Théâtre champêtre

Sur une note de délicatesse, les deux acteurs principaux intimidés et intimidants entrent en scène dans un espace tamisé. Charmés par le décor fait de paille et de charpente, ils utilisent plus d’une cachette pour se retrouver à l’abri des regards indiscrets. Insouciants aux coeurs légers, les amoureux se sentent heureux d’exister et de vivre la passion qui les dévore. Par amour, Eraste est prêt à tout pour devenir le mari de sa dulcinée et organise une représentation théâtrale avec l’aide de son valet afin de faire exaucer les volontés de sa chère tantine.

Prétentieux comme un paon, Merlin devient le dit créateur de cette comédie avec ses trois complices. Il saute ainsi du coq à l’âne pour faire répéter ses compères et ménager au mieux la chèvre et le chou. La brebis galeuse surnommée Colette court comme un lapin. Lisette, au caractère de cochon, monte sur ces grands chevaux en voyant qu’elle compte pour du beurre. Elle n’aime pas qu’on lui vole dans les plumes. Doux comme un agneau, Blaise quant à lui joue un peu le dindon de la farce. Il bégaie tellement d’avoir peur d’être pris pour un pigeon.

Lors de la répétition générale des « Acteurs de bonne foi »,  le public assiste à du théâtre dans un théâtre. De va-et-vient entre la fiction et la réalité,  les acteurs se perdent dans les faux-semblants et l’improvisation comme souvent répandus dans une «  Commedia dell’arte ». La confusion est tellement omniprésente que les comédiens passent de l’amour au désamour. En un seul clin d’œil, ils ne sont plus les mêmes.

L’enchainement musical des scènes accompagne les rires et les doutes du public qui se prend au jeu des acteurs. Entremêlés par le pouvoir entre une femme riche et  une femme pauvre, de la jalousie et de la trahison, les acteurs se chamaillent tous au milieu des bottes de foin.

Et à la fin de l’histoire, il paraît que l’amour triomphe dans le pré…

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A découvrir  jusqu’au 1er Novembre au Théâtre de Carouge, 57 rue Ancienne, 1227 Carouge.

Texte: Jenny Raymonde

Photo: Carole Parodi

Photo: Carole Parodi

L’invitation au voyage

La troupe du Teatr Semianyki était très attendue au Théâtre de Carouge, où leur dernier passage en 2012-2013 avait laissé un souvenir ému. Après une tournée de 12 ans avec leur premier spectacle La Famille Semianyki, cette compagnie russe s’est remise à la création et délivre un inénarrable Semianyki Express où Gogol dialogue avec Chaplin ou Tim Burton. Puissant.

Kasyan Ryvkin. Photo: Giovanni Cittadini Cesi

Kasyan Ryvkin. Photo: Giovanni Cittadini Cesi

Tout plaquer. Prendre le premier train, destination inconnue. Ce fantasme, le Teatr Semianyki vous l’offre. Leur nouveau spectacle, présenté au Théâtre de Carouge avec la collaboration de la Fondation Neva, est  placé sous le thème du voyage: les six clowns issus du Teatr  Licedei vous embarquent pour une virée en train. Pas un TGV, mais un vieux train russe où membres de l’équipage et voyageurs se croisent, se séduisent, se quittent et s’aiment. Un chef de gare espiègle, un barman servant des verres à des poissons-clowns, un cuisinier fêlé, une danseuse de flamenco distribuant des claques à tout-va ou encore un aviateur rêveur… les artistes Olga Eliseeva, Alexandre Gusarov, Marina Makhaeva, Kasyan Ryvkin, Elena Sadkova et Yulia Sergeeva peuvent tout jouer. Ils excellent dans l’art clownesque mais pas seulement: on les retrouve au détour d’un pas de claquette ou d’un pas de bourré, dans des acrobaties rocambolesques ou du jonglage, toujours avec cette délicatesse du geste et de l’expression justes. Car le véritable talent de cette équipée déjantée, c’est de vous raconter des histoires sans un seul mot, arrivant à tout dire par l’émotion et l’humour.

Il en ressort de cette série de saynètes une force magistrale et onirique. Peu à peu, des intrigues se tissent puis s’effilochent, des thèmes ou des images reviennent comme une rime qui répond à une autre… Oui, le nouveau spectacle du Teatr Semianyki est un poème. Une invitation au voyage dans lequel « Tout n’est que [dés]ordre et beauté ». Car le spectacle flotte entre une parfaite maîtrise des mouvements et une mise en danger  à chaque gag. Et les comédiens jouent de ce vertige puisqu’ils font volontairement des faux pas, des chutes, des retards. Comme pour rappeler que l’équilibre du spectacle, comme celui de l’existence, est fragile et que chaque train peut dérailler à n’importe quel moment. Raison de plus pour célébrer la vie et l’amour!

Texte: Marie-Sophie Péclard

Photo: Giovanni Cittadini Cesi

Photo: Giovanni Cittadini Cesi

Semianyki Express. Jusqu’au 20 septembre au Théâtre de Carouge.