27 avril 2016: Achetés au Salon I

Le salon du Livre, c’est un piège. Les monstres ne sont pas des créatures morbides aux dents redoutables prêtes à tout pour aspirer votre âme, mais des centaines de pages reliées criant : « Achète-moi ! Achète-moi ! » En plus de votre argent, ces dernières risquent bien de vous voler votre âme… Mais à L’Agenda, nous sommes faibles, et avons craqué !

acte1L’Igifou- Scholastique Mukasonga – Folio

La couverture de ce livre m’a d’emblée touchée parmi la foule de romans du salon africain. Un regard transperçant qui se veut témoin du génocide rwandais des années nonante. Un recueil de nouvelles qu’il m’empresse de débuter …

Au-fond-du-jardin-Au fond du jardin – Encre Fraîche

Le traditionnel recueil de nouvelles des Éditions Encre Fraîche. Les textes publiés sont les gagnants d’un concours organisé chaque année par la maison d’édition, cette année sur le thème « Au fond du jardin »… 20 auteurs à découvrir tout au long de l’année en attendant le prochain!

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Les ailes d’émeraude, tome 2. L’exil – Alexiane de Lys – Nouvelles Plumes

J’avais acheté le premier tome de la jeune Alexiane de Lys à l’édition 2015 du Salon, alors autant garder les bonnes habitudes ! Un monde fantastique peuplé par des êtres ailés, un peu de romance, quoi de mieux pour passer un bon après-midi lecture en totale détente ?

acte3Les accords toltèques, une chevalerie relationnelle – Olivier Clerc – Éditions Guy Trédaniel

Acheté pour ma maman qui me parle de ces fameux « accords » depuis un moment maintenant, je me suis rendu compte en rentrant chez moi… qu’elle l’avait déjà acheté ! Qui sait, je vais finalement peut-être finalement moi aussi me mettre au développement personnel ! Affaire à suivre …

Nage-libre-couvNage Libre, Olivier Chapuis, Encre Fraîche

Celui-ci, on nous l’a offert (les avantages du métier!). Parce que le Salon, c’est aussi pouvoir rencontrer les éditeurs et leur coups de coeur. « Nage libre », dernier roman de l’auteur Olivier Chapuis, parle (à en croire le quatrième de couverture) d’une piscine… Mais on sent que c’est un peu plus compliqué que cela et qu’une tragédie est sur le point d’éclater… ça donne envie de plonger.

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Automassages : Le bien-être au bout de vos mains – Gil Amsallem

Faut-il comprendre un message caché derrière ce livre offert par une libraire des éditions France Loisirs ? Comme quoi, tenir un stand au Salon, ça fatigue ! Alors rien de mieux qu’un peu de détente après une journée à arpenter les rayons… Moi, je dis oui !

27 avril 2016: Interview I

L’Agenda est parti à la rencontre des stands présents au salon du Livre. Interview d’Alexandre Regad, Président des Éditions Encre Fraîche.

L’Agenda : Quand les éditions Encre Fraîche ont-elles été créées ?

A.R. : On publie depuis 2004 mais on existe depuis 2001. On commence à être ancré dans le paysage local.

L’Agenda : Depuis combien d’années les éditions Encre Fraîche tiennent-elles ce stand ?

Alexandre Regad : Ça va bientôt faire une dizaine d’années.

L’Agenda : Au fil des éditions, avez-vous perçu une évolution du Salon ?

A.R. : Oui. C’est vrai qu’au début, les gens ne connaissaient pas du tout le cercle des libraires et des éditeurs, et maintenant on voit qu’ils savent que ça existe, ils viennent nous trouver et ils ont envie de découvrir les maisons d’édition locales.

L’Agenda : Quelles sont vos attentes, et celles des éditions Encre Fraîche par rapport au Salon du Livre ?

A.R. : Alors pour nous, le Salon offre une bonne visibilité à la maison d’édition. Il y a beaucoup de passage, et on a un contact direct avec les gens, ce qui est vraiment agréable. En librairie, le livre est disposé, il y a des dédicaces d’auteur, mais l’éditeur n’est pas là.

L’Agenda : Cette année, plus de mille exposants sont présents au Salon du Livre. Comment vous démarquez-vous parmi la foule ?

