Un pour tous… et tous pour un!

En garde! Ce week-end, dans le cadre de la programmation du théâtre Les Trois-Quarts, les compagnies Les Exilés et Confiture étaient réunies sur scène dans une adaptation théâtrale des Trois Mousquetaires au cœur du château de la Tour-de-Peilz. Suivez les périples du chevalier d’Artagnan et de ses loyaux camarades qui démêlent les intrigues de la Couronne au fil de leurs épées.

Une supplémentaire est jouée ce soir-même, mercredi 23 septembre à 20h!

Texte: Yohann Thenaisie

Pas de Festival de la Tour cette année? Qu’importe! Les compagnies Les Exilés et Confiture montent leurs gradins et leurs décors à deux étages dans la cour intérieure du Château de la Tour-de-Peilz! Entre les exclamations des enfants et l’odeur des saucisses grillées, on y retrouve l’ambiance d’un spectacle convivial autour d’un monument de la littérature: Les Trois Mousquetaires. Mais silence: les trompettes sonnent, les projecteurs s’allument…

Le jeune chevalier d’Artagnan débarque à Paris pour se faire engager dans la compagnie des mousquetaires, au service de Sa Majesté Louis XIII. Le brave Gascon fait la rencontre d’Athos, Porthos et Aramis qui deviennent ses fidèles compagnons. Hélas, d’Artagnan est aussi volage qu’audacieux, et ses multiples romances le plongent au cœur des intrigues qui opposent la Reine et le Cardinal de Richelieu…

Photo: André Capel

Steve Riccard signe un important travail d’adaptation du roman d’Alexandre Dumas. Les intrigues sont complexes et il peut être difficile de situer les nombreux personnages. Et pourtant, adultes comme enfants y trouvent leur compte. Au fil d’environ trois heures de spectacle (avec entracte), le ton alterne du drame à la comédie. Une volée de personnages colorés appelle les rires: un roi capricieux, un tenancier bouffon à la Louis de Funès, des mousquetaires brigands qui ont du mal à lâcher la bouteille… Ils sont incarnés par pas moins de dix-huit comédien·ne·s au jeu inégal mais toujours dynamique. La mise en scène est brute, avec une belle place faite aux duels à l’épée et à une cascade mémorable sur les murs du château.

Suivez ce lien pour aller les voir ce soir!

Vous les avez manqués? Ils reviennent à la Salle Centrale de la Madeleine (Genève) du 29 septembre au 3 octobre.

Salle Centrale de la Madeleine, Genève
Les 29, 30 septembre et 2 octobre à 20h

Les 1 et 3 octobre à 19h
Plus d’informations: www.theatre-confiture.ch

Et pour la suite de saison du théâtre Les Trois-Quarts: www.troisquarts.ch

©BexArts_Triennale2020_Industria

« Industria »: la Triennale 2020 de Bex & Arts

À quelques dizaine de kilomètres à peine de l’Arc lémanique, Bex accueille en 2020 son incontournable Triennale de sculpture contemporaine. Cette année, c’est la thématique du domaine de l’industrie qui regroupe les œuvres. Bienvenue dans le monde
d’ « Industria »!

Texte: Sandrine Spycher

Terme polysémique, « Industria » caractérise, depuis le 18e siècle, l’habilité à produire, et désigne toute forme d’activité productive (culturelle, artistique, intellectuelle, etc.). Point de départ notamment du Bauhaus, l’idée d’ « Industria » cristallise la volonté, particulièrement d’actualité, de nouer des liens entre art et société industrielle. Dans le contexte de la Triennale de Bex & Arts, cette thématique rappelle l’activité industrielle de Bex comme lieu historique d’exploitation du sel. Dans une incitation à la réflexion, ce sont 34 artistes qui ont été invité·e·s à s’approprier ce terme pour la création d’une œuvre inédite à l’occasion de la Triennale. Combinant les notions d’espace, de lieu et de production, les œuvres in situ sont destinées à fonctionner dans une logique durable qui tient compte de la situation unique du Parc de Szilassy.

