Les mille et une facettes de l’Orient

S’ils font souvent l’actualité pour des raisons tragiques, les pays empreints de culture orientale ont longtemps été rêvés par les peintres et les poètes occidentaux. Alors synonyme de sensualité, d’évasion, de liberté, l’Orient pâtit aujourd’hui d’une image ternie par de nombreux conflits. Entre l’idéalisation issue du fantasme et les déformations véhiculées par la peur, la Fondation Pierre Arnaud pose un regard original sur les multiples « Visages de l’Orient », exposition à découvrir à Lens jusqu’au 29 octobre 2017.

Texte: Kelly Lambiel

Depuis de nombreuses années, Micheline Centlivres-Demont et son époux Pierre, tous deux ethno-anthropologues, parcourent le Moyen-Orient, lieu sacré des trois religions monothéistes, berceau de l’écriture, mais aussi la Perse, le Maghreb ou l’Inde pour étudier le monde musulman. Dans les souks et les bazars, à la sortie des mosquées le vendredi, on raconte l’Islam aux foules qui ne savent pas lire à l’aide de lithographies populaires présentées à même le sol ou accrochées sur des fils, entre deux images de chalets suisses ou de sportifs célèbres; elles sont aujourd’hui pratiquement introuvables, retirées de la vente, interdites. Depuis les années 60, celles-ci ont été précieusement collectionnées par le couple qui dit avoir fini par « se prendre au jeu » et en détient désormais plus de 1600 dont 160 sont présentées à Lens. Sur ces affiches apparaissent les principaux acteurs du Coran comme le Prophète Mahomet, son cheval sacré Al-Burâq, son gendre Ali ou encore le grand guerrier de la bataille de Kerbela, Husayn. D’autres sont consacrées aux lieux saints, aux martyrs, héros et défenseurs de la foi musulmane ainsi qu’aux récits et légendes du monde oriental.

L’arche de Noé; l’étendard porte la profession de foi. Le Caire.  © Pierre et Micheline Centlivres

Étonnement, ce ne sont toutefois pas là les seules thématiques abordées. Certaines images présentent aussi des personnages et des scènes bibliques issus de l’Ancien Testament, chapitre commun aux trois religions. Elles mettent en valeur la filiation du Prophète à l’aide d’impressionnants arbres généalogiques dans lesquels on retrouve Abraham, Moïse et même Jésus. Enfin, il est intéressant de mettre en évidence le rôle qui semble être accordé à la femme. Cette dernière, souvent représentée en prière, est perçue et mise en avant en tant que guide spirituel et garante de la foi. C’est elle qui, en initiant ses enfants, transmet les valeurs de l’Islam aux générations à venir.

Femme en prière devant la Ka’ba et la mosquée de Médine. Lahore. © Pierre et Micheline Centlivres

Si, au premier abord, ces affiches frappent surtout par leurs couleurs vives et un coté kitsch qui leur confère toutes un air de ressemblance, elles dévoilent une facette de l’Orient – qui se révèle ici pluriel – souvent ignorée de l’Occident. En Iran, on découvre le visage de Mahomet, alors qu’il est interdit de le portraiturer dans d’autres pays; en Egypte les images du Christ destinées aux coptes côtoient des calligraphies de versets coraniques chéries par les musulmans; enfin on trouve des portraits de femmes plus ou moins voilées selon que l’image provienne du Lahore, de l’Inde ou du Pakistan. Pour produire ces représentations, certains graphistes formés aux Beaux-Arts obéissent aux codes du réalisme alors que d’autres réalisent des collages qui défient les lois de la perspective et de la proportionnalité en privilégiant une esthétique plus abstraite, symboliste, plus apte à représenter le sacré. Ces affiches témoignent non seulement de l’importance de l’image et de l’art dans le monde musulman, prétendument iconophobe, mais aussi de la richesse des échanges culturels entre l’Orient et l’Occident. Il n’est pas rare en effet, lorsque l’on observe les détails, de repérer des motifs bien connus en Europe ou aux USA, notamment chez l’artiste pakistanais Sarwar Khan. Ainsi on peut voir Saddam Hussein monté sur le cheval de Napoléon peint par David (il porte même les mêmes bottes!) ou faisant le signe de la victoire à l’image de Churchill ; un enfant ayant les traits identiques au Samuel de Reynolds ; le commandant Massoud en Rambo et même les Marines américains de « raising the flag on Iwo Jima » de Joe Rosenthal relookés, faisant office de moudjahidines. Dans cette première partie de l’exposition c’est donc l’Orient vu par et pour l’Orient qui vous est présenté, authentique, sans artifices, méconnu.

