Tous des oiseaux

Le festival La Bâtie, 43e du nom, bat son plein depuis le 29 août. Une édition qui compte 36 partenaires institutionnels et qui invite les spectateurs et spectatrices à la rencontre d’une cinquantaine de projets pluridisciplinaires. Coup de projecteur sur la pièce « Tous des Oiseaux » de Wajdi Mouawad, qui a ouvert le festival, alors que d’autres créations sont encore à découvrir jusqu’à dimanche.

Texte: Julia Jeanloz

Que diriez-vous de monter dans un bus, direction la mer, ou d’être transporté·e en plein milieu d’un cabaret baroque? Peut-être préférez-vous folâtrer dans la nature?

Musicalité, famille, itinérance, tels sont les grands axes de La Bâtie-Festival de Genève, qui a commencé le 29 août et continue jusqu’au 15 septembre. Aussi nombreuses qu’alléchantes, ces propositions culturelles permettent au public de prendre la mesure des tendances scéniques actuelles, de confronter sa propre vision du monde à celles des artistes invité·e·s, dans plus d’une vingtaine de lieux, de l’agglomération genevoise à la France voisine, en passant par le canton de Vaud.

Ayant eu la chance d’assister à « Tous des oiseaux », pièce magistrale, écrite et mise en scène par le canado-libanais Wajdi Mouawad, directeur de La Colline – théâtre national, à Paris, nous ne résistons pas à vous partager nos impressions. Cette création parle de quête identitaire. Eitan, jeune scientifique allemand, israélien d’origine, rencontre Wahida, une doctorante américaine d’origine arabe. Ils tombent éperdument amoureux, mais les choses tournent mal sur le pont Allenby, à mi-chemin entre Israël et la Jordanie, alors qu’Eitan, victime d’un acte terroriste, tombe dans le coma. Dès lors débutent des règlements de compte féroces entre parents, grands-parents et Wahida.

Photo: Simon Gosselin

La question de l’appartenance culturelle et la fidélité à cette dernière est la trame de cette saga. Elle apparaît sous les traits de secrets de famille, imbriqués dans des conflits religieux pluriséculaires. La pièce montre que l’identité, loin d’être figée, est en perpétuelle construction et reconfiguration, un processus qui s’étend tout au long de la vie.

L’un des tours de force du metteur en scène est d’avoir réussi à signer un spectacle d’une telle intensité à l’aide d’acteur·trice·s polyglottes et à renfort de sous-titres, sans que cela ne soit indigeste. En effet, chaque personnage appartient à plusieurs cultures, qui s’entremêlent dans l’histoire. Wahida a le rôle de catalyseur, celui de la rencontre entre deux univers antagonistes. En réponse à cela, elle ne récoltera que mépris et violence. Une violence d’une force inouïe, cruelle, à la fois verbale et physique. Le jeu d’acteur, époustouflant, n’est aucunement entravé par la barrière de la langue. Au contraire, l’habile maîtrise des comédien·ne·s de ces différentes langues n’a pour effet que de le renforcer.

Photo: Simon Gosselin

Du point de vue du travail scénique, on apprécie particulièrement le caractère sobre et dépouillé du plateau, souvent sombre, qui permet d’autant plus d’apprécier l’hexis corporelle des acteur·trice·s, mise en avant par un astucieux jeu de lumières. Soudain, avec une fluidité impressionnante, la table à manger se transforme en table d’opération, qui permet d’apprécier l’intelligence de la mise en scène. L’ensemble est rythmé par des chapitres qui s’ouvrent par la figure de l’oiseau, dont le vol traverse toutes les frontières.

Une tragédie puissante, de plus de quatre heures et qui a été couronnée du Grand Prix de la Critique à Paris.

La Bâtie-Festival de Genève
Du 29 août au 15 septembre 2019
Programmation sur www.batie.ch

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