 

Parmi les 34 œuvres, la rédactrice de ces lignes a été particulièrement intéressée par les créations de Daniel Zea, Pierre Mariétan, Olivier Estoppey et Nicole Dufour. L’œuvre Cabeza de Hongo de Daniel Zea vous invite à écouter des sons industriels tout en vous baladant sous un arbre. Les cymbales suspendues à l’arbre y sont presque camouflées pour vibrer des sons qui les animent. Un moment poétique et musical proposé par l’artiste de Bogota, qui met en avant sa formation en musique informatique et électroacoustique.

Autre musicien et compositeur, Pierre Mariétan, Montheysan vivant à Paris, met en place un périple à travers l’espace et le son avec Écoute, Son Silence Bruit. En marchant le long de son œuvre, tendez l’oreille attentivement. Au fil de la marche, il y a d’abord le silence, puis les sons du parc, ensuite le bruit distant de la ville, et enfin l’industrie et ses bruits caractéristiques. Les inscriptions au sol prennent alors tout leur sens tandis que les bruits et les silences alentours se mêlent pour vous révéler la proximité de la ville.

Dans un autre registre, l’artiste vaudois Olivier Estoppey bouscule votre perception de l’espace à l’aide d’un simple dispositif architectural. Le Quartier des fous, voilà une œuvre qui porte bien son titre. Dès la porte de cette étrange maison franchie, le sol semble basculer et on perd l’équilibre. Comment est-ce possible? Grâce à une illusion qui embrouille le cerveau: les murs étant perpendiculaires au sol, on a l’impression que celui-ci est plat alors que nous marchons sur une pente. Il faut se muer en véritable dahu pour ne pas tomber !

La genevoise Nicole Dufour, quant à elle, propose avec Maîtrise (Dieu est une couturière, projet au long cours) une sculpture fascinante – et, avouons-le, un peu effrayante – où une figure de femme se libère des liens qui l’emprisonnent. Le fil à coudre et l’aiguille géante ont de quoi impressionner, tout comme le réalisme des traits de la femme représentée, notamment la force se dégageant de son poing serré. Une œuvre qui marque et donne des frissons.

Pas à Bex? Essayez la visite virtuelle !

©BexArts_Triennale2020_Industria

En marge de la Triennale en plein air dans le parc, L’Agenda recommande la visite de l’exposition de photos de Jean-Marc Cherix, dans la buvette de Bex & Arts. Vous y trouverez 25 clichés de la Fête des Vignerons (mêlant les éditions de 1999 et 2019). « Le défi était de faire des photos en noir et blanc d’une fête avec autant de couleurs », explique le photographe. Mais si les couleurs disparaissent, le mouvement est, lui, bien présent pour rendre hommage à cette fête historique. Les photos vous transportent immédiatement vers la place du Marché de Vevey, avec les souvenirs et les émotions!

Jusqu’au 18 octobre 2020

bexarts.ch

Festival des Bastions – les « Confidences Estivales » de Guillaume Paire

Les annulations dues à la crise sanitaire ont parfois eu comme un effet de geyser. Un exemple à Genève où frustration et envie d’agir se sont accumulées pour faire jaillir le Festival des Bastions: sept concerts gratuits dans un cadre informel, gourmand et idyllique, sont organisés par la société Stradivarius Art & Sound, l’agence musiKa et le Café Restaurant du Parc des Bastions. Les initiateurs du projet souhaitaient recréer des possibilités de concerts pour les artistes, tout en offrant au public de la musique pour accompagner leur été. À cette occasion, L’Agenda a rencontré le baryton Guillaume Paire, qui se produira en récital le mercredi 26 août.

Texte: Katia Meylan

En juillet, trois soirées ont déjà vu les Bastions s’animer de jazz (Marc Perrenoud Trio), de tango (Quatuor Terpsycordes et William Sabatier) et de musique klezmer (François-Xavier Poizat, piano, Damien Bachmann, clarinette et Anton Spronk, violoncelle). La programmation, imaginée par Fabrizio von Arx, continue sur quatre dates jusqu’en septembre.

