Un pour tous… et tous pour un!

En garde! Ce week-end, dans le cadre de la programmation du théâtre Les Trois-Quarts, les compagnies Les Exilés et Confiture étaient réunies sur scène dans une adaptation théâtrale des Trois Mousquetaires au cœur du château de la Tour-de-Peilz. Suivez les périples du chevalier d’Artagnan et de ses loyaux camarades qui démêlent les intrigues de la Couronne au fil de leurs épées.

Une supplémentaire est jouée ce soir-même, mercredi 23 septembre à 20h!

Texte: Yohann Thenaisie

Pas de Festival de la Tour cette année? Qu’importe! Les compagnies Les Exilés et Confiture montent leurs gradins et leurs décors à deux étages dans la cour intérieure du Château de la Tour-de-Peilz! Entre les exclamations des enfants et l’odeur des saucisses grillées, on y retrouve l’ambiance d’un spectacle convivial autour d’un monument de la littérature: Les Trois Mousquetaires. Mais silence: les trompettes sonnent, les projecteurs s’allument…

Le jeune chevalier d’Artagnan débarque à Paris pour se faire engager dans la compagnie des mousquetaires, au service de Sa Majesté Louis XIII. Le brave Gascon fait la rencontre d’Athos, Porthos et Aramis qui deviennent ses fidèles compagnons. Hélas, d’Artagnan est aussi volage qu’audacieux, et ses multiples romances le plongent au cœur des intrigues qui opposent la Reine et le Cardinal de Richelieu…

Photo: André Capel

Steve Riccard signe un important travail d’adaptation du roman d’Alexandre Dumas. Les intrigues sont complexes et il peut être difficile de situer les nombreux personnages. Et pourtant, adultes comme enfants y trouvent leur compte. Au fil d’environ trois heures de spectacle (avec entracte), le ton alterne du drame à la comédie. Une volée de personnages colorés appelle les rires: un roi capricieux, un tenancier bouffon à la Louis de Funès, des mousquetaires brigands qui ont du mal à lâcher la bouteille… Ils sont incarnés par pas moins de dix-huit comédien·ne·s au jeu inégal mais toujours dynamique. La mise en scène est brute, avec une belle place faite aux duels à l’épée et à une cascade mémorable sur les murs du château.

Suivez ce lien pour aller les voir ce soir!

Vous les avez manqués? Ils reviennent à la Salle Centrale de la Madeleine (Genève) du 29 septembre au 3 octobre.

Salle Centrale de la Madeleine, Genève
Les 29, 30 septembre et 2 octobre à 20h

Les 1 et 3 octobre à 19h
Plus d’informations: www.theatre-confiture.ch

Et pour la suite de saison du théâtre Les Trois-Quarts: www.troisquarts.ch

Lectures estivales

Lectures estivales

Polar, feel-good ou encore fantastique, les romans à emmener en vacances se déclinent dans tous les genres. Les plumes romandes ont toujours beaucoup à offrir et il y en a pour tous les goûts. Voici un échantillon parmi les coups de cœur de L’Agenda.

Texte : Inès Fernandes

Parmi le nombre toujours plus conséquent des parutions littéraires romandes, la rédactrice de ces lignes a choisi de s’arrêter sur les livres de Nicolas Feuz, Marie Javet et Catherine Rolland, respectivement publiés par Slatkine & Cie, les Éditions Solar et les Éditions OKAMA. Ce choix repose essentiellement sur un désir de présenter la diversité des genres et des styles : un polar rythmé à l’écriture aiguisée, un feel-good lumineux d’une plume exigeante et un roman fantastique au goût d’aventure.

L’engrenage du mal de Nicolas Feuz

L'engrenage du mal

Nicolas Feuz, L’engrenage du mal, Slatkine & Cie, 2020

Troisième opus des aventures de Tanja Stojkaj, Norbert Jemsen et Flavie Keller, ce nouveau polar se concentre principalement sur le personnage de Tanja pour en souligner le caractère fort et indépendant déjà esquissé dans les tomes précédents. L’intrigue est construite en allers-retours entre un procès et les actes qui y ont conduit. Le suspense réside justement dans cette structure à la dualité bien familière de l’auteur. Dès les premiers chapitres, on se demande quel est l’enjeu du procès, qui sont les victimes, qui sont les témoins, et l’on doute même de l’identité de l’accusée. Dans L’engrenage du mal, Nicolas Feuz retrouve un style tranchant et précis, sans se départir du sens du rythme qui fait sa signature. Haletant et intriguant, ce polar se lit rapidement et, pour une fois, sans trop retourner les estomacs fragiles ou choquer les âmes sensibles.

