Nous sommes-nous trop éloignés de la carpe?

Cette question, et beaucoup d’autres réflexions existentielles qui ont probablement taraudé tout un chacun au cours de sa vie – Qu’est ce qui nous pousse à nous tenir sur deux jambes, à sprayer de la laque ou à refaire un ourlet au lieu de voler comme un goéland? Est-ce trop demander de vouloir emmener quelqu’un comme Churchill à Conforama? – sont posées dans le « Théâtre sans animaux ». L’Agenda s’est rendu hier au Théâtre Alchimic à Carouge, où la pièce de Jean-Michel Ribes se jouera encore jusqu’au 4 février. L’occasion de voir ou revoir les huit saynètes qui composent l’œuvre à qui l’on a décerné le Molière du meilleur spectacle comique en 2002.

 

Photo: Carole Parodi

On ne sait pas si les personnages de Jean-Michel Ribes ont trop bien compris le monde et qu’ils en profitent pour faire tourner le leur en bourrique, ou s’ils y habitent sans jamais être entrés dans les rouages bien huilés des convenances.
Ils sont parfois névrosés, pressant les autres d’un flot de paroles d’une logique qui leur semble imparable. Ils sont aussi parfois flegmatiques, moins loquaces, mais tous souvent sûrs de s’approcher de la vérité.

On rit en reconnaissant presque, dans tous ces personnages, des comportements de nos proches ou connaissances; la chrétienne qui refuse de quitter la campagne que sa famille habite depuis cinq générations, ou le mari s’ennuyant à mourir, traîné de force à la première de Phèdre… jusqu’à ce que l’absurde prenne le dessus, ce qu’il ne met pas longtemps à faire. Et là, au-delà des comiques caricatures individuelles, on reconnait des mécanismes de la société, ses absurdités, et on aimerait, avec ces personnages qui en font fi, les voir un instant sous un autre angle pour mieux s’en défaire.

Photo: Carole Parodi

Loin de l’ironie acide qui nous mettrait brutalement face à nous-même et à nos contradictions, le texte porte un regard presque doux sur ces incohérences, et surtout nous permet d’en rire franchement. La mise en scène de Sylvain Ferron appuie l’aspect bienveillant par des perruques, moustaches et costumes amusants, des personnages qui ont une certaine proximité physique. On se demande par contre à quoi servent les éléments vidéo – que l’on retrouve de plus en plus souvent au théâtre, peut-être par envie d’ajouter une dimension pluridisciplinaire à une pièce?  Si c’est pour projeter de l’eau en fond de scène, les gilets de sauvetage orange et la gestuelle des comédiens auraient suffi à nous faire comprendre que l’on se trouve sur un bateau.

Photo: Carole Parodi

Les comédiens Frédéric Landenberg, Dominique Gubser, Laurent Deshusses et Camille Figuereo sont d’ailleurs hilarants, très justes, parlent à toute vitesse, et surtout usent de de gestes et d’expressions qui ajoutent au texte sans en faire trop.

La pièce fait du bien, on rit beaucoup. Et en ressortant on y repense, tentant d’apprivoiser ce qu’ils nous ont donné de plus absurde.

« Théâtre sans animaux », par la Compagnie Passe Muraille
Du 16 janvier au 4 février au Théâtre Alchimic à Carouge

www.alchimic.ch

Texte: Katia Meylan

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