SFJAZZ Collective – JazzOnze+

Si vous étiez de passage à Lausanne du côté de Montbenon le 10 novembre dernier, pendant le festival JazzOnze +, le groupe SFJAZZ Collective sévissait au Casino. Les arrangements cubistes d’Antonio Carlos Jobim sont la marque de fabrique de musiciens talentueux, et très créatifs. SF pour San Francisco. Le collectif se prélasse dans la spontanéité. Depuis 2004, ils honorent chaque année des grands compositeurs: John Coltrane, Herbie Hancock, Wayne Shorter, Thelonious Monk, Miles Davis, Stevie Wonder, etc. Le groupe, composé de Miguel Zenón (saxophone alto), David Sánchez (saxophone ténor), Robin Eubanks (trombone), Warren Wolf (vibraphone), Edward Simon (piano) et Obed Calvaire (percussion), accueille sur cette tournée deux nouveaux venus: le trompettiste Etienne Charles et le bassiste Matt Brewer.

Texte: Olivier Hostettler

Vous n’avez pas pu être présent parce que votre grand-mère avait besoin de vous pour réparer sa machine à laver la vaisselle, je compatis. Voici donc quelques impressions générales de ma part, n’ayant prévu ce samedi soir, sinon de traîner vers l’auditorium Paderewski, absolument rien.

Antonio Carlos Jobim, pour vous situer, est le père de la bossa-nova, un blues en tonalité de fiction, qu’on entend dans les films, quand un individu prend l’ascenseur occupé par deux ou trois filles bien habillées et un homme en costume. Rien ne se passe, personne ne se parle, la bossa meuble le vide. Puis, avec un timbre magnétique, un son retentit de l’appareil, les portes coulissantes s’ouvrent, la musique s’arrête, l’histoire continue… Un titre de Jobim, « The Girl From Ipanema », a brillé dans la sphère internationale en recevant en 1965 le Grammy du meilleur enregistrement de l’année.

Photo © Jean-Marc Guélat

Sur un va-et-vient entre le passé et le futur empreint de rythmes cubains, les artistes du collectif ont ramené un trésor. Entre autres, « Agua de Beber », « Corcovado », « Olha Maria » et « How Insensitive », œuvres choisies par les oreilles expertes de ces sculpteurs du son, qui me font voyager à travers le temps et l’espace. Les huit joueurs vivent leurs musiques — ce qui m’entraîne en rêve, avec eux — sur scène. Irrésistible, la composition du batteur Obed Calvaire est une explosion dématérialisée du « Corcovado »; ne restent sur le podium avec lui que le pianiste et le bassiste. Réussissant à créer une ambiance chaleureuse et puissante, appuyée par la simplicité des solos, typique d’Antonio Carlos Jobim placé en avant avec finesse dans les expressions de la contrebasse, sur cette composition délivrée par un impérial percussionniste.

Matt Brewer Photo: ©Jean-Marc-Guélat

En plus des arrangements retravaillés, chaque acteur propose ses inventions individuelles; après une pluie tropicale, Matt Brewer avec « Unspoken word » nous transporte dans sa jungle urbaine de New York avant que les ombres ne quittent les rues. À ce moment-là, sans que l’on s’y attende, tout est remis en question par un jazz-funk de Warren Wolf, un vibraphoniste, percussionniste, pianiste, bassiste, etc. Ce titre serait, selon mes sources, une œuvre inspirée de « Sly » (Heads’ Hunters). Cette composition douce et électrique a été la trouvaille de la soirée, je ne saurais pas dire exactement où toutes les couleurs qui chamarrèrent cette œuvre prenaient leurs lumières. Était-ce une touche de salsa cubaine, de blues avec une pointe de « Chega de Saudade » pour nous amener à voltiger? Avec élégance, le bassiste n’en finit pas de promener ses doigts sur les quatre cordes de sa guitare, mais se fait flouer par le tromboniste Robin Eubanks, qui envoie des graves à décoller les membranes des haut-parleurs, pour rappeler que « si ses notes sonnent grasses — les basses c’est moi! » Après une rafale d’applaudissements, encore vivant mais légèrement assommé, j’encaisse la partie suivante: une autre bombe musicale qui m’évoque « My Favorite Things » de John Coltrane. J’apprécie un enchaînement de solos des plus délicieux, Miguel Zenon d’abord, serré de près par un échange entre David Sanchez et Etienne Charles. À bout de souffle; ils se munissent tous deux d’une conga pour trancher leur conversation, apparemment décisive, pour le plus insigne bonheur du public. Et là, à ce moment déjà proche de la fin du jeu, un morceau tranquille démarre. Un passage de David Sanchez fait grimper le mercure, métissage de mer et de soleil, une espèce de bleu profond qui me laisse des étoiles et des larmes dans les yeux. Les huit musiciens ont donné lors du festival JazzOnze+ une remarquable exécution. Merci à eux et aux organisateurs de nous offrir ces concerts légendaires.

