Un festival des plus prometteurs éclot en pleine grisaille hivernale

C’est décidément une excellente idée qu’a eue Daniel Kawka en lançant le Léman Lyriques Festival, qui met à l’honneur le chant lyrique pendant quatre soirées de novembre. La première édition de ce tout jeune festival est consacrée à Richard Wagner et se déroule sous l’égide de la cantatrice allemande Christa Ludwig, grande habituée du répertoire wagnérien et marraine de cette cuvée 2019 du Léman Lyriques.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Bien que Mme Ludwig n’ait pu être là en personne ce mardi soir 5 novembre, au grand regret des organisateurs, elle n’en était pas moins omniprésente, au travers de l’hommage vibrant que lui ont rendu Christian Merlin et Pierre Michot. Au cours d’une discussion en deux parties, les deux musicologues ont offert une rétrospective chaleureuse, parfois un peu émue, de sa carrière, n’hésitant pas à ponctuer leur échange de séquences d’enregistrements qui faisaient entendre la voix de Christa Ludwig, aussi bien parlée que chantée. On a ainsi pu entendre la diva revenir avec humour sur son aversion pour les Hosenrolle qui ont marqué le début de sa carrière (« quelle plaie de ne pas pouvoir manger à sa faim et de devoir avoir l’air maigre pour endosser le rôle d’un adolescent! ») ou sur son amour pour Fidelio de Beethoven et son émotion lorsqu’elle a chanté cet opéra pour la première fois (« ah, chanter Fidelio, et ensuite, je peux mourir! »). Des extraits de ses performances ont donné à entendre sa tessiture extraordinairement étendue, qui tutoie le contralto et s’élève avec aisance jusqu’au soprano dramatique. On ressort de la salle avec l’impression étrange de bien connaître Mme Ludwig et une envie de pousser plus loin la découverte de cette surprenante (et ô combien sympathique!) cantatrice.

Photo: Radio Lac

Du récital al vivo qui s’est tenu conjointement aux entretiens, on retiendra la présence scénique de la mezzo-soprano Soumaya Hallak, et en particulier de la soprano Marion Grange, qui ont interprété chacune plusieurs Lieder de Wagner, Schubert et Strauss, brillamment accompagnées au piano par Ambroise de Rancourt. Par ailleurs, la programmation ne se borne pas tout à fait au romantisme allemand, et à une Jeune fille et la Mort particulièrement réussie vient faire écho une adaptation lyrique du Dormeur du Val d’Arthur Rimbaud (le duo est indéniablement harmonieux, mais on n’est pas sûre que le texte, subtil et intimiste, se prête à une interprétation aussi imposante).

Au-delà de la simple question de goût, car Wagner et le 19e siècle allemand ne plaisent pas vraiment à tout le monde, on soulignera une longueur un peu excessive pour cette soirée d’ouverture (2h30 tout de même), qui semble orienter résolument le festival vers un public de mélomanes initié·e·s, au risque de rebuter les néophytes simplement curieux·ses. Mais on n’en salue pas moins cette superbe initiative culturelle et on se réjouit de découvrir l’édition 2020!

www.lemanlyriquesfestival.com

Au Victoria Hall, le classicisme rencontre les particules élémentaires

Curieux mélange des genres que celui auquel l’on a pu assister mercredi dernier 30 octobre au Victoria Hall de Genève. L’affiche nous promettait, entre une ouverture de Haydn et une symphonie de Beethoven, des Quarks pour violoncelle et grand orchestre de Yann Robin.

Texte: Athéna Dubois-Pélerin

Sous l’élégante direction de Jonathan Nott, qui dirige ses musiciens sans même avoir besoin de s’encombrer d’une partition, l’OSR entame une pièce galante de Joseph Haydn. Très brève, juste le temps d’une mise en bouche. Arrive ensuite le plat de résistance, les fameux Quarks, qui se prépare tranquillement tandis que la salle bruit de murmures intrigués. Le violoncelliste soliste prend place sur une estrade légèrement surélevée, sa tignasse ébouriffée d’artiste bohème contrastant singulièrement avec la mise sobre du reste de l’orchestre: il s’agit d’Eric-Maria Couturier, musicien de renom ayant, chose rare, étroitement collaboré avec le compositeur de l’œuvre, à tel point que les Quarks lui sont dédiés personnellement.