Al-Burâq aux ailes ocellées. Sur fond de ciel étoilé, dans un décor cachemirien. Lahore. © Pierre et Micheline Centlivres

La deuxième partie de l’exposition se concentre sur ce que l’on nomme al-fann al-hadith, autrement dit l’art moderne. Dans un premier temps, l’art oriental semble très marqué par les grandes écoles européennes telles que l’orientalisme. Plusieurs tableaux issus de ce courant ayant influencé les premières générations d’artistes égyptiens, tunisiens, libanais ou syriens sont donc présentés. C’est ici le regard porté par les occidentaux sur l’Orient, mais aussi celui de l’Orient posant sur lui-même un regard emprunté à l’Occident qui sont donnés à voir. Mais pas seulement, puisque les peintres orientalistes ainsi que les orientaux, à l’image des égyptiens Mahmoud Mukhtar ou Yusuf Kamil, délaissent peu à peu les fantasias érotiques de l’Orient déshabillé pour favoriser la représentation de scènes typiques de la vie paysanne, considérée comme plus authentique. Enfin, une place considérable est accordée à l’art contemporain et met en avant la richesse de la scène arabo-contemporaine en présentant des artistes qui se refusent à abdiquer face à la terreur et défendent leur amour de la beauté.

©  Loulou d’Aki et Agence Vu

Comme l’a écrit un poète anonyme sur un mur de Beyrouth « l’Orient ne veut pas mourir », et cette exposition nous montre bien qu’il possède encore de nombreux trésors à dévoiler…

Que le dessin soit avec toi

L’exposition « Star Wars: Tel est ton dessin » nous fait découvrir comment le phénomène Star Wars s’est emparé du monde de la presse.

Texte et photo: Evelyn Sequeira

C’est lors d’un beau dimanche ensoleillé que je me rendis à Morges afin de découvrir la fameuse exposition « Star Wars: Tel est ton dessin » à la Maison du dessin de presse, et ce beau temps n’a pas empêché quelques fans curieux d’aller visiter cette exposition.

« Star Wars: Tel est ton dessin » célèbre les 40 ans de la sortie du premier film de la saga intergalactique crée par George Lucas d’une manière originale. En effet, l’exposition réunit 80 dessins ayant pour thème l’univers Star Wars.

À travers l’exposition, nous voyons comment l’univers de George Lucas a inspiré les dessinateurs helvétiques mais aussi ceux du monde entier. L’exposition commence par un test: à travers plusieurs rébus dessinés par l’artiste Zep, il faut deviner des répliques culte et des personnages de la saga. Passé ce petit jeu, nous commençons la visite de l’exposition qui est divisée en plusieurs thèmes. Celui de la politique occupe le plus grande place, car Star Wars n’est pas seulement une série de films, c’est un vrai phénomène de société et les dessinateurs ont su comment s’en servir. Nous voyons ainsi comment l’actualité a été présentée à la sauce Star Wars durant plusieurs années et encore aujourd’hui.

« TrumpVader », Swen

Entre un Dark Vador militant pour les droits LGBT avec un sabre laser aux couleurs de l’arc-en-ciel, un Donald Trump arborant le costume du célèbre méchant ou encore la taxe sur les robots proposée par Benoît Hamon lors de sa campagne présidentielle (faisant évidemment mourir de peur C3-PO et R2D2), le film permet presque toujours de lier son univers à des événements d’actualité. Après la politique, c’est le contexte économique de la saga que les dessinateurs ont voulu aborder. Ainsi le rachat de LucasFilm par Disney n’est pas passé à côté du crayon des artistes, et nous trouvons une princesse Leia dont les fameuses tresses ressemblent étrangement aux oreilles de Mickey.