Photo: ©Olivier Miche

Si l’on ne peut qualifier le concert du mercredi 26 août de « classique », il fera pourtant la part belle à l’art lyrique puisque le baryton Guillaume Paire donnera un récital théâtralisé de sa création.

Nous avons voulu en savoir plus sur cet artiste protéiforme, membre de l’Opéra de Rouen, de la compagnie d’opéra Les Frivolités Parisiennes, de l’Académie du Festival d’Aix en Provence et ancien étudiant de la HEM Genève. C’est au Conservatoire de musiques populaires que nous le rencontrons alors qu’il prépare une version 2020 remaniée des Rencontres Lyriques de Genève, dont il est directeur adjoint.

L’Agenda: Pendant le confinement, avez-vous fait partie des hyperactifs sur les réseaux sociaux ou avez-vous préparé le retour aux arts vivants de façon plus « confidentielle »?

Guillaume Paire: Pour moi, le spectacle vivant c’est du spectacle vivant, et si on veut écouter de la musique, il y a des magnifiques disques qui existent, pareil si on veut regarder un film. Je suis un peu hermétique à ce qui s’est passé. J’ai vécu cette période comme un moment d’introspection. En tant qu’artiste, on a une responsabilité de proposer différentes visions du monde, mais ça demande un peu de temps. On ne comprend pas forcément le monde plus vite que les autres. Ça n’engage que moi, mais dans l’immédiateté on avait plus un rôle de citoyen à remplir qu’un rôle d’artiste. J’ai déjà tenté de comprendre et de vivre tout ça pour moi-même, c’était une bonne occasion de réfléchir sur soi avant d’essayer de changer le monde.

Vous êtes remonté sur scène en juillet dans un spectacle intitulé Les Fous Chantants avec la compagnie Les Frivolités Parisiennes. Qu’a généré comme émotions le premier concert après cette absence de musique en direct?

Au moment d’aller à la répétition, c’était comme quand il y avait la grève des profs à l’école, on espère que ce sera reconduit, parce qu’on s’est habitués habitués à rester à la maison. Après 4-5 mois, ça m’a fait peur de retourner sur scène. Je n’étais pas certains que j’allais retrouver mes réflexes, mes sensations. Et à partir du moment où la musique a commencé à se faire entendre, j’avais envie d’y retourner. Quand l’orchestre s’est mis à jouer, j’avais presque oublié ce que ça faisait d’entendre de la musique en vrai. On s’est regardés avec les deux autres chanteurs, et ça s’est passé de mot. Ça nous a fait du bien. Ça pourra paraître un peu romancé, mais dans cette période où notre environnement est aseptisé par les précautions sanitaires, c’était surprenant d’entendre le son naturel des instruments, qui prend tellement de place dans l’espace, venir le bousculer avec de la beauté.

Dans la préparation des événements pour la reprise, notamment le Festival des Bastions, est-ce que vous avez senti une différence dans les collaborations, dans la manière de procéder?

Si le Festival des Bastion peut avoir lieu c’est que rien n’était prévu. C’est ça qui est fou. Tout est renversé pour l’instant. Toutes les grosses machines, ce à quoi on est habitués dans notre milieu où tout est cadré au millimètre, dans le monde tel qu’il est en train de trembler, ça ne peut pas exister. En revanche, le Festival des Bastions, qui vient avec sa forme résiliente, peut se greffer à ce monde. Fabrizio von Arx m’a demandé début juillet si je voulais y participer. C’est un chamboulement pour nous aussi, quand on a l’habitude d’être prévenus des années en avance.

Si je devais trouver quelque chose de positif à la situation actuelle, ce serait que les cartes sont redistribuées. Ce côté spontané est agréable, les choses se créent à l’énergie. Peu importe qui est sollicité pour faire partie de cette programmation, tout le monde a envie d’y aller!

