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« Industria »: la Triennale 2020 de Bex & Arts

À quelques dizaine de kilomètres à peine de l’Arc lémanique, Bex accueille en 2020 son incontournable Triennale de sculpture contemporaine. Cette année, c’est la thématique du domaine de l’industrie qui regroupe les œuvres. Bienvenue dans le monde
d’ « Industria »!

Texte: Sandrine Spycher

Terme polysémique, « Industria » caractérise, depuis le 18e siècle, l’habilité à produire, et désigne toute forme d’activité productive (culturelle, artistique, intellectuelle, etc.). Point de départ notamment du Bauhaus, l’idée d’ « Industria » cristallise la volonté, particulièrement d’actualité, de nouer des liens entre art et société industrielle. Dans le contexte de la Triennale de Bex & Arts, cette thématique rappelle l’activité industrielle de Bex comme lieu historique d’exploitation du sel. Dans une incitation à la réflexion, ce sont 34 artistes qui ont été invité·e·s à s’approprier ce terme pour la création d’une œuvre inédite à l’occasion de la Triennale. Combinant les notions d’espace, de lieu et de production, les œuvres in situ sont destinées à fonctionner dans une logique durable qui tient compte de la situation unique du Parc de Szilassy.

 

Parmi les 34 œuvres, la rédactrice de ces lignes a été particulièrement intéressée par les créations de Daniel Zea, Pierre Mariétan, Olivier Estoppey et Nicole Dufour. L’œuvre Cabeza de Hongo de Daniel Zea vous invite à écouter des sons industriels tout en vous baladant sous un arbre. Les cymbales suspendues à l’arbre y sont presque camouflées pour vibrer des sons qui les animent. Un moment poétique et musical proposé par l’artiste de Bogota, qui met en avant sa formation en musique informatique et électroacoustique.

Autre musicien et compositeur, Pierre Mariétan, Montheysan vivant à Paris, met en place un périple à travers l’espace et le son avec Écoute, Son Silence Bruit. En marchant le long de son œuvre, tendez l’oreille attentivement. Au fil de la marche, il y a d’abord le silence, puis les sons du parc, ensuite le bruit distant de la ville, et enfin l’industrie et ses bruits caractéristiques. Les inscriptions au sol prennent alors tout leur sens tandis que les bruits et les silences alentours se mêlent pour vous révéler la proximité de la ville.

Dans un autre registre, l’artiste vaudois Olivier Estoppey bouscule votre perception de l’espace à l’aide d’un simple dispositif architectural. Le Quartier des fous, voilà une œuvre qui porte bien son titre. Dès la porte de cette étrange maison franchie, le sol semble basculer et on perd l’équilibre. Comment est-ce possible? Grâce à une illusion qui embrouille le cerveau: les murs étant perpendiculaires au sol, on a l’impression que celui-ci est plat alors que nous marchons sur une pente. Il faut se muer en véritable dahu pour ne pas tomber !

La genevoise Nicole Dufour, quant à elle, propose avec Maîtrise (Dieu est une couturière, projet au long cours) une sculpture fascinante – et, avouons-le, un peu effrayante – où une figure de femme se libère des liens qui l’emprisonnent. Le fil à coudre et l’aiguille géante ont de quoi impressionner, tout comme le réalisme des traits de la femme représentée, notamment la force se dégageant de son poing serré. Une œuvre qui marque et donne des frissons.

Pas à Bex? Essayez la visite virtuelle !

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En marge de la Triennale en plein air dans le parc, L’Agenda recommande la visite de l’exposition de photos de Jean-Marc Cherix, dans la buvette de Bex & Arts. Vous y trouverez 25 clichés de la Fête des Vignerons (mêlant les éditions de 1999 et 2019). « Le défi était de faire des photos en noir et blanc d’une fête avec autant de couleurs », explique le photographe. Mais si les couleurs disparaissent, le mouvement est, lui, bien présent pour rendre hommage à cette fête historique. Les photos vous transportent immédiatement vers la place du Marché de Vevey, avec les souvenirs et les émotions!

Jusqu’au 18 octobre 2020

bexarts.ch

Contempler l’horizon et s’y projeter

Simon Mastrangelo vous invite à découvrir son exposition de photographies ethnographiques Émigrer en quête de dignité. Ces mots titrent aussi son premier livre paru en 2019 aux Presses universitaires François-Rabelais (PUFR) dans la collection Migrations qui a pour objectif de favoriser la diffusion des connaissances scientifiques vers un public large.

