Quand le Perroquet prend la plume

C’est une charmante fantaisie qui nous a été servie mardi soir au Théâtre Le Crève-Cœur, où le baryton Guillaume Paire s’est emparé de la scène pour livrer non pas un récital classique, ni un numéro de stand-up, mais… quelque chose entre les deux. Un spectacle jovial à l’hybridité assumée, dont on ressort le cœur léger.

Texte: Athéna Dubois-Pèlerin

Le spectacle commence de manière on ne peut plus conventionnelle. Le violoncelliste et le pianiste jouent les premières notes d’un aria bien connu de Mozart, l’air de Papageno, tiré de La Flûte enchantée. Le baryton fait une entrée élégante, commence à chanter et… s’arrête net. Cette fois, ça suffit. Le personnage se révolte, Papageno fait un burn-out.

 

 

Commence alors un soliloque coloré, dans lequel le malheureux oiseleur de Mozart laisse tomber son script habituel pour dévoiler à l’assemblée ses états d’âme, sur le mode apparent de l’improvisation. 228 ans qu’il chante les mêmes airs, récite les mêmes phrases et fréquente les mêmes personnages! Tamino est insipide, la Reine de la Nuit insupportablement vaniteuse et même sa dulcinée Papagena ne l’enthousiasme plus… Papageno se prend à rêver d’une autre vie, pourquoi pas une vie faite de conquêtes en tous genres, comme celle que mènent ses « demi-frères » mozartiens Dom Juan et le Comte Almaviva, dont il prend les traits le temps d’un facétieux aria, avant de poursuivre ses méditations et ses métamorphoses.

En réinventant le sympathique personnage de Papageno, qu’il connaît bien pour l’avoir très souvent interprété sur scène, Guillaume Paire offre un divertissement haut en couleurs, décomplexé et résolument drôle. Soutenue par Florent Chevallier au violoncelle et Adrien Polycarpe au piano, la voix chaude et bien timbrée du baryton s’adapte aussi bien aux morceaux chantés dont il ponctue son spectacle (des airs d’opéra, oui, mais pas seulement!) qu’au discours parlé qu’il délivre avec une percutante spontanéité.

Songeur et enjoué, l’artiste use de l’humour pour proposer une réflexion sur les rapports entre art lyrique et société. Il n’hésite pas à pointer du doigt le manque d’intérêt dont peut souffrir l’univers de l’opéra, ironise sur les dérives idéologiques qui viennent contaminer la scène artistique, et ne résiste pas au plaisir d’aller taquiner la presse culturelle en exposant certains de ses travers.

Si le ton est parfois narquois, il reste toujours tendre, et si le spectacle peut sembler par moments un peu décousu, il retombe avec légèreté sur ses pattes grâce à Papageno, que l’on retrouve toujours sous les nombreux masques qu’il s’amuse à porter. On se laisse toucher par la solitude du personnage, qui dit son désir tout humain d’échapper à sa condition, son rejet du figé et son goût de la métamorphose, du multiple, de l’insaisissable. N’est-ce pas là la profession de foi de l’acteur, cet être polymorphe par excellence, qu’énonce Guillaume Paire? Davantage encore que du perroquet, ce dernier tient véritablement du caméléon, au point que l’on rit aux éclats en entendant ce chanteur, comédien, pianiste, auteur et metteur en scène se lamenter qu’il « aurait aimé être un artiste ».

 

Le Blues du Perroquet
Du 19 novembre au 15 décembre
Théâtre Le Crève-Cœur
 www.lecrevecoeur.ch

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