SFJAZZ Collective, le 10 novembre 2018 au Casino de Montbenon à Lausanne, dans le cadre du Festival JazzOnze+

www.jazzonzeplus.ch

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Le Swiss Comedy Club aux Faux Nez

Ce mercredi 24 octobre, c’est à Lausanne que ça se passait. Plus précisément dans le café-théâtre Les Faux Nez, situé depuis cette année dans la cave du restaurant italien Osteria Bolgheri. L’un des nombreux rendez-vous mensuels du Swiss Comedy Club a désormais lieu dans cette petite salle intimiste, proche du centre-ville. Au menu du jour: les jeunes talents de l’humour romand et un guest parisien.

Texte: Yann Sanchez

Il est 20h45 quand j’arrive sur place. Quelques visages à l’entrée me paraissent déjà familiers. L’atmosphère semble détendue et l’ambiance bon enfant. On m’invite à prendre les escaliers pour rejoindre l’étage inférieur du restaurant et choisir mon siège dans le public. La salle n’est pas immense mais je compte tout de même une bonne soixantaine de places assises. Sur la scène trônent un micro sur pied, une guitare et le lumineux logo du Swiss Comedy Club accroché à un mur en briques si emblématique dans le milieu du stand up. Le temps de m’installer au premier rang et de faire connaissance avec ma voisine d’un soir qui m’explique faire partie de la Swiss Comedy School, je réalise que toutes les conditions favorables à une bonne soirée d’humour sont réunies. Y a plus qu’à!

Jessie Kobel est le premier à apparaître sur la scène. Vêtu de son costume de maître de cérémonie, il nous présente brièvement le déroulement de la soirée, lance quelques vannes, quelques confettis et le premier humoriste du show. C’est le dénommé PEP qui ouvre le bal, le gagnant du concours Swiss Comedy Talent 2018. Une autre étudiante de la Swiss Comedy School lui succèdera, c’est l’autre jeune pousse au programme: Isabelle Mouche. Les deux humoristes en herbe de la soirée font plutôt bonne impression. PEP nous décrit sa situation familiale mouvementée mais remplie d’amour, entouré de sa femme et ses filles. Et si l’un peine à trouver sa place de mâle à la maison, l’autre peine à trouver un mâle tout court. Isabelle évoque à raison les difficultés actuelles à rencontrer un homme bien via une application, une agence matrimoniale ou même dans la vraie vie.

Après les rookies, c’est au tour des membres du Club de jouer. Edem Labah débute ce 2e tour, suivi de Tamara Cesar, Antoine Maulini, Jacques Bonvin et finalement Jessie Kobel à nouveau. Les vannes fusent, le rythme est soutenu et les thèmes varient. L’esprit général est taquin et rempli d’autodérision. Qu’on soit Vaudois, Valaisan ou Genevois, jeune ou moins jeune, homme ou femme, le résultat est le même: tout le monde s’y retrouve d’une façon ou d’une autre et on rit ensemble. De l’humour d’observation pur aux personnages détonants en passant par la chansonnette et la danse, il y en a vraiment pour tous les goûts. La salle quasiment pleine est hilare. Entre les découvertes que j’ai faites et les humoristes que je voyais pour la seconde fois quelques années après, j’ai vraiment été impressionné par le niveau de la scène suisse romande et enchanté par la diversité présentée.

