Adriano Koch: « Lone » mais bien entouré

Hier soir au Romandie, L’Agenda était au vernissage de l’album Lone du jeune pianiste Adriano Koch, que nous avions rencontré en été 2018 à l’occasion de la sortie de son premier album. Lone, troisième et dernier en date puisqu’il sort aujourd’hui-même, chemine toujours au travers d’inspirations classiques, jazz, électro et de sonorités israéliennes et arméniennes, avec quelques nouveautés.

Texte: Katia Meylan

Photo: Valentin Cherix

Lone, paru chez Irascible, porte bien son nom car il est le fruit d’un travail solitaire, pour la composition comme pour l’enregistrement. Sur d’autres plans de la réalisation de ce projet le talentueux pianiste est toutefois bien entouré, comme ce soir dans la salle du Romandie, où il prend un moment pour remercier les artistes, les programmateurs et les proches qui participent à son succès.

Ce qu’on remarque en premier lieu dans Lone est que l’artiste intègre à sa musique un élément nouveau, la voix. Hier en live, un micro rajoutait un paramètre de plus au piano, à la percussion et aux machines qu’il gère seul. Sur certaines chansons sa voix se fait comme un écho crié au loin, sur d’autres il chante un motif répétitif. « Quand un élément humain vient s’insérer dans l’instrumental, ça touche le public différemment », nous fait constater Adriano lorsqu’on lui demande d’où vient l’envie d’ajouter des voix à sa musique. « De mon côté ça me permet de mieux rentrer dans un état de flow », ajoute-t-il encore.

Photo: Katia Meylan

Une réflexion qui s’apparente à celle qui s’est imposée à nous au sujet de la lumière; au début du concert, les spots puissants en contre-jour laissaient planer le mystère, puis dès la deuxième chanson, l’éclairage fait apparaître l’humain. On admire ainsi le pianiste tout à sa musique, jongler avec plusieurs instruments. La création lumière, travaillée et rythmique, est partie intégrante du concert et ajoute une épaisseur d’interprétation.

L’instrument lui aussi attire l’attention et on aime à imaginer qu’il rassemble les différents univers d’Adriano Koch: sa carrure de piano droit en bois fait penser à l’apprentissage de la musique classique, le fait qu’il soit ouvert avec les cordes et les marteaux apparents serait comme une improvisation personnelle propre au jazz, et l’éclairage bleu représenterait l’électro.

 

Parti dans ce genre de pensées insolites, on reste néanmoins à l’écoute de la musique, où l’on décèle une note répétée obsédante sur plusieurs morceaux qu’on retrouvait déjà dans les premières compositions. Peut-être une marque de fabrique? Et dans chaque titre, tant d’amplitude; Quand le classique prend l’ascendant il est vite nuancé par un vocabulaire oriental ou un phrasé jazz. L’électro amène des moments intenses où le public commence à se met en mouvement, puis soudain retour au calme, et l’on entend la voix d’un homme à côté souffler « c’est beau! ». C’est vrai!

LONE
Sortie le 6 mars 2020

Sur Spotify: www.open.spotify.com/artist/

Prochaine date de concert:
Jeudi 26 mars à 21h, Le Bar King, Neuchâtel
www.adrianokoch.com

 

(Pour un petit retour en arrière: l’article au sujet d’Adriano Koch dans L’Agenda n°75, septembre-octobre 2018 www.l-agenda.online/archives en p. 30)

Midnight in the Docks

Qu’ont en commun la BO de Titanic, « I Will Survive » ou encore « Nothing Else Matter » de Metallica?
Ce sont des hits des ’20ies!
… pas exactement, mais le Postmodern Jukebox pourrait tout aussi bien nous le faire croire. Passés à travers les arrangements du pianiste et fondateur du groupe Scott Bradlee, les tubes des dernières années, tous genres musicaux confondus, prennent une teinte délicieusement vintage. L’orchestre était au Docks hier soir, a tout donné, a rendu Lausanne fou!

Texte: Katia Meylan

L’affiche ayant attiré de nombreux amateur-trice-s, on serpente patiemment dans la file et on arrive dans la salle alors que le concert a déjà commencé depuis quelques minutes. L’ambiance: euphorique bien qu’encore un peu timide du côté du public – comme souvent dans les concerts de nos contrées, détrompez-moi peut-être – mais ça n’a été qu’une question de temps!

En scène, le maître de cérémonie nous présente la toute dernière vocaliste ayant rejoint la tournée. Tia Simone a apparemment décidé de ne pas se ménager pour sa première chanson de la soirée, et la puissance dans sa voix nous fait tout de suite comprendre pourquoi elle a rejoint l’orchestre.
PMJ, comme on appelle aussi le collectif, a la particularité de compter plus d’une cinquantaine d’artistes qui se produisent en alternance. Au Docks, on a la chance de rencontrer, en plus des musiciens attitrés (piano, guitares, contrebasse, batterie, trombone, saxophone) les chanteuses Hannah Gill et Olivia Kuper Harris, et le danseur de claquettes Caley Carr. LaVance Colley, le maître de cérémonie, présente les artistes, s’assure que le public va bien entre deux chansons.

