Je suis allée voir…

« Cendrillon », de la Compagnie des Ballets de Monte Carlo à l’Opéra de Lausanne.

Photo: Alice Blangero

Texte: Maureen Miles

Je n’étais pas retournée à l’Opéra de Lausanne depuis bien longtemps… Toutefois dans mon esprit ce lieu incarne un espace un peu magique où les arts de la danse, de la musique et du théâtre s’exposent avec majesté. Aussi, l’occasion de voir un ballet – « Cendrillon » qui plus est! – était, pour l’amatrice de danse classique que je suis, une occasion à ne pas manquer.

L’histoire de « Cendrillon », presque tout le monde la connaît. Un spectacle de ce type suscite donc inévitablement de nombreuses attentes: on sait par avance ce qui va se passer, ce qui n’a en fait rien de dérangeant, au contraire. Qu’un élément varie et l’enfant en nous se contracte. « Normalement, ce n’est pas comme ça… ». Pourtant bien vite, on se laisse entraîner et enchanter par les variations et l’originalité de l’univers proposé.Car la version de Cendrillon incarnée par La Compagnie des Ballets de Monte-Carlo et chorégraphiée par Jean-Christophe Maillot n’a simplement rien de classique.

Photo: Alice Blangero

La sobriété des décors – de grandes pages blanches évoquant celles d’un livre de contes s’écrivant sous nos yeux – a l’avantage de ne pas monopoliser une attention qui se détournerait alors du jeu des personnages. Et oui, je parle bien du « jeu » des personnages. Bien sûr il y a la danse, et celle-ci est menée avec maîtrise, grâce et légèreté. Mais ce qui captive bien vite, au-delà des prouesses de souplesse et de technique, ce sont les expressions, les regards et les gestes théâtraux des danseurs. Le « Cendrillon » de Jean-Christophe Maillot se situe véritablement au carrefour du théâtre et du ballet.

L’atmosphère dans laquelle évoluent les personnages – le trio habituel Cendrillon – marâtre – méchantes sœurs, mais aussi ceux très présents du père, de la bonne fée et de deux serviteurs polichinelles – est également un mélange des genres, entre conte de fée et satyre contemporaine. Le monde simple et pur de l’enfance, où les sentiments s’expriment avec sincérité et innocence, et celui coloré mais aussi artificiel d’un monde adulte où l’on triche avec les émotions et où la quête du plaisir et du divertissement prévalent. Ces deux univers se côtoient et les personnages qui les incarnent en portent physiquement les marques: une robe sobre et de longs cheveux détachés pour Cendrillon, belle dans sa simplicité, et des vêtements sophistiqués voire une nudité dévoilée pour la marâtre, les sœurs et les polichinelles, souvent effrayants d’excentricité.

Parfois comiques et même burlesques, certaines scènes offusquent (la cruauté de la marâtre et des sœurs) et dérangent (la lâcheté du père) également par moment. De nombreux éléments toutefois nous plongent dans l’univers du conte de fées et viennent chercher l’enfant qui est en chacun de nous: notamment la poudre d’or, dont est littéralement couverte la fée marraine et qui remplace la pantoufle de vair sur les pieds nus de Cendrillon. Un hommage sans doute aux pieds des danseurs sans lesquels la magie n’opérerait jamais.

www.opera-lausanne.ch

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s