Photo: Marie-Clémence David

Vous allez présenter mercredi prochain un récital-monologue intitulé Confidences Estivales. Après les introspections de Papageno que vous avez écrites et interprétées dans votre spectacle Le Blues du Perroquet en 2019, ce sont vos propres confidences que vous livrez?

Je ne sais pas faire les récitals sans raconter quelque chose, juste pour la beauté de la musique. Il a fallu réfléchir… Que raconter à part ce que tout le monde a vécu? Le déclic a été un recueil de partitions retrouvé par mes parents. Des choses qui m’ont accompagné dans mon parcours, que je n’ai pas forcément eu l’occasion de chanter en récital. Je me suis dit « Et si on ne retourne jamais sur scène…? ». J’ai préparé ce récital en faisant comme si c’était la dernière fois. Et je me suis remis à rêver. Ça a eu cette incidence là aussi, ce qu’on a vécu. Devenir chanteur ou chanteuse d’opéra, c’est un rêve au départ. On s’imagine plein de choses, on fantasme. Et après, il y a la réalité du métier, et petit à petit, je crois qu’on oublie un peu le rêve de départ.

Ce recueil de partitions que j’ai trouvé, le Parc des Bastions, le Conservatoire en face, le Grand Théâtre juste à côté… forcément que ça déclenche quelque chose chez moi. J’ai tissé un fil conducteur entre les airs, qui reste cependant anecdotique. C’est la musique qui sera au centre de tout, mais je me dis que c’est sympa si le public sait pourquoi j’ai choisi ces airs-là et pourquoi ils ont du sens pour moi.

Peut-on déjà savoir de quels airs il s’agit?

(Il hésite)… Je crois que je vais m’autoriser quelque chose qu’on ne fait jamais: jauger sur le moment ce que je vais chanter et dans quel ordre. Mais il y aura Mozart, forcément un extrait des Noces de Figaro, Rossini, Poulenc… et le répertoire sera assez large: j’irai jusqu’à la chanson.

Le pianiste devra être réactif!

Très réactif. Adrien Polycarpe est le pianiste du Blues du Perroquet. Si je peux faire ça, c’est que je sais que j’ai cette liberté avec lui, qu’il sera dans la même bulle que moi à ce moment-là. Effectivement ce sera du sport! Mais j’ai envie de le tenter comme ça. J’ai envie de voir jusqu’où on peut pousser la résilience.

*****

Photo: ©Olivier Miche

Il est encore possible de s’inscrire sur liste d’attente pour manger au Restaurant des Bastions. Pour profiter de la musique uniquement, pas de réservation nécessaire, il suffit d’arriver au parc à l’avance car le nombre de places est limité!

Festival des Bastions, Genève
Mercredi 26 août à 19h: Guillaume Paire

Mardi 1 septembre à 19h: Gautier Capuçon et Fabrizio Chiovetta

Jeudi 3 septembre à 19h: Leonardo Garcia Alarcon et Sonya Yoncheva

Samedi 5 septembre à 19h: Fabrizio Von Arx and friends

Les organisateurs du Festival des Bastions: www.musika-agence.ch / www.stradivarius-artsound.com / www.bastions.ch
L’actualité de Guillaume Paire dans la région:
L’Auberge du cheval blanc à l’Opéra de Lausanne en décembre 2020
www.guillaumepaire.com

Lectures estivales

Lectures estivales

Polar, feel-good ou encore fantastique, les romans à emmener en vacances se déclinent dans tous les genres. Les plumes romandes ont toujours beaucoup à offrir et il y en a pour tous les goûts. Voici un échantillon parmi les coups de cœur de L’Agenda.

Texte : Inès Fernandes

Parmi le nombre toujours plus conséquent des parutions littéraires romandes, la rédactrice de ces lignes a choisi de s’arrêter sur les livres de Nicolas Feuz, Marie Javet et Catherine Rolland, respectivement publiés par Slatkine & Cie, les Éditions Solar et les Éditions OKAMA. Ce choix repose essentiellement sur un désir de présenter la diversité des genres et des styles : un polar rythmé à l’écriture aiguisée, un feel-good lumineux d’une plume exigeante et un roman fantastique au goût d’aventure.

