Visite de l’atelier… du Minotaure

L’exposition présentée au Palais Lumière jusqu’au 7 octobre 2018 dans le cadre du projet « Picasso Méditerranée » propose de revisiter la figure du Minotaure, créature célèbre de l’Antiquité grecque.

Texte: Maureen Miles

Pablo Picasso – Dora et le Minotaure 5 sept 1936 © Sucession Picasso 2018 © RMN

Petit rappel express pour ceux qui auraient oublié leurs cours de culture antique: selon le récit le plus ancien du mythe, Poséidon, irrité contre le roi de Crète Minos qui ne lui a pas sacrifié un taureau splendide, condamne Pasiphaé, l’épouse du monarque, à éprouver de l’amour charnel pour l’animal. Avec ruse, la reine parvient à s’accoupler avec lui et enfante Astérios, à la face de taureau et au corps humain, soit le Minotaure. Ce dernier est maintenu dans un labyrinthe où tous les neuf ans lui sont livrés en pâture sept jeunes hommes et autant de jeunes filles, sans armes. Jusqu’au jour où le prince Thésée, fils du roi d’Athènes Egée, parvient à tuer le monstre et sortir du labyrinthe grâce au fil rouge offert par Ariane, fille du roi Minos… et donc demi-sœur du Minotaure. Vous suivez?

S’adressant à un public large, l’exposition du Palais Lumière « Picasso, l’atelier du Minotaure » s’attèle à faire découvrir non seulement, comme son nom l’indique, les œuvres majeures de Picasso représentant « la bête » mais aussi à lier entre eux les différents artistes – Mirò, Dalì, Masson, Breton pour n’en citer que quelques-uns – et domaines qui ont revisité le mythe: sculpture, collage, peinture, cinéma, tapisserie, poésie, chanson…

Un mythe intemporel

L’exposition suit l’évolution historique de la représentation iconographique du Minotaure de l’Antiquité à nos jours. Ainsi, tandis que les maîtres classiques représentaient le plus souvent l’affrontement de Thésée avec le Minotaure dans le labyrinthe et autres scènes du mythe, avec le temps la créature hybride va devenir centrale en tant que telle. D’un monstre anthropophage, les artistes modernes tirent d’autres caractéristiques de sa bestialité, que l’on peut mettre en parallèle avec les affres de l’époque: tantôt être animé par une gloutonnerie sexuelle, débauché et lubrique, tantôt tyran insatiable et sanguinaire réclamant sans cesse de nouveaux cadavres. Il faut dire que le Minotaure a de quoi inspirer les artistes du 20e siècle, période trouble marquée par deux guerres mondiales.

Pablo Picasso Minotaure et nu © succession Picasso 2018 © Photographie Claude Germain

Picasso Minotaure

Joan Miro – Couverture du n°7 de la revue Minotaure – 1935 © ADAGP, Paris © Photographie Bouquinerie de l’institut

Durant l’entre-deux-guerres les œuvres de Picasso sont hantées par le thème du Minotaure. Il réalise d’ailleurs en 1933 la couverture du premier numéro de la revue Minotaure, revue artistique et littéraire affiliée aux champs de recherches surréalistes. Il s’approprie le caractère hybride du mythe, exprimant la dualité de l’homme et de l’animal. Picasso humanise le Minotaure de plus en plus, en fait son autoportrait tout en utilisant sa bestialité pour exprimer ses propres pulsions obscures. Dans ses tableaux, le Minotaure amoureux, séducteur mais aussi violent est montré observant des femmes dans leur sommeil, trinquant avec elles, les embrassant, les enlaçant et même les violant… L’artiste se représente dans son atelier en Minotaure cédant à ses pulsions avec ses modèles-amantes.

Un mythe et de nombreux fils rouges

Comme souvent les mythes, celui du Minotaure propose de nombreux thèmes susceptibles d’inspirer les artistes de chaque époque: bestialité, cruauté mais aussi fragilité, sexualité débridée, labyrinthe, extérieur ou intérieur, dans lequel on se perd et qui condamne à errer sans fin, fil rouge… Point de vue original sur une légende bien connue, l’exposition est aussi l’occasion d’une belle promenade à Evian et d’une visite du Palais Lumière, ancien établissement thermal, emblématique du renouveau de la ville.

