Danses multiples aux Chorégraphiques

Du 12 au 15 janvier, trois compagnies étaient invitées à présenter leur pièce au Théâtre de l’Oriental de Vevey. Trois pièces en une soirée, comme autant de possibilités pour la danse contemporaine aujourd’hui.

À peine passée la porte du théâtre, les spectateurs sont accueillis par des cris de bienvenue de deux performeuses de la Cie Autonyme juchées sur des vélos. Surpris et amusé dès l’entrée, on constate que l’ambiance est déjà festive: les performeuses dansent sur des tubes disco sans arrêter de pédaler énergiquement, chantent et interagissent avec le public qui peut choisir de les regarder ou de s’asseoir autour d’un verre en attendant le début du spectacle.

En collaboration avec le Dansomètre, l’Oriental présente la deuxième édition des Chorégraphiques, programme de créations de danse contemporaine. On a déjà compris que l’événement déborde le cadre de la salle de spectacle. En effet, le théâtre entier est investi par une installation in situ : tableaux de l’artiste Claire Finotti dans les escaliers, citations d’artistes projetées sur un mur, vidéo d’une performance passée dans les toilettes et témoignages des artistes à écouter dans un bureau.

Invité à monter dans la salle de spectacle, on y découvre Harsham de Céline Fellay et Coralie Lonfat. La pièce se veut une co-création où danse et musique électronique cohabitent au même niveau. Céline Fellay mêle des mouvements de danse traditionnelle du nord de l’Inde et de danse contemporaine. Tout en finesse et en précision, sa chorégraphie se compose de petits pas, de frappes de pieds, les orteils soulevés, de ports de bras fluides, de courbes et de sauts, tandis que ses doigts forment des signes typiques des danses indiennes. La danseuse montre successivement différentes qualités de mouvements, faisant surgir plusieurs personnages qui l’ont inspirée pour le matériel de la pièce.

On retrouve ensuite la Cie Autonyme dans le foyer. Elles pédalent toujours mais leur expression a changé. Se levant, elles débutent une performance où un long texte questionne l’évolution des espèces et les relations humaines. Délivrée à un rythme effréné, la prose se mêle à des mouvements d’aérobic déchaînés. Ces actions sont ironiquement mises à distance par le panneau « Ceci est une performance ? ». Cela découle de la série de créations artistiques SOrties de secourS, qui interroge la notion de performance dans l’art contemporain. Pleine de dérision, cette performance met aussi en perspective ce que nous venons de voir et ce qui vient ensuite: quelle différence entre cela et les pièces présentées en salle ?

Dernière pièce de la soirée, Pourquoi ne sais-tu pas qui je suis ? de Nicolas Turicchia met en scène trois danseurs de générations différentes. La pièce pose la question de l’identité : qu’est-ce qui définit qui l’on est vraiment ? Accompagnés de bribes de leurs souvenirs en voix off, les danseurs évoluent selon des trajectoires singulières, au sol ou debout. Ils dansent des extraits de chorégraphies restées dans leur corps, chantent, parlent ou jouent au ballon, sans presque jamais se rencontrer, à l’exception de quelques regards ou de mouvements qui se répondent. Chacun possède sa façon de bouger: Armand Deladoëy a des mouvements amples et légers, Agnieszka Pedziwiatr une technique fluide au sol et Tommi Zeuggin une danse plus âpre, notamment dans sa façon de se lancer au sol. C’est dense: il y a beaucoup à percevoir en même temps; c’est intime, mélancolique et touchant, car on se rend compte que dans leur individualité, tous se posent la même question et personne ne prétend avoir la réponse.

choregraphiques

Photo de Martin Reeve

La soirée donne donc un aperçu du large champ de la danse contemporaine, avec trois pièces très différentes en format, thématique et style, mais où chacune engage le corps à sa manière : la beauté du geste chez Céline Fellay, qui s’approprie une danse et la laisse résonner en elle, la mise en jeu intense du corps de la Cie Autonyme, qui questionne la forme artistique, et des corps singuliers chez Turicchia, habités de leur histoire personnelle.

Texte: Cécile Python

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