A.R. : Alors déjà, les gens commencent à nous connaître. Avant, quand on demandait si les gens connaissaient Encre Fraîche, ils répondaient non, ils n’en avaient jamais entendu parler. Tandis que maintenant, les gens lisent nos livres, entendent notre nom à la radio ou autre, c’est un autre rapport. Quand les gens ne connaissent pas une maison d’édition, ils se disent souvent « Oh non, encore une petite maison, ce n’est pas intéressant. » Je pense qu’il y a aussi toute une dynamique autour des petites maisons d’éditions qui existe maintenant. On a lancé le Salon des Petits Éditeurs qui a lieu une fois par an. Les gens ont envie de voir du local, ce qui se passe. On a des éditeurs de qualité au niveau local.

L’Agenda : Comment se ressent l’ambiance entre les exposants du Salon? Est-elle conviviale, ou y a-t-il une certaine compétitivité?

A.R. : Alors sur l’espace du Cercle, c’est vrai qu’on est tous au même niveau, on se connaît tous, alors l’ambiance est plutôt bon enfant. On se réjouit de retrouver les autres éditeurs. Il n’y a pas de concurrence. Je pense qu’on est tous complémentaires, on a chacun notre ligne éditoriale, des coups de cœur différents. Au tout début, c’est vrai qu’on se regardait un peu comme si on était des ennemis, on pensait que si quelqu’un allait à un stand il ne viendrait pas voir le nôtre, alors que pas du tout. Les gens viennent et regardent, il s achètent…

L’Agenda : Vos éditions participent-elles à d’autres événements ?

A.R. : Oui, on organise des événements tout au long de l’année, comme des lectures musicales, des balades à pied, à vélo, toutes sortes d’activités. On aime que les textes soient portés vers les gens, qu’ils soient vivants. Je trouve qu’il n’y a rien de pire que des livres alignés contre une paroi dans les librairies, que personne n’ouvre… Il faut qu’ils vivent, qu’ils existent.

L’Agenda : Vos éditions organisent aussi un concours « Encre Fraîche », avec un thème différent chaque année…

A.R. : Tout à fait. Celui qu’on a lancé l’année dernière était « Au fond du jardin… », le recueil est disponible. Et le nouveau titre, c’est « Un jour de pluie ».

L’Agenda : Comment choisissez-vous les nouvelles qui seront publiées ?

A.R. : On a un jury de cinq personnes, on lit toutes les nouvelles, puis on se réunit. On n’est pas toujours d’accord sur nos coups de cœur, etc. On avait cent cinquante-sept textes, et on devait en choisir dix-sept.

L’Agenda : Quid de vos projets futurs ?

A.R. : Le prochain Salon des Petits Éditeurs aura lieu le 12 novembre au Grand-Saconnex. Sinon, il y aura aussi une journée à Lausanne avec l’association Tulalu!? le 21 mai, avec des lectures musicales le matin, et une balade dans la vieille-ville de Lausanne l’après-midi, dans des lieux insolites…

L’Agenda : Comment voyez-vous l’avenir du paysage littéraire romand?

A.R. : Je pense qu’il y a un vrai foisonnement de plein de choses. On a des auteurs créatifs, et je vois l’avenir plutôt positivement. Je pense qu’avant, l’écrivain écrivait son livre et faisait des dédicaces, c’était tout. Alors que maintenant, on lui demande d’être plus actif, original. Il y a une belle dynamique entre les écrivains aussi, ce que je trouve intéressant.

Propos recueillis par Lorraine Vurpillot

 

27 avril 2016: Déambulations 1

Début des déambulations. On serpente sans but entre les libraires, les éditeurs et les auteurs. On aura l’occasion de parler d’eux, mais avant tout arrêt  au jardin d’enfance. Pour la deuxième année, le Salon Internationale du Livre et de la Presse accueille La Fabrique. Une fabrique à pensées, une fabrique à mots, une fabrique à post-it. Jusqu’à dimanche, des blouses blanches tout sourire animent des ateliers en papiers, en feutres et en couleurs. Je suis d’accord, cela ne dit pas grand chose mais la Fabrique ne se raconte pas, elle s’écrit. En ce moment-même.

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Le passant est interpellé par la maisonnette aux couleurs criardes…. visuellement, il se passe quelque chose. Alors on entre dans le salon aux haïkus éparpillés sur les murs. Une table nous invite à nous asseoir se découvrir une âme de poète. La chambre rouge – celle des parents- appelle à la déclaration d’amour sur napperons brodés en papier, tandis que celle des enfants nous incite à rêver. « Miroir, mon beau miroir » : dans la salle de bain, on se prend en photo, en mode acteur de cinéma ou avec les copains. Dans l’atelier, on déchire des pages, on découpe des mots, on fabrique des romans à nos images. Pour les gourmands, des idées de recettes sont affichées dans la cuisine.