Texte: Gauvain Jacot-Descombes

La rétine du savant

Diplômé de l’Université de Lausanne, Simon Mastrangelo est l’auteur d’une thèse de doctorat sur les migrations tunisiennes dites « clandestines ». Il précise lors de notre entretien: « La publication de ces images n’était pas préméditée, car durant les trois ou quatre années de cette recherche, je me suis servi de la photographie comme d’un outil mnémotechnique. Or, je souhaite aujourd’hui qu’elles puissent avoir leur propre voix. Je pense que ces images sont pertinentes à montrer, car elles se situent dans le cadre d’une recherche ethnographique. C’est la raison pour laquelle ces images sont toujours liées dans l’exposition à des scènes ethnographiques ou à des extraits d’entretiens ».

Un choix qui est bien inspiré, car d’autres scientifiques n’ont eux aussi pas pu résister à l’appel de la photographie. En 1904, par exemple, le sociologue américain Lewis Wickes Hine travaille sur les immigré·e·s d’Ellis Island et réalise une série de clichés stupéfiants d’une époque où c’était au tour des Européen·ne·s de prendre la mer, de rêver à un Ailleurs et de se construire un imaginaire migratoire. Si cette proposition photographique a un ancrage scientifique, ce n’est pas l’histoire de cette discipline qui pourra contredire l’approche du chercheur. En effet, « c’est à partir des années 1880 que la photographie devient un auxiliaire fiable des sciences ». (Bajac, 2004)

Une arme de dénonciation?

Ces images ont certes un axe scientifique, mais pas uniquement. Dans la mesure où la migration est une problématique contemporaine, sociale, politique et législative, il faut aussi relever l’axe du témoignage photographique. Dès la fin du 19e et le début du 20e siècle, « la photographie a été reconnue comme le meilleur moyen de témoigner du réel. Elle devient une arme de dénonciation dans les mains d’hommes ou de femmes désireux de révéler aux yeux de leurs contemporains l’injustice du monde qui les entoure » (Bolloch, 2004).

Il est toutefois nécessaire de clarifier le positionnement de Simon Mastrangelo: « Quand on parle de migration, c’est toujours très politique. Dans mon cas, bien que l’on ne puisse pas être toujours totalement objectif, j’essaie de produire quelque chose qui ne soit ni dans un déni des souffrances du genre humain ni dans une perspective militante qui viserait à diaboliser les politiques migratoires. J’essaie plutôt de documenter et de donner la parole aux personnes elles-mêmes, pour qu’elles puissent raconter leurs récits, et qu’elles s’expriment politiquement si elles le souhaitent. Mais que ça ne soit pas moi qui leur impose ce prisme de lecture politique ».

Émigrer en quête de dignité

Du 25 juillet au 15 août 2020,
Galerie du Faubourg, Porrentruy. Vernissage le 25 juillet à 19h

Du 11 au 25 septembre 2020,
Péristyle de l’Hôtel de Ville de Neuchâtel, à l’occasion de la Semaine d’actions contre le racisme

 

Pour aller plus loin:

Mastrangelo Simon (2019), Émigrer en quête de dignité. Tunisiens entre désillusions et espoirs, Tours: Presses universitaires François-Rabelais.

Bajac Quentin (2004), La photographie scientifique, la révélation d’une autre réalité, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 48-49.

Bolloch Joëlle (2004), « D’authentiques cas » de misère sociale, in Brigitte Govignon, La petite encyclopédie de la photographie, Paris: Éditions de la Martinière, pp. 50-51.

Liu Bolin disparaît au Musée de l’Elysée

Depuis cet automne, le Musée de l’Élysée propose « Le Théâtre des apparences », une exposition rétrospective d’une sélection de travaux de l’artiste chinois Liu Bolin réalisés entre 2005 et 20017. Il s’agit du premier accrochage en Suisse pour le photographe, composé d’une cinquantaine de photographies monumentales formant une série intitulée « Hiding in the City ». Sur chacune d’elles, on retrouve la silhouette cachée de l’artiste, entièrement peinte de manière à se fondre dans le décor. Sa posture est récurrente; statique, vêtu d’une vareuse à col mao, les yeux fermés.

