Des textes qui prennent vie

Pour se rendre au théâtre, il faut parfois passer par quelques rues étroites de la Vieille-Ville de Genève. De nuit, la balade est dépaysante, qu’on découvre les lieux ou que l’atmosphère tranquille de la zone piétonne nous soit familière. Du 17 février jusqu’au 1er mars, ce voyage permet de découvrir Manifesto(ns) !, la dernière production du POCHE/GVE

Texte: Maëllie Godard

Photo: Samuel Rubio

Le théâtre POCHE est petit, intimiste et chaleureux. Quand on entre dans la salle, les comédien·ne·s Christina Antonarakis, Wissam Arbache et Marie-Madeleine Pasquier, nous accueillent. La troupe forme un trio hétérogène. Sur le petit espace qu’ils·elles occupent, des chaises, des feuilles, des chaussures et quelques autres objets sont éparpillés. Après avoir brièvement expliqué que la représentation consiste en une série de lecture, une actrice saisit timidement une feuille puis commence à la lire à tâtons.

Le projet de Manifesto(ns) !  c’est de « convoquer les auteures et les penseuses d’aujourd’hui et d’hier dans un cri collectif, un rituel ». Pour cela, Joséphine de Weck, metteuse en scène de l’un des deux opus, a choisi Jean-Luc Lagarce, Nicoleta Esinencu, Alexandre Ostrovski, Paul B. Preciado, Bruno Latour, Pauline Boudry, Renate Lorenz et Fouza Al-Youssef. 

Les acteur·trice·s font humblement le pont entre nous et des auteur·e·s d’ici et d’ailleurs. Ils·elles ont beau se faire tout·e petit·e, la puissance des textes les grandit. La parole porte des revendications,  répond à une envie de s’exprimer, d’être écouté·e, entendu·e, et d’exister librement. Il s’agit ici des jeunes moldaves qui s’endettent pour vivre le rêve américain, de la participation des femmes dans le mouvement de libération kurde des années 70, de la vocation et du devenir de l’Europe, de la représentation de tous les groupes d’individu·e·s, … Les textes s’entremêlent, se répondent. Ce qu’ont en commun tous ces discours, toutes ces lettres, ces récits, c’est la volonté de dénoncer une réalité aliénante. Et l’acte de parole est comme une impulsion nécessaire.

Ce qui pourrait être une lecture longue et fastidieuse de textes sans rapports directs devient ici un moment de théâtre et de partage. Les comédien·ne·s donnent vie aux revendications. Où se trouve la limite entre le discours sincère, le crie à la liberté, et le discours politique démagogue? Professionnel·le·s de l’art de la parole, ils·elles jouent avec cette frontière. On rit, on trinque, on est touché·e parfois. Des feuilles sont lancées à travers la salle alors que la troupe se laisse porter par la musique.

Photo: Samuel Rubio

La représentation se termine après que les acteurs ont quitté la scène. Le plateau est d’abord dans la pénombre. Puis un ventilateur se met à tourner, éclairant progressivement le plateau. Alors que la puissance augmente, les textes éparpillés sur le sol s’envolent. On sent quelques grains de sable projetés sur nos figures. Sans personne pour lire ces mots, sont-ils plus qu’un cri dans le désert?

Manifesto(ns) !
Jusqu’au 1er mars 2020

Opus de Joséphine de Weck: 24 et 27 février
Opus de Sarah Calcine: 25 et 28 février
Soirées intégrales présentant les deux opus (1h50) de Sarah Calcine et Joséphine de Weck: 29 février et 1er mars
www.poche—gve.ch

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