Toute la mer dans un coquillage de Marie Javet

Toute la mer dans un coquillage

Marie Javet, Toute la mer dans un coquillage, Éditions Solar, 2020

Ce roman lumineux qui fait du bien à l’âme est le premier du genre pour Marie Javet. On y retrouve Claire, une femme inspirante qui, suite à une déconvenue professionnelle, décide de changer radicalement de vie. Elle nous emmène alors dans ses bagages jusqu’au sud de la France où elle se réinvente en suivant une pensée minimaliste. Avec une plume qui n’a d’égale qu’elle-même, Marie Javet nous propose ici une véritable ode au minimalisme et à la recherche de soi, tout en douceur et en sincérité. Humour, amour et découverte se côtoient dans ce roman, et l’on se prend à rêver de laisser nos traces de pas sur une plage du Midi, à l’image de Claire. La protagoniste apparaît comme une « Madame tout le monde » à qui il est facile de s’identifier. Déterminée à profiter de la vie plutôt qu’à la subir, elle ne se laisse pas démonter par les déceptions qui tentent de lui barrer la route. Son caractère humble ne laissera personne de marbre dans un roman qui sent bon le bien-être.

La Dormeuse de Catherine Rolland

La Dormeuse

Catherine Rolland, La Dormeuse, Éditions OKAMA, 2020

Cette aventure fantastique au cœur de la cité antique de Pompéi est portée par des personnages marquants. La protagoniste paraît de prime abord détestable, mais on finit par s’attacher à elle et on ne veut plus la quitter lorsqu’elle nous emmène à travers le temps pour vivre les derniers jours de Pompéi à sa manière. Adepte du réalisme magique, Catherine Rolland parvient à donner vie à des personnages historiques en leur prêtant des failles et des défauts que tout humain peut reconnaître en dépit des époques différentes. Ainsi, on s’identifie sans peine à une jeune fille pompéienne, autant qu’à une vielle femme française. La Dormeuse, bien que long, se lit sans accrocs car son rythme est bien mené, passant d’une période historique à une autre avec une aisance et un naturel déroutant. Une aventure plaisante à lire, avec des protagonistes attachants et des rebondissements surprenants.


Bonus : le coup de cœur importé avec Nuuk de Mo Malø

Nuuk

Mo Malø, Nuuk, Éditions de La Martinière, 2020

Un polar glacé pour un été caniculaire : Nuuk nous emporte dans la neige et la nuit groenlandaises. Malouin d’origine comme son nom l’indique, l’auteur manie une écriture entre suspense et ethnographie pour ce troisième volet des aventures du commandant Qaanaaq Adriensen. Moins violent que les deux précédents, Nuuk se veut plus proche des réalités sociales du pays qu’il prend pour décor. Mo Malø s’est notamment inspiré de son voyage sur place pour décrire les lieux avec une précision à faire froid dans le dos. Il invite son protagoniste à visiter les quatre coins de l’île alors qu’une série de suicides frappe la jeunesse groenlandaise. À cela s’ajoute les paquets macabres reçus par le policier à chacun de ses déplacements pour qu’un puzzle haletant se mette en place. Bien écrit et intelligent, Nuuk n’en perd pas pour autant la touche d’émotion et d’amour propre à l’auteur qui parvient à nous faire rêver tout en racontant des atrocités dans un polar.

Tombent les anges

Marlène Charine, lauréate du Prix du polar romand 2020

Ce lundi 29 juin 2020, le jury du Prix du polar romand a élu la lausannoise Marlène Charine avec son roman Tombent les anges. Le cachet de 3’000 francs ainsi que la renommée accordée par le prix reviennent pour la première fois de leur histoire à une femme, après avoir couronné Joseph Incardona (Chaleur, 2017), Nicolas Verdan (La coach, 2018) et Frédéric Jaccaud (Glory Hole, 2019). Le jury – composé de Stéphanie Berg, Valérie Dätwyler, Isabelle Falconnier, Jean-Luc Gremaud, Cécile Lecoultre et Michel Sauser – a souhaité récompenser les qualités d’écriture ainsi que la construction du récit dans Tombent les anges.