Photo: Orchestre de la Suisse Romande

À l’harmonieux classicisme de Haydn succède une pièce des plus étranges, qui ne comprend pas une seule note de musique. Ni le soliste, ni l’orchestre ne « jouent » de leurs instruments, du moins pas dans le sens traditionnel du terme. Les archets frottent les cordes pour en tirer des sons grinçants, stridents, qui tantôt s’étirent paresseusement, tantôt s’enchaînent de manière effrénée. L’œuvre, explique Yann Robin dans le programme, a été conçue comme une réflexion autour de la physique des particules et en particulier des fameux quarks, qui sont à ce jour les plus petites particules élémentaires de la matière ayant été découvertes. Tandis que les sonorités étranges et dissonantes s’égrènent dans la salle, nul n’a l’air de trop savoir que penser – et surtout que ressentir. Au moment de se lever à l’entracte, on croise ainsi beaucoup de regards éberlués et quelques sourires narquois. L’œuvre fait toutefois parler d’elle dans le foyer, preuve que la musique contemporaine a le mérite de délier les langues, si elle ne sait pas toujours toucher les cœurs.

Retour dans la salle pour la seconde partie de la soirée, dédiée à la quatrième symphonie de Beethoven. Les quatre mouvements courent sur une demi-heure qui paraît filer à toute allure, magistralement interprétés par l’OSR qui semble subitement s’enflammer. On ressort du Victoria Hall à la fois satisfait·e d’avoir eu l’occasion de se confronter à l’hermétisme de la musique de Robin (qu’on l’ait apprécié ou non) et, comme toujours, transporté par le génie intemporel de Beethoven.

www.osr.ch

 

 

Triomphale Aïda

Nul ne savait trop à quoi s’attendre, en se rendant à la première d’Aïda, vendredi dernier. Depuis quelques jours, la presse relayait des échos catastrophés, où il était question d’une inondation du Grand Théâtre de Genève à quelques jours de la générale, de scène immergée, de décors détrempés, de matériel électronique endommagé et de répétitions les pieds dans l’eau dans un climat de panique. On peut imaginer l’angoisse de la troupe, et le courage qu’il a fallu pour maintenir la première représentation à flots (tout mauvais jeu de mots mis à part). C’est avec une appréhension visible que le directeur du Grand Théâtre monte sur scène pour récapituler les infortunes qu’a subies la malheureuse Aïda (l’alarme anti-incendie, mal réglée, s’est déclenchée par deux fois à l’improviste, immergeant la scène et ses dessous, et noyant une partie des décors, costumes et infrastructures). Le sourire crispé, il semble solliciter d’avance l’indulgence de son public.

Répétition pré-générale d’Aida du 9 octobre 2019. Photo: Samuel Rubio

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Il semblerait qu’il se soit inquiété à tort. Dès les premières notes, Aïda nous emporte sans mal dans son univers d’intrigues et de passions, de loyautés déchirées et de dilemmes cornéliens, auxquels la splendeur de l’Egypte antique sert de caisse de résonnance. La magie opère en grande partie grâce au solide trio de chanteur·euse·s: on se laisse aisément émouvoir par le timbre délicat de la soprano russe Elena Stikhina, dans le rôle-titre, qui démontre toute sa maîtrise vocale dans le célèbre aria O patria mia. Marina Prudenskaya, dramatique mezzo-soprano, fait merveille dans le rôle de la jalouse Amneris, qui cherche à arracher à Aïda son amant, le vaillant Radamès. Ce dernier est interprété par le ténor coréen Yonghoon Lee, dont la voix puissante n’a pas manqué de faire trembler le parterre. On a toutefois l’impression que la première partie (actes I et II), faste et opulente, sert surtout d’introduction et il faut attendre la seconde moitié du spectacle pour profiter pleinement du talent des chanteur·euse·s, davantage mis en valeur dans les scènes intimistes et les duos enflammés des actes III et IV. Ajoutons encore que la superbe musique de Verdi est impeccablement servie par l’OSR, sous la direction du Sicilien Antonino Fogliani.

Répétition pré-générale d’Aida du 9 octobre 2019. Photo: Samuel Rubio

Phelim McDermott ,dans sa mise en scène, n’hésite pas à rehausser les saveurs de l’orientalisme verdien en usant d’effets visuels réussis: voiles éthérés, coiffes exotiques, ballets sensuels et marches aux flambeaux viennent parer la tragédie comme autant de somptueux atours, pour mieux la faire vibrer de toute sa puissance. La gamme chromatique vient répondre à la fureur des sentiments, dans une mise en scène où prédomine l’écarlate, du pourpre sanglant de la pyramide qui s’épanouit sur le rideau tandis que l’orchestre entame l’ouverture, au rouge ardent de la tenue d’Aïda, jusqu’au carmin funeste des silhouettes de la grande prêtresse et des suivantes d’Amneris, dont les robes, par un subtil jeu de costumes, tournent au blanc virginal à mesure qu’elles suivent la princesse dans ses dévotions.