Clou du spectacle, l’humoriste qui vient clôturer la soirée nous vient de Paris. Il s’agit du talentueux Donel Jack’sman, passé entre autres par le Jamel Comedy Club et l’émission « On ne demande qu’à en rire ». En spectacle le lendemain au même endroit, il venait pour un dernier rodage nous offrir une prestation très solide. Tout le monde en prend pour son grade, les stars de la chanson française, les rappeurs illettrés et surtout le couple au milieu du premier rang. Plus le public se fait chambrer, plus il rit fort. Julia, ma voisine, est conquise. Elle me confie qu’elle reviendra sûrement le soir d’après pour voir son spectacle en entier.

Il est 23h15, le show se termine et après deux heures de rires, j’ai mal aux zygomatiques. Le public et les artistes semblent ravis. Tout ce beau monde se retrouve autour du bar, certains prennent des photos, d’autres débattent de leur prestation, j’entends même Donel donner des conseils à Jessie. On échange, on partage et on rigole. Cette fois c’est certain, on vient de vivre une bonne soirée d’humour. Cet événement est une véritable réussite, une pause humoristique en milieu de semaine des plus agréables. J’y retournerai avec grand plaisir.

Rendez-vous est pris le mercredi 21 novembre, même heure, même endroit pour une nouvelle soirée du Swiss Comedy Club à Lausanne.

www.lesfauxnez.ch/le-cafe-theatre/

 

 

 

Nalu, le groupe lausannois indie-folk

Le groupe de musique Nalu a organisé son vernissage le jeudi 11 octobre à l’occasion de la sortie de son tout premier EP « Drifting Tides », composé de cinq titres. C’est lors du Projet Proxima, organisé par les Docks et soutenant les talents émergents et locaux, que cet événement a pu voir le jour.

Texte: Lara Liard

Familles, proches et mélomanes se sont donné rendez-vous jeudi dernier au Café des Docks à Lausanne dans une ambiance décontractée, dans le but de découvrir le dernier projet de Nalu, un groupe composé de Noa Zalts et Wills Gey, accompagné·e·s par Mark Kelly, mélangeant l’univers de chacun. Wills Gey s’occupe de la batterie, Noa Zalts de la guitare classique et du chant, tandis que Mark Kelly les accompagne aux sons de sa guitare électrique ou parfois de son banjo. Lors de ce vernissage, quelques chansons ont même été accompagnées de la violoniste Marine Wenger.

C’est un an plus tôt que le duo se rencontre et joue pour la première fois ensemble au même endroit, aux Docks. Les deux artistes ont d’abord fait quelques concerts en collaboration, avant de décider de monter un groupe. Sa création s’est donc faite au fur et à mesure, simplement à force de jouer et de créer ensemble. Le nom qu’ils se sont choisi, Nalu, signifie « vague » en langue hawaïenne.

Photo: Lara Liard

Un groupe laissant place à une musique très douce, mais rythmée. En effet, comme les deux artistes l’expliquent, elle amène la douceur et lui le rythme ainsi que la puissance, et ce, peu importe le nombre d’instruments qu’on ajoute. C’est dans un style indie-folk que résonne la voix de Noa Zalts aux mélodies légères. Un chant si doux qu’il peut sonner parfois enfantin, mais qui reste maîtrisé avec maturité par la chanteuse.

Les artistes accueillent le public dans une ambiance sincère et naturelle, Noa Zalts et Mark Kelly n’hésitent d’ailleurs pas à se rendre sur scène pieds-nu. De plus, entre deux chansons, Noa Zalts assume sans complexe: « Ceux qui connaissent ce que je fais savent que c’est répétitif, mais on va essayer de vous emmener avec nous ». Pari réussi, une atmosphère semblant saisir la foule s’est ensuite installée, incitant les dizaines de têtes à bouger au rythme de la musique. À la fin du concert, les spectateurs rappellent le trio afin d’entendre une dernière chanson. Pour finir en beauté, Nalu leur avait prévu un morceau préparé l’après-midi même. Un dernier morceau répondant au désir du public qui n’a d’ailleurs pas hésité d’aller féliciter le trio en personne à la fin de leur performance.