L’engrenage du mal de Nicolas Feuz

L'engrenage du mal

Nicolas Feuz, L’engrenage du mal, Slatkine & Cie, 2020

Troisième opus des aventures de Tanja Stojkaj, Norbert Jemsen et Flavie Keller, ce nouveau polar se concentre principalement sur le personnage de Tanja pour en souligner le caractère fort et indépendant déjà esquissé dans les tomes précédents. L’intrigue est construite en allers-retours entre un procès et les actes qui y ont conduit. Le suspense réside justement dans cette structure à la dualité bien familière de l’auteur. Dès les premiers chapitres, on se demande quel est l’enjeu du procès, qui sont les victimes, qui sont les témoins, et l’on doute même de l’identité de l’accusée. Dans L’engrenage du mal, Nicolas Feuz retrouve un style tranchant et précis, sans se départir du sens du rythme qui fait sa signature. Haletant et intriguant, ce polar se lit rapidement et, pour une fois, sans trop retourner les estomacs fragiles ou choquer les âmes sensibles.

Toute la mer dans un coquillage de Marie Javet

Toute la mer dans un coquillage

Marie Javet, Toute la mer dans un coquillage, Éditions Solar, 2020

Ce roman lumineux qui fait du bien à l’âme est le premier du genre pour Marie Javet. On y retrouve Claire, une femme inspirante qui, suite à une déconvenue professionnelle, décide de changer radicalement de vie. Elle nous emmène alors dans ses bagages jusqu’au sud de la France où elle se réinvente en suivant une pensée minimaliste. Avec une plume qui n’a d’égale qu’elle-même, Marie Javet nous propose ici une véritable ode au minimalisme et à la recherche de soi, tout en douceur et en sincérité. Humour, amour et découverte se côtoient dans ce roman, et l’on se prend à rêver de laisser nos traces de pas sur une plage du Midi, à l’image de Claire. La protagoniste apparaît comme une « Madame tout le monde » à qui il est facile de s’identifier. Déterminée à profiter de la vie plutôt qu’à la subir, elle ne se laisse pas démonter par les déceptions qui tentent de lui barrer la route. Son caractère humble ne laissera personne de marbre dans un roman qui sent bon le bien-être.

La Dormeuse de Catherine Rolland

La Dormeuse

Catherine Rolland, La Dormeuse, Éditions OKAMA, 2020

Cette aventure fantastique au cœur de la cité antique de Pompéi est portée par des personnages marquants. La protagoniste paraît de prime abord détestable, mais on finit par s’attacher à elle et on ne veut plus la quitter lorsqu’elle nous emmène à travers le temps pour vivre les derniers jours de Pompéi à sa manière. Adepte du réalisme magique, Catherine Rolland parvient à donner vie à des personnages historiques en leur prêtant des failles et des défauts que tout humain peut reconnaître en dépit des époques différentes. Ainsi, on s’identifie sans peine à une jeune fille pompéienne, autant qu’à une vielle femme française. La Dormeuse, bien que long, se lit sans accrocs car son rythme est bien mené, passant d’une période historique à une autre avec une aisance et un naturel déroutant. Une aventure plaisante à lire, avec des protagonistes attachants et des rebondissements surprenants.


