Richesses dans la désignation de la pauvreté

Photo: Miguel Bueno

Quelle belle soirée! L’équipe de L’Agenda s’est rendue jeudi passé à la soirée d’ouverture du Black Movie. Après un discours d’accueil dynamique accompagné d’un petit mot du maire de la ville de Genève en personne, suivi de la visite inattendue d’un “ambassadeur de l’inconnu” –  comprendra  qui se rendra au Black Movie –, Kate Reidy et Maria Watzlawick ouvrent le festival sur un film aussi beau qu’engagé, “LOVE AND SHUKLA”.

Dans ce long-métrage réalisé par Siddharth Jatla, nous découvrons de nombreuses facettes des régions pauvres de l’Inde du point de vue d’un jeune marié, conducteur d’un fourgon: Shukla. Malgré les roupies qu’il perd au lieu d’en gagner, affairé à longueur de journée à des arnaqueurs, manipulateurs et pilleurs de tous les côtés, il garde l’espoir de s’enrichir, dans le but de faire plaisir à sa jeune épouse Lakshmi. On retrouve dans ce désir de la rendre heureuse un intérêt personnel, puisque Shukla est conditionné dans une société libidineuse. Ses amis soulignent l’importance d’une vie sexuelle réussie dans un couple. Les photos de cette idole indienne dans son fourgon trahissent ses désirs. Il est difficile de dire s’il est dommage ou raisonnable que ce caractère libidineux n’ait pas été davantage poussé. Shukla semble se résigner très vite aux conditions de vie qui lui sont imposées.

« Love and Shukla »

De nombreuses conditions qui forment tout autant d’axiomes rendant ce film cohérent et logique: Shukla vit avec sa famille dans une région très pauvre d’Inde. Leur appartement est trop petit et Shukla doit se résigner, faute d’argent, à y rester avec sa femme… en dépit d’une mère envahissante, d’une soeur rebelle venant de fuir son époux, et d’un père trop effacé.

Un contraste apparent se fait d’ailleurs entre les visions de l’amour qu’ont ces membres: le père semble lui aussi plaider en faveur de la vie sexuelle dans un couple (il sépare l’appartement par une pile de valises pour y créer un lieu d’intimité aux tourtereaux). Mais son point de vue est violemment écrasé par les valeurs de sa femme et de sa fille qui prônent le bien-être des membres de la famille. Le film montre subtilement que ces valeurs laissent place à quelques contradictions chez ces dames. Elles rejettent le rôle de femme-objet mais considèrent Lakshmi davantage comme une servante qu’une bru. Elles prônent le bonheur au sein de leur famille mais réduisent à néant l’intimité dont a besoin leur fils et frère. Il est important de constater que Shukla et Lakshmi, voulant vivre leur amour et partageant vraisemblablement les valeurs du père sont aussi effacés que lui et écrasés par les deux femmes de la famille. Paradoxal, puisqu’il s’agit des protagonistes de ce film.

Photo: Miguel Bueno

Tous ces éléments font la recette d’un film subtil et riche d’informations: sans forcément passer par le pouvoir des mots, le spectateur en découvre énormément sur les conditions de vie dans certaines régions d’Inde, le tout en 107 minutes.

Texte: Annie Sulzer

Découvrez les films du Black Movie jusqu’à dimanche 28 janvier: http://blackmovie.ch/

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