On s’étonnera seulement du goût très en vogue des metteurs en scène contemporains pour l’anachronisme, qui pousse Phelim McDermott à transformer le chœur des guerriers de l’Antiquité égyptienne en fantassins tout droit sortis du Soldat Ryan (ou du Pont de la Rivière Kwai, comme l’avoue sans fards le programme). C’est ainsi que la traditionnellement dansante marche triomphale se change en parade militaire moderne, avec cercueils, drapeaux et officiers en treillis. Ceci offre un contraste surprenant avec les décors et la mise des personnages principaux, et on cherchera en vain un lien entre la tragédie des amants verdiens et le sort des prisonniers britanniques dans les camps japonais de la Seconde Guerre mondiale. Est-il nécessaire d’établir des parallèles avec la géopolitique contemporaine pour prouver qu’une œuvre d’art reste d’actualité? Car il semblerait que, Sous l’élégant vernis historique, ce sont les passions humaines – intemporelles, elles – qui constituent le cœur d’Aïda. Le public ne s’y trompe pas, lui qui frissonne lorsque le rideau tombe sur les amants maudits, enlacés dans leur tombeau commun, tandis que les dernières notes de l’orchestre s’étiolent, suaves, comme un dernier adieu à la vie.

Répétition pré-générale d’Aida du 9 octobre 2019. Photo: Samuel Rubio

Aïda
Jusqu’au 22 octobre 2019
Grand Théâtre de Genève

www.gtg.ch/aida

Polyphonies au Rosey

Le Rosey Concert Hall a vu juste en invitant la chanteuse Noa pour l’ouverture de sa sixième saison. Une telle expression de liberté, peu importe la langue dans laquelle elle est exprimée, la culture ou le siècle qui l’a inspirée, atteint toujours le public en plein cœur. Hier soir, suspendu devant l’artiste entourée de la Menuhin Academy, l’auditoire a fini par se lever pour applaudir et danser sur le dernier morceau.

Texte: Katia Meylan

Ce qui inspire Noa depuis ses neuf ans, lorsqu’elle composait et chantait pour les événements organisés dans son quartier d’enfance du Bronx, nous dit l’artiste elle-même, ce sont toutes les unanswered questions, ces questions de la vie qui restent en suspens. C’est cela qui l’inspire encore aujourd’hui, cela et l’amour qui l’entoure. Par le passé, sa grand-mère, dans le présent ses enfants, et hier, au Rosey Concert Hall, le talent des élèves de la Menuhin Academy, l’orchestre résident du Rosey.

La charismatique artiste s’adresse non seulement au public sans barrières, mais le fait d’une façon charmante et originale: en improvisation mélodique. Elle lui souhaite la bienvenue accompagnée à la guitare par Gil Dor (son premier professeur – ce qui lui fait rappeler aux élèves du Rosey, toutes et tous présent·e·s ce soir-là, qu’un bon professeur peut cheminer avec vous à vie!), puis elle présente sans attendre les musicien·ne·s qui l’entourent avant de commencer le concert.

Le projet « Letters to Bach », imaginé en 2019 par Noa et Gil Dor, s’écrit comme trois histoires entrelacées.

Des chants en hébreu reçus de sa grand-mère, des paroles empruntées aux poétesses ou encore composées par l’artiste elle-même et harmonisées par le guitariste ouvrent le concert. Les mélodies nous emportent dans un ailleurs imaginé, alors que les messages, forts sont d’actualité, qu’ils abordent le droit de décider pour les femmes ou l’impossibilité d’avoir un enfant. Sa voix est parfois accompagnée uniquement par la guitare, parfois rejointe par l’orchestre.

Elle laisse également la place à la Menuhin Academy qui interprète, à plusieurs intervalles au cours du concert, les trois mouvements du Concerto pour deux violons de Bach dans sa version baroque.

Mais « Letters to Bach », comme son nom l’indique, est enfin et avant tout le projet « fou et galvanisant » de chanter des paroles inspirées par ce grand compositeur, et de créer autour des  mélodies des arrangements pour voix et cordes. Noa relève dans l’œuvre de Bach la notion de polyphonie, le pouvoir de faire que des voix différentes trouvent toujours un moyen de sonner ensemble merveilleusement bien.
C’est ce que les artistes sur scène réalisent ce soir-là: faire sonner ensemble différents siècles, différentes cultures.