 

 

Picasso, l’atelier du Minotaure, à voir du 30 juin au 7 octobre 2018 au Palais Lumière Evian

www.ville-evian.fr/fr/culture/expositions/picasso-l-atelier-du-minotaure

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W.A.Y.T. ou Who Are You Thelma de Pauline Raineri

Une fiction chorégraphique qui nous interroge sur la figure complexe de la femme fatale dans le film noir des années 1930-40. À l’occasion d’une soirée-débat avec la chorégraphe et le duo de danseurs·euses, une étudiante en études genre, Estelle, et un philosophe, Damien, nous éclairent sur ce personnage.

Texte: Nesrine Ghulam

Il faut tout d’abord mentionner le caractère sombre de la pièce qui incarne parfaitement l’ambiance du film noir américain. De forts contrastes marquent les jeux de lumières, nous laissant par moments complètement plongé·e·s dans l’obscurité. Le décor, très sobre, traduit un espace assez restreint duquel il semble impossible de s’échapper. Les acteurs·trices nous jaugent et se scrutent eux/elles-mêmes, sans cesse. Dès le début de la pièce, une forte tension se ressent, qui ne fera que s’amplifier au fil des scènes. Cette ambiance noire teintée de méfiance est intensifiée par la brutalité de certains volets qui mettent en scène une femme et un homme. Même si l’univers est spécifique à l’époque que la chorégraphe a voulu représenter, certaines scènes résonnent au fond de nous et nous amènent inévitablement à nous questionner nous-mêmes sur les rapports de genre qui constituent notre société.

C’est d’ailleurs ce que la chorégraphe, Pauline Raineri, nous mentionne. Inspirée par l’esthétique des films noirs et plus particulièrement par la protagoniste de « The File On Thelma Jordon », elle a voulu s’attarder sur la figure de la femme fatale. En 2016-2017, elle crée alors une première pièce, plus courte, intitulée « Thelma ». C’est par la suite qu’elle décide de traiter de ce thème de manière plus profonde en créant cette pièce, « W.A.Y.T », en reprenant les mêmes acteurs·trices. La figure de la femme fatale est une forme de féminité qui est mise en scène ici dans un univers particulier, celui des années 40. Or, la chorégraphe nous explique s’être rattachée à des situations qu’elle-même, en tant que femme, a vécu. D’une manière subtile, la pièce est donc teintée par une certaine volonté dénonciatrice très actuelle.

Mais qu’est-ce qu’une femme fatale? Estelle nous explique que « La femme fatale est avant tout une femme, dans le sens où c’est un personnage genré qui prend place dans un système social où les rapports de genre sont hiérarchisés ». Cette figure émerge dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, au moment où des femmes occupent des postes à responsabilité laissés vacants par les hommes. En accédant à des positions hiérarchiques qui leur étaient inaccessibles auparavant, les femmes s’empower, prennent du pouvoir, et sont alors perçues comme des menaces par les hommes. La femme fatale n’incarne donc pas l’archétype de la femme passive et soumise; elle s’y oppose, en affirmant sa sexualité active et libérée. Elle use alors de son pouvoir de séduction érotique comme une arme, d’où le terme de « fatale ». Son charme, sa sensualité lui permettent de manipuler les hommes. La femme fatale est donc une femme puissante, mais complexe. C’est de la manipulation et de son caractère mauvais qu’elle semble tirer son pouvoir. Damien nous explique le paradoxe de cette figure: la femme fatale est une femme puissante mais qui reste produite par un regard masculin. Cette figure est donc ambivalente. De plus, l’enjeu de l’émancipation serait-il de rester dans une forme de domination?

La pièce résonne en nous car elle questionne les rapports de genre en explorant différentes formes d’émancipation. La chorégraphe joue avec les figures genrées féminin-masculin, en les renforçant et en les effaçant par moments. Au fil de la pièce, les catégories sont brisées puis remodelées; on s’aperçoit que les rôles genrés ne sont qu’une construction et qu’ils peuvent donc être détruits. De plus, on pourrait penser que la femme fatale est un produit du système masculin, ce qui fait de cette personne un être incapable d’une émancipation « complète » et donc inévitablement aliéné. Or, la pièce permet de s’interroger à ce propos: se construire en tant que femme fatale, active, sexuelle, n’est-il pas déjà un acte de révolte en soi? Se réapproprier un rôle défini par le système ne contribue-t-il pas à le subvertir, et à en casser les catégories qui le fondent en y imposant son propre système de valeurs?

https://galpon.ch/spectacle/w-a-y-t/

L’expérience Messmer ou l’hypnose par les cinq sens

Samedi 9 juin, je me rendais en famille au Théâtre du Léman, à Genève, pour assister au spectacle « Hypersensoriel » de Messmer, l’occasion d’observer en temps réel et sans le filtre de l’écran, celui que l’on connaît sous le nom de « Fascinateur ».