Les enfants se prêtent facilement au jeu. Dans l’appartement de la Fabrique, la littérature vit sur les murs.

Texte et photos: Marie-Sophie Péclard

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Histoire d’un désamour: interview de Guy Mettan

GuyMettanLes clichés sont souvent tenaces, et la Russie en fait les frais depuis dix siècles. Catalyseur des peurs et des ambitions, la russophobie s’est développée en Europe qui a fait de la Russie son miroir négatif. C’est l’idée que développe le journaliste et directeur du Club Suisse de la Presse Guy Mettan dans son dernier livre  » Russie-Occident: une guerre de mille ans ». En se basant sur la production journalistique et historique occidentale au sujet de la Russie, Guy Mettan pose les fondements d’une rivalité originelle qui vont mener à l’image caricaturale de « l’ours russe menaçant », et explique les différences entre les russophobies française, anglaise, allemande et américaine. Il pose ainsi les balises des relations entre la Russie et l’Occident,  confrontant de nombreux faits au regard de l’histoire. Il dénonce encore certaines pratiques journalistiques et cherche à rétablir la désinformation que subit la Russie, tout en jetant un éclairage stimulant sur la position ambigüe de l’Union Européenne.

L’Agenda: Quels événements particuliers vous ont poussé à écrire ce livre?
Guy Mettan: Je suis l’actualité russe avec attention depuis longtemps et j’ai toujours été surpris de la manière tronquée dont la grande presse parle de la Russie. Cela m’est apparu notamment avec les Jeux Olympiques de Sotchi. À ce moment, il n’y avait pas de guerre, pas d’annexion, on ne pouvait rien reprocher à la Russie et les journalistes ont trouvé des milliers de reproches à faire: c’était trop cher, il y avait de la corruption, des familles avaient été déplacées, ainsi que des choses ridicules comme des robinets qui ne fonctionnaient pas… Et puis il y a eu la révolution de Maidan en Ukraine, avec le putsch du mois de février 2014 qui a déclenché un déferlement antirusse qui m’a vraiment agacé, j’ai eu envie de remettre les choses au clair. Mais on pourrait écrire ce livre sur d’autres pays. La Russie n’est pas la seule concernée mais c’est le cas que je connais le mieux pour y aller régulièrement et voir ce qui s’y passe.

La russophobie est bâtie sur une vision déformée de ce pays, une succession de clichés qui construit un mythe. D’où vient-il?
Le fondement du mythe a une base religieuse, c’est le schisme entre orthodoxes et catholiques à partir de Charlemagne. Cette rupture a d’ailleurs été provoquée par les Occidentaux pour des questions géopolitiques, de concurrence entre le Saint-Empire romain germanique et l’Empire byzantin. Cela a généré quantité de clichés négatifs à l’égard des Grecs qui se sont répercutés sur la Russie quand cette dernière a repris la succession de l’Empire byzantin. Au dix-huitième siècle, quand la Russie réapparait comme grande puissance, le mythe revient: une Russie despotique, annexionniste, qui voudrait envahir l’Europe, contrairement à tous les faits historiques! On constate en effet que c’est la Russie qui a été envahie par l’Europe et non le contraire, une dizaine de fois entre les Chevaliers teutoniques, les Polonais en 1612, Napoléon en 1812, les Allemands et Hitler deux fois pendant le vingtième siècle. Maintenant l’OTAN progresse en Ukraine et en Géorgie…. Alors que la Russie n’a jamais envahi l’Europe occidentale. Quand les troupes russes d’Alexandre étaient à Paris c’est parce qu’elles avaient été attaquées par Napoléon. La même chose pour Berlin en 1945, Hitler avait d’abord envahi la Russie! Ce sont des choses qu’on oublie et l’on tend à prendre la conséquence pour la cause: il y a une distorsion historique et journalistique dans la présentation des faits. C’est ainsi qu’on voit que la russophobie est avant tout une idéologie, un mythe qui est construit pour les opinions publiques européennes .

