Dans les yeux de Demir: le Kurdistan irakien en photo et en peinture

Le Théâtre Saint-Gervais accueille jusqu’en juin « Dans les yeux de Demir », une exposition originale mêlant les photographies du photoreporter Demir Sönmez et les peintures d’Adar Tung, une jeune réfugiée kurde du camp de Maxmûr (Irak).

Texte: Anaïs Mansouri

D’origine kurde et arménienne, le photo-reporter suisse Demir Sönmez s’est rendu à deux reprises dans le Kurdistan irakien, en 2016 et septembre 2017 en plein référendum pour l’indépendance de la région. Il a ramené de ses séjours une série de clichés poignants et vivaces.

Espérance. Photo: Demir Sönmez

La première d’entre elle se consacre au camp de réfugiés de Maxmûr, en plein Kurdistan irakien. La quinzaine de photographies montre au spectateur la vie quotidienne dans le camp. Les réfugiés, pour la plupart originaires du Kurdistan turc ayant fui à la fin des années 1980, ont réussi envers et contre tout à créer une société en plein désert. Le camp a vu se développer une véritable microsociété, où toutes les générations semblent s’accommoder de l’exil.

Par la suite, Demir Sönmez est retourné au Kurdistan irakien alors que le référendum pour l’indépendance battait son plein. Là encore, les Kurdes semblent ignorer leur misère quotidienne pour aller voter. L’omniprésence des drapeaux kurdes souligne cet optimisme qui caractérise les individus pris en photo.

Le photo-reporter a également ramené de son voyage à Maxmûr quelques tableaux d’une jeune artiste née dans le camp, Adar Tung. Ces derniers mettent en avant le rôle des femmes dans la société kurde. Les œuvres, toutes peintes dans des tons bleus, proposent un autre regard sur les possibilités d’évasion – artistique – qu’offre le camp.

Dans ses clichés, Demir Sönmez capture magistralement le regard de ses sujets, jeunes et moins jeunes. Un regard toujours brillant, malgré les échecs et l’exil. Un regard qui conserve toujours l’espoir d’un avenir meilleur. Cet optimisme transparaît aussi dans les tableaux d’Adar Tung, qui offre aux spectateurs une petite portion de sa vision de la vie au camp de Maxmûr.

« Dans les yeux de Demir »: Exposition photo et peinture, du 17 avril au 16 juin 2018 au Théâtre Saint-Gervais, Genève.

www.saintgervais.ch/programme/detail/dans-les-yeux-de-demir

 

Pour égayer votre hiver

Paul Signac, Juan-les-Pins. Soir, 1914, huile sur toile, 73 x 92 cm, collection privée, © Photo: Maurice Aeschimann

Paul Signac, Juan-les-Pins. Soir, 1914, huile sur toile, 73 x 92 cm, collection privée, © Photo: Maurice Aeschimann

En ces temps quelque peu gris et météorologiquement imprévisibles, la Fondation de l’Hermitage à Lausanne nous propose une multitude de vues de ports, de parcs ou d’étendues d’eau dans des couleurs chaleureuses qui vous feront patienter jusqu’à l’été. L’exposition « Signac, Une vie au fil de l’eau » est visible jusqu’au 22 mai.

Contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre, la première pièce expose des croquis, des dessins tous fait de gris, de noir et de blanc. Un choix plutôt étonnant mais qui illustre parfaitement le principe chronologique et thématique de l’exposition. La collection, réunie par une famille (qui est restée anonyme) passionnée par l’artiste, regroupe des œuvres sur l’ensemble de la carrière de Paul Signac (1863-1935). Les 140 œuvres (peinture, aquarelles et dessins) ont été sélectionnées dans une volonté de montrer tout le travail de l’artiste, des premières années aux dernières. Les dessins ne sont pas tous de Signac. Il y en a aussi d’autres grands peintres néo-impressionnistes, Luce et Van Rysselberghe, afin de présenter ce mouvement aux visiteurs. C’est à partir de la deuxième chambre, que vous retrouverez les légendaires touches de couleurs qui caractérisent Signac et embellissent ses paysages.

Si vous êtes déjà allés vous émerveiller devant les expositions de la Fondation de l’Hermitage, vous vous souviendrez de la montée de ses escaliers. Mais cette fois, ce n’est pas les marches qui vous mènent au premier qui vous coupent le souffle. Une fois à l’étage, vous pivotez pour continuer la visite et, c’est là, que vous marquez un temps d’arrêt, éblouis par un superbe tableau… que je vous laisse découvrir lors de votre visite!

L’exposition propose également une pièce avec des peintures de Pissarro, Luce, Van Rysselberghe et Cross, tous peintres du mouvement néo-impressionniste. Toujours dans l’idée de présenter ce courant, une autre pièce révèle les recherches sur la couleur de ces artistes. Enfin, un film d’une quarantaine de minutes dévoile quelques détails de la vie de Signac, passionné de voile.

Les aquarelles ont été une surprise pour moi, ne sachant pas que Signac avait pendant au moins les trente dernières années de sa vie peint des aquarelles de ports de France. Et bien qu’elles ne soient pas détaillées en points de couleurs, le coloris reste dans les mêmes tons purs ouvrant de multiples fenêtres sur l’univers de Signac.

J’aime toute la recherche, le travail, sur le non-mélange des couleurs dans les œuvres de Signac, mais, j’avoue que l’œuvre qui m’a le plus captivée est un lavis préparatoire à l’encre de chine: L’Entrée de la rivière à Vannes (1929). Il y a quelque chose dans le dessin de ce grand navire à deux mâts qui vous donne l’envie d’embarquer pour de beaux et paisibles voyages…

Texte: Adélaïde Offner

« Signac, Une vie au fil de l’eau », Fondation de l’Hermitage, 2, route du Signal, Lausanne, jusqu’au 22 mai. Tél. 021 320 50 01, site www.fondation-hermitage.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h.