Olivia Kuper Harris en battle avec le trombone

C’est « Creap » de Radiohead et « All About That Bass » de Meghan Trainor qui ont le plus la cote auprès des Suisses sur YouTube, nous apprend-il encore. Mais dans la salle, chaque chanson remporte son petit succès. Après une reprise de « Feel it Still » du groupe Portugal The Man par les trois chanteuses, qui gardent le côté dansant du titre et le recouvrent de velours, LaVance Colley s’avance et reçoit autant d’acclamations et sifflements admiratifs que les femmes juste avant lui. Et on a bien fait, car on ne le savait pas encore, mais… il allait entonner « Halo » de Beyoncé. L’émotion se diffuse et prend même le dessus sur la performance – qui n’est pourtant pas des moindres puisque le vocaliste traverse plusieurs octaves, donnant à chacune ses nuances.

Les yeux fermés, nous étions partis dans nos mondes, que ce soit sur « Halo » ou sur Metallica, mais l’orchestre a vite fait de nous secouer avec quelques titres bien swing qui nous font revenir aux Docks comme ils auraient été il y a cent ans. Entre chaque changement de costumes scintillants et duveteux, aussi à l’aise au chant qu’à leurs instruments où à la danse, ces showmen et showgirls ont épaté Lausanne, qui crie, tape des mains et en aurait redemandé toute la nuit!

Pour les globe-trotters qui les auraient manqués hier soir, ils sont ce soir à Girona en Espagne, dimanche à Bologne, mardi à Munich… et ainsi de suite, tout leur programme sur: www.postmodernjukebox.com

Mais d’où vient cette énergie entraînante? Nolosé !

Jeudi soir au D!Club le groupe lausannois de salsa-jazz Nolosé a présenté son 5ème disque en avant-première accompagné de plusieurs artistes invités pour l’occasion: « White Night Mambo » a conquis le public.

À l’occasion de la sortie de leur 5ème disque « White Night Mambo », Nolosé a organisé un grand concert inédit dans sa ville natale. Sur scène, trois couples de danseurs, deux chanteuses et deux percussionnistes (Edwin Sanz et Mambi) ont rejoint les neuf membres du groupe de salsa-jazz pour un concert qui a décidemment réchauffé l’ambiance du D!Club. Les voix envoutantes des deux solistes, Lidia Larrinaga et Pilar Velásquez, couplées aux mélodies entraînantes rappelant La Havane créées par les instruments accompagnants et les choristes gospel de Madrijazz, n’ont laissé aucune chance à ceux qui étaient venus sans prétention de danser. Si tout le monde ne possède pas le talent dont ont fait preuve sur scène les danseurs des écoles Alia Salsa School, Salsa y Dulzura et Cubaliente, il n’était tout de même pas possible de rester figés: dans la pénombre de la salle, les silhouettes ondulaient toutes au même rythme, celui de Nolosé. Des bulles se forment alors parmi la foule pour laisser place à quelques intrépides qui connaissent les bons pas de danse, quelqu’un bat sa main sur une petite table au rythme des chansons. Les applaudissements en fin de concert confirment la bonne réussite de la soirée.

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L’ensemble des artistes sur la scène du D!Club

Pour en découvrir d’avantage sur « White Night Mambo », L’Agenda a rencontré Laurent Cuénoud, percussionniste et membre fondateur de Nolosé, ainsi que la charmante Lidia Larrinaga, âme cubaine du groupe. On apprend alors que le disque n’a pas un mais plutôt quatre pays d’origine: Cuba bien évidemment, Lutry où il a été enregistré, la Grèce où Nolosé a fait une tournée intense, et New York, ville d’où viennent Hector Martignon et Christos Rafalides, deux musiciens renommés qui ont collaboré à la création de ce disque. Signe de l’inspiration internationale de cette dernière œuvre, les quatre faces de la case du disque présentent chacune un de ces lieux.

« Qué cuenta La Habana », leur 4ème disque qui a été enregistré à Cuba juste après la participation au Festival International Jazz Plaza et qui a gagné la distinction « Premium de la catégorie International » au CubaDisco en mai 2014, avait des sonorités « très cubaines », affirme Laurent Cuénoud. Avec « White Night Mambo » le groupe penche cette fois plus vers le jazz/soul: c’est un disque qui, selon Lidia Larrinaga, a « plus de richesse et de subtilités ». Richesse qui, au sein du groupe, est représentée par le mélange: de sonorités peu communes, d’un côté, et de nationalités, de l’autre. Nolosé est hétérogène, tout comme la Suisse qui regroupe différentes cultures et paysages: « le mélange est quelque chose de positif, c’est grâce à cela qu’on obtient de la richesse » estime Laurent.

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Nolosé

Comme déjà le nom du groupe, qui apparemment suscite pas mal de gags, aussi le titre du 5ème disque de Nolosé cache une histoire drôle: la légende narre qu’il a bien fallu une « nuit blanche » pour obtenir le neuvième et dernier morceau de l’album. De « Plazos Traicioneros » qui incite à une évolution continue à « Soy la rumba » qui donne une folle envie de danser, « White Night Mambo » véhicule un message très important: « on veut transmettre l’énergie, on veut que les gens se sentent bien, qu’ils se disent ‘on va voir Nolosé: on va s’amuser’ ! » souligne Lidia. « La salsa c’est le plaisir de vivre, c’est l’amour », ajoute-t-elle avec un grand sourire.

Pour présenter les résultats de leurs derniers efforts, le groupe part maintenant en tournée nationale. Prochains rendez-vous: 30 avril à l’école K’Danse, et 20 mai au Chorus Jazz Club pour le vernissage officiel de « White Night Mambo ».

Texte: Céline Stegmüller