Texte: Mathilde Morel

Liu Bolin, « The Laid Off Workers », 2006

Tout commence avec un événement-choc et déclencheur dans la vie de l’artiste: en novembre 2005, Pékin subit une restructuration en vue des Jeux Olympiques de 2008. Les autorités chinoises décident alors de démolir le quartier de Suo Jia Cun, en banlieue, où de nombreux artistes étaient établi·e·s. Subissant le même sort que ses compatriotes, Liu Bolin s’est donc fait expulser de son antre sans ménagement. Tous les ateliers ont ensuite été détruits. Face à une réelle négation de l’identité d’artiste, Liu Bolin décide de protester, en créant en contrepartie une œuvre liée à cette destruction. Il va alors poser debout, immobile, devant les ruines de son atelier.

« Un lieu doit me permettre d’interroger quelque chose, de susciter un doute, de remettre en question ce qui est montré. Ma première œuvre du genre, qui date de 2005, était un message de protestation contre une injustice. Le gouvernement chinois avait démoli mon studio, et j’ai posé sur ses ruines’’ –  Liu Bolin

 La démarche de Liu Bolin pousse à s’interroger sur l’idée du corps humain qui se fond dans un décor, dont l’existence est reniée à tel point qu’il disparaît dans l’arrière-fond.

Dans ces véritables trompe-l’œil, retrouver l’artiste n’est pas toujours évident. Le processus et la préparation font partie du travail, nécessitant patience et réflexion. Avec l’aide de quelques peintres assistants, Liu Bolin est recouvert de peinture afin d’être habilement dissimulé dans le fond choisi. Garanties sans trucage numérique, les œuvres sont d’une envergure impressionnante.

Par son jeu d’apparition et de disparition au sein de ses œuvres, Liu Bolin dénonce une réalité de la société chinoise contemporaine. Il souhaite mettre en lumière les stratégies politiques, économiques et de propagande du pouvoir, l’industrialisation de sites ruraux et urbains, l’hyperconsommation et d’autres problématiques auxquelles le monde fait face.

Liu Bolin tente de préserver sa liberté de penser, d’être et de s’exprimer sans restriction, faisant face au gouvernement chinois où la censure cadre drastiquement l’expression. L’artiste joue parfois avec le feu, utilisant des symboles politiques dans ses œuvres tels que le drapeau national ou différents slogans de propagande qui sont interdits d’usage en Chine.

On découvre dans l’exposition que l’artiste a investi de nombreux lieux et utilisé des symboles forts dans lesquels se fondre. Le·la spectateur·trice est alors interpellé·e; il·elle est poussé·e à faire des liens entre l’arrière-plan et la présence de l’humain dans cette scène. Il·elle peut alors interroger sa condition, au-delà des apparences, sur les rapports de force et de pouvoir.

Liu Bolin, « Mobile Phone », 2012

Liu Bolin s’intéresse aux problèmes sociaux découlant des bouleversements de la République populaire de Chine depuis sa fondation. Il veut révéler l’indicible, le caché, qu’il souhaite dénoncer. L’artiste parle aussi d’écologie, sujet qui lui tient spécialement à cœur. Il dénonce la pollution et l’humain délaissé. L’artiste questionne l’identité de chacun·e, face à aux changements qui s’opèrent, fragilisant l’humain au passage. Il propose des images étonnantes, dans une société où profusion matérielle est synonyme de progrès. Mais Liu Bolin, caché dans cet environnement, au milieu de ces tonnes de marchandise, rappelle qu’il n’est rien de plus qu’un numéro, une pièce interchangeable dénuée d’humanité.

« En profitant du développement qu’il a accompli, l’homme est en train de creuser sa tombe par sa propre cupidité. Les gens exigent trop de la nature et de l’environnement. Nous réaliserons bientôt combien nous sommes minuscules. Notre désir domine notre comportement. Nous allons faire face à beaucoup de problèmes à l’avenir’’. – Liu Bolin

Dans le cadre de cette exposition, le Musée de l’Elysée propose un atelier créatif de « Camouflage », qui permet au visiteur·euse de réaliser sa propre œuvre, puis de s’y fondre.
L’équipe responsable, enjouée, accueille les visiteurs à réaliser un collage à partir de tirages d’œuvres de Liu Bolin, puis leur propose de se faire photographier en se dissimulant à leur guise derrière une étoffe…  Un montage mélange ensuite la photographie et le collage, pour un résultat surprenant!

