« Où en est la nuit? » à la Comédie de Genève

Photo: Steeve Iuncker

À l’aide d’une mise en scène ciselée et d’un décor agissant comme une boîte mentale, Guillaume Béguin propose une adaptation libre du « Macbeth » de William Shakespeare, interrogeant des thématiques universelles qui marient l’ombre et la clarté.

« Le noir est clair, le clair est noir ». Cette phrase culte de « Macbeth » apparaît également dans la relecture de Guillaume Béguin et semble faire office de leitmotiv dans ce drame de plus de deux heures trente, où rien n’est ce qu’il paraît. Il est question d’imaginaire dans la pièce, de projection, de noirceur et d’une difficulté à échapper à sa propre destruction. « Où en est la nuit? » s’inscrit dans un projet d’écriture qui interroge le problème de l’imaginaire: comment ce dernier fabrique l’humanité, et comment l’humain utilise son propre imaginaire pour se fabriquer lui-même.

Dès le début de la pièce, nous avons l’impression d’entrer dans un univers à part, sombre, trouble, une femme est allongée sur la scène, bientôt ses paroles prennent de l’ampleur et son image se dédouble au-dessus d’elle, sorte de gros plan fantasmagorique. Ce n’est autre qu’une des sorcières qui s’adressera à Macbeth, qui lui prophétisera un avenir glorieux, qui initiera le début de son hallucination exacerbée. Les sorcières promettent à Macbeth qu’il sera roi; une bonne raison pour Macbeth et Lady Macbeth de gravir les échelons sans plus attendre, quitte à se débarrasser de quelques personnages gênants en chemin. Des gradins massifs s’imposent sur toute la largeur de la scène, de grandes marches que les personnages gravissent parfois aisément, parfois avec une avidité animale, mais qu’il faudra aussi descendre, dégringoler dans le cas de Macbeth.

La scénographie est peut-être ce qui nous permet de percevoir le plus pleinement la problématique de Macbeth: piégé dans son propre délire, oscillant parfois entre l’ambition farouche et la culpabilité – une tulle tisse un voile sur certaines scènes, les rendant plus troubles au spectateur, tandis que des projections vidéo superposent les visages obsédants et agrandis des sorcières au jeu des acteurs –, Macbeth évolue au sein d’un monde devenu théâtre et apparences, où le masque cache les pires exactions. Mais vient un temps où il n’est plus possible d’enlever le masque sans s’arracher la peau – où le jour finit par poindre pour effacer la nuit.

Texte: Nastassja Haidinger

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