La compagnie bananière à Onex

Dès mon arrivée, je ressens une sympathie immédiate « Sans raison apparente » pour la Compagnie Bananière, qui présente actuellement sa deuxième création au Théâtre d’Onex Parc. Sans raison apparente? Plutôt un clin d’œil au titre de leur pièce, car la troupe accueille chaleureusement son public et lui fait passer un bon moment avec sa comédie qui plonge dans des aléas de l’esprit.

Texte: Katia Meylan

Maude se retrouve en hôpital psychiatrique à cause de ses absences et de son agressivité intempestive. Autour d’elle évoluent son mari Lionel, le Dr. Falgan, Didier l’infirmier et Claire, une patiente suicidaire. Dans son souvenir, en flashback, on découvre son ancien amant Michel, et Irène, la femme quelque peu névrosée de ce dernier. Et dans sa tête, deux personnages lui tiennent lieu de conscience… on comprend qu’elle ait du mal à y voir clair(e)!

La pièce se déroule dans le format plutôt classique de la comédie: à l’hôpital ou à la maison, les personnages se cherchent et se piquent, certains blasés, d’autres naïfs ou totalement décalés déclenchent les rires du public. Puis soudain un tournant, nous ne sommes plus dans un salon mais dans l’esprit de Maude. Une scène de genre absurde au rythme entrecoupé modifie la ligne narrative et surprend – pour le plaisir des spectateurs.

La pièce comporte toute la fraîcheur que l’on peut retrouver dans les créations de théâtre amateur réussies. La cohésion du groupe est palpable et chacun a son expérience propre. Alban Giacobino (Dr. Falgan) vient de l’improvisation et ça se sent alors qu’il lance une petite blague lorsqu’un comédien se cogne malencontreusement à la table. Mais pas question de changer les mots de l’auteur, «c’est le texte original à 95%», sourit le comédien. Le metteur en scène et auteur David Yol compte bien mettre en valeur les divers talents de ses acteurs dans ses prohaines créations, déjà en route pour la plupart. La compagnie a lancé récemment une chaîne Youtube afin de diffuser sa web-série «Vous n’y aviez pas pensé», et prévoit un spectacle pluridisciplinaire pour la rentrée au Théâtre de la Cité Bleue. Gospel, impro, théâtre ou magie, ils se réjouissent déjà de nous surprendre.

En attenant, «Sans raison apparente» est à voir à Onex jusqu’au samedi 3 juin. N’hésitez pas à aller les rencontrer!

« Sans raison apparente »

Écriture et mise en scène: David Yol

Jusqu’au 3 juin au Théâtre d’Onex Parc

Vers la pièce de théâtre

Vers la web-série

« Le tableau »: On ne choisit pas sa famille!

Le tableau_affiche

Chez la famille Delafaille, les membres tour à tour se disputent, complotent et manigancent dans le dos les uns des autres… À la clé de ces déchirements familiaux? Un héritage à la coquette somme. Voilà le spectacle auquel la compagnie fraîchement créée « La Bananière » nous a convié à l’occasion de sa première création. Un début sur les planches prometteur.

À sa mort, le patriarche des Delafaille lègue à ses cinq enfants un héritage qui ne laisse à priori personne rêveur. Oui mais… Quand la vieille « croûte » suspendue au mur du salon familial depuis des années s’avère être un tableau d’une inestimable valeur, nos protagonistes se prennent d’un intérêt soudain pour la répartition de l’héritage.

D’emblée, le ton est donné. Pour que les enfants Delafaille récupèrent leur part en vendant le tableau aux enchères, une condition subsiste: qu’Antoine, le fils aîné, renonce à ses activités et idéologies anarchistes. Si pour ce dernier le dilemme s’annonce cornélien, tel n’est pas le cas de ses frères et sœurs, qui, les uns après les autres, tenteront de le faire céder pour mettre la main sur le pactole.

Si les relations familiales sont un sujet on ne peut plus parlant, la pièce ne mise pas que sur cet aspect-là pour séduire son public. L’humour, le sens de la répartie toujours bien envoyé et le talent des comédiens font tous mouche auprès des spectateurs pour leur faire passer une agréable soirée. Bien que la fin soit quelque peu prévisible, elle n’enlève rien à la qualité de cette première création co-écrite par David Yol et Alex Goretta, deux passionnés de théâtre qui n’ont pas l’intention d’en rester là. Pour éclairer leur parcours, l’Agenda a passé un moment avec eux à la suite du spectacle…

L’Agenda: Vous êtes gardien de prison de profession. Rien ne vous destinait à priori à écrire une pièce, comment en êtes-vous venu à écrire?

D.Y.: C’est une passion depuis la plus tendre enfance. J’adore écrire depuis toujours, mais les aléas de la vie ont fait que je n’ai pas trouvé la voie tout de suite pour pouvoir le faire à ma guise… Jusqu’au jour où j’ai rencontré Alex.

A.G.: L’homme qui a changé ta vie [rires].

L’Agenda: Les relations familiales sont au cœur de la pièce. C’est un sujet qui vous tenait particulièrement à cœur?

A.G.: J’ai six sœurs, donc je suis assez concerné par les grandes familles. Et puis le fait d’avoir cinq personnalités avec des traits de caractère très différents et très accentués, je le vis au quotidien, donc effectivement, ça me parlait bien.

D.Y.: Moi je viens du Sud, et les divisions pour l’héritage, c’est bien connu chez nous. Donc ça me parlait très bien aussi.

L’Agenda: Pour une première création, comment appréhendiez-vous la réception de la pièce?

A.G.: On ne savait pas à quoi s’attendre. On connait du monde, les comédiens ont un public qui  a l’habitude de venir les voir, donc on comptait un peu là-dessus. On est passé par tous les états d’âmes. À un moment donné, on se demandait même si ce qu’on avait écrit était drôle! Mais on n’avait pas d’attentes. On s’est lancé en sachant qu’il y aurait des critiques – j’en ai pris à l’entracte, en pleine poire – mais ça fait partie du jeu. Et dès qu’on a fini cette pièce, on va écrire la deuxième, donc on apprend. Les critiques constructives, on les prend, et on fera mieux encore la prochaine fois. Pour nous, à partir du moment où en un an, on réussissait à jouer et à monter la pièce, c’était gagné. Et puis, près de 500 personnes, c’est pas mal. Il y a même des gens qui sont venus la voir deux, trois fois. Et ce n’était pas notre famille!

L’Agenda: Et vos projets futurs, quels sont-ils?

D.Y.: On va se tourner sur un très gros projet, qui est la réalisation d’un faux documentaire un peu absurde, qui rejoindra ensuite une web-série, et qui se concrétisera par une pièce de théâtre. Trois gros projets en un, donc. Et on retrouvera un petit élément du « Tableau ». Surprise…

A.G.: On a des beaux projets, il faut juste qu’on les structure et qu’on prenne le temps; qu’on ne se laisse pas griser par le fait que ça a bien marché pour faire n’importe quoi par la suite.

Texte et propos recueillis par Lorraine Vurpillot