Texte: Christelle Bujard

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Le spectacle commence et met tout de suite dans l’ambiance par ses jeux de fumées et de lumières.  On ressent différentes émotions s’élever à l’intérieur du théâtre: doute, anxiété, scepticisme, amusement. Messmer s’avance sous les applaudissements et nous propose très vite un premier test de réceptivité afin de sélectionner les « élu∙e∙s » parmi le public.

La majorité des personnes présentes se prête au jeu et le show commence, l’artiste endort une quinzaine de volontaires devant nos yeux ébahis, qui se retrouvent désormais hypnotisé∙e∙s et sous son contrôle. Puis, il les fait évoluer dans différents tableaux, dont un homme qui se retrouve accroché par un câble à quelques mètres du sol et qui est persuadé d’être un oiseau survolant New York. Une journaliste improvisée nous relatera même les faits dans un chinois tout autant improvisé, pendant que le reste des figurant∙e∙s se transforment en paparazzis.

Après l’entracte, le spectacle reprend et Messmer propose un second test de réceptivité afin de sélectionner de nouvelles personnes dans le public, puisque selon son explication, la sensibilité à l’hypnose augmente au fur et à mesure du spectacle. Comme beaucoup, je joins mes mains, j’écarte les index, enfin, j’essaie. Je souris, car me voilà moi aussi sous l’emprise du « Fascinateur ». Au compte de trois, mon voisin et moi-même nous assoupissons, en apparence du moins, car intérieurement, je suis consciente de tout ce qu’il se passe. Je lutte pour ouvrir les yeux, pour séparer mes mains, mais rien n’y fait.

Autour de moi, le public s’amuse alors que certains obéissent aux suggestions de Messmer sans pouvoir opposer la moindre résistance. Puis, avec sa seconde sélection, il nous propose de nouvelles scènes. Les personnes choisies se retrouvent tour à tour dans un sauna, une émission de télévision et une discothèque. Et je n’en dirais pas plus, afin de laisser aux gens le plaisir de découvrir le spectacle

Verdict: Hypnotisé∙e∙s ou bon∙ne∙s comédien∙ne∙s? À chacun d’en juger. Pour ma part, j’ai été indubitablement convaincue par cette performance et c’est avec un grand plaisir que j’assisterai à son prochain spectacle en 2019.

www.messmer.ca/fr/

Nostal’geek – un air de nostalgie sur une mélodie éducative

Un magnifique concert qui m’a permis de revivre des souvenirs d’enfance et de constater, une fois encore, la magie insoupçonnée qui se cache au sein de la musique classique. « Mais, jeux vidéo et musique classique? Ce sont deux mondes complètement différents! » Diront certain·e·s. Eh bien qu’ils se détrompent, car nombreux·ses sont les grand·e·s compositeur·trice·s qui se cachent derrière les créations musicales du domaine vidéoludique, tels que Nobuo Uematsu (Final Fantasy) ou Jeremy Soule (The Elder Scrolls IV et V).

Texte: Christelle Bujard

En arrivant au BCV Concert Hall, que je découvre pour la première fois, je suis accueillie par une équipe chaleureuse et sympathique. Je vais prendre place dans cette petite salle assez cosy, où les spectateurs·trices sont installé·e·s à plein pieds et situé·e·s assez proche de l’orchestre, ce qui rajoute une dimension intimiste au spectacle et développe l’idée que la musique classique est à la portée de toutes et tous. C’est avec une petite surprise que j’observe la salle se remplir de « très jeunes » spectateurs. Mon interrogation reçoit très vite une réponse, il s’agit d’un concert organisé dans le cadre de « Musique entre les lignes », programme de l’HEMU.

Musique entre les lignes. BCV Concert Hall – Flon. Conservatoire de Lausanne. Photo d’Olivier Wavre.

« Musique entre les lignes » est un projet qui vise à faire découvrir la musique classique et actuelle au public, et en particulier au jeune public, pour qui ce domaine n’est que peu, voire pas du tout familier. Chaque année depuis 2014, l’HEMU met en place cinq cycles de concerts. Pour la saison 2017-2018, elle a prévu pour la première fois des représentations dans les cantons de Fribourg et du Valais.