« Starwars mania », Tartrais

 

C’est ainsi que l’exposition nous permet de voir et de comprendre à quel point ces films ont eu un impact sur le monde. Que l’on soit fan ou non, nous connaissons certainement tous les moments culte de cet univers (« Je suis ton père », « que la Force soit avec toi », etc.). « Star Wars: tel est ton dessin » est à découvrir jusqu’au 13 août à la Maison du Dessin de Presse à Morges.

www.maisondudessindepresse.ch

L’Agenda au Montreux Jazz off

En longeant les quais de Montreux, j’ai l’impression d’avoir un mp3 en mode lecture aléatoire. Lorsqu’on se balade la musique dans les oreilles, on dit souvent que l’on a l’impression d’être le personnage principal d’un film. Là, je partage la musique de tous, et nous sommes de nombreux (vraiment nombreux!) personnages dans le film. Comme Montreux sent la légèreté! Des sourires volent entre artistes et passants qui deviennent spectateurs. Puis il y a The Pirouettes, qui font se déplacer une petite foule dans la Lisztomania, malgré l’appel de la brise et du lac.

Texte: Katia Meylan

Entre notre arrivée sur les quais et le moment où l’on entre dans la salle, nous passons d’un monde à l’autre: après quelques douces compositions d’Alice Hills (Berlin), place à des cuivres funk juchés sur un bateau qui font danser le public resté à quai aux côtés de Freddie Mercury. Sous le marché couvert, des tambours chorégraphiés et une danse traditionnelle coréenne. Plus loin, un artiste de rue en robe de flamenco, un duo de didgeridoo, un petit intermède rock et des violons qui rendaient hommage à Michael Jackson.

Photo: Katya Tskhovrebova

Cela, l’attrait des derniers rayons sur le lac, et, il faut admettre, l’appétissante nourriture qui s’aligne le long des quais, – car nous ne vivons pas encore uniquement de musique et d’eau fraîche – nous font arriver à la Lisztomania pile à l’heure pour The Pirouettes.

Photo: page Facebook du groupe The Pirouettes

En quatre ans, Vickie Chérie et Leo Bear Creek ont eu le temps de se faire connaitre, de composer encore, de voir croître le nombre de leurs fans. En premier lieu, c’est la nostalgie qui ressort de leur univers, qui transparait dans leurs textes tous en français. Le synthé et les sons électroniques dominent et rappellent les années 80.

Si justement leurs albums donnent dans la nostalgie, sur scène ils se montrent plus pêchus ! Ils sont chauds, et nous avons même eu le plaisir de voir le joli sourire de Vickie,qui se fait rare dans leurs clips. Le groupe a commencé jeune, et arbore toujours cette attitude détachée: deux lycéens libre et « cool » mais pour qui un soudain événement d’apparence insignifiante déclencherait une myriade de questions, une myriade de pensées transformées en texte. La mollesse apparente avec laquelle ils abordent leur talent les rend irrésistibles. Ils chantent à l’unisson, toujours à l’octave l’un de l’autre, une autre de leurs signatures.

Ayant sorti « Carrément carrément » à la fin de l’année dernière, ils jouent principalement les morceaux de ce dernier album, sans oublier toutefois leur succès « Un mec en or ». Le public enthousiaste leur réclame un encore en criant « Dernier métro »!, et le groupe revient nous faire danser sur cette chanson presque psychédélique qui absorbe « Marcia Baila » des Rita Mitsuko comme si de rien n’était.

The Pirouettes était l’un des cadeaux du Montreux Jazz que je souhaitais absolument voir. Mais qu’il est difficile de choisir quand un festival offre tout! Des artistes mondialement renommés aux futures découvertes, des salles mythiques aux espaces intimes open air dans un cadre incroyable.

Après deux semaines de festival, c’est bientôt fini, mais nous avons encore ce soir et demain pour en profiter!

www.montreuxjazzfestival.com/fr/programme