F(l)ammes, humaines

Je ne vous dirai pas ce qui m’a paralysée, quelles vibrations m’ont fait frissonner, quelles phrases m’ont fait danser le cœur. Si l’on m’avait prévenue, j’aurais été moins saisie. En sortant de la Comédie de Genève, je n’avais qu’une envie, avoir partagé ce moment avec quelqu’un de proche. Mais en y repensant, il se partage justement avec tous. Puis-je vous parler de ces « F(l)ammes »?

© François-Louis Athénas

« F(l)ammes », succès à Avignon cet été, est l’une des trois pièces du cycle « Soulever la politique » de la Comédie de Genève en novembre, l’une des trois pièces du cycle « Face à leur destin » que l’auteur et metteur en scène Ahmed Madani a imaginé et travaillé avec des jeunes de quartiers populaires.

On peut lire que les 10 jeunes comédiennes, filles d’immigrés, ne sont justement pas des comédiennes. C’est vrai, elles ne le sont pas. Lorsque leurs voix uniquement commencent à remplir la scène encore vide, elles se mêlent, dans de petites anecdotes de vie personnelles entre voix graves et claires, ici un accent très parisien, là on devine un tic de langage. La curiosité de les découvrir nous prend. Les jeunes femmes commencent à apparaître l’une après l’autre. Un micro à l’avant-scène, une rangée de chaises dans l’ombre. Le texte est récité, mais l’évidence de leurs confidences sonne juste, sincère dans l’application à ressortir le texte qu’elles ont contribué à imaginer tel qu’il a été écrit.

© François-Louis Athénas

Édité chez Actes Sud-Papier, le texte d’Ahmed Madani sublime ces témoignages intimes en une œuvre poétique. Les jeunes femmes le réinterprètent entre réalité et fiction. Ludivine, Anissa,  Laurène, Maurine, Chirine, Dana, Yasmina, Anissa, Inès, Haby. Témoignages tantôt graves, légers, drôles, brûlants. La kawaii Harajuku girl qui cite Rimbaud, l' »afropéenne bobo » qui « tombe en kiff » d’un mec qui ne connait pas Proust, la « petite parisienne moyenne » avec un potentiel pour faire des one woman show, celle qui n’avait jamais embrassé d’hommes, celle qui dit raconter l’histoire d’une autre… elles ne se limitent pas à l’une de ces catégories. Elles se racontent, ni en représentante des femmes, ni des africaines. Mais en représentantes d’elles-mêmes, en tant qu’humaines.

Des mots cent fois entendus? Des différences « qui ne sont acceptées que dans les discours », comme dit l’une d’entre elles? Pourtant le public se lève, appelé à la tolérance, à l’écoute de ces minorités.

Ces dix F(l)ammes sont à découvrir jusqu’à samedi 11 novembre à la Comédie de Genève.

http://www.comedie.ch/flammes

Texte: Katia Meylan

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