Texte: Inès Fernandes

Tombent les anges – premier roman du genre pour Marlène Charine – met en scène le personnage de Cécile Rivière qui, lors d’un contrôle de police à l’apparence banale, expérimente des sensations hors normes qu’elle ne comprend pas. Ses agissements surprenants l’aliènent aux yeux de ses collègues. Mise à pied, elle part se réfugier chez sa sœur en Provence. Là, elle reçoit un appel du capitaine Kermarec qui souhaite en faire sa stagiaire et travailler avec elle – et surtout ses facultés étranges – sur une affaire peu commune. Cécile rentre à Paris pour se lancer, avec une nouvelle équipe à ses côtés, dans une enquête éprouvante qui la mènera au bout d’elle-même.

Tombent les anges

Tombent les anges, Calmann-Lévy, 2020

Le point fort du roman est sans nul doute son côté fantastique qui le différencie de la plupart des ouvrages du genre. Avec un rythme qui va crescendo, ce roman a d’abord les allures d’un polar assez classique. Puis des phénomènes étranges s’invitent dans la trame et les chapitres s’enchaînent sans plus nous laisser de répit. Le polar classique se mue alors en thriller paranormal haletant et addictif. Porté par une écriture fluide et sans fioritures, ce polar est un coup de poing dans les idées reçues du genre.

L’auteure, née en 1976 à Lausanne, est ingénieure en chimie de profession et spécialiste en droit alimentaire. Habitant aujourd’hui à Bâle, elle garde des liens affectifs avec Lausanne, ce qui accentue son sentiment de fierté pour avoir gagné le Prix du polar romand, un prix organisé par le service des Bibliothèques et Archives de la Ville de Lausanne et le festival Lausan’noir. On la sent émue dans l’interview d’acceptation de sa récompense, partagée sur le site du salon Lausan’noir.

MARLENE CHARINE

© Bruno Lévy

Coup de cœur de la rédactrice de ces lignes, Tombent les anges est un polar différent où l’on explore les intuitions et la confiance en soi, tout cela porté par le sarcasme et la grande gueule de la protagoniste, un personnage que l’on n’est pas près d’oublier!

Tulalu !? Spéciale Lausanne

Rendez-vous à 15 heures 20 sur l’esplanade de la cathédrale. Mais est-ce que les amoureux des lettres le seront assez pour braver la neige qui tombe à gros flocons et passer une heure trente à parcourir Lausanne dans le froid en compagnie d’Ariane Devanthéry, Victor Hugo, Rousseau et les autres écrivains voyageurs qui passèrent par là un jour ? Eh bien oui !

Nous sommes entre quarante et cinquante à nous rassembler devant la cathédrale, encore plus belle en manteau blanc, pour écouter Ariane Devanthéry nous parler des voyageurs qui s’arrêtèrent plus ou moins longtemps dans cette ville. Textes à l’appui nous entrons en matière en 1687 avec Burnett, un anglican qui accompagnait en tant que précepteur un jeune aristocrate lors de son Grand Tour. Le Grand Tour, qui durait entre un et deux ans, était indispensable à l’éducation des jeunes bourgeois qui souhaitaient embrasser une carrière dans les relations internationales: ils se créaient leur réseau sur place, ou pour plus tard, car ceux qui avaient effectué ce voyage auraient les mêmes références et se « reconnaîtraient ». Leur but est souvent l’Italie, mais en chemin ils s’arrêtent parfois des mois dans une ville ; ils vont à la rencontre de la population, prennent le temps de connaître les lieux, de parler de leurs écrits et de ceux des autres. On se sent presque rougir lorsque Ariane Devanthéry lit le texte de Burnett : la Suisse et ses habitants sont toujours décrits dans des termes élogieux : la première un eldorado magnifique, les seconds généreux et accueillants.

On se déplace sur l’esplanade, d’où la vue est majoritairement blanche. Et on apprend des anecdotes intéressantes au passage, comme le fait qu’au Moyen-Âge la cathédrale était traversée par un passage routier, ou que certains récits décrivaient très sérieusement les différentes sortes de dragons qui vivaient dans les Alpes.

Mais il commence à faire rudement froid et l’on se dit que les voyageurs émerveillés n’étaient sûrement pas venus en janvier… après un vote à main levée la visite se poursuit bien au chaud dans le musée historique.