www.youtube.com/nalu

Une porte ouverte sur une saison d’espoir

Mercredi soir, le Petit Théâtre annonçait sa saison dans une atmosphère conviviale et gourmande comme à son habitude, attirant petit∙e∙s et grand∙e∙s curieux∙ses. Plusieurs artistes étaient présent∙e∙s pour donner un aperçu – certain∙e∙s déjà à moitié ou pleinement en représentation – de la création qu’ils∙elles présenteront dans cette petite institution lausannoise. Ainsi, on a eu le plaisir de croiser Matthias Urban accompagné d’une marionnette timide, Alain Borek et Odile Cantero parés à imaginer toutes les histoires impromptues que leur inspireront les enfants, ou encore Les Petits Chanteurs à la Gueule de Bois se jeter à l’eau avec une chanson inédite. Il y en avait encore d’autres, Ana Popek, Michel Voïta, Philippe Sireuil et son imaginatif « Anacoluthe »… nous ne pouvons que vivement vous conseiller de regarder de plus près ce programme varié qui ose toutes les audaces, comme le dit sa directrice Sophie Gardaz d’un air malicieux.

Texte: Katia Meylan

Pour ouvrir cette belle saison, le Petit Théâtre a commencé tout de suite avec son premier accueil, « à2pas2laporte », un spectacle accessible dès 5 ans imaginé par le collectif Label Brut.

 « à2pas2laporte » © Pierre Grobois

Imaginée et interprétée par Laurent Fraunié, la pièce s’ouvre sur des témoignages récoltés auprès de personnes de tous âges. De petits ou de grands témoignages sur la vie. J’aimerais être un joueur de foot… Je ne sais pas à quel moment je suis devenu grand… je ne le suis toujours pas, en fait… Mon premier amour portait une robe rouge… quand je l’ai revu avec son costume d’écolier, mon amour a disparu…
Autant de témoignages qui sont le départ de ce conte qui se poursuit sans mots.

Assis derrière une fenêtre avec son chien-marionnette en besoin constant d’attention, un personnage observe la vie se dérouler au dehors, tranquille, moins tranquille. Puis soudain, une porte apparait. Une porte… qu’il va falloir ouvrir?? L’inquiétude, milles hésitation, un peu de préparation physique comique pour se donner contenance,  un peu de préparation mentale attendrissante où l’on se reconnait… vient alors la volonté d’ouvrir la porte…

De belles idées de mise en scène, très différentes les unes des autres, se succèdent, marquant les différentes étapes par lesquelles passe le personnage.

 « à2pas2laporte » © Pierre Grobois

Le comédien joue sur des trucages de tous âges; une boîte sans fond d’où il tire – quand ils ne lui sautent pas au visage – des objets farfelus, et dans laquelle il se finit par se fourrer… mais aussi un Ipad qu’il se ficelle devant le visage et qui, par un geste de swipe très 21e siècle, l’aide à devenir Michael Jackson ou Shakira.

Ça marche, les enfants rient beaucoup de ce personnage expressif et de son côté « poule mouillée ». On est aussi pris dans cette poésie, on se voit à deux pas de cette porte, on a peut-être déjà un jour pu passer au-delà. À l’intérieur, qui est-on? Tous les possibles sont bien au chaud. À l’extérieur, que sera-t-on? Que trouvera-t-on?

« à2pas2laporte »
Samedi 8 septembre à 14h et 17h
Dimanche 9 septembre 11h et 15h
Tout public, dès 5 ans

4e concert de saison du Sinfonietta de Lausanne

C’est un public résolument conquis qui est sorti hier soir de la Salle Paderewski au Casino de Montbenon, après cette prestation pleine d’énergie du Sinfonietta de Lausanne et de son directeur Gábor Takács-Nagy.

Texte: Katia Meylan

Avec cette Danse hongroise n°5 que l’on ne présente plus, populaire, accessible et joyeuse, ils semblaient nous clamer « bienvenue à tous! » Ils le confirment par la n°6, un brin moins connue mais qui nous emporte dans le même imaginaire foisonnant de pas de danses et de couleurs.

Dans ces Danses, puis dans la Sérénade de Dvořák, public, musiciens et chef d’orchestre se donnent entièrement à la musique. Ce dernier, si l’on nous a laissé entendre qu’il était timide « dans la vraie vie », est sur scène un vrai plaisir à regarder. Sur son tapis presque volant, il sourit sans discontinuer, lance des « thumbs up » aux musiciens, chante avec les altos… et semble transmettre une énergie supplémentaire aux talentueuses cordes du Sinfonietta.

Le Divertimento de Bartók mêlera des élans plus tiraillés dans les joyeux sentiments instaurés par Bach et Dvořák. Violons, altos, violoncelles et contrebasses dialoguent, nous découvrons des solistes.