En quoi ce mythe est-t-il nécessaire à la construction de l’identité européenne?
L’Europe a toujours été divisée. Jusqu’en 1914, entre plusieurs nations, puis entre les blocs soviétique et occidental. Aujourd’hui, la construction européenne est très laborieuse et compliquée, avec de grandes divisions internes. Ce mythe de l’ours russe menaçant conforte l’identité et l’union forcée des pays d’Europe. Quand on a un adversaire commun, c’est toujours plus facile de faire l’union sacrée.

Vous évoquez les lobbies russophobes, qui sont-ils?
Les lobbies existent partout et toujours. Dans le cas de la Russie, il est vrai que cette présentation des faits est encouragée par l’existence de puissants lobbys. Le premier est le lobby militaire qui est bien connu, car on ne peut pas vendre d’armes si le monde est en paix et si l’on n’a pas de prétendus ennemis à vaincre et contre lesquels on doit se protéger. Il y aussi le lobby des ressources énergétiques, du pétrole et du gaz. La Russie possède d’immenses ressources: dans une industrie qui a toujours des besoins énormes, il est plus utile d’avoir une Russie servile et dominée qu’indépendante et autonome. Ce fait se voit clairement en 2003: après les attentats du 11 septembre les relations entre les États-Unis et la Russie étaient bonnes, mais l’attitude des États-Unis a complètement changé quand la Russie a décidé de conserver la gestion de ses ressources en interdisant à Khodorkovsky de brader les ressources pétrolières aux Américains. Le lobby gazier pétrolier américain a été fâché de n’avoir pas pu racheter pour une bouchée de pain les ressources russes. Le troisième lobby est celui de l’ est-européen, les Polonais et les pays baltes qui nourrissent une crainte vis-à-vis de la Russie. Ils se sont toujours appuyés sur les anglo-saxons pour accroître leur importance au sein de l’Union Européenne dans laquelle ils avaient un problème de légitimité.

Le sentiment russophobe existe-t-il ailleurs qu’Europe ou aux États-Unis?
Je n’ai pas la prétention d’avoir couvert le sujet mais l’une des surprises de ce travail a été de constater que la russophobie est une forme de racisme propre à l’Occident. Dans mon livre, je parle de russophobie religieuse, de russophobie française, bien que les français aient eu des moments de russophilie. La russophobie anglaise est très forte à cause des querelles géopolitiques. La russophobie allemande apparaît vers la fin du 19e et la russophobie américaine, plus récente, commence en 1945. Mais on ne trouve pas ce sentiment par exemple en Chine ou au Japon, alors que ces pays ont connu des conflits territoriaux avec la Russie. Il y a eu une guerre entre le Japon et la Russie en 1903 et en 1945. La Chine et la Russie ont connu des accrochages frontaliers dans les années 70 sur le fleuve Amour. Mais on ne trouve pas de russophobie chinoise ou japonaise, malgré ces conflits. Ce paradoxe montre à nouveau que la russophobie est une création de l’Occident justement provoquée par son ambition de vouloir dominer le monde, mais qui a trouvé la Russie sur son chemin. Et les lobbies russophobes entrent en action à chaque fois que la Russie résiste. On peut prévoir un tel comportement avec la Chine puisqu’à chaque résistance l’Occident tend à la décrédibilisation et la délégitimation. Il cherche à interférer dans les affaires des autres pays au nom de la démocratie et les Droits de l’homme, non sans une certaine ambiguïté puisque la question des Droits de l’homme en Arabie saoudite ne lui pose aucun problème alors qu’ils sont violés de façon mille fois plus grave qu’en Russie.

A-t-on pu connaître un sentiment russophobe en Suisse?
Non, je ne dirai pas ça. La Suisse est toujours prudente ou réservée face à l’étranger. Il n’y a pas de russophobie suisse, et c’est pour ça que je n’en parle pas dans ce livre. En revanche il y a eu à un moment un anti-communisme très fort, et je déplore que la Suisse ait suivi les sanctions européennes contre la Russie. Mais c’est plus un effet de suivisme qu’une russophobie active et délibérée. L’autre avantage en Suisse est qu’on peut toujours s’exprimer et qu’il y a toujours une écoute pour les voix minoritaires. Je crois que ça fait partie de l’ADN national et c’est plutôt positif.

Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

Guy Mettan, Russie-Occident: Une Guerre de Mille Ans, Éditions des Syrtes, mars 2015.

