Ombres sur Molière au Théâtre Alchimic

Dans « Ombres sur Molière » Dominique Ziegler met en scène une gentille fable axée autour d’un Molière conquérant et muselé dans sa quête par la censure royale et ecclésiastique. Marquée à la fois par une vision plutôt manichéenne de l’histoire autant que par de beaux alexandrins, la pièce n’en constitue pas moins un très bon moment de divertissement remarquablement bien interprété.

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Photo: David Deppierraz

1er acte : Molière et son épouse, Madeleine Béjart, font enfin leur entrée dans le Saint des Saints : le théâtre de la cour au château de Versailles. Quelle formidable épopée pour ces artistes et leur troupe de saltimbanques, auréolés par les dorures royales et dotés de la noble mission de divertir le roi Louis XIV ! Mais les douces saveurs de la réussite et du succès vont faire place à l’amertume lorsque Molière décidera de présenter sa première version du Tartuffe, une satire virulente tournée à l’encontre des dévots qui pullulent à la cour et dont le pouvoir d’influence sur la société française de ce XVIIIe siècle est féroce. Après une première impression excellente du roi soleil, qui apprécie l’ironie de la pièce et son acidité envers les critiques de ses propres mœurs adultérines, la pièce est frappée d’interdiction et de censure sous la pression de la très pieuse reine-mère Anne d’Autriche et du clergé.

Dans le décor doux et simple, teinté de rouge de la scène de ce petit théâtre l’Alchimic, le spectateur a l’impression d’être partie prenante de la pièce. La proximité des comédiens et l’intimité créée ainsi avec le public sont particulièrement agréables. Il convient de souligner également le superbe travail autour de l’écriture en alexandrins car s’il est vrai qu’au départ d’aucuns ne seront pas convaincus, la pièce y trouve son rythme très rapidement. Quelques mentions spéciales pour Jean-Paul Favre, resplendissant de finesse et de répartie dans le rôle de Basque ainsi que Jean-Alexandre Blanchet pour sa superbe interprétation tout en rondeur de Du Croisy.

Au rang des bémols à adresser à la mise en scène de Dominique Ziegler, une posture et une représentation idéologique un peu trop marquées d’omniprésence. Le spectateur se sent par moments pris à partie dans cet ersatz de procès et de bons sentiments un peu trop faciles. Molière présenté comme le David engagé qui affrontera l’affreux Goliath de l’étroitesse d’esprit et des grenouilles de bénitier, voilà une construction bien romanesque mais un peu facile de la réalité. Ainsi, le fils de l’idéologue Jean Ziegler ne peut s’empêcher des raccourcis dont la pertinence historique est plus contrastée dans les faits. En se plongeant dans la chronologie et la genèse de la pièce, force est de constater que cette interprétation est plutôt simpliste et servie par une vision orientée de l’histoire. Beaucoup d’historiens aujourd’hui contestent cette version des faits. Difficile ainsi de ne pas sentir chez le metteur en scène une projection fantasmée de ce qu’il aimerait lui-même voir chez Molière et son Tartuffe.

Mais au fond peu importe, indépendamment des opinions de chacun, l’important étant que le spectateur ressorte satisfait d’avoir passé un agréable moment et ce pari est ici clairement réussi. N’est-ce pas là toute l’essence du théâtre ?

Texte : Oscar Ferreira

Ombres sur Molière, mise en scène par Dominique Ziegler, à voir au Théâtre Alchimic du 8 septembre au 4 octobre 2015. 

L’Avare

L'avarePhoto: Aline Paley

LAvare de Molière sur décor hollywoodien ? Le Théâtre de Carouge propose en ce moment de revisiter ce grand classique en nous offrant une version contemporaine des aventures dHarpagon. Un tourbillon dhumour et de fraîcheur !

Molière créa nombre de personnages emblématiques, chacun dénonçant avec malice les mœurs du XVIIe siècle. Avec Harpagon, le dramaturge s’attaqua au thème de l’avarice et de l’égoïsme, à une époque où régnaient en maîtres la noblesse et la haute bourgeoisie. Giani Schneider nous propose ici une version fraîche et moderne de ce grand classique joué et rejoué des milliers de fois, replaçant ses thématiques au XXIe siècle. Si l’histoire et les textes ne changent pratiquement pas, c’est par le décor, la mise en scène et le jeu des acteurs que va s’opérer l’actualisation de la pièce, créant ainsi un joli décalage entre le visuel et l’écoute !

Bien loin de la Paris de Molière, les personnages évoluent sur le pont d’un bateau de luxe naviguant devant un écran géant. Ne se cantonnant pas au simple rôle de décor, cet écran permet un jeu interactif entre les acteurs sur scène et les vidéos projetées, qui sont soit préenregistrées, soit filmées en direct : le spectateur a ainsi l’occasion d’admirer au plus près les mimiques hilarantes de l’avare, joué par Jean-Damien Barbin.

Harpagon coule donc des jours paisibles sur son bateau avec sa fille Élise et son fils Cléante, ayant comme seule préoccupation de veiller sur son pactole. Mais, à passé 60 ans, il décide soudainement d’épouser la jeune femme dont son fils est secrètement amoureux et de marier ses enfants à de vieux, mais riches inconnus. Les deux victimes décident alors, avec l’aide de Valère, l’amant d’Élise, et Frosine, une intrigante en quête d’argent, de se rebeller contre les décisions avides de leur père, ce qui va déclencher un méli-mélo de quiproquos plus cocasses les uns que les autres !

Le navire vous attend au Théâtre de Carouge jusqu’au 1er février, puis voguera dans les eaux suisses durant le mois de février (Bienne, Yverdon-les-Bains et Monthey).

Texte : Aurélie Quirion