Quand le théâtre croise le cinéma

Le Théâtre de l’Orangerie fait mouche avec « L’illumité », nous proposant l’histoire d’un chevalier clamant à tout-va les dangers des machines à vapeur, évoluant dans un décor où la scène du théâtre s’associe à l’écran du cinéma pour des rebondissements hauts en couleur!

Texte: Nastassja Haidinger

La pièce de Marc Hollogne semble s’appuyer sur des couples d’opposés qui coexistent d’une manière perspicace, savamment dosée. Le passé dialogue avec le présent à travers l’intrigue de la pièce, entraînée par les déclamations du chevalier Casignac à l’encontre des nouvelles machines à vapeur, en cette année 1788, de ces « monstres » qui ne cherchent pas à définir l’imprévu du quotidien mais bien à le supprimer. Des dangers qui empiéteront sur nos vies, ce qui fait bien évidemment écho à l’omniprésence des technologies modernes et actuelles. Une relation « passé-présent » rendue perceptible par le traitement de la pièce, qui reste classique dans son écriture partiellement en alexandrins, mais qui se fait moderne en usant d’un écran sur scène – le cinéma, une autre technologie qui résulte de l’industrialisation crainte par Casignac.

Photo: Madeho Productions

C’est bien sur ce rapport « théâtre-cinéma » que se joue le tour de force de cette pièce: l’espace scénique se réinvente en accueillant un écran sur une moitié de la scène. Le spectateur peut, dès le début, apprécier l’histoire non seulement face à de vrais comédiens, mais aussi devant une surface bidimensionnelle. C’est surtout le traitement de l’image qui m’a frappé: l’image joue à différents niveaux, instaurant une dynamique intéressante entre les personnages et au sein du décor. L’image peut ainsi faire partie intégrante de la scène, les comédiens étant filmés à leur taille, ce qui leur permet de déambuler sur l’écran et d’en sortir sans crier gare, dans une parfaite continuité. Outil narratif, l’image peut aussi cadencer le récit en juxtaposant l’action en train d’être décrite par des personnages sur scène, et vice-versa (évoquant la technique de l’écran divisé au cinéma), ou en servant de flash-back. En tant que « représentation », l’image peut enfin incarner les pensées ou les commentaires souvent enflammés de Casignac, comme des illustrations viendraient orner les passages d’un livre.

Relevons enfin les nombreuses notes d’humour à propos de cet usage de l’image, les personnages pouvant tout à coup se laisser surprendre par le « saut » du chevalier de la scène à l’écran, passage au terme duquel son costume change de couleur! Ou encore du chevalier qui s’adresse, depuis la scène située dans le hall, à son acolyte encore sur l’écran et dans une pièce éloignée de la demeure, l’enjoignant à « passer par ici, c’est plus rapide ».

Jouant aussi avec l’échelle, présentant certains personnages en gros plan lorsque l’action s’intensifie, c’est à un vrai divertissement que nous convie Marc Hollogne, et que vous pouvez encore découvrir jusqu’au 14 septembre au Théâtre de l’Orangerie.

www.theatreorangerie.ch/spectacles/l_illumine

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Oh boy, quelle saison!

Pour présenter sa nouvelle saison, le Petit Théâtre ne pouvait pas plus nous ravir: un spectacle en avant-première, un goûter sucré en présence du chocolatier Olivier Fuchs, un atelier dans la cour extérieure avec Haydé pour les enfants, et un apéro salé après que Sophie Gardaz nous ait parlé de sa programmation avec l’aide des metteurs en scène de la saison à venir.

Texte: Katia Meylan

Dans ce théâtre, on sent des liens forts, de famille ou d’amitié, on sent le plaisir de créer ensemble, l’envie de faire rêver, sans prétention. On s’y sent bien, en somme.
Et c’est parfait, car L’Agenda compte bien y retourner durant l’année, après cet aperçu de ce qu’ils nous préparaient!

Hier soir, 6 septembre, la saison a commencé avec « Oh boy! », mis en scène par Olivier Letellier d’après le texte de Marie-Aude Murail. La petite fille en moi qui avait lu et relu le roman dans les années 2000 a été émue de voir la pièce, 17 ans plus tard, et de retrouver ces personnages  qui nous font passer du rire aux larmes et surtout l’inverse.

