaut bien un come-back en demi-teinte. Un des grands moment du festival. Merci les Insus.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Les Insus. Photo Brice Robert

Les Insus. Photo Brice Robert

 

Paléo: Le déhanché de Francis Cabrel

Volé au coin d’une table à l’entrée de Paléo:

– Tu m’accompagnes voir Francis Cabrel?
– C’est qui Francis Cabrel?

Allons soigner notre chanson française blessée sous la tente du Détour, où les textes ciselés d’Alex Beaupain lui rendent constamment hommage. À l’aise sur scène avec ses quatre musiciens, le chanteur navigue entre vagues de tristesse et ondulations pop-rock, entre émotion et humour. Efficace.

Sur la scène des Arches, une brindille s’avance. La simplicité contrôlée, Marina Kaye s’en vient à la rencontre de son public. À dix-huit ans, la jeune femme qui a conquis les coeurs avec son tube Homeless inonde un parterre déjà plein de ferveur de sa voix chaude et puissante. Et la brindille devient liane.

Alex Beaupain. Photo Anne Colliard.

Alex Beaupain. Photo Anne Colliard.

 

 

 

 

 

 

Marina Kaye. Photo Lionel Flusin

Marina Kaye. Photo Lionel Flusin

 

 

 

 

 

 

Mais rapidement, on se dirige vers la Grande scène pour se préparer à l’arrivée de Francis Cabrel. Fans de la première heures, rescapés de la tempête Shakira, famille en pèlerinage, couples d’amoureux langoureux ou simples amoureux des mots: le chanteur fédère un public varié. Entre chansons de son dernier album (In Extremis) et succès mémorables, il dit sa colère sur l’état du monde, ses déceptions politiques et exécute encore de belles variations sur l’amour et ses aspérité. Le chanteur profite d’un interlude espagnol (La Robe et l’ Échelle et la toujours puissante Corrida) pour amorcer quelques déhanchés non sans avoir averti avec humour qu’il va « tenter une légère chorégraphie ». Moment de complicité. Mais Francis Cabrel, c’est aussi des dizaines de tubes enchaînés à nos souvenirs. Et ils sont légion pendant cette heure trente de concert: des Murs de poussière à la guitare acoustique qui inaugure le show à Dame de Haute-Savoie sur laquelle Cabrel finit son rappel, le public peut reprendre des chansons aussi intemporelles que  L’encre de tes yeux, Petite Marie ou Je l’aime à mourir.  Après quarante ans de carrière, la magie opère. Encore et encore.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Francis Cabrel. Photo: Lionel Flusin

Francis Cabrel. Photo: Lionel Flusin

Paléo: ça chauffe!

Parmi les invités les plus souvent cités de cette première soirée de festival, j’appelle la Chaleur. Brûlant les lèvres de tous les badauds, cette dernière a régné en maître sur la plaine de l’Asse. Afin d’éviter l’insolation, les festivaliers ont pris d’assaut les scènes sous tente, à l’image du Dôme où L’Agenda attend le premier concert de son périple. Anach Cuan, fleuron valaisan de la musique celtique, comble un public de fidèles venus soutenir le premier passage à Paléo de leur groupe fétiche. Ces derniers n’hésitent pas à se trémousser sur les ritournelles entraînantes empreintes de pop-rock et de chanson. Un voyage à la croisée des cultures.

Passage au Détour pour le final du Grand Blanc. Moins chaleureuse en apparence, la pop éthérée et électrique du groupe messin séduit cependant une foule compacte  grâce à l’énergie déferlante des musiciens et de la chanteuse Camille.

Anach Cuan. Photo: Boris Soula

Grand Blanc. Photo: Claude Dussez

Grand Blanc. Photo: Claude Dussez

Avant les Lumineers qui se préparait à envahir la Grande scène, pause aux Arches pour découvrir la talentueuse Courtney Barnett. Accompagnée des ses trois musiciens, la chanteuse australienne à la voix chaude balance son rock généreux .

Courtney Barnett. Photo: Anne Colliard

Courtney Barnett. Photo: Anne Colliard

Avec le soir, la chaleur s’éloigne poliment de la plaine tandis que monte l’électricité. Palpable, cette excitation n’a qu’un nom: Muse. Têtes d’affiche de cette première soirée, les trois anglais sont des habitués du festival: 4 passages depuis 2000 et toujours un succès explosif auprès du public qui s’est déplacé en nombre: environ 35 000 personnes s’amassent près (ou loin selon son karma) de la grande scène. Le concert doit débuter vers 23h, et certains sont de piquet devant la barrière depuis midi déjà. Une attente gracieusement récompensée par les effets techniques du show: stroboscopes agités, rideau d’écrans géants sur lesquels s’entrelacent volutes numériques et poétiques, Matthew Bellamy surexcité. Au niveau des oreilles, mélange de nouvelles chansons et de tubes incontournables, à l’image de ces Hysteria, Supermassive Black Hole ou Starlight qui ont aiguisé les décibels d’une foule en délire. Entre ces pics de grâce, le rock puissant du groupe anglais s’avère sans nuances ni surprises.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Muse- Photo: Lionel Flusin

Muse- Photo: Lionel Flusin