La liberté de Noa sur scène et dans sa créativité est totale, et sa joie de vivre contagieuse! À travers des paroles malicieuses et profondes, Bach nous faire rire, « Bach est rock’n’roll, mais s’il avait vécu aujourd’hui il aurait probablement aimé le jazz, « crazy and free » comme lui. Noa elle-même prouve qu’on peut exceller dans différents genres, quand ses improvisations blues font sourire et bouger les épaules des violonistes derrière elle, et se lever le balcon du Rosey Concert Hall!

Une ouverture de saison magique qui laisse espérer une suite qui le sera tout autant!

www.roseyconcerthall.ch

En route, chevaliers!

Cela fait désormais un mois que l’Opéra de Lausanne a pris la route avec « Les Chevaliers de la Table Ronde », un opéra-bouffe en trois actes d’Hervé. La tournée continue sur huit dates en juillet, de Russin à Chillon en passant par les terres nord-vaudoises.

Texte: Katia Meylan

Les Chevaliers de la Table ronde © Alan Humerose

Quarante personnes et un décor chevaleresque se baladent dans le cadre de cette 5e Route Lyrique, un concept biennal créé il y a 9 ans. Avec des productions qui voyagent dans les théâtres, salles communales et autres places du village, l’Opéra de Lausanne occupe l’espace culturel romand pendant l’été tout en offrant des débouchés aux jeunes diplômé·e·s chanteur·euse·s et musicien·ne·s de la Haute École de Musique de Lausanne (HEMU).

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

 

Cette année, l’équipe artistique a choisi de mettre en scène une parodie de la fameuse légende de la Table Ronde. Dans le livret signé Henri Chivot et Alfred Duru (auteurs prolifiques dont on compte une centaine de vaudevilles écrits dans la deuxième moitié du 19e siècle), pas d’exploit chevaleresques; tout élément moyenâgeux est prétexte au développement d’une pitrerie. Pastiches et airs populaires alimentent cet opéra-bouffe d’Hervé, qui fut, au coude à coude avec Offenbach, inventeur de l’opérette.

 

 

Le public rencontre dans cette histoire des personnages avec bien plus de vice que de vertu; un Roland narcissique, une princesse faussement ingénue prête à se marier avec le premier venu, un Merlin II fils de son père pour qui le talent n’a apparemment pas été héréditaire, une Mélusine castratrice et jalouse (dont on admire la voix puissante et le charme de l’interprète, Laurène Paternò), une duchesse infidèle et un duc qui joue à la drama queen.

Les Chevaliers de la Table ronde © Alan Humerose

Tout ce beau monde progresse dans une avalanche de comique de répétition, de cris et d’extravagances qui peuvent amuser ou étonner. On surprend même des jeunes musiciens de l’orchestre à se retenir de rire lors de certaines scènes particulièrement loufoques!
En fait-on trop sur scène? Dans l’opéra-bouffe, tous les excès sont permis, tant dans les costumes que dans l’interprétation, car ils servent à mettre en évidence les fonctionnements de la société pour mieux s’en moquer. Et dans cette pièce mise en scène par Jean-François Vinciguerra (alias Merlin II), on trouve, aux côtés d’un humour de situation qui a probablement fonctionné de siècle en siècle, des surprises auxquelles on ne s’attendait pas: une incartade dans un royaume sous-marin hippie, des références au télé-achat (quelque peu daté) ou à Jacques Brel (indémodable).

Au fil des trois actes, on devine à peu près comment l’histoire devra se terminer: des histoires d’amour qui finissent bien et un joyeux final chorégraphié où l’on on entonne en chœur que « Jamais plus joli métier ne fut dans le monde / que celui de chevalier de la Table Ronde… ». Oui, ça reste dans la tête et on le chante encore le lendemain!