Le Théâtre des apparences
Musée de l’Elysée
Du 17 octobre 2018 au 27 janvier 2019

Atelier Camouflage tous les mercredis après-midi, jusqu’au 23 janvier.

www.elysee.ch

Dans les yeux de Demir: le Kurdistan irakien en photo et en peinture

Le Théâtre Saint-Gervais accueille jusqu’en juin « Dans les yeux de Demir », une exposition originale mêlant les photographies du photoreporter Demir Sönmez et les peintures d’Adar Tung, une jeune réfugiée kurde du camp de Maxmûr (Irak).

Texte: Anaïs Mansouri

D’origine kurde et arménienne, le photo-reporter suisse Demir Sönmez s’est rendu à deux reprises dans le Kurdistan irakien, en 2016 et septembre 2017 en plein référendum pour l’indépendance de la région. Il a ramené de ses séjours une série de clichés poignants et vivaces.

Espérance. Photo: Demir Sönmez

La première d’entre elle se consacre au camp de réfugiés de Maxmûr, en plein Kurdistan irakien. La quinzaine de photographies montre au spectateur la vie quotidienne dans le camp. Les réfugiés, pour la plupart originaires du Kurdistan turc ayant fui à la fin des années 1980, ont réussi envers et contre tout à créer une société en plein désert. Le camp a vu se développer une véritable microsociété, où toutes les générations semblent s’accommoder de l’exil.

Par la suite, Demir Sönmez est retourné au Kurdistan irakien alors que le référendum pour l’indépendance battait son plein. Là encore, les Kurdes semblent ignorer leur misère quotidienne pour aller voter. L’omniprésence des drapeaux kurdes souligne cet optimisme qui caractérise les individus pris en photo.

Le photo-reporter a également ramené de son voyage à Maxmûr quelques tableaux d’une jeune artiste née dans le camp, Adar Tung. Ces derniers mettent en avant le rôle des femmes dans la société kurde. Les œuvres, toutes peintes dans des tons bleus, proposent un autre regard sur les possibilités d’évasion – artistique – qu’offre le camp.

Dans ses clichés, Demir Sönmez capture magistralement le regard de ses sujets, jeunes et moins jeunes. Un regard toujours brillant, malgré les échecs et l’exil. Un regard qui conserve toujours l’espoir d’un avenir meilleur. Cet optimisme transparaît aussi dans les tableaux d’Adar Tung, qui offre aux spectateurs une petite portion de sa vision de la vie au camp de Maxmûr.

« Dans les yeux de Demir »: Exposition photo et peinture, du 17 avril au 16 juin 2018 au Théâtre Saint-Gervais, Genève.

www.saintgervais.ch/programme/detail/dans-les-yeux-de-demir

 

« Une école buissonnière »: le meilleur de Jean Mohr par lui-même

La Maison Tavel, située en plein cœur de la Vieille-Ville de Genève, accueille jusqu’au mois de juillet une rétrospective consacrée à l’œuvre photographique de Jean Mohr.

Texte: Anaïs Mansouri

« Times Square, New York, États-Unis, 1966 » © Jean Mohr, Musée de l’Elysée, Lausanne

 

Né en 1925, le photographe genevois Jean Mohr a sillonné le monde au gré de ses envies et des missions qu’on lui a attribuées. Des milliers de clichés sont sortis de ces voyages effectués entre les années 1950 et 2000.

L’exposition « Jean Mohr. Une école buissonnière » présente une sélection raisonnée de près de 270 photographies. Ces dernières sont réparties dans une douzaine de thématiques allant de l’homme à la neige en passant par la religion ou l’amour. Les commissaires Alexandre Fiette et Mayte Garcia-Julliard ont laissé une large marge de manœuvre à Jean Mohr. Si les descriptifs des photos semblent venir directement de la bouche du photographe, c’est parce qu’ils le sont pour grande partie. L’implication de Jean Mohr dans le processus – du choix des thèmes à la sélection des tirages et à l’écriture des légendes – offre un regard inédit sur l’exposition et permet de mieux saisir les intentions de l’artiste.

« Un œil qui écoute »: telle est la formule employée par le photographe pour décrire son art. Les photographies de Jean Mohr sont indéniablement empreintes d’humanité et d’un esthétisme travaillé. L’ »école buissonnière » se situe à la croisée des chemins: entre la photographie de reportage et les « à-côtés », les tirages proposés reflètent l’essence même du travail photographique. Le noir et blanc, technique fétiche de Jean Mohr, dominent la sélection et permettent aux visiteurs de se plonger totalement dans le sujet, qu’il soit humain ou un élément naturel.