Je me suis donc rendue à la dernière représentation de cette saison 2018, qui avait pour thème la musique de jeux vidéo. Encouragé·e·s par le chef d’orchestre, M. Thierry Weber, les musicien·ne·s ont profité de l’installation de chacun·e pour mettre un peu d’ambiance, en nous faisant patienter avec une musique d’ascenseur très connue.

Puis, le spectacle commence sur un air de Super Mario Galaxy, que plusieurs enfants reconnaissent sans soucis. Le spectacle prend un tournant éducatif et le chef d’orchestre présente le concept du show, en commençant par nous parler des premiers jeux vidéo, avec l’emblématique Pong. S’en suit une musique de Candy Crush, pour nous illustrer l’une des utilisations de la musique dans les jeux: mettre une certaine ambiance sans perturber le joueur, concept qui se retrouve, par exemple, dans les jeux de sports.

Musique entre les lignes. BCV Concert Hall – Flon. Conservatoire de Lausanne. Photo d’Olivier Wavre.

Tout au long du spectacle très vite devenu interactif, M. Weber fait participer les enfants, éveillant leur intérêt à la musique classique par le biais de leur loisir. Ils/elles sont ravi·e·s de répondre aux questions, de deviner de quel jeu vient quelle musique ou s’il s’agit du thème d’un personnage. Tout y passe, Zelda, Sonic, Final Fantasy, Tetris et nous terminons le spectacle sur Mario Kart, où quelques enfants ont la possibilité de jouer le temps d’une course, pendant qu’un·e musicien·ne les accompagne, installé·e auprès d’eux, afin de leur faire vivre l’expérience des bruitages au plus près.

Au final, la dimension découverte de ce spectacle m’a totalement convaincue. J’ai trouvé le projet fabuleux et j’admire M. Weber et Mme Schmidt, la responsable de production pour qui cette saison était la dernière, d’avoir mis en place ce programme qui permet de transmettre la culture et de faire découvrir dès le plus jeune âge ces domaines souvent jugés inaccessible à tort.

www.hemu.ch

 

« FIIIIIGARO! FIGARO! FIGARO! »

J’ai encore l’air dans la tête. La soirée du 10 mai m’a emportée vers un délicieux mélange à découvrir dès que possible avec la compagnie du Comiqu’Opéra au Théâtre du Crève-Coeur: mélange entre opéra et théâtre.

Texte: Annie Sulzer / Photos : Loris von Siebenthal

Comme une ouverture digne de ce nom, le premier élément du spectacle de ce soir était la mélodie jaillissant du piano sur scène. C’est une réduction de l’opéra Le Nozze di Figaro qui s’annonce, et là, grande surprise! C’est plutôt une dispute entre les comédiens Mathias Glayre et Carine Martin, et les chanteurs Leana Durney et Davide Autieri: qui va gagner entre l’opéra et le théâtre? À une partie de feuille-caillou-ciseaux, les deux équipes se retrouvent respectivement avec 38 points et… 38 points. Faut-il croire qu’aucun art, de l’opéra ou du théâtre, n’est supérieur à l’autre?

C’est effectivement ce qu’ont réussi à nous montrer ces artistes, qui ont su, après avoir trouvé un compromis entre les deux domaines, retracer l’intrigue du mariage de Figaro à travers des passages des œuvres respectives de Beaumarchais et Mozart. Ce qui me frappe, c’est que l’histoire restait néanmoins claire: malgré les transitions théâtre-opéra ou opéra-théâtre, l’intrigue n’était pas perdue!

Avec une telle maîtrise des transitions, les artistes se sont permis des écarts dans l’interprétation de l’histoire, pour revenir à la réalité de la scène: l’intrigue est brisée, nous ne nous retrouvons, non plus face au page ou à la comtesse, mais à nouveau aux duos de comédiens et de chanteurs. Les voilà, attrapés à perfectionner encore l’interprétation, face à un public mort de rire devant les conflits burlesques auxquels il assiste: les chanteurs jouent trop mal la comédie, ils n’ont pas compris l’histoire de Figaro, les comédiens interprètent des passages beaucoup trop brièvement… mais ils arrivent toujours à prendre sur eux et reprendre l’histoire où ils l’avaient laissée.