Photo: Katia Meylan

Photo: Katia Meylan

On apprend que les voyageurs commencent à utiliser les récits de leurs prédécesseurs comme des sortes de guides. Ils prennent avec eux un coffre de livres, des classiques mais aussi ces récits, qu’ils relisent sur place, comme pour vérifier par eux-mêmes ce qui y est dit.

Avec sa « Nouvelle Héloïse », Rousseau a beaucoup fait pour l’histoire du voyage en Suisse. C’est la première fois qu’une génération de lecteurs part pour se rendre sur les lieux non plus d’autobiographies ou de poèmes mais d’une fiction. Rousseau voulait situer son roman dans le plus beau lieu qu’il connaisse, pour qu’il soit en adéquation avec la beauté intérieure de ses personnages. Alors certains seront déçus en découvrant Clarens, d’autres touchés par le même émerveillement que l’auteur. Une vague d’écrivains Romantiques passe par la Suisse, et « si l’on devait tous les citer, on n’ aurait pas fini ».

Les choses se gâtent au milieu 19ème siècle : les voyages deviennent plus courts, trop de monde passe sur ces routes. La qualité du voyage en pâtit, ont parle alors de tourisme… et parallèlement les écrits sont beaucoup plus critiques, autant contre la Suisse que contre cette manière de voyager.

Ariane nous laisse en 1948, avec « Rêver à la Suisse », un texte d’Henri Calet. Le ton est à nouveau admiratif, mais on croit deviner un brin d’ironie aussi, vu ce qu’il décrit avec passion : les différentes toilettes qu’il visite, les lacets de chaussure d’un contrôleur…

Sans réveiller mon chauvinisme lausannois –avouez quand-même que c’est une belle ville, remplie d’histoire et de culture, visitée par les plus grands…- cette visite organisée par l’association Tulalu!? m’a donné envie de me plonger dans ces textes, que près de 300 ans séparent et qui livrent des impressions de voyage dans cette même région.

Texte: Katia Meylan

Retour sur le premier Salon des petits éditeurs romands

L’Association Tulalu !? était présente au premier Salon des petits éditeurs romands le 1er novembre 2014, à l’initiative des Editions Encre Fraîche au Grand-Saconnex. But de l’événement : rendre vivante la littérature dans un esprit de partage et d’échange.

La journée commence par un débat sur la place de la poésie dans le paysage éditorial romand avec :

– Huguette Junod, Ed. des Sables

– Denise Mützenberg, Editions Samizdat

– Tristan Donzé, Torticolis et frères

– Patrice Duret, Le Miel de Le Miel de l’Ours

Animation : Lisbeth Koutchoumoff (Le Temps)

Huguette Junod anime les éditions des Sables depuis 1987 et publie 9 recueils par année. Denise Mützenberg a créé les éditions Samizdat en 1992 et publie 12 œuvres par année. Les éditions du Miel de l’Ours existent depuis 2004 grâce à Patrice Duret qui a édité Jacques Chessex. Enfin les éditions Torticoli et frères sont assez éclectiques et publient aussi bien des romans que de la poésie. Eliane Vernay a publié une centaine d’ouvrages poétiques mais s’est retirée depuis peu.

Pour un petit territoire, la production est exceptionnelle et abondante.

Ces éditeurs travaillent tous par amour de la poésie. Constatant que les grandes maisons ne s’intéressaient guère à la poésie, ils se sont lancés dans l’autoédition, puis se sont ouverts à d’autres auteurs. Chacun fait part de l’origine de sa vocation, née le plus souvent dans l’enfance : réalisation de livres dès le plus jeune âge, lecture de Paul Eluard à l’adolescence. Pour eux, la poésie est une perpétuelle source d’inspiration, une forme d’exorcisme aussi.

Les détracteurs de la poésie prétendent qu’elle n’attire pas le public. Denise Müzenberg rétorque qu’en Amérique latine, au Moyen-Orient, en Islande et au Québec par exemple, la poésie est un genre très populaire et draine des milliers de lecteurs ou d’auditeurs, car elle est profondément liée à la musique. Elle est la mère de l’écriture, exprime des émotions, témoigne de l’humanité.

Alors pourquoi le monde francophone est-il si réticent face à la poésie jugée trop compliquée ou élitiste ? Peut-être craignons-nous de partager des émotions. Il faut souligner que la poésie n’est pas au-dessus de nous, mais au contraire, elle tisse un lien intime entre le poète et son lecteur. Elle est frémissement de l’être au contact d’un autre être. Il y a toutes sortes de formes poétiques capables de toucher le cœur et de circuler partout, il suffit le plus souvent de donner la possibilité au public de les découvrir lors d’événements et de lectures publiques.