Bonus : le coup de cœur importé avec Nuuk de Mo Malø

Nuuk

Mo Malø, Nuuk, Éditions de La Martinière, 2020

Un polar glacé pour un été caniculaire : Nuuk nous emporte dans la neige et la nuit groenlandaises. Malouin d’origine comme son nom l’indique, l’auteur manie une écriture entre suspense et ethnographie pour ce troisième volet des aventures du commandant Qaanaaq Adriensen. Moins violent que les deux précédents, Nuuk se veut plus proche des réalités sociales du pays qu’il prend pour décor. Mo Malø s’est notamment inspiré de son voyage sur place pour décrire les lieux avec une précision à faire froid dans le dos. Il invite son protagoniste à visiter les quatre coins de l’île alors qu’une série de suicides frappe la jeunesse groenlandaise. À cela s’ajoute les paquets macabres reçus par le policier à chacun de ses déplacements pour qu’un puzzle haletant se mette en place. Bien écrit et intelligent, Nuuk n’en perd pas pour autant la touche d’émotion et d’amour propre à l’auteur qui parvient à nous faire rêver tout en racontant des atrocités dans un polar.

Contempler l’horizon et s’y projeter

Simon Mastrangelo vous invite à découvrir son exposition de photographies ethnographiques Émigrer en quête de dignité. Ces mots titrent aussi son premier livre paru en 2019 aux Presses universitaires François-Rabelais (PUFR) dans la collection Migrations qui a pour objectif de favoriser la diffusion des connaissances scientifiques vers un public large.

Texte: Gauvain Jacot-Descombes

La rétine du savant

Diplômé de l’Université de Lausanne, Simon Mastrangelo est l’auteur d’une thèse de doctorat sur les migrations tunisiennes dites « clandestines ». Il précise lors de notre entretien: « La publication de ces images n’était pas préméditée, car durant les trois ou quatre années de cette recherche, je me suis servi de la photographie comme d’un outil mnémotechnique. Or, je souhaite aujourd’hui qu’elles puissent avoir leur propre voix. Je pense que ces images sont pertinentes à montrer, car elles se situent dans le cadre d’une recherche ethnographique. C’est la raison pour laquelle ces images sont toujours liées dans l’exposition à des scènes ethnographiques ou à des extraits d’entretiens ».

Un choix qui est bien inspiré, car d’autres scientifiques n’ont eux aussi pas pu résister à l’appel de la photographie. En 1904, par exemple, le sociologue américain Lewis Wickes Hine travaille sur les immigré·e·s d’Ellis Island et réalise une série de clichés stupéfiants d’une époque où c’était au tour des Européen·ne·s de prendre la mer, de rêver à un Ailleurs et de se construire un imaginaire migratoire. Si cette proposition photographique a un ancrage scientifique, ce n’est pas l’histoire de cette discipline qui pourra contredire l’approche du chercheur. En effet, « c’est à partir des années 1880 que la photographie devient un auxiliaire fiable des sciences ». (Bajac, 2004)

Une arme de dénonciation?

Ces images ont certes un axe scientifique, mais pas uniquement. Dans la mesure où la migration est une problématique contemporaine, sociale, politique et législative, il faut aussi relever l’axe du témoignage photographique. Dès la fin du 19e et le début du 20e siècle, « la photographie a été reconnue comme le meilleur moyen de témoigner du réel. Elle devient une arme de dénonciation dans les mains d’hommes ou de femmes désireux de révéler aux yeux de leurs contemporains l’injustice du monde qui les entoure » (Bolloch, 2004).

Il est toutefois nécessaire de clarifier le positionnement de Simon Mastrangelo: « Quand on parle de migration, c’est toujours très politique. Dans mon cas, bien que l’on ne puisse pas être toujours totalement objectif, j’essaie de produire quelque chose qui ne soit ni dans un déni des souffrances du genre humain ni dans une perspective militante qui viserait à diaboliser les politiques migratoires. J’essaie plutôt de documenter et de donner la parole aux personnes elles-mêmes, pour qu’elles puissent raconter leurs récits, et qu’elles s’expriment politiquement si elles le souhaitent. Mais que ça ne soit pas moi qui leur impose ce prisme de lecture politique ».

Émigrer en quête de dignité

Du 25 juillet au 15 août 2020,
Galerie du Faubourg, Porrentruy. Vernissage le 25 juillet à 19h

Du 11 au 25 septembre 2020,
Péristyle de l’Hôtel de Ville de Neuchâtel, à l’occasion de la Semaine d’actions contre le racisme

 

Pour aller plus loin:

Mastrangelo Simon (2019), Émigrer en quête de dignité. Tunisiens entre désillusions et espoirs, Tours: Presses universitaires François-Rabelais.

