Boris Vian au Loup: On est là pour y (re)prendre plaisir!

Deux ans après sa première, le cabaret hommage à Boris Vian réinvestit ces jours le Théâtre du Loup, à Genève. La fête continuera jusqu’au 4 mars.

Photo: Elisa Larvego

Petit cocktail de bienvenue pour les quelques fortunés attablés au premier rang, un standard de jazz interprété par Boris Vian et ses frères en guise d’introduction et « boum! » La formation n’a pas une « pinute à merdre » : le be bop et Une bonne paire de claques réveillent le public et donnent le ton pour la suite, une immersion de 1h50 dans cet univers de contrepèteries, de burlesque et de paroles cinglantes à travers vingt chansons du jazzman aux mille casquettes.

Loin des caves enfumées du Saint-Germain-des-Prés des années 50, le cabaret pensé par Eric Jeanmonod apporte des touches actuelles à des morceaux qui, à nos oreilles contemporaines, pourraient déranger. Fais-moi mal, Johnny prend ainsi un air effronté à la voix de Céline Frey (alias Lyn M) et aux arrangements de Simon Aeschimann.  Et ce, tout en gardant l’esprit swing et rock.

Sont remarquables aussi, en même temps, leurs versions de morceaux beaucoup plus atemporels: le percussionniste Sylvain Fournier et Jocelyne Rudasigwa à la contrebasse émeuvent la salle avec un Déserteur poignant, puis mordant dans sa deuxième version, introduite par Aeschimann et le crooner Ernie Odoom grimés en punks. Une mise en scène mettant en évidence l’antimilitarisme latent de la chanson, qui n’avait d’ailleurs pas séduit tous les publiques à sa sortie, en pleine guerre d’Algérie. Aujourd’hui, l’ensemble de la salle est conquis. Il s’agit des presque seuls instants de quiétude pour une audience qui chantonne, applaudit, sautille et en redemande du début à la fin. 

www.theatreduloup.ch

Texte: Samanta Palacios

LOU au CPO

Côté public, on se serre un peu, la salle est plus que comble et rétrospectivement je suis bien contente qu’on m’y ait trouvé une petite place. Côté scène règne un désordre sépia dans une lumière tamisée, halo plus fort au centre projetant des ombres parfois douces et parfois incisives sur tout le reste.

Lou (Rita Gay) raconte son mariage jamais consommé Photo: Mercedes Riedy

Lou (Rita Gay) raconte son mariage jamais consommé
Photo: Mercedes Riedy

Passé la porte de la salle du Centre Pluriculturel d’Ouchy, on entre dans une fin de dix-neuvième siècle qui n’est poussiéreuse qu’au premier sens du terme. Un piano à queue sur la droite, des plantes dans le fond, des lits et des malles sur la gauche, des manuscrits, de vieux micros devant et des plus modernes accrochés un peu partout au plafond, des fils qui trainent par terre que personne n’a cherché à cacher, ajoutant au désordre ambiant. Un piano électrique est en fait posé sur le clavier du piano à queue. En cela et en d’autres choses, la Compagnie de l’ovale ramène à nous l’époque des grands philosophes.

Ce « cabaret théâtral et déchanté » nous donne une version de la vie de Lou Andreas Salomé, femme libre et intellectuelle à la soif de savoir, encore trop méconnue par rapport aux hommes dont elle a été la muse, l’élève, la sœur de pensée. Ainsi elle correspondait avec les plus grands de son époque, dont la majorité étaient fous d’elle. Les comédiens nous les rendent sympathiques et humains, avec leurs bizarreries et leurs faiblesses devant une femme, tout philosophes qu’ils soient. Nietzsche, campé par Thierry Romanens, est pompeux et sûr de lui. Il « convoite cette sorte d’âme » pour ses « projets dans les dix prochaines années »… mais ne se maîtrise plus lorsque Lou se refuse à lui, et se lance dans une tirade qui passe de l’éloge à la rage en quelques gestes. Pascal Rinaldi, en plus d’avoir composé les onze chansons de la pièce et d’être derrière plusieurs instruments (dont la scie musicale!), interprète le poète Rainer Maria Rilke, premier amant de Lou. Quant à Denis Alber, il joue du baryton et un petit Freud saccadé qui ne manque pas de déclencher l’hilarité en avouant qu’il souhaite parfois écouter sa petite voix intérieure qui lui souffle « Sigy lâche-toi ».

J’ai eu l’impression que certaines chansons, illustrant simplement un trait de caractère d’un personnage ou une situation, faisaient un peu « comédie musicale » sans amener quelque chose de plus. Mais d’autres, et particulièrement « Sigy lâche-toi », contiennent toute l’énergie des acteurs, une impression de spontanéité et un texte dont le spectateur se délecte. Les comédiens sont des artistes complets et nous font passer une excellente heure et demie en 1900!

Le spectacle remporte un grand succès, votre dernière chance de le voir au CPO est dimanche 8 mars à 14h30!

http://www.cpo-ouchy.ch/dynpages/programme.cfm#.VPmFxCxMfuc

Texte: Katia Meylan