Lectures théâtrales au Lapin-Vert

Vendredi 31 janvier, le théâtre du Lapin-Vert a momentanément remplacé les couleurs de la Société des Belles- Lettres par celles de la défense du théâtre contemporain romand. Prêtée pour l’occasion, la scène a en effet vu se produire les textes lauréats de Petites misères de Suisse romande, un concours organisé en mai 2013 par les associations Tulalu!? et Poudres d’âmes. Ces deux associations ont pour but de promouvoir la littérature romande, la première par le biais de rencontres littéraires, la seconde en favorisant la mise en scène théâtrale d’auteurs romands contemporains.

Les participants devaient proposer une piécette sur le thème des Petites misères de Suisse romande. Parmi les six lauréats dont les textes ont été publiés dans le dernier numéro de la revue de Marius Popescu, Le Persil, quatre auteurs ont eu le plaisir de voir leur texte mis en lecture par les comédiens professionnels Sofia Verdon, Laurence Morisot, Simon Romang et René-Claude Emery. Une façon décomplexée et détendue de découvrir ces tranches de vie.

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La soirée démarre avec Le Piège à guêpes de Guy Chevalley, qui met en scène la rencontre de deux couples. Le premier tente de refourguer au second leur magnifique résidence secondaire, un chalet dans le Valais, pour être enfin libre de voyager. Les répliques acidulées fusent, pour le plus grand plaisir du public déjà conquis. Car si le thème est bien celui des Misères, les quatre auteurs ont pris le parti d’en rire, ou du moins de faire rire le public. Dans la diversité des thèmes traités, un nuage d’humour plane sur la soirée.Décalé dans la salle d’attente d’un vétérinaire pour Giancarlo Copetti et sa Chienne de vie, il se révèle tendre chez les deux colocataires de Consensus d’Adrienne Bouvet, ou encore absurde dans l’Agence 4 d’Alexandre Friderich. Carole Dubuis, présidente des associations Tulalu !? et Poudre d’âmes, avoue avoir étonnée et contente par la diversité des sujets des textes reçus.

La deuxième partie de la soirée était consacrée à un débat, animé par Carole Dubuis et Sylvie Blondel, autour de la question de l’auteur de théâtre en Suisse romande. Trois intervenants du milieu théâtral, Nadège Reveillon (auteur et éditrice), Cyril Kaiser (metteur en scène et directeur du Théâtre du Saule Rieur) et Olivier Chiacchiari (auteur), ont été amené à parler de leur expérience et leur ressenti. Extraits.

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La situation semble celle de l’impasse. L’auteur de théâtre, dont le rôle est souvent minimisé par rapport au metteur en scène,  peine à faire monter ses textes. Actuellement, la plupart des auteurs dramatiques exercent une autre activité. Une des raisons, souvent invoquée, touche le théâtre en général : le manque de subventions et de soutien des théâtres régionaux. Les obstacles au développement d’un théâtre romand sont nombreux. Olivier Chiacchiari mentionne le cloisonnement des cantons et la quasi impossibilité de réaliser une tournée dans les théâtres romands. Il rappelle qu’un spectacle a une durée de vie de quelques semaines et que, les théâtres réclamant des pièces inédites, l’auteur doit sans cesse se renouveler. Il est non seulementen concurrence avec les anciens auteurs, ceux que l’on appelle Classiques, et avec les auteurs de plateau. La situation géographique et culturelle de la Suisse romande est aussi problématique, car la région est prise en étau entre la France et la Suisse allemande. Beaucoup de pièces françaises font passer leurs tournées par la Suisse romande alors que le contraire est rare. Impossible – ou presque – pour un auteur romand de monter à Paris où la concurrence est rude. L’auteur suisse allemand est plus privilégié, dans la mesure où il est plus naturel pour une pièce suisse d’être montée dans des villes allemandes. La marche de manœuvre dans un territoire tel que la Suisse romande devient limitée… La solution pour sortir de cet isolement se trouve peut-être dans une valorisation des échanges et des réseaux, non seulement de la part des auteurs mais également des metteurs en scène, comédiens, directeurs de théâtre.

Le théâtre romand n’est pas sorti de sa misère. La soirée aura néanmoins permis de rendre compte, si besoin est, de la richesse et la diversité d’un théâtre régional qui ne demande qu’à s’épanouir et trouver sa place. Saluons donc cette belle initiative des associations Tulalu?! et Poudre d’âmes, et espérons qu’elle génère d’autres rencontres théâtrales et littéraires.

Texte: Marie-Sophie Péclard / Photos: Sandra Hildebrandt

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