Bajac Quentin (2004), La photographie scientifique, la révélation d’une autre réalité, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 48-49.

Bolloch Joëlle (2004), « D’authentiques cas » de misère sociale, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 50-51.

Jumelage à Puplinge

Ouf, tous les festivals n’ont pas disparu de l’été 2020, et les Romand·e·s ont de quoi profiter musicalement de leurs vacances. Lorsque l’équipe du Puplinge Classique a lui-aussi annoncé le maintien de son festival du 18 juillet au 22 août, L’Agenda s’est empressé d’aller découvrir ce que nous réservait cette 11e édition!

Concours: Gagnez vos places pour trois soirées!

Texte: Katia Meylan

L’année dernière nous avions rencontré François-Xavier Poizat, directeur du Puplinge Classique, qui fêtait, avec son ami et collègue co-fondateur Damien Bachmann, un jubilé. Le pianiste nous avait retracé les étapes d’un festival qui a toujours aspiré à se réinventer, et avait souligné une ligne directrice empreinte de diversité: diversité dans les générations d’interprètes, dans les configurations sur scène, dans les styles et les époques de musique.
Après la Rétrospective, c’est par le Jumelage qu’elle s’exprime dans cette 11e édition.

François-Xavier Poizat a répondu à nos questions autour d’un café à Genève, quelques jours avant le concert d’ouverture qui se tiendra ce samedi 18 juillet.

L’Agenda: Le festival présente dès samedi douze concerts et une programmation internationale. Vous êtes des rescapés?
François-Xavier Poizat:
Pendant quelques mois on a préparé un plan B en parallèle, une édition digitale. Tous nos sponsors sont restés en sachant que ce serait peut-être une édition filmée. Finalement, à part deux concerts où les artistes nous ont dit ne pas pouvoir venir – un quatuor du Canada et un orchestre d’enfants de Corée du Sud, qui viendront peut-être l’année prochaine – on a gardé la programmation initiale!

La possibilité de voyager a été reconsidérée ces derniers temps, comment l’avez-vous vécu en tant que pianiste et comment cela a-t-il a affecté le festival?
Une dizaine de mes concerts internationaux ont été annulés. Après, lorsqu’on donne un concert, que ce soit à l’autre bout du monde ou à côté de chez soi, le plaisir reste le même et l’essentiel est là. J’ai arrêté de voyager mais pas de travailler. J’ai continué à donner des concerts pour cinq personnes, puis pour trente… Maintenant la reprise est assez « juteuse » si j’ose dire, car beaucoup de gens ont été frustrés par l’absence de concerts. Je joue ce mercredi au Festival des Bastions  par exemple, qui a été créé par l’énergie de cette frustration.
Quant au Festival Puplinge Classique, pour moi qui ai l’habitude d’investir mes étés dedans, l’annuler n’était pas une option. Sans l’orchestre de Corée et le quatuor du Canada, cette édition reste internationale, mais plus européenne qu’intercontinentale: les artistes viennent de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de Suisse-alémanique… et on a quand même un pianiste russe qui vient de New-York!

Dans la programmation, où s’exprime le thème du Jumelage, choisi pour cette édition?
Dans le jumelage des œuvres entre elles. L’exemple est flagrant dans le concert du 23 juillet, où on trouve des musiques populaires baroques et des œuvres de compositeurs vivants, par exemple Technoparade de Guillaume Connesson, qui est une imitation classique d’un morceau de techno. Lorsque je peux choisir le programme d’un concert, je me permets évidemment de choisir des morceaux en lien avec le thème. Le 21 août, je vais jouer deux concertos pour clavecin qui se ressemblent dans leur facture: l’un de Jean-Sébastien Bach (18e s.), l’autre de Górecki (1980), un compositeur moderne polonais. Le clavecin est un instrument qui se jumelle bien, car il a un répertoire soit baroque, soit moderne.
Mais d’autres programmes où je ne joue pas sont aussi dans le thème. Par exemple les concerts liés à la célébration des 250 ans de Beethoven, qui jumellent les œuvres du compositeur avec celles de ses inspirations (13 août) et ses héritiers symphoniques (15 août).