Puis deux bis, les deux Danses hongroises qu’ils nous offrent à nouveau. Encore plus furieusement qu’au début du concert, comme portés par les applaudissement et la fin du programme qui approche, ils se lâchent tout à fait! C’est avec cette image et dans le tourbillon de la Danse hongroise que le public rentrera chez lui ce vendredi soir.

www.sinfonietta.ch

Le Béjart Ballet réaffirme sa mission

À l’occasion des dix ans de la disparition de Maurice Béjart, la nouvelle création de la compagnie – présentée du 19 au 24 décembre au Théâtre de Beaulieu Lausanne – rend hommage au chorégraphe.

Texte: Cécile Python

Un danseur à l’écran développe la jambe sur le côté et c’est un vrai chausson qui surgit de la toile: avec un dispositif de projection très réussi, le metteur en scène Marc Hollogne mêle dans cette pièce images d’archives et de fiction, texte, musique, et bien sûr les danseurs et danseuses du Béjart Ballet. Une synthèse artistique que n’aurait pas renié le fondateur de la compagnie lausannoise. Pour tenter de remonter aux sources de l’inspiration chorégraphique, le spectacle convoque la parole de Béjart à laquelle répondent les interprètes sur scène, cite des extraits de ses ballets emblématiques, fait revivre des personnalités telles Molière et la professeure du jeune danseur ou encore évoque des œuvres littéraires et musicales. On y retrouve les thèmes chers au chorégraphe, comme les différentes cultures et spiritualités.

Dixit est un ballet sur Maurice Béjart. On nous raconte son enfance, ses débuts, ses grands succès. On plonge dans son imagination, on l’accompagne en studio, on le suit sur scène. Avec une narration proche du cinéma qui prend la liberté de sauter d’une séquence à l’autre comme suivant le fil d’une pensée, le spectacle a aussi quelque chose d’onirique – comme lorsque les ballets se fondent les uns dans les autres, permettant par exemple à l’Oiseau de Feu de rencontrer l’Élue du Sacre du Printemps. Le rythme est rapide et la profusion d’images virtuelles ou réelles font qu’on se perd parfois, mais qu’on ne s’ennuie pas.

Dixit ©BBL – Lauren Pasche Haskiya

Dixit est aussi un ballet sur la création artistique: en mettant en scène le chorégraphe (interprété par Mattia Galiotto) en répétition avec ses danseurs, la pièce use à plusieurs reprises de la technique de la mise en abyme afin de faire voir le processus de création d’un ballet. C’était d’ailleurs un moyen déjà utilisé par Béjart lui-même qui aimait mettre en scène le travail de répétition en studio. Dans Dixit, on voit par exemple un extrait du Sacre du Printemps, interrompu par le jeune chorégraphe qui demande: « Combien de temps avant que le public entre dans la salle? Ok, on fait le final ». Et les danseurs se replacent pour nous offrir le final du Sacre. Ces moments où les personnages sortent de leur rôle pour créer un autre niveau d’illusion complexifie encore cette pièce qui jongle déjà entre passé et présent, texte parlé et danse, ballets de Maurice Béjart et de Gil Roman, images virtuelles et danseurs réels.

Le spectacle est bien sûr l’occasion d’évoquer les grandes œuvres toujours dansées par la compagnie: Le Boléro, Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de Feu, Héliogabale. Les extraits sont repris tels quels mais parfois détournés, comme lorsque l’ensemble des danseurs reprend les pas du Boléro, à l’origine pensé pour un ou une soliste. Finalement, le BBL affirme son rôle de porteur de la mémoire d’une œuvre et sa filiation avec un chorégraphe célébré par ses danseurs, parfois à l’extrême. En somme, Dixit donne la parole au chorégraphe et, dans cet hommage, la compagnie semble s’effacer un peu derrière son créateur et au profit de la mise en scène. Gil Roman est présent à travers certaines de ses chorégraphies mais se montre surtout au service de Béjart. Une soirée en forme d’éloge au chorégraphe, donc. Pourtant, il semble que Dixit n’est pas seulement un ballet sur la richesse de ses sources d’inspiration, mais aussi sur l’amour que Béjart portait à la danse. Inspirée, sa compagnie continue à faire vivre les ballets qui nous font rêver.

www.bejart.ch