Des paysans en plein labeur, des prêtres orthodoxes assis à table au bord du Pirée ou un militaire posté dans les Alpes suisses: les photographies choisies révèlent tant le côté documentaire qu’esthétique du travail du photographe. L’exposition de la Maison Tavel offre une rétrospective qui fait honneur à la longue carrière de Jean Mohr et à son ethos photographique: remettre l’homme, dans toute sa splendeur et ses qualités, au centre de l’attention.

« Jean Mohr. Une école buissonnière. Photographies », du 28 mars au 15 juillet 2018 à la Maison Tavel, Genève.

www.institutions.ville-geneve.ch

 

Jean-Jacques Dicker : The Wolfgang’s SteakHouse à la Fondation Auer Ory pour la photographie à Hermance

Pour sa 13ème exposition en ses murs, la Fondation Auer Ory pour la photographie à Hermance présente une série de portraits en noir et blanc du personnel d’un restaurant à Honolulu: The Wolfgang’s Steakhouse. Jean-Jacques Dicker, photographe d’origine genevoise parti s’installer à Hawaii en 1951 avec sa famille, est venu exprès depuis Honolulu avec sa femme Yuko pour assister au vernissage. Cela faisait 25 ans que l’artiste n’était pas revenu en Suisse.
L’opportunité est à saisir puisque deux autres expositions du photographe, « Women » et «Afrique », sont également à voir en ville de Genève. Pour l’occasion Yuko a revêtu la tenue traditionnelle japonaise, et Jean-Jacques, appareil autour du cou et chemise de voyageur, se balade en prenant quelques clichés dans la salle d’exposition.

Jean-Jacques Dicker. Photo: Julia Faivre

Jean-Jacques Dicker. Photo: Julia Faivre

Sur les murs en béton brut de la Fondation se déploie en ligne une galerie de portraits des employés du restaurant où Jean-Jacques travaille 5 jours par semaine quand il réside à Honolulu : The Wolfgang’s Steakhouse, restaurant à la mode d’Honolulu, très animé et prisé en soirée, accueillant une forte proportion de clients japonais, visiteurs de l’île.

Avant son travail de serveur, travail qu’il exerce avec talent grâce à ses nombreuses connaissances linguistiques et son sens du contact, Jean-Jacques se muni d’un appareil photo argentique et d’un trépied, et photographie serveurs, barmen, plongeurs, cuisiniers, hôtesses et managers: tous les corps de métier qui s’activent chaque jour pour faire tourner le restaurant. Mais ici, il n’est en rien question d’effervescence propre au fourmillement d’un restaurant. Les portraits, individuels, sont posés. Chacun des sujets est assis sur une chaise, de rares sont debout et tous regardent l’objectif et se prêtent au jeu du modèle. Les employés ont stoppé leur activité pour poser en toute décontraction et fixité devant l’objectif. Ce qui illustre leur activité est finalement l’habit qu’ils portent ou l’accessoire que certains mettent en avant (menu, couteau, tablier, plateau d’asperges, homard, etc). Le cadrage est large et la position des sujets toujours centrale. Le décor, reflet du quotidien du restaurant (chaises empilées, tables en préparation, rangements des menus et condiments) est simple et neutre. Ainsi chacun des modèles bénéficie du même traitement, ce qui permet de se concentrer davantage sur les visages, attitudes et tenues des personnes. Certains même, comme Darren, troquent la tenue de manager pour celle de serveur et s’habillent alors d’une personnalité différente. Le tout offrant une véritable galerie de portraits sociologiques.

Les portraits sont également accompagnés de quelques vues du quotidien d’Honolulu.

A ce jour Jean-Jacques Dicker a réalisé une soixantaine de portraits et le projet se poursuit. Le restaurant accueille une centaine d’employés qui tournent en permanence ce qui lui permet d’étoffer son travail.

Venez découvrir cette exposition à la Fondation Auer Ory pour la photographie, jusqu’au 10 janvier 2016. Visite sur rendez-vous, entrée libre. Les expositions Women et Afrique sont quant à elles visibles respectivement au Cabinet d’Expertise Témoin jusqu’au 7 décembre 2015 et à l’Espace Fert Barton 7 jusqu’au 15 janvier 2016, Genève.

Texte: Julia Faivre

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Photo: Julia Faivre