Quelle est votre histoire avec les programmes des concerts pour lesquels vous jouez, le 23 juillet et le 21 août?
Le 23 juillet, on va jouer pour la troisième fois A Friday Night in August de Daniel Schnyder, dont je dis souvent qu’il est est mon compositeur vivant préféré. Ce trio pour piano, violoncelle et clarinette faisait partie du tout premier concert du Puplinge Classique, il y a presque 10 ans jour pour jour.
Sinon, je profite d’être dans mon festival et d’y avoir une liberté totale. Ailleurs on me demandera plus souvent du grand répertoire, pour un public qui est habitué à cela. Puplinge a construit au fil des années une programmation audacieuse, on y trouve beaucoup d’œuvres du grand répertoire mais aussi une ouverture vers d’autres musiques.

…par exemple avec la soirée traditionnelle arménienne (28 juillet), qui a été rejointe par une soirée tango (16 août) et une soirée klezmer (18 août)?
La soirée arménienne est emblématique du festival et je sais que certains viennent exprès pour ça! Elle représente à la fois un côté « exotique » grand public, et le répertoire arménien compte des dizaines de grands compositeurs, ce qui laisse une liberté aux invités dans le choix des œuvres.
Ces soirées diversifient la programmation en même temps qu’elles amènent un aspect festif. Ce sont des musiques de plaisir, de célébration, et un festival sans ça ne serait pas vraiment un festival, plutôt une suite de concerts de musique classique!
La question avec l’ensemble de musique klezmer était: « est-ce qu’on fait une soirée dansante dans la salle communale, ou une soirée plus « intellectuelle » dans l’église »? Dans le contexte actuel, on a préféré la deuxième option, et le choix des instruments s’est porté sur un accordéon au lieu des percussions, ce qui donne une musique d’écoute, mélodique et polyphonique.
C’est une spontanéité et une adaptabilité qu’on apprécie dans ces musiques, qui seraient plus difficile avec une partition de musique classique lourde de richesses.

D’autres temps forts dans la programmation?
Le récital de piano (qui est le seul récital du festival, car on fait attention à ne pas avoir deux fois la même disposition). Vyacheslav Gryaznov est un pianiste comme je les aime: il porte en lui une grande tradition, il a fait le Conservatoire de Moscou et l’Université de Yale à New-York, et sa première partie sera une sonate de Beethoven que tous les pianistes connaissent par cœur. Dans la deuxième partie, il jouera ses transcriptions de Tchaïkovski, Rachmaninov ou Glinka, dont certaines totalisent plusieurs millions de vue sur YouTube. Ce n’est pas de la vulgarisation – car ceux que ça attire s’arrêteraient souvent à ça – mais des arrangements virtuoses de morceaux moins connus du grand public.

L’une des fiertés de cette édition est aussi la présence de Martin Engstroem en tant que Président d’honneur. On nous compare souvent avec un peu d’ironie au Verbier Festival en sachant que nos tailles sont bien différentes, c’est donc touchant d’avoir une petite tape sur l’épaule de la part de son directeur!

Festival Puplinge Classique
12 concerts, du 18 juillet au 22 août 2020
Église de Puplinge, GE
www.puplinge-classique.ch

 

CONCOURS!

1 x 2 billets pour le concert Baroque and pop le samedi 23 juillet à 20h

1 x 2 billets pour le concert Beethoven II, Jeunesse et postérité, le jeudi 13 août à 20h

1 x 2 billets pour le récital Piano russe, le jeudi 20 août à 20h

Écrivez-nous un mail à info@l-agenda.online en précisant quelles places vous souhaitez gagner