Quel rôle jouent les médias ? Force est de constater qu’aujourd’hui la plupart des médias ne participent pas à la diffusion de la poésie. D’une manière générale, à part quelques revues spécialisées, ils ne laissent que très peu de place à la littérature.

Dans la cacophonie ambiante, il est important de faire entendre une voix, un langage qui ait du sens. Il est essentiel de créer une relation de proximité avec les amateurs. La poésie est une forme de résistance dans une société mondialisée qui ne parle que de profit, car elle permet de se recentrer, d’écouter le silence et les mots qui éveillent notre part d’humanité.

Le second débat donne l’occasion de s’interroger sur le rôle des petits éditeurs, petits, mais costauds ! Avec :

– Giuseppe Merrone, BSN Press

– Michaël Michael Perruchoud, Cousu Mouche

– Laurence Gudin, Editions la Baconnière

– Alexandre Regad, Encre Fraîche

Animation : Isabelle Falconnier (L’Hebdo)

Leurs points communs : questionner notre époque. L’exiguïté du territoire rend les relations plus faciles qu’en France, l’esprit convivial prévaut. Ils rencontrent les mêmes difficultés pour diffuser et exporter leurs livres. Ils se distinguent des grands éditeurs établis depuis longtemps en publiant des auteurs originaux qui n’entrent pas dans les créneaux commerciaux. Ils prennent paradoxalement davantage de risques vu leurs faibles moyens financiers, mais ils donnent la priorité au contact personnel avec leurs auteurs qu’ils suivent pas à pas. Ils publient les livres qu’ils aiment car ils sont d’abord des lecteurs avertis. Ils fonctionnent avec un comité de lecteurs bénévoles. Ils font un travail d’équipe gratifiant. La plupart se sont formés sur le tas, car en Suisse, contrairement à la France, il n’y a pas de formation professionnelle dans le domaine de l’édition. Il faut beaucoup d’énergie et d’engagement pour persévérer dans cette voie, mais le but est de prendre du plaisir dans cette activité, d’en être fier lorsque paraît un ouvrage sur lequel on a beaucoup travaillé main dans la main avec l’auteur. Des éditeurs vraiment costauds qui ont le courage de se démarquer des autres maisons d’édition. Il y a des inégalités criantes entre les grands et les petits éditeurs au niveau structurel et commercial.

Notons que les magazines parlent toujours des mêmes livres, les petits éditeurs sont les seuls à explorer d’autres formes d’écriture. Bien entendu, ils aimeraient avoir davantage de possibilités de diffusion. Ils publient environ cinq livres par année. Vu leur petite structure, il n’est pas possible d’en faire davantage.

L’émergence des petits éditeurs correspond aussi au désir de proximité qui se manifeste dans plusieurs domaines : vins et gastronomie par exemple.

Giuseppe Merrone souhaite davantage de professionnalisme comme en Suède, par exemple, où les auteurs et les éditeurs sont mieux soutenus. Il souligne la nécessité d’une coordination des efforts. Laurence Gudin va dans le même sens en proposant un label pour les éditeurs romands. Elle pose une question clé : existe-t-il un imaginaire spécifique en Suisse romande ? Elle se propose de mettre en avant l’originalité des auteurs de cette région. Aujourd’hui les choses changent, les auteurs sortent de leur solitude, il y a davantage de rencontres à tous les niveaux. Elle constate un manque cruel de critiques littéraires et souhaite relancer cela.

Depuis dix ans Encre Fraîche a publié 35 livres, ce qui est beaucoup. Alexandre Regad est très satisfait de voir que ces ouvrages ont encore une audience alors que la plupart des livres disparaissent aux yeux des médias au bout de trois ou quatre mois. Il veut créer la continuité, et pour cela, il faut y croire !

Cette journée s’est poursuivie par des lectures d’auteurs et des débats. Pari réussi car le public était nombreux et enthousiaste. Un Salon qui a permis aux auteurs et aux éditeurs de mieux se connaître et de créer des liens qui sont amenés à se développer.

Texte: Sylvie Blondel

Vice-présidente de l’Association Tulalu!?

et auteur du «Fil de soie » éditions de l’Aire