Will ou Huit années perdues de la vie du jeune William Shakespeare

David Salazar, Arnaud Huguenin et Victoria Baumgartner

Vendredi 26 mai, sur la terrasse d’un café à Lausanne, Victoria Baumgartner me parle de sa nouvelle création théâtrale, « Will ou huit années perdues de la vie du jeune William Shakespeare », les yeux pétillants et le sourire aux lèvres.

Texte: Maureen Miles

 

C’est que le projet tient particulièrement à cœur à la jeune femme, fondatrice de la Will & Compagnie. Spécialiste du grand dramaturge et de son œuvre, elle se lance il y a plusieurs mois dans l’écriture d’une pièce qui propose – rien que ça – de combler huit années de sa vie. En effet durant ces huit ans, personne ne sait exactement où était William Shakespeare ni ce qu’il a fait, car cela se passe avant qu’il débarque à Londres, écrive ses pièces à succès et devienne le Barde que l’on connaît aujourd’hui. « Cette idée me trottait dans la tête depuis longtemps parce que forcément c’est assez fascinant », explique Victoria Baumgartner. « Au moment où il arrive à Londres, c’est les tout débuts du théâtre tel qu’on le connaît, la corrélation est incroyable ». Heureusement, pour relever le défi, la metteuse en scène dispose d’un certain nombre de théories sur lesquelles elle planche pour inspirer sa création. Mais ses lectures et son important travail de recherche – déformation estudiantine oblige – lui permettent surtout de se détacher des faits historiques. « À un moment donné je me dis: je sais tout ça, maintenant qu’est-ce que moi je veux raconter ? ».

Mais comment a-t-elle fait pour donner corps à son Shakespeare? Contrairement à d’autres auteurs contemporains, m’explique Victoria, pas grand monde ne parle de Shakespeare à son époque, ce qui laisse penser que c’était quelqu’un de plutôt calme, qui faisait son petit bonhomme de chemin.
Pour incarner Will, elle choisit Arnaud Huguenin, diplômé de la Manufacture, qui lui fait penser à son personnage tragi-comique par ses côtés réfléchis et sensibles, tout en trahissant une certaine force intérieure. À nouveau, faits et fiction se mélangent: fan d’Ovide et bisexuel, le William Shakespeare qui nous est présenté dans la pièce cherche désespérément le sens des mots et doute de sa capacité à créer. Des interrogations que tout artiste a, relève Victoria. « À ce stade, Shakespeare cherche. Il a envie de faire quelque chose mais il se plante: il n’est pas bon tout de suite ».

Photo: Florine Mercier

La question du « quoi  » raconter est importante mais la question du « comment »  l’est tout autant. En effet, les représentations sont jouées actuellement dans un lieu quasi mystique: « la Cathédrale » d’Entre-Bois à Lausanne. Si cette salle n’a rien d’un lieu saint, on comprend mieux en y pénétrant pourquoi on l’a affublée de ce surnom ambitieux. De hautes et larges poutres de béton soutiennent ce vaste espace underground tamisé au centre duquel un carré de lumière ressort pour l’occasion: la scène de théâtre. Et ce n’est rien de moins qu’une expérience shakespearienne qui est proposée aux spectateurs, le public étant disposé de trois côtés autour de la scène (à la manière dont les pièces étaient jouées à l’époque) de sorte que chaque représentation promet d’être un peu unique selon l’angle d’où l’on regarde.

Pris à parti, le spectateur est non seulement plongé dans l’histoire mais aussi complice de la mise en scène qui s’offre à sa vue sans complexe: construction scénique, éclairage, musique jouée – composée d’ailleurs spécialement pour la pièce –, changements de costume…  S’ils sont minimalistes, les éléments de décors n’empêchent pas la magie théâtrale d’opérer. On est dans une forêt, puis dans un bateau, dans un palais, dans des tavernes… Truffée de références aux différentes œuvres du génie anglais, chacun est susceptible d’en entrevoir quelques-unes tant l’univers shakespearien fait partie de la culture populaire.

« Je voulais que ce soit une pièce qui parle du théâtre », explique Victoria. On peut dire que le pari est réussi. On rit, on frémit, on est ému. L’expérience ne laisse en tout cas pas indifférent.

La pièce est à voir du 30 mai au 5 juin à « la Cathédrale » d’Entre-Bois à Lausanne.

www.willetcompagnie.com

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