Le spectateur arrive alors à s’immerger en très peu de temps dans le récit de Figaro: même celui qui n’aurait ni écouté l’opéra ni vu, ni même lu la pièce comprend tout. Et en plus, le souhait des artistes est réalisé: faire aimer le théâtre à l’amateur d’opéra? Il sera séduit par les répliques de Suzanne. Faire vibrer l’amateur de théâtre par la musique? Aucun souci! Le groupe y parvient sans problème.

Il faut se réjouir d’une telle réussite, menée à bien malgré un instrumentarium peu propice à l’opéra. Un pianiste seul sur scène, jouant une réduction pour piano des Nozze di Figaro… et pourtant! On reconnaît les harmonies, on en découvre d’autres, on reconnaît des airs qui ne sont non pas des extraits de l’œuvre classique, mais des références à la culture populaire… et qu’est-ce qu’on rit!

“Figar’oh!” se jouait jusqu’au 20 mai et les places se sont vendues comme des petits pains.

Programme Gilbert Musy

Un bel hommage pour un homme de Belles-lettres. C’est ainsi que pourrait se résumer la conférence d’ouverture du Programme Gilbert Musy.

Texte: Christelle Bujard

Nous sommes accueillis au Foyer de la Grange de Dorigny, afin d’assister à la conférence de presse pour l’inauguration du Programme Gilbert Musy. Madame Irène Weber Henking, la directrice du CTL (Centre de Traduction Littéraire), commence par nous parler de ce grand homme. Elle nous le décrit en ces termes: « C’était un homme qui souhaitait avant tout transmettre son savoir, et sans qui la traduction littéraire ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Il a fallu 20 ans à ce projet pour aboutir et derrière celui-ci, il y a une volonté de rendre hommage à cet éminent  traducteur, de sortir le·la traducteur·trice de l’ombre et de promouvoir la traduction littéraire chez la jeunesse.

Le programme Gilbert Musy est une master class de traduction littéraire qui récompense un·e traductreur·trice émérite de la littérature mondiale, en reconnaissance de son œuvre et de ses actions en faveur du travail de ses compatriotes sur la scène publique. Par l’obtention de cette bourse, l’invité d’honneur a l’opportunité de séjourner pendant trois mois au Château de Lavigny, afin de consacrer son temps à ses travaux de traduction, ainsi qu’à des projets de médiation culturelle. Ces activités publiques ont pour objectif de transmettre son savoir et son expérience à la relève dans le domaine de la traduction littéraire.

La première bourse a été attribuée à Jean-Louis Besson, remarquable traducteur du théâtre allemand, qui jouit d’une grande expérience dans l’enseignement de la traduction, de la mise en scène et de la dramaturgie. Son projet pour ces trois mois: traduire la première partie du livre de Hans-Thies Lehmann, « Tragédie et théâtre dramatique » (Tragödie  und dramatisches Theater, Alexander Verlag, 2015).

Durant la conférence inaugurale, intitulée « Traduire le théâtre, une expérience à part », Jean-Louis Besson nous parle de son domaine de spécialité. La question principale qui se pose: traduit-on le texte théâtral comme on traduit le poème ou le roman? La réponse est non, tout simplement car le théâtre ne consiste pas uniquement en un texte, c’est également un art oral. La spécificité du théâtre se trouve dans sa représentation, celle-ci est au centre lors du travail de traduction, tout comme elle l’était lorsque l’auteur a écrit la pièce. L’une des conclusions de Jean-Louis Besson est qu’il faut connaître le théâtre pour traduire le théâtre, c’est pourquoi le traducteur du texte théâtral est très souvent lui-même comédien ou dramaturge.

En ce qui concerne le programme Gilbert Musy, les prochaines dates à noter sont les suivantes :

  • Le 15 mai à 19h30, Joute de traduction au Studio André Staiger, Comédie, Bd des Philospophes 6, 1205 Genève, avec Jean-Louis Besson, Raphaëlle Lacord et Marina Skalova. En collaboration avec la Maison de Rousseau & de la Littérature.
  • Le 26 mai à 17h, Présentation publique du travail de la master class, au théâtre de La Grande de Dorigny
  • Le 17 juin à 18h, Lecture au Château de Lavigny, avec les résidents de la Fondation Ledig-Rowohlt.

De plus, le Château de Lavigny organise de juin à septembre, le dimanche à 18h, une série de soirées ouvertes à tous pour faire connaître au public ses écrivains et traducteurs en résidence.