Murs de paroles

Dans leur dernière création présentée au Théâtre du Galpon jusqu’au 30 avril, Cosima Weiter et Alexandre Simon interrogent la position de l’artiste en République démocratique allemande. « Volks/Bühne » est une sorte d’espace-temps flottant où se frôlent le passé et le présent, la communauté et la solitude, l’ombre et la lumière. Envoûtant.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Une comédienne répète son rôle. On monte « La Déplacée » d’Heiner Müller, interdite au moment de sa création. La metteuse en scène et un technicien la rejoignent. C’est la pause. Tour à tour, ils prennent leurs partenaires ou les spectateurs comme confidents. De leur métier à leur rapport au régime socialiste, ils se racontent.

Photo: Alexandre Simon

Ces secrets sont tirés des témoignages qu’ont récolté Cosima Weiter et Alexandre Simon. Ayant retrouvé la plupart des artistes qui avaient participé à la création de « La Déplacée » en 1976 – intitulée alors « Die Bauern » , ils se sont penchés sur les conditions du métier d’artiste dans un système tel que le socialisme de l’Allemagne de l’Est, bien que leur réflexion sur l’art dépasse les cadres spatio-temporels. Le contexte politique et social, bien présent, s’estompe cependant devant ces portraits d’hommes et de femmes capturés dans leur quotidien. Ces destins singuliers nous touchent particulièrement, peut-être par l’extrême solitude qu’ils dégagent. Les prises de paroles, bien que partagées au sein du groupe, semblent parfois se heurter à des murs.

Photo: Alexandre Simon

Dans ce spectacle multidisciplinaire, le son et la lumière sont les artisans d’une atmosphère envoûtante et intimiste. La disposition de la scène, transformée en gradins, renversant le rapport habituel du public et des comédiens, peut dérouter de prime abord. Mais rapidement, les trouvailles de mise en scène instaure un climat de confiance où peuvent se déployer les sensibilités parfaitement maîtrisées des comédiens (Véronique Alain, Lucie Zeiger et Pierre Antoine Doubey). Il ne fait aucun doute que leurs mots ont traversé le quatrième mur et continueront de résonner après l’extinction des lumières.

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