Que fait-on avec les morts?

S’il y a une profession dont la réalité reste assez obscure à nos yeux, c’est bien celle de croquemort. C’est peut-être la raison pour laquelle Denis Maillefer a décidé d’aller travailler et s’immerger dans une entreprise de pompe funèbre. Fort de cette expérience, il a mis en scène « Mourir, dormir, rêver peut-être », un spectacle étonnement authentique et touchant.

Texte: Maëllie Godard

Photo: Magali Dougados

Dans la fastueuse salle de la Comédie de Genève, c’est un dispositif assez sobre qui est installé. Sous la lumière blanche de néons suspendus, des employé·e·s de pompe funèbre habillent et arrangent avec minutie la dépouille de deux défuntes. Au cours de cette cérémonie silencieuse, ils·elles finissent par prendre la parole et raconter avec beaucoup de pragmatisme et de tendresse leur métier, leur vie. Ils·elles révèlent ainsi leurs « trucs » pour supporter l’odeur, retirer les bagues, être sûr·e que les mains restent en place dans les cercueils. Ils·elles tentent aussi d’exprimer ce qui leur plaît dans ce métier; comment certains enterrements, certaines personnes en deuil les ont marqué·e·s, ou à quel point il peut être difficile d’assumer cette profession.

Grâce à un dispositif vidéo percutant, le public découvre en détail le visage des quatre personnages. Ils·elles expliquent en direct et avec plein d’émotion et de douceur de ce qui leur manquera lorsque la vie sera terminée pour eux.  Et qu’ils mentionnent la poésie, les fleurs d’abricotier, la fondue ou la sensation du touché, le superbe travail des acteurs rend chacune des ces figures terriblement belles et sincères.

On peut également saluer la participation discrète d’un pianiste: il assaisonne les actions et les confessions avec beaucoup de subtilités. Loin de tirer lourdement sur la corde tragique, il commente, accompagne des paroles ou des gestes qu’on imagine entourés de silence. 

Photo: Magali Dougados

C’est frappant à quel point l’appellation de théâtre documentaire est juste; et dans le plus beau sens du terme. Sans chercher à produire un divertissement sensationnel avec un schéma narratif complexe, ou des comportements extrêmes, ce spectacle offre à voir le quotidien et l’humanité de personne dont on oublie souvent l’existence. Il donne voix à leur témoignage ; renseigne sur une profession, et plus généralement, sur ce qui entoure cette étape cruciale de la vie: la mort.

On peut pleurer certainement, on peut rire, s’étonner, voire mourir, dormir ou rêver peut-être, mais une chose est certaine, c’est une belle expérience que ce moment de théâtre.

Mourir, dormir, rêver peut-être

Jusqu’au 21 octobre à la Comédie de Genève

Retrouvez les informations sur www.comedie.ch/fr/mourir-dormir-rever-peut-etre

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