 

Sur la route de la Fureur de Lire

La Fureur de lire ouvre son festival littéraire par une soirée consacrée à une œuvre majeure de la Beat Generation, Sur la route de Jack Kerouac. La qualité d’écriture et les thématiques du roman, orientées vers la fureur de vivre, l’évasion, l’intensité et la liberté, rejoignent assurément le cœur du festival : la fureur…de lire, le plaisir et la passion…des mots.

Dans ce récit autobiographique, Jack Kerouac relate ses expéditions à travers les Etats-Unis, entre 1947 et 1950, avec son compagnon de route, Neal Cassady. Véritable anticonformiste face à la société américaine, Kerouac embrasse une vie de liberté, d’exaltation, de voyage et de frénésie. Ses pérégrinations vers l’Ouest américain sont nourries par une quête de sensations et l’aspiration vers de nouveaux horizons. Fondé sur une critique et une révolte face à la société, Sur la route repose sur une soif de liberté, le désir de vivre intensément et la volonté de dépasser les conventions sociales de l’époque.

Photo: Guillaume Perret

Photo: Guillaume Perret

La Fureur de lire nous propose un concert-lecture de toute beauté, guidé par la musique de Shani Diluka et la lecture d’Hippolyte Girardot, soulignant le goût de Kerouac pour les mots et le jazz. Les récitations et la piano se succèdent, puis se mélangent sublimement. Accompagnés par ces sonorités puissantes et intenses, nous partons, nous aussi, sur la route, aux côtés de Kerouac. La musique et le texte sont empreints d’une folie, d’une puissance et d’une intensité communicative, mais également d’une part de délicatesse, de fragilité et de douceur. Ce concert-lecture est une invitation au voyage, qui nous emporte véritablement.

Texte: Pauline Santschi

33, rue des Grottes

Après avoir travaillé quelques années dans le marketing, Lolvé Tillmans décide de faire de sa passion son métier et consacre désormais tout son temps à l’écriture. Refusant de se limiter à un seul genre, ses créations vont du roman de fantasy aux courts essais, en passant par des notules littéraires. Avec « 33, rue des Grottes », paru aux éditions cousu mouche, l’auteur nous propose une descente aux enfers sur fond genevois !

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Le quartier des Grottes, qui se niche juste au-dessus de la Gare de Genève, abrite aujourd’hui un ensemble d’habitations charmant et hétéroclite, les vieux immeubles du XIXe siècle côtoyant les bâtiments colorés résolument modernes. Cette ambiance singulière se retrouve également dans la diversité de ses habitants : étudiants, femmes d’affaire, ouvriers, étrangers, genevois pur souche… Ces rue typées sont donc, pour un écrivain, un excellent point de départ pour un essai littéraire sur la société actuelle genevoise, ce que semble nous proposer de prime abord Lolvé Tillmans….

Nous faisons donc la connaissance, dans les premières pages, des habitants d’un immeuble de ce fameux quartier. Il y a ainsi Caroline et Stéphane, un jeune couple amoureux, Nicolas et Hélène, qui traversent les difficultés d’une première grossesse, la famille de Mei, une petite fille chinoise, Carlos, un étudiant gay, Bekim et ses collègues ouvriers clandestins et finalement Julieta, la vieille concierge de l’immeuble. Comme nous, ces personnages avancent dans leur vie tranquillement, malgré leurs petits soucis quotidiens, avec la naïve impression que les horreurs et catastrophes qui se déroulent à l’étranger, et dont font régulièrement écho les médias, ne pourraient jamais se produire en Suisse. Jusqu’au jour où leur train-train quotidien bascule par l’arrivée d’une mystérieuse épidémie meurtrière. Les habitants vont dès lors faire resurgir leurs instincts primaires de survie, se battant chacun pour soi dans une Genève devenue soudainement sauvage !

Si vous cherchez votre prochaine lecture du soir, passez votre chemin : vous risquez une nuit agitée remplie de cauchemars ! En effet, l’auteur maîtrise parfaitement les tensions psychologiques d’un plume noire et sans pitié, tandis que le choix du mode narratif interne (on passe de la tête d’un personnage à l’autre) renforce l’idée de panique et de non-information vécue par les protagonistes. On soulignera également le crescendo dramatique bien dosé et l’on ne regrettera que la fin, brutale, qui nous laisse dans un sentiment de frustration et d’insécurité tenace !

Pour en savoir plus sur l’auteur et ses textes, rendez-vous sur son site internet : http://www.lolvetillmanns.ch.

Texte : Aurélie Quirion