Les Chevaliers de la Table Ronde
Route Lyrique de l’Opéra de Lausanne

Tout public
Prix entre 20.- et 35.-

Les dates à venir:

Lundi 1er juillet à 21h:                   Place du Mandement 1, Russin
Mercredi 3 juillet à 20h30:           Place François Silvant, Ecublens
Vendredi 5 juillet à 21h:               Château de Chillon
Samedi 6 juillet à 20h:                  Casino d’Orbe
Dimanche 7 juillet à 19h30:        Fédération vaudoise des jeunesses campagnardes, Savigny
Mardi 9 juillet à 19h30:                 Salle Davel, Cully
Mercredi 10 juillet à 19h30:        Salle du Parc, Bex
Vendredi 12 juillet à 19h30:        Centre Culturel et sportif du Chêne, Aubonne

www.opera-lausanne.ch/show/route-lyrique-2019

La Ruée vers l’or

Ciné-concert Charlie Chaplin « La Ruée vers l’or », par l’Orchestre de Chambre de Genève, dirigé par Philippe Béran, le mardi 11 juin au Rosey Concert Hall, Rolle.

Chargé·e·s de la distribution des programmes et du contrôle des billets, les élèves de l’Institut Le Rosey, dont l’emblème doré brille sur le revers gauche de leur veston, accueillent chaleureusement les spectateur·trice·s au dernier événement de la saison 2018-2019.

La lumière s’éteint, le public regagne les sièges, Marie-Noëlle Gudin monte sur la scène afin de prononcer un bref discours, à la fois d’introduction (à une nouvelle saison) et de clôture (de celle en cours), puis apparait l’Orchestre de Chambre de Genève, suivi de Philippe Béran, leur irremplaçable dirigeant, comme le présente M.-N. Gudin.

Avant que public et musicien·ne·s n’entrent

Charismatique et charmant, le chef d’orchestre fournit au public quelques informations plus détaillées et assez curieuses sur la projection. Par exemple, la première a eu lieu le 26 juin 1925 et est considérée comme la plus luxueuse de son époque. Le nombre de figurant·e·s s’élève à 2500 personnes, un chiffre important pour le cinéma d’antan. Le film dure une heure vingt-six minutes et vingt-six secondes et ne prévoit aucune pause dans la musique, bien qu’il y ait toutefois quelques minutes de répit lors de la transition d’un épisode à l’autre.
Après nous avoir distraits par ces faits intéressants, Philippe Béran nous explique la composition de l’orchestre, en faisant lever à chaque musicien·ne son instrument, une façon inhabituelle et originale de présentation.

Les premiers sons retentissent, la salle retient son souffle, fascinée par la magie du cinéma muet. L’union dans lequel se marient l’image et la musique est juste parfaite. Dès le début, le contraste musical entre le Vagabond, Charlie Chaplin, et les autres chasseurs d’or est basé sur la lourdeur des uns et la légèreté de l’autre, souvent rendu par staccato. La musique nous induit en illusion tout le long, par exemple, en faisant croire que les personnages chantent de leur propre voix.

Quant à l’intrigue, elle se fonde sur un fait historique. En 1896, dans la région canadienne du Klondike, l’or fut découvert. Une année plus tard, de nombreux prospecteurs américains arrivèrent à sa recherche, malgré les conditions climatiques extrêmement dures. Ils quittaient leur poste et se jetaient dans l’affaire le corps perdu. C’était une véritable « fièvre de l’or ». Le film reprend la traversée du col Chilkoot, à la frontière entre les États Unies et le Canada.

« La Ruée vers l’or », 1295

Chaplin représente un chercheur d’or qui se balade tout seul à la montagne en espérant  tomber un jour sur un trésor. Lorsqu’une tempête de neige le surprend, il est obligé à entrer dans la cabane d’un bandit, sans s’en rendre compte. Il échappe néanmoins à la mort grâce à l’apparition d’un autre chercheur d’or, Jim. Comme la tempête persiste, les trois hommes sentent l’appel de la faim. C’est à ce moment-là que le spectateur voit la fameuse et épouvantable scène de famine où Charlot cuisine et déguste un soulier. Qui pouvait savoir alors qu’elle se reproduirait à Leningrad assiégé, sans le moindre but comique cette fois-ci? Le bandit part à la recherche de provisions et les personnages bientôt se séparent. Après une suite d’événements, Charlot descend au village où il tombe amoureux de Georgia, une fille de saloon, qui non seulement le rejette, mais aussi le prend constamment en dérision. Jim resurgit et demande au Vagabond de lui montrer la cabane. Il est persuadé d’y trouver de l’or et ne se trompe pas. Ils deviennent riches. Ainsi l’amante est finalement conquise!

Anti-capitaliste, touchante, semblant être tout à fait d’actualité, cette comédie sème un grain de réflexion dans l’esprit du spectateur, sans oublier de l’amuser d’abord.

Texte: Margarita Makarova

Pour découvrir ce que le Rosey nous réserve pour sa saison 2019-2020:
www.roseyconcerthall.ch