« Oh boy! » c’est l’histoire de Barthélémy Morlevent, beau gosse de 26 ans, qui habite seul, qui a un petit copain, qui n’a pas de responsabilités et pas vraiment de famille. Jusqu’au jour où il se voit confier la tutelle d’un frère de 14 ans, Siméon, et de deux sœurs de 8 et 5 ans, Morgane et Venise. Les quatre Morlevent vont rapidement s’apprivoiser, s’attacher et se retrouver à devoir tout faire pour ne pas être séparés, par la juge des tutelles ou… par la maladie de Siméon.

Bart, interprété par le comédien Guillaume Fafiotte. Photo: Christophe Raynaud Delage

Le roman aborde une foule de sujets graves: le suicide, la famille recomposée, les enfants délaissés, la maladie, la mort. Mais il le fait avec un ton qui va droit au cœur. Il lance des petites balles d’humour, d’amour. Guillaume Fafiotte, seul sur scène, interprète l’histoire du point de vue de Bart. Un Bart désinvolte, qui place un petit rire entre chaque phrase avec sa voix de grand ado, il agacerait presque… mais il devient un grand frère tellement attachant!

Dans le roman, le thème de l’homosexualité n’est pas mis en évidence, il est juste là comme un fait. Fait que tous les personnages – sauf la belle-sœur Josiane – prennent pour acquis, que le lecteur prend pour acquis. Il est à peine plus accentué dans la pièce, par certains regards séducteurs que Bart lance aux garçons dont il parle. Le plus irrésistible tient dans la réplique de la petite Venise, qui demande un mari pour Ken, sa poupée Barbie.

Après avoir tourné depuis 2009, un peu partout et même aux États-Unis, le spectacle était là, au Petit Théâtre de Lausanne. Il y sera encore jusqu’à dimanche 10 septembre.

www.lepetittheatre.ch

Bon anniversaire l’OCL!

 

OCL. Photo: Federal Studio

Avec le concert d’hier à la salle Métropole, l’Orchestre de Chambre de Lausanne débute sa nouvelle saison, qui sera celle de son 75e anniversaire. Il l’a fêté en compagnie du syndic Grégoire Junod, de la conseillère d’État Béatrice Métraux, du confiseur Laurent Buet dont le truffé d’anniversaire a été annoncé au son du cor, de son jeune directeur Joshua Weilerstein et d’une salle bien remplie.

 

Texte: Katia Meylan

À la tête de l’OCL depuis 2015, Joshua Weilerstein attire la sympathie dès le début de l’année, en présentant hier le programme du concert avec un brin d’humour et un accent américain teintant son français appliqué. Dans la première œuvre qu’il a choisie, on a « le droit de rire, sauf à la fin ». En effet, « Battalia » de Heinrich Biber conte l’histoire de soldats allant au front, qui tantôt affrontent la peur et les dangers, tantôt se saoulent allègrement, ce que le compositeur retranscrit par des polytonalités très imagées.

Joshua Weilerstein. Photo: Anne Laure Lechat

L’Orchestre continue avec deux saisons de Vivaldi, « l’Été » et « l’Hiver »; dans le deuxième, les musiciens interprètent un Largo subtil et émouvant. Vient ensuite un morceau inédit, « Rest These Hands » création suisse d’Anna Clyne en hommage à sa mère.

Bien que la soliste Jennifer Koh soit expressive et joue avec tout son corps, le Métropole rose pâle semble avoir de la peine à résonner dans la première partie. Dans la deuxième, interprétant la Symphonie n°3 de Bach, les instruments à vent rejoignent les cordes et l’ensemble en est étoffé.

On se réjouit de voir l’OCL sortir à nouveau des murs de sa salle peut-être un peu figée pour aller jouer des Happy Hours au Great Escape, des ciné-concerts au Capitole et des rythmes latin-jazz au Docks

Le programme de ses 75 ans par ici: www.ocl.ch

Nouvelle saison à l’Arsenic: modestie au service de l’art, et une légère tendance à ne pas planifier

Patrick de Rham, nouveau directeur de l’Arsenic, a présenté ce matin un tiers de sa programmation pour l’année 2017-2018. Le théâtre, connu pour son soutien envers les artistes contemporains émergents, ne connaîtra « pas de révolution mais une évolution ».

Texte: Katia Meylan

Patrick De Rham. Photo: Maxime Genoud

Simplicité et modestie, deux mots qui ont été utilisés à de nombreuses reprises par le directeur et par les journalistes présents. C’est aussi  l’impression que donne le nouveau visuel du programme: l’objet est peu coûteux, son contenu est clair et présente les spectacles au plus près, sans slogan ou tentative pour expliquer pourquoi c’est à l’Arsenic qu’il faut aller et pas ailleurs.
L’important: que « rien ne se mette entre les artistes et le public ».

 

Le directeur le dit lui-même, il ne s’est pas défini de style. C’est ce que proposent les artistes qui façonnera le futur proche et lointain de l’Arsenic. Même le mélange des formes d’art, plus que d’être la marque de fabrique du théâtre, est le fruit de « l’urgence des artistes ». C’est cette urgence aussi qui fait que le programme est annoncé par trimestre; certaines collaborations sont prévues sur le long terme bien sûr, mais on laisse aussi aux artistes la possibilité de réagir à ce qui les entoure.

« La Substance, but in English ». Photo: Beniamin Boar

L’évolution prendra plusieurs formes, et l’une d’elles est la diversification des formats. On aura du court, et aussi du très long. Notamment, « La substance, but in English », qui ouvrira la saison les 21 et 22 septembre, sera un spectacle de danse de 4h30, où le public pourra déambuler librement.

Le coup de cœur de Patrick de Rham semble être pour le one-woman show de Tiphanie Bovay-Klameth, « D’autres » , qui a déjà bien tourné dans les théâtres romands et continuera sur cette belle lancée pour la saison à venir. Le directeur décrit le spectacle comme un « chef d’œuvre, qui dépasse les limites du genre », qui allie humour et émotion et qui s’affine au fil du contact avec le public.

Cette programmation réunira de jeunes artistes mais accueillera également à nouveau des auteurs confirmés, que l’Arsenic a a aidé à faire éclore par le passé.

Pamina de Coulon, l’une des trois artistes en résidence

Quelques faits:

Nouveaux tarifs
Tarif normal: 15.-
Tarif réduit: 10.-

Le café de l’Arsenic sera ouvert tous les jeudis, vendredi et samedi, même les jours sans représentations, afin de faire vivre le lieu indépendamment de sa programmation.
On a eu la chance de goûter les gâteaux des nouvelles responsables du lieu lors de la conférence de presse… on recommande!

www.arsenic.ch

Enfance miniaturisée: immersion au cœur de « Ma vie de Courgette » avec l’expo « On vous dit tout! »

L’Agenda est allé se promener à Carouge pour découvrir le making of et les coulisses du film acclamé de Claude Barras. Une exposition à l’atmosphère familiale, bien présentée et captivante, à visiter jusqu’au 20 août au musée de Carouge.

Texte: Chloé Brechbühl

Photo: Brian Leif Hansen

Même dans les tunnels du métro londonien, les cheveux bleus électriques de Courgette attirent le regard et les petites frimousses de ces personnages hors du commun que l’on peut voir sur les affiches font sourire. C’est avec fierté que l’on peut se dire que ce film « de chez nous » a traversé les frontières, et qu’il a ému le public à échelle mondiale, raflant plusieurs prix prestigieux de cinéma au passage. Alors naturellement, on a envie d’en savoir plus sur les secrets de fabrication de cette petite pépite cinématographique. D’autant plus lorsque l’on tente d’imaginer le travail gargantuesque que représente un tel long métrage d’animation.

Photo: Charlotte Desigaud

Tourné entièrement en stop motion, c’est à dire image par image, ce projet a pris dix ans à réaliser une fois mis sur pied par le réalisateur valaisan Claude Barras. Avec l’aide de la scénariste Céline Sciamma, il a adapté l’histoire du roman de Gilles Paris, « Autobiographie d’une Courgette ». Dans cette exposition complète et bien ficelée, vos pourrez découvrir comment le film a été construit étape par étape.

Des décors à l’enregistrement des voix en passant par la fabrication des personnages en pâte à modeler, le film dévoile tous ses secrets. Au delà de l’aspect technique, l’expo permet aussi de se replonger dans le petit monde de ces personnages si attachants, en regardant par exemple les story-board ou les accessoires miniatures créés pour le film. Vous apprendrez aussi les anecdotes surprenantes qui font la magie de l’univers de « Ma vie de Courgette ».

Photo: Charlotte Desigaud

Photo: Vanessa Riera

 

 

 

 

 

 

Si on vous en dévoilait plus, ce serait dommage. Allez donc découvrir cette exposition poétique au musée de Carouge jusqu’au 20 août, et apprenez-en d’avantage sur notre petit héros suisse aux cheveux bleus!

www.carouge.ch/exposition-actuelle-0

Ce n’est qu’un au revoir

Au dernier jour du Paléo, on sent déjà la nostalgie nous envahir. On profite alors de vite rendre visite aux derniers stands de nourriture que l’on n’a pas encore testé et on court découvrir les artistes qui se produiront ce soir. Retour sur la dernière journée du festival.

Texte : Evelyn Sequeira

Ce dimanche 23 juillet, le soleil fait son retour pour notre plus grand bonheur. On se dépêche d’arriver sur la Plaine de l’Asse car c’est Imany qui donne le coup d’envoi sur la Grande Scène. Sa voix grave enchante le public venu nombreux pour admirer la chanteuse française. Imany nous plonge alors dans un univers coloré, dont les textes ont également un discours profondément engagé. Juste avant d’interpréter «There were tears», la chanteuse nous explique avoir écrit cette chanson après la mort de Nelson Mandela, et que comme lui, il ne faut jamais abandonner car tout est possible.

Imany. Photo: B. Soula.

Des textes engagés on en a aussi trouvé chez Keny Arkana, deuxième artiste à se produire sur la Grande Scène ce soir-là. La rappeuse française arbore un t-shirt du collectif «La rage du peuple», on sait alors à quoi s’attendre. C’est avec une énergie débordante, qu’elle transmet aussi à son public, que Keny Arkana enchaîne ses morceaux qui dénoncent le système et prônent la liberté.

Keny Arkana. Photo: L. Flusin.

Du côté des Arches, Michaël Gregorio a donné le sourire aux spectateurs avec ses imitations franchement bien réussies. L’humoriste est d’ailleurs parvenu à réunir un nombre impressionnant de festivaliers-ères curieux de découvrir son spectacle, autant qu’il était presque impossible de se déplacer dans la foule. Ce n’est que le coup d’envoi du traditionnel feu d’artifice de clôture qui a alors permis au public de s’éparpiller pour admirer le ciel.

Manu Chao. Photo: B. Soula.

Enfin, c’est Manu Chao qui a été choisi pour clôturer en beauté ce 42e Paléo festival. Le chanteur franco-espagnol accompagné de son groupe et visiblement très heureux d’être là, s’en est donné à cœur joie et fait danser toute la Plaine de l’Asse. Ici aussi le chanteur prône la liberté et l’égalité. Le temps d’un instant, le Paléo se trouverai presque être un havre de paix. Malheureusement il est maintenant temps de fermer les portes, de tout ranger et de revenir à la réalité. En attendant, de notre côté on commence déjà à s’interroger sur la programmation de l’année prochaine (il n’est jamais trop tôt), car c’est sûr, on reviendra!

 

Le mini micro-troittoir: Chloé, 25 ans, vétérente du Paléo
  • Tu en es à ton combientième Paléo? «Ca fait huit ans que je fais la semaine. Et je vais continuer tant que mon foie tient le coup.»
  • Quels sont les concerts dont tu te réjouissais le plus? «Les Red Hot mais j’ai été un peu déçue, et Jamiroquai. J’avais peur pour Renaud. Il y’ avait plein de concerts pour lesquels je n’avais aucun intérêt et que j’ai adoré.»
  • Et ceux que tu as beaucoup apprécié? «Mat Bastard (ex-chanteur de Skip the Use) qui a été un génie, Julien Doré parce qu’il est beau (rires), et Arcade Fire c’était vraiment chouette. Et Renaud, «Mistral Gagnant» était incroyable mais pour le reste on voit qu’il a un peu souffert de la vie.»
  • Est-ce que tu peux me raconter une petite histoire qui t’est arrivée cette semaine? «C’était samedi après une folle soirée, j’étais à la taverne, je m’apprêtais à aller chercher des bières et il y avait beaucoup de monde. J’avais des glowsticks dans les cheveux donc les gens m’arrachaient à moitié les cheveux pour les prendre. Et tout d’un coup j’ai senti un truc qui cachait un petit peu ma vue, et je me suis rendue compte que c’était un peu chaud. Quand j’ai touché je me suis aperçue que c’était en fait une tranche de pizza que